La plupart des gens nous fixent du regard lorsque Matthieu n’agit pas comme il « devrait ». Quand certains lui adressent la parole, je me dois de leur expliquer pourquoi mon fils ne pourra pas leur répondre, mais cela ne me gêne pas. Ce qui m’ennuie le plus, c’est n’est pas de devoir subir les regards curieux, mais au final ceux, mauvais parfois, des gens que l’on croise.

C’est encore plus difficile encore lorsque les gens ne remarquent pas la différence, le handicap de mon fils. Parce qu’ils ont tendance à le traiter comme un malotru, et à me regarder comme une mère indigne qui élève mal ses enfants.

Une fois, nous revenions d’une séance avec le pédopsychiatre, et une dame d’un certain âge était en train de garer et d’accrocher sa mobylette à un plot devant notre porte. Matthieu n’a pas pu s’empêcher de toucher la mobylette au passage. Pas fort, il n’a rien abîmé, il a touché du plat de la main sans faire de pression, mais cette dame l’a chassé plus loin comme s’il lui avait cassé son véhicule. Je l’ai regardée un peu effarée qu’on puisse envoyer balader un enfant aussi facilement, et je n’ai rien su dire sur le coup.

Matthieu est donc plutôt allé toucher une voiture garée juste à côté, avant que je puisse l’arrêter. La dame a lancé à mon intention un « Mais il est pénible, il touche à tout ce gosse! » très agressif. Je suis d’accord qu’il vaut mieux éviter de toucher des objets qui ne vous appartiennent pas, mais en même temps ce n’est qu’un petit garçon, et même pour un neurotypique je pense qu’un peu de patience n’aurait rien gâché. De plus, il n’a rien abîmé.

Il a fallu que je lui réponde « Il est handicapé, madame, il ne le fait pas exprès ». Je répète régulièrement à Matthieu de ne pas toucher les voitures, mais si vous avez un enfant autiste vous savez comme moi que leur faire respecter les règles n’est pas toujours évident.

La dame, piquée, m’a répondu « Ah, eh bien ça ne se voit pas! »—le handicap de mon fils est « invisible », j’en suis bien consciente, mais tout de même… Je ne me souviens plus mot à mot de ce que je lui ai dit, mais c’était quelque chose dans les lignes de « ça ne vous donnait pas le droit d’être aussi agressive ».

Les gens, quand ils n’ont pas été confrontés au handicap dans leur vie, ne se rendent pas compte du mal qu’ils peuvent faire. Quand on les mets au pied du mur, certains sont penauds et s’excusent, et d’autres continuent à agir aussi mal que la première fois. Pour être vulgaire, j’aurais envie de dire, en pensant à cette dame tout particulièrement, que certaines personnes sont c*nnes, et que ça ne se voit pas non plus… jusqu’à ce qu’elles ouvrent la bouche!