Julia VukovicEn cette période de rentrée scolaire, les parents d’enfants handicapés sont plutôt démoralisés: quand on sait que 80% de nos enfants ne sont pas scolarisés, qu’il n’y a pas de place dans les écoles pour eux, qu’on nous sort systématiquement de bonnes vieilles excuses pour ne pas les intégrer et que notre seule solution est de les garder à la maison, les désocialisant encore plus, on n’a pas vraiment le coeur à la fête.

Si comme moi vous avez la chance d’avoir un jeune enfant qui va encore à la maternelle, vous avez peut-être l’espoir de le voir intégré l’école pour quelques heures par semaines, et vous en êtes tout heureux.

Mais vous savez aussi, que cela ne durera que quelques années, puis qu’arrivé à l’échéance des 6/7 ans, n’ayant pas le niveau (ben oui, on peut pas rattraper un niveau si on ne va à l’école que quelques heures par semaines), on va vous proposer un aller simple pour l’IME (où il n’y a pas de place) ou, dans le meilleur des cas, la CLIS.

Mais pour ceux qui voudrait avoir un peu d’espoir, il y a aussi des rentrées placées sous de bons augures. Il y a aussi des enfants autistes qui peuvent, en France, avoir leurs droits respectés et les meilleures conditions requises pour leur scolarité. Je le sais, ça m’est arrivé.

Quand Samuel est entré à l’école, à 3 ans, il était non verbal,  très limité dans ses apprentissages, et scolarisé avec une EVS non formée pour quatre heures par semaine . En cours d’année, après de nombreuses réunions avec l’équipe et l’enseignant référent, on a obtenu qu’il puisse aller à l’école deux matinées en moyenne section. De notre côté, nous avions commencé une prise en charge comportementale, et les progrès de Samuel étaient exponentiels.

À la rentrée en moyenne section, Samuel commençait à parler, mais surtout, il avait fait de gros progrès en compétences scolaire. Néanmoins, le fait d’avoir une équipe enseignante non formée à son handicap, et une EVS complètement démunie, l’ont limité.  De mon côté, j’ai joué de mon charme auprès de l’enseignante référent pour que notre psy ABA puisse avoir accès en classe afin d’aider la maîtresse.  Et à force de persuasion, et surtout grâce aux énormes progrès de Samuel, nous avons pu engager un dialogue avec l’IEN.

D’habitude, l’IEN est plutôt réticent à faire le moindre effort pour les enfants autistes. L’éducation nationale a une grosse tendance à refiler le bébé aux institutions à grands coups de: « votre enfant n’a pas les compétences  pour continuer une scolarité normale », ou « nous n’avons pas les moyens de recruter plus d’AVS », ou « votre enfant serait plus à son aise dans un IME », et j’en passe.

Nous nous attendions à un accueil plutôt froid. Mais quand nous avons évoqué la possibilité d’une convention entre notre psychologue, son association (reconnue  et chaperonnée par une université) et l’IEN , les responsables nous ont directement donné leur accord verbal.

Ahaha, un accord verbal, ce n’est pas un document signé, me direz-vous! Et vous n’avez pas tort. Il nous a fallu sept mois, sept longs mois pour que la convention soit rédigée, modifiée, puis validée par les deux partie. Mais ça en valait la peine. Car plutôt que de limiter la convention à notre fils, l’Education Nationale l’a passée pour tout les enfants pris en charge par cette association dans notre département. Et cette convention permet à nos intervenants, ainsi qu’à nos psychologue ABA, d’aller en classe pour guider l’équipe et le travail de nos enfants.

Je ne vous cache pas que j’ai longtemps douté de la bonne volonté de l’Education Nationale, et que j’ai dû jouer de mes relations et de mon charme pour amadouer certain « dragons ». Mais j’ai surtout été surprise de l’accueil de notre projet par les responsables de l’IEN. Ils ont fait preuve d’ouverture d’esprit, d’initiative et d’empathie. Et cela me fait penser que, tel un chemin de dominos, si tous les parents arrivent à inverser les mentalités sur l’autisme, petit à petit, nos enfants pourront être accueillis dans les meilleures conditions à l’école de la République.

Comme Samuel, qui va aller tous les jours à l’école avec son intervenant (que l’éducation nationale à embauché comme AVS particulière). Samuel, dont la maîtresse pourra inviter la psychologue en classe pour qu’elle l’épaule et qu’elle la guide. Samuel, qui a depuis cette semaine la possibilité de faire une scolarité dans les meilleures conditions, et peut-être d’intégrer un jour le CP .

Alors, pour tout les parents qui sont déprimés par cette rentrée scolaire, voici un petit exemple de ce qui pourrait ce passer partout en France si tout le monde voulait y mettre de la bonne volonté. C’est possible à certains endroits, et cela devrait être généralisé partout, car finalement tout le monde est gagnant. C’est pourquoi il faut continuer à lutter pour changer les mentalités. Jouez de vos charmes, utilisez vos connaissances, montrez aux autres que l’autisme et l’école peuvent très bien cohabiter et s’enrichir mutuellement. Avec un peu de chance, l’année prochaine ils seront 30% à aller à l’école, et l’année d’après 40%, etc.