Mon fils, Léonard a eu dix ans au printemps dernier. Dix ans, c’est quelque chose! Surtout pour nous, puisque ça faisait cinq ans que nous avions eu le diagnostic. Ça veut dire: cinq ans sans savoir, et cinq ans en sachant! Le jour de son anniversaire, c’était d’ailleurs mon statut Facebook. Une de mes amies d’enfance avait commenté: « mais 10 ans de bonheur! » Ouais, on va dire ça…

Je suis heureuse avec Léonard, même si parfois c’est dur, et là c’est dur! Ce n’est pas lui qui est difficile actuellement, il est même plutôt très très sympa et mignon depuis la rentrée scolaire de septembre. C’est la situation qui est compliquée.

Léonard est en CM2, avec un AVS et un aménagement de son temps scolaire, scolarisation à domicile et prise en charge dans un SESSAD.

C’est lourd à gérer: les transports, les grèves, les vacances des uns et des autres, etc., mais on s’en sort. Il suit plutôt bien, ça dépend des matières et de ses intérêts, seulement le problème de son orientation pour l’an prochain se pose. Il n’a pas le niveau pour entrer en 6ème. Son niveau de maths est à peine celui du CM1. Et surtout—pour moi c’est, je pense, le pire—il n’est pas assez autonome.

Léonard se laisse vivre, il faut penser pour lui: il n’oublie plus son cartable pour aller à l’école, mais c’est limite! Ce sera trop difficile pour lui de changer de salle de classe à chaque changement de matière. Ce sera trop difficile pour lui de se retrouver dans les couloirs du collège. Ce sera trop difficile pour lui de savoir quelle affaire prendre le soir pour avoir les bons cahiers pour les bons cours.

Et puis, j’ai aussi peur des moqueries des autres élèves. Léonard est particulier et ça se voit. Encore une fois, son autisme ne saute pas aux yeux, mais son côté particulier, si! Il est, en plus, très susceptible, et très demandeur de relations avec des copains. S’il est repoussé et victime de moqueries, il en aura conscience et en souffrira.

Aller en 6ème, ça voudrait aussi dire aller dans le collège de notre quartier, et, euh, comment dire… Vous avez vu le film Entre les murs de Laurent Cantet? Bah, c’est ça, c’est exactement ça! Le collège où a été tourné le film est d’ailleurs de l’autre côté de la rue de Belleville, côté XXème, et nous, nous sommes côté XIXème. Impossible de mettre mon enfant dans ce genre d’établissement!

Alors, il reste le privé. Je suis de gauche, hein, j’y tenais à l’école de la République, mais pour mon enfant, je veux ce qu’il a de mieux.

Avant même de savoir si Léonard allait passer en 6ème,et sans même demander l’accord de son père (qui a maintenant l’autorité parentale), j’ai fait une demande d’inscription dans le collège où va le fils d’une amie. Il fallait les copies des bulletins scolaires des années précédentes, et comme, sur ceux de Léo, il est écrit des mots comme « SESSAD », « AVS », etc., j’ai fait un joli courrier pour expliquer la situation: oui, mon fils est reconnu handicapé, oui, il doit avoir une AVS pour suivre en classe, mais oui, il peut suivre une scolarité « normale », puisqu’il est en CM2 actuellement, et oui, il a une super prise en charge et on fait tout pour que ça aille, etc.

J’ai reçu une réponse négative. Heureusement, dans mon joli courrier, je n’avais pas précisé que mon fils n’était pas baptisé!

Donc, la 6ème, ce n’est pas trop envisageable… Il reste le maintien en CM2 ou le passage en ULIS. Le maintien en CM2 je m’y oppose un peu. Pas parce que je suis une chieuse de mère toute puissante, mais parce que je pense que Léonard le vivra comme un échec: il a une conscience de l’estime de soi. S’il voit tous ses copains partir en 6ème, il le vivra mal. Il se sentira dévalorisé ou même puni. Un enfer, quoi!

De plus, je ne suis pas sûre que scolairement parlant ce soit bénéfique: c’est juste en maths qu’il n’a pas le niveau de CM2. Refaire un CM2 juste pour les maths, alors que, justement, cette matière-là, il ne la fait pas en classe mais à domicile avec l’association Votre Ecole Chez Vous, ça ne me semble pas très sensé.

Il reste l’ULIS. Je suis assez favorable à cette idée, sauf que:

  • À Paris, il n’y a que cinq ULIS: trois publiques et deux privées. S’il n’y a pas de place, qu’est ce qu’on fait? (On aura la réponse en juin, je peux flipper toute l’année scolaire!)
  • Après les quatre 4 ans d’ULIS, que fera mon fils? (Il aura 15 ans.)
  • Accepter une ULIS, est-ce prendre le risque qu’il n’accède pas aux études supérieures?

Léonard n’a pas de retard cognitif, il pourrait faire des études supérieures si on lui en donne les moyens. N’est-ce pas difficile de décider pour un grand petit garçon de dix ans et demi?

Bref, je suis perdue, et complètement angoissée depuis la fin de son CM1.

Lors de la réunion de l’équipe éducative du premier trimestre de CM2, la question a bien évidemment été posée. La décision finale (pour des problèmes administratifs) sera à donner lors de la seconde réunion, en février. Le père de Léonard, qui a depuis quelques mois l’autorité parentale, était présent à cette réunion, et il est maintenant aussi décisionnaire. Il n’a pas pu donner son avis, car il ne sait pas ce qu’est une ULIS…