Autisme Infantile (2)Je m’appelle Matthieu et je suis un petit garçon qui a été diagnostiqué autiste en 2007 – on peut dire que j’étais tout bébé! Mais avant d’être autiste, je suis surtout un enfant. J’ai bien trouvé ma place au sein de ma famille, et parmi les gens que je cotoie, mais ça n’a pas toujours été rose.

J’ai envie de vous raconter ma jeune vie, j’ai envie que vous compreniez les étapes par lesquelles je suis passé pour devenir ce que je suis aujourd’hui. Je me dis que si vous apprenez un peu à me connaître, vous serez plus à l’aise et moins inquiets en présence d’un autre enfant autiste!

Mes premiers mois

Je suis né à terme, avec même 4 jours de retard! Papa commençait à s’impatienter! Après quelques jours à la maternité, nous sommes rentrés à la maison, et j’ai décidé que j’avais assez dormi comme cela: alors j’ai cessé de dormir, ou presque: ni les siestes, ni les nuits n’avaient grâce à mes yeux, et ce jusqu’à mes deux ans. Les autistes, voyez-vous, ont parfois de gros problèmes à trouver le sommeil.

J’ai un grand besoin d’autonomie, mais que voulez-vous faire tout seul à un mois à peine? Je ne peux pas me lever, ni attraper quoi que ce soit, alors j’exprime ma frustration en criant. Ce qui contente les bébés de mon âge ne me suffit pas: il me faut de l’action, être bercé constamment, et j’aime tout particulièrement que Maman me chante des chansons – elle passe de longues nuits blanches à me chanter les Chevaliers du Zodiaque en version originale (c’est une des rares chansons qui me calment).

En même temps, je suis un bon mangeur, contrairement à ce qu’on aurait pu penser du fait de mon handicap. J’engouffre volontiers yaourts, compotes, petits pots de légumes sans broncher avant même d’avoir atteint l’âge de la diversification. D’ailleurs, je suis un beau gros bébé bien nourri!

Je suis déjà très jovial, et j’aime tout particulièrement les bruits insolites et les mouvements – Mamitù me fait éclater de rire alors que j’ai à peine trois mois. Je regarde bien dans les yeux dans ces moments-là, et en général encore maintenant lorsque je suis intéressé par quelque chose, c’est pour cela que Maman a répondu que je regarde dans les yeux lors du test de dépistage! Les personnes avec autisme ont généralement le regard fuyant.

Je suis en avance sur beaucoup de choses. Je me suis assis tôt, tenu debout tôt, et à trois mois je dis déjà « papa » et « maman ». Pour ce qui est de la parole, je dis souvent des mots que je ne prononce plus par la suite, et à l’âge de six mois je me lasse des livres d’images où Maman me fait pointer les papillons et les escargots, pour me tourner vers des jeux plus attrayants, comme les petites consoles informatiques où on apprend les chiffres et les lettres. Les autistes régressent souvent – là j’ai perdu le pointage du doigt, que j’effectuais quand j’étais tout petit. Ils ont aussi souvent un profond mutisme.

Lorsque j’ai commencé à ramper, j’ai fait les quatre cent coups tout autour de la maison: il faut me surveiller activement, parce que je vais en priorité faire les choses dangereuses et interdites. J’aime aussi beaucoup ouvrir et fermer les portes ou les placards, et allumer et éteindre les lumières. C’est ce qu’on appelle des actions stéréotypées, qui sont fréquentes chez les autistes.

Mes 1 ans

Je commence à faire des choses extraordinaires: je réponds à mes jeux éducationnels en anglais, et correctement! Je sais aussi répondre à tout ce qui concerne les chiffres et les lettres: quel mot commence par quelle lettre, combien d’objets y a-t’il sur l’écran, etc. – je le sais! Les autistes ont généralement un ou plusieurs intérêts particuliers avec lesquels ils se sentent à l’aise – moi c’est les chiffres et les lettres!

Je ne parle toujours pas, mais j’arrive à me faire comprendre en amenant Maman devant ce que je veux et en mettant sa main dessus, ou en le prenant moi-même, tout simplement. Je crie alors encore beaucoup.

J’apprends à marcher vers 14 mois, un peu pataudement à cause de mes jolis bourrelets – que je perds rapidement une fois que je peux courir dans tous les sens pour m’adonner à toutes mes passions.

Je m’amuse beaucoup à faire des puzzles à encastrer, adorant quand Maman me félicite, et réclamant son attention tout au long de la journée pour qu’elle me regarde faire (et réussir). Je passe en très peu de temps à des puzzles avec plus de trente pièces à encastrer, sans jamais me tromper. Sur ce point-là, la plupart des enfants autistes diffère de moi: ils ne réclament pas l’attention d’autrui.

Mes 2 ans

Avec mes deux ans arrive mon petit frère Julien, que j’aime tout de suite énormément, même s’il me casse parfois les oreilles lorsqu’il crie la nuit. Les autistes ont parfois du mal avec les bruits forts ou stridents, ou inhabituels.

J’apprends vite à aider Maman, à lui donner de l’eau, à lui ramasser ses jouets, à jeter sa couche pendant qu’il se fait nettoyer le siège. Je sais que ça fait plaisir à Maman, alors je fais de mon mieux pour être serviable!

Lors de l’été de mes deux ans, mes parents apprennent que je suis autiste grâce à un dépistage précoce. Tout est enfin expliqué, même si sur le coup Papa et Maman n’y croient pas vraiment: mes crises de frustration lors des changements d’activités, les gestes des bras et des mains lorsque je suis content (flapping), l’hyperactivité, les difficultés pour me faire obéir, le peu de sommeil…

J’ai été conscient de mon handicap bien avant eux: la preuve! Lorsqu’ils ont su quelle était la raison pour mes cris, je me suis enfin senti compris et j’ai commencé à me calmer.

Maintenant?

Je commence enfin à aligner quelques mots, laborieusement. C’est une action qui me coûte beaucoup, mais je fais des efforts. J’apprends à me tenir calme, à suivre une activité jusqu’au bout, à être sage et à écouter mes parents.

J’ai fait une adaptation pour m’intégrer à l’école l’année prochaine si on veut bien me donner une AVS. Tout le monde est optimiste pour mon avenir, ils savent que je ferai de mon mieux pour rendre tout le monde fier de moi.

La prière de Matthieu

Ne me craignez pas! Je suis pas un enfant si différent des autres. Je suis un peu pataud dans mes mouvements, un peu « brute », mais en fait, j’aime les gens énormément! Je ne suis pas méchant.

Ne m’ignorez pas! J’ai besoin de votre attention pour sortir de ma coquille. Cherchez-moi, invitez-moi à partager des moments avec vous. J’ai besoin de votre amitié pour me développer. Ne regardez pas ailleurs quand je suis près de vous. Je ne suis pas laid. Je ne fais pas peur.

Faites attention à moi! J’ai beaucoup de mal à exprimer mes besoins, mes frustrations, parce que mon vocabulaire est limité. Si vous prenez un peu de temps pour essayer de me comprendre, j’arriverai sans doute à vous expliquer ce qui ne va pas.

Intéressez-vous à ce que je fais! Ne vous focalisez pas sur ce que je ne sais pas faire: j’ai beaucoup de choses fantastiques à vous montrer. Ne me critiquez pas. Admirez mes progrès.

Aimez-moi! Je suis gentil. Je suis intéressant. Je suis une personne à part entière.