Un an après l’annonce du handicap de Léonard, j’ai rencontré un homme dont je suis tombée amoureuse.

C’était assez inespéré car j’étais encore sous le choc (je crois même que je peux écrire que j’étais bien déprimée) et aussi je ne voyais pas comment consacrer du temps à un homme alors que toute mon énergie passait à « faire travailler » mon fils et à le stimuler. Et puis l’autisme était présent dans ma tête matin, midi et soir (et peut-être même la nuit!).

Je ne me sentais pas du tout disponible pour une rencontre, et même si mon souhait le plus cher était de fonder une famille un peu plus « traditionnelle » » que celle que je fondais avec Léonard et d’avoir un autre enfant (ou même plusieurs), je ne voyais pas cela réalisable tant ma situation me semblait bloquée (Léonard n’avait pas encore une prise en charge « convenable », nous bricolions encore beaucoup. Et puis, je crois que j’avais peur aussi d’avoir d’autres enfants: et s’ils étaient autistes aussi?)

Mais j’ai rencontré cet homme et j’ai eu envie d’y croire. Quand je l’ai rencontré, je lui ai dit que mon fils avait des problèmes de santé. Puis, au troisième rendez-vous, je lui ai dit que mon fils est autiste. Il est resté alors que je pensais que c’était LE TRUC qui pouvait faire partir un mec en courant!

Léonard a tout de suite investi cet homme, celui-ci acceptait mon fils et sa différence, acceptait ma vie très contraignante, acceptait les crises (même si elles sont très ponctuelles). Cet homme semblait ne pas trouver ma vie particulière, alors que moi-même je la trouvais « différente », peut-être même lourde, alors ça me redonnait de l’espoir pour l’avenir.

Cet homme envisageait même d’avoir un enfant avec moi… Enfin, verbalement, car en attendant nous n’habitions pas ensemble, et je prenais ma pilule contraceptive quotidiennement.

Il acceptait ma vie et mon fils, mais ne prenait rien en charge. Je gérais tout ce qui concernait Léonard. Cela me semblait « normal », puisqu’ il n’est pas le père de mon fils, et qu’il n’habitait pas chez nous tous les jours.

Il était mon compagnon (Léonard disait « l’amoureux de ma mère »), et je n’en demandais pas plus. Cet homme n’avait pas d’enfant à lui, il acceptait déjà mon enfant, je ne pouvais pas lui demander autre chose.

Nous avons mis un peu de temps (13 mois) avant de faire les démarches pour nous installer ensemble. Puis, j’ai été enceinte de cet homme.

Notre enfant est né, et très vite nous nous sommes séparés. Je n’épiloguerai pas sur la séparation, elle a été violente et désastreuse. Une relation et une séparation que je ne souhaite à personne.

Cet homme, devenu père de mon deuxième enfant, a saisi le tribunal pour demander à obtenir une résidence alternée, dès les six mois de notre bébé.

Afin de mettre toutes les chances de son côté pour l’obtenir (même si la loi sur la résidence alternée a été votée depuis 2002, il est rare qu’elle soit statuée lorsque l’enfant est si petit, et quand les parents sont en désaccord), le père de notre bébé a essayé de me discréditer auprès du juges aux affaires familiales, allant jusqu’à parler de ma tentative de suicide faite lorsque j’étais adolescente (c’était il y a 22 ans!) et de ma mauvaise entente avec mes parents, et a demandé à ce qu’une expertise médico-psychologique soit ordonnée.

Ce fut statué.

Notre bébé avait 9 mois lorsque nous avons été convoqués pour l’expertise. Entretien de trois heures chacun séparément, puis entretien de chaque parent d’environ quarante minutes avec notre bébé. Puis, nous avons reçu le rapport, et quelques mois après le juge a tranché en fonction de ce rapport (puisqu’il était demandé pour aider le juge a prendre sa décision).

L’expertise a été faite par une psychologue, clairement d’obédience psychanalytique et clairement en faveur du père.

Voilà des extraits de cette expertise:

L’autisme de Léonard semble un point extrêmement sensible; en effet, dans une attitude très défendue, Mme Hamon n’explique cette pathologie que dans sa dimension neurologique et génétique.

Or, l’état actuel de la science n’exclut pas, dans la survenue de l’autisme, un trouble de la relation mère-enfant. Nous ne sommes pas en mesure de poser la moindre hypothèse sur l’étiologie de cette pathologie pour Léonard, mais nous avons noté la véhémence, voire l’animosité, de Mme Hamon envers toute position théorique divergente de la sienne. Elle ne peut envisager le moindre questionnement sur son fonctionnement psychique et autour des liens instaurés avec son fils.

Nous devons reconnaître ses bonnes dispositions maternelles mais elle est peut être trop exclusive en tant que mère.

Bien entendu, ce point n’est pas au centre de notre intervention, mais il nous a semblé révélateur du fonctionnement de Mme Hamon. Ainsi, à la suite de ce positionnement, s’est organisé un ensemble de comportements et d’intervention très actives voire militantes pour que Léonard soit suivi par des organisations spécialisées et qu’il reste scolarisé dans les établissements de secteur.

Nous voyons une analogie dans la façon dont Mme Hamon appréhende la maladie de son fils et la façon dont elle conçoit la paternité…

[Le père de mon deuxième enfant] n’ose formuler ouvertement les angoisses qui le préoccupent: comment vont s’instaurer les liens mère-enfant pour son propre fils, et y a-t-il des risques pour qu’il [notre bébé] développe une pathologie et des troubles du comportement tels ceux de son frère?

Bien évidemment, nous ne risquerons pas à des hypothèses étiologiques quant à la pathologie spécifique de Léonard, mais il nous semble important de tenir compte des inquiétudes et des angoisses de Mr A. [le père de mon deuxième enfant], formulées à demi-mot, sur le développement psychologique de son fils.

Une résidence alternée a été mise en place pour Ismaël alors qu’il n’avait pas 18 mois, qu’il avait toujours vécu avec son frère et moi (puisque son père et moi nous sommes séparés quand il avait 3 mois), que je suis en congé parental et donc à la maison, alors que son père travaille et que son lieu de travail est à 65 kilomètres de son lieu d’habitation.

J’ai googlisé le nom de la juge: son ex mari est psy.