Je redoutais le PPS de Matthieu. Je savais que les problèmes habituels allaient pointer à nouveau le bout de leur nez, notamment un des plus gros: le refus de Matthieu de faire certaines activités.

Matthieu est un petit garçon très fûté. Le fait qu’il ne veuille pas faire une activité ne signifie pas forcément qu’il ne sache pas la faire—ça veut surtout dire qu’il profite de chaque opportunité d’utiliser son pouvoir sur les autres, en particulier les adultes.

Par exemple, si on le laisse « gagner » une fois, et qu’il arrive à se sortir d’une activité en hurlant et en se roulant par terre, il utilisera cette tactique à chaque fois qu’il ne voudra pas faire quelque chose. Du coup, il arrive très bien à choisir ce qui lui plait de faire, quand ça lui plait.

À la maison, je suis plutôt coulante sur plein de choses puisqu’il a tout de même des journées fatiguantes entre école et intervenants, et je n’insiste que sur les points d’autonomie et les problèmes gênants (stéréotypies, comportements aggressifs ou inadaptés, etc.). Mais quand j’ai décidé qu’il devait faire quelque chose, il le fait. Il se peut que j’y passe une heure, mais je finis toujours par obtenir que l’activité soit faite. D’ailleurs, plus on travaille la compliance à la maison, moins Matthieu s’oppose, et moins ses crises d’opposition durent.

Avec ses intervenants, c’est le même topo. Quand ils ont décidé que Matthieu devait faire une activité, ils s’y tiennent, et ils y passent l’heure s’il le faut, mais il finit par s’éxecuter. Ils utilisent avec efficacité les renforçateurs, et parfois même les activités qui faisaient horreur à Matthieu deviennent elles-même des renforçateurs par la suite.

Je conçois qu’à l’école c’est plus difficile qu’en un pour un, mais difficile ne signifie pas impossible. L’AVS de Matthieu doit justement faire cette charnière: pouvoir faire du un pour un quand c’est nécessaire, et faire le pont vers la socialisation et les activités de groupe dès que possible.

Depuis que Matthieu est pris en charge par son AVS, il a fait d’énormes progrès à l’école. Il accepte de s’asseoir de temps en temps avec les autres pour faire des activités de groupe, il écrit (ça a été une grande victoire pour sa psychomotricienne), il fait le satellite autour des regroupements et écoute parfois les histoires de la maîtresse… Mais son refus de faire certaines activités était pesant pour toute l’équipe, forcément.

Durant le PPS, nous avons à nouveau abordé ce problème. Depuis le début, nous ne sommes pas d’accord sur la démarche à adopter face à Matthieu. Je demande à ce que le problème soit pris de front, à ce qu’on insiste jusqu’à ce que l’activité soit faite, car je sais d’expérience que les crises vont aller en s’amenuisant, même si c’est dur pour les nerfs pour les gens qui n’y sont pas habitués, et que la compliance va s’installer petit à petit, ce qui mènera à moins de crises par la suite. Le RASED préfère une approche par détours, où on va amener Matthieu à faire les activités en lui proposant d’autres activités (par exemple: l’amener à tenir un stylo et à écrire en lui faisant d’abord passer par tracer dans le sable ou faire des chemins avec les rails en bois du petit train).

J’ai encore insisté pendant le PPS, demandant à ce qu’on essaie de faire une approche avec Matthieu qui soit un tout petit peu moins psychanalytique, et un tout petit peu plus comportementale.

J’ai eu le plaisir d’entendre un changement à ce propos. Quand l’AVS de Matthieu me raconte qu’il a fait une activité, et que, même s’il a refusé pendant une heure, elle n’a pas cédé, et qu’elle a réussi à lui faire faire ce qui était demandé, c’est une grande victoire—pour moi, pour Matthieu, mais aussi pour elle et pour l’école.

Je crois bien qu’on avait toutes les deux des étoiles dans les yeux. Pour ma part, je sais que cette victoire m’accompagne encore aujourd’hui et me donne espoir pour la scolarité de Matthieu. Alors merci Gisèle, on a beaucoup de chance de vous avoir!