Il y a quelques semaines, un samedi matin, alors que nous devions nous rendre chez nos amis pour la journée et que nous étions à une heure de partir, Matthieu a commencé à montrer des signes caractéristiques chez lui: rester immobile sur une de mes jambes, allongé, en frottant ma main sur son front et ses joues. Généralement, quand il fait cela, c’est qu’il couve quelque chose—soit une fièvre, soit une envie de vomir.

Nous avons attendu un peu pour voir si ça passait, mais Matthieu a commencé à gémir et se plaindre. Quand je l’ai fait se lever, j’ai vu qu’il ne marchait pas droit et qu’il se tenait un côté.

Branle-bas de combat, j’appelle nos amis, j’annule, et je téléphone au cabinet médical du coin de la rue pour voir s’il peuvent me le prendre en urgence. Malheur, la dame me dit qu’ils ferment dans 15 minutes, et qu’il y a plus de dix personnes avant nous. J’attrape Matthieu et un blouson, et on file—moi le portant la moitié du temps parce qu’entre temps il ne supportait plus trop de marcher—pour arriver à l’heure, laissant derrière nous Julien avec son papa.

Heureusement, la secrétaire nous a attendu avant de fermer les portes, et nous avons pu nous installer dans la salle d’attente. Il y avait effectivement beaucoup de monde, et j’ai cru un instant que j’allais devoir passer deux heures à contenir Matthieu qui n’aime pas attendre. Mais Matthieu devait vraiment avoir mal, parce qu’il n’a quasiment pas bougé pendant ces deux heures.

J’ai fait de mon mieux pour l’occuper, le berçant un peu contre moi tout d’abord, puis en jouant à des jeux de lettres et de nombres par la suite (réciter l’alphabet, compter jusqu’à 50, etc.) quand il a commencé à se sentir un peu mieux.

Deux heures d’attente plus tard, nous avons pu voir le docteur—pas notre généraliste habituel, mais quelqu’un de très bien qui a été très à l’écoute dès que je lui ai énuméré les symptômes que j’avais pu voir chez Matthieu: mal au ventre car il marche penché et se tient le côté.

Je lui ai expliqué que Matthieu est autiste, et qu’il ne peut pas s’exprimer pour dire quand il a mal car il ne parle presque pas, et que généralement il est hyposensible à la douleur, et donc que s’il montre qu’il a mal, c’est qu’il doit vraiment souffrir. Quand il l’a examiné, on a pu voir qu’il avait mal au ventre car il ne voulait pas qu’il touche le côté où il souffrait (qui apparemment est celui opposé à l’endroit où se trouve l’appendicite, ouf).

Au final, il n’avait qu’une constipation, mais ça m’a amené à me poser des questions sur les salles d’attentes et les priorités. Il y avait deux autres enfants avec nous dans la salle d’attente. Ils ne se plaignaient pas, mais une d’entre eux était allongée sur des sièges, visiblement pas très en forme. Mon fils a passé une heure à gémir sur mes genoux (et puis, heureusement, ça a mieux été). Pourquoi ne fait-on pas passer les enfants qui souffrent en premier?

Ensuite, je suis heureuse que le docteur m’ait écoutée aussi bien, car ce n’est pas évident de trouver une oreille attentive aux problèmes d’un enfant autiste.

Qu’en pensez-vous? Avez-vous des témoignages similaires à me donner? Quand vous allez chez le docteur, et que c’est une sorte d’urgence, comment cela se passe-t-il?