Ma quête au pays de l’autisme a débuté il y a un peu plus d’un an, et j’ai l’impression d’être au commencement d’un très long chemin.
J’ai eu envie de faire le point à travers ce texte en retraçant les différentes étapes-clés traversées au cours de cette première année. Le but est également de vous faire partager les petits trucs qui m’ont permis, et me permettent encore chaque jour, de garder la tête hors de l’eau.
Étape 1: L’abandon des préjugés
Mea culpa à toutes les personnes autistes et leurs proches, mais j’avais une vision plutôt tronquée et réductrice de votre réalité.
J’imaginais qu’une personne autiste était comme enfermée dans un monde auquel personne n’avait accès et qui n’avait pas conscience du monde qui l’entourait.
Cette image a, sans nul doute, retardé ma prise de conscience du handicap de petit Tom, qui peut se montrer si présent et curieux de son environnement. C’est après de nombreuses recherches sur le sujet que j’ai réalisé qu’il y avait autant d’autismes que d’autistes…
Ma première étape sur le chemin de l’acceptation consiste donc en l’abandon de l’image caricaturale que j’avais de ce handicap. Elle est difficile à traverser, mais se révèle tous les jours de plus en plus cruciale pour l’avenir de petit Tom.
Étape 2: S’informer avec suspicion
Dès mes premiers soupçons, j’ai été atteinte d’une véritable boulimie documentaire. J’ai lu tout ce qui me tombait sous les yeux et je me suis vite rendue compte qu’il était parfois difficile de faire la part des choses entre ce qui est vrai et ce qui est faux sur l’autisme.
Une pédopsychiatre m’a affirmé un jour qu’un enfant autiste avec un quotient intellectuel normal était incapable de fréquenter une école ordinaire. J’ai réalisé par la suite qu’elle avait tort: certains enfants autistes en sont capables et le font. Alors, pourquoi décourager les parents avant même que leur enfant n’ait essayé et, surtout, avant même que leur enfant ne soit en âge d’être scolarisé?
Depuis cette mésaventure, je prends toutes les informations qui m’arrivent avec prudence et je n’hésite pas à les confronter à d’autres.
Je tiens à préciser qu’actuellement j’ai confiance dans le corps médical que j’ai choisi (pédiatre, neuropédiatre, nouveau pédopsychiatre…). Il est important de s’entourer de spécialistes, même s’il faut garder à l’esprit que les médecins ne sont pas à l’abri d’une erreur et qu’on est loin de tout savoir sur l’autisme actuellement.
Étape 3: Reprendre confiance en soi
Quand j’ai réalisé que Tom est autiste, j’ai culpabilisé de ne pas avoir détecté plus tôt que son comportement n’était pas celui d’un enfant neurotypique. Il m’a fallu de nombreux mois avant que je ne fasse à nouveau confiance à mon intuition de maman. J’avais tellement peur de me tromper à nouveau…
Et pourtant, avoir confiance en moi est essentiel car je suis incapable de choisir ce qu’il y a de mieux pour mon enfant si je ne me sens pas « en communion » avec lui.
Chaque jour, je me répète que les professionnels qui s’occupent de Tom ont leurs spécialités, et qu’il est important d’écouter leurs avis, mais qu’en définitive les seuls spécialistes en « petit Tom » ce sont nous, ses parents. Personne ne le connaît aussi bien, et les décisions finales nous reviennent. À nous de choisir les bonnes…
Étape 4: Trouver un juste milieu entre rester réaliste et positif
« Tom est autiste. L’autisme est un handicap, ce qui veut dire qu’il ne guérira jamais. Il gardera ses traits autistiques toute sa vie et il lui faudra peut-être, en plus, gérer d’autres troubles associés à son handicap. »
Tout ça est bien rentré dans ma petite tête mais en quoi est-ce représentatif du futur de mon enfant? À quoi dois-je m’attendre? Personne ne peut me le dire… J’essaie donc de vivre au jour le jour en appréciant tous ses progrès, tout en gardant à l’esprit qu’un enfant autiste peut évoluer vers le meilleur comme le pire. Finalement, je me dis que c’est à la fois un avantage et un inconvénient de l’autisme: personne ne peut vous garantir quoi que ce soit sur les progrès de votre enfant à court, moyen et long terme. Et si rien n’est figé, tout est encore possible… J’ai d’ailleurs constaté que le mot fétiche chez tous les intervenants de Tom est « peut-être ».
Et puis, je me dis aussi que si Tom avait été neurotypique, j’aurai nourri de grands projets pour lui sans pour autant en devenir malade s’il ne les avait pas réalisés. Ca fait partie du plaisir d’être parents que de pouvoir projeter ce qui nous semble être le meilleur pour le futur de notre enfant.
Étape 5: Réaliser qu’on peut être handicapé et heureux
Une des étapes les plus importantes! Tous les jours, quand je vais réveiller Tom et que je le vois me faire ses gigantesques sourires, je sais qu’il est très heureux. Avoir un enfant autiste m’a fait réaliser que le bonheur n’était pas uniquement cette image préformatée que la société nous renvoie en permanence (beau, riche et de beaux enfants sans handicap). On peut être handicapé et heureux, ou parent d’handicapé et heureux (même si ça rend la vie plus difficile). Chaque fois que je le regarde ou que je pense à lui, je sais que mes sentiments pour lui n’auraient pas été plus intenses s’il avait été neurotypique.

Quand on commence une quête, c’est qu’on est à la recherche de quelque chose. Comme vous vous en doutez, ma quête est loin d’être finie car ce que je recherche c’est un Tom autonome, heureux et épanoui à l’âge adulte. Il y aura encore de nombreuses étapes à traverser… Les deux mots de la fin seront donc « carpe diem ».
J’ai laissé déjà un commentaire sur votre page facebook. Ici aussi ça fait 1 an que nous avons le diagnostic de notre garçon ! Et 1 semaine celui de la plus jeune.
Qu’est-ce qu’on peut ajouter de plus à un message si réaliste. Chaque étape nous l’avons tous traversé.
Le cliché… mon garçon a comme diagnostic autisme sévère… (un peu plus sévère que l’autisme de kanner)… il n’a pourtant aucune déficience intellectuelle et avant deux ans il ne cadrait « pas tant que ça » dans le cliché. Il souriait, on pouvait jouer à coucou avec lui il adorait et riait aux éclats. Il était si heureux, alors que partout on lit que l’autiste est triste ??? a des yeux vides ??? est dans sa bulle et se balance dans un coin. Mon gars n’était donc pas autiste voyons, ses yeux sont loin d’être vide et ils sont remplis d’une brillance et d’émotions incroyable ! Mon gars aimait ce qui tourne et lumineux mais ne fixait pas encore à ce moment les fans… ne passait pas des heures à faire tourner des roues. Avant 2 ans il était plus lent sur la compréhension, le langage, mais n’avait pas de signes évidents. D’ailleurs les études démontrent que les signes plus classiques (flapping etc..) apparaissent entre 2 et 3 ans ce qui a été le cas de mon garçon. Je suis tellement contente aujourd’hui de connaitre ce monde particulier justement pour avoir un regard différent sur tous ceux qui vivent avec un enfant handicapé. Mon regard n’est plus si triste comme avant parce que je sais que ça peut nous apporter beaucoup. On a aussi beaucoup appris sur les différences dans les TED… ils sont tous aussi différents qu’un enfant neurotypique.
L’information… les spécialistes ne nous ont pas fait ce coup là. Ils ont été super. On nous a bien dit que lors de l’évaluation c’est comme une photo prise del ‘enfant à ce moment. Qu’il ne faut pas projeter ça dans le futur en pensant que notre enfant n’arrivera à rien… seul le futur nous dira ce qu’il l’attend mais on doit avoir confiance qu’ils peuvent faire de grandes choses. Par contre mon conjoint au début des démarches lisait trop sur Internet et y ressortait plein d’histoires d’horreur. Il a vite compris que ce n’était pas une bonne idée et que ce n’est pas nécessairement ce qui attend nos enfants.
La confiance comme j’ai dit sur facebook, ce n’est pas qu’on a rien vu avant nécessairement, c’est qu’on a eu confiance en notre enfant…
Bien sûr que les enfants peuvent être heureux dans leur condition. C’est sûr que chaque enfant autiste (ou TED) est différent .. pour certains par leur particularités c’est plus difficile que d’autres, mais ils ont tous leurs moments de pur bonheur et en tant que parent nous sommes les meilleurs placés pour savoir ce qui les rends heureux… même si parfois c’est une chose banale et tout à fait hors norme !!!
C’est un beau message à véhiculer… bravo !
Annie
http://www.ou-est-tommy.blogspot.com
Je trouve ton texte très intéressant et plein de bon sens. Grosso modo, car mon parcours est différent puisque Nicolas a été diagnostiqué à 10 ans, j’en suis à l’étape 4. Pour l’étape N°5, tous les jours, je me pose la question à savoir si Nicolas est heureux malgré son handicap. Je me réconforte en le voyant rire mais est ce vraiment de la joie, du bonheur. Quant à moi, je dis encore que je ne suis pas malheureuse mais pas heureuse non plus.
Ton petit Tom est très mignon comme tous nos enfants d’ailleurs.
Merci Véronique. Actuellement, je suis sûre que Tom est heureux et j’espère qu’il le restera en grandissant. Je me dis que ça doit être plus difficile quand les enfants commencent à avoir conscience de leur handicap… Tom ne semble pas encore avoir conscience de sa différence. Tu as déjà posé la question à Nicolas de savoir si il était « globalement » heureux? Sur les photos du blog, il semble à la fois épanoui et bien dans sa peau…
Est ce que mon fils est heureux et a t il conscience de sa différence. Ce sont deux questions que je me pose depuis des années. Nicolas a 10 ans mais je ne pense que qu’il soit conscient de son handicap. Je me dis qu’à l’inverse, il doit penser que ce sont les autres qui sont bizarres. Effectivement, mon fils rit beaucoup et chante toute la journée, ce qui est un signe de bonheur, c’est sur enfin je me rassure avec cela. Quand je lui pose la question, il me dit oui mais je ne crois pas qu’il comprenne.
Toutes tes étapes sont tellement vraies, et me renvoie aux miennes.
Pour Maëlys aussi, la seule chose dont je suis sûre, c’est qu’elle est heureuse de vivre, et ça pour moi, c’est énorme…
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Merci Kristel pour cette expérience que tu partages avec des mots si justes. Je suis Papa d’un petit Ethan (5 ans) qui rencontre les mêmes difficultés, mais il progresse énormément grâce au soutien qu’on lui apporte. Il ne parle pas encore mis à part quelques bribes mais il est aujourd’hui bien conscient de son environnement et sait interagir avec lui. Quand on est à l’écoute et qu’on aide son enfant à progresser les choses s’améliorent toujours et puis question amour, mon petit Ethan a déjà tout compris de la vie, bien plus que d’autres enfants « normaux » à son age. Je l’aime mon trésor!!!