J’essaye d’être une bonne mère. N’en déplaise aux psychanalystes, je fais de mon mieux pour gérer mes nombreuses casquettes de mère, d’épouse, d’employée et d’amie.

J’ai trois fils, plutôt sympas dans l’ensemble, et j’ai vraiment voulu de toutes mes forces préserver un temps pour chacun. Bien sûr je passe plus de temps avec Samuel. Il en a plus besoin. J’ai pu l’expliquer à son grand frère, qui l’a plutôt bien pris malgré quelques accès de jalousie. Je ne peux pas l’expliquer au petit,  mais je crois qu’il a bien compris la situation car il est extrêmement jaloux et possessif. Pour mon homme c’est une autre paire de manches, il nous faut garder un couple fort et fonctionnel, donc on est « obligé » de renforcer les liens de temps à autres.

Comme la plupart d’entre vous je suis fatiguée, que dis-je, lessivée par toutes mes obligations de « femme presque parfaite ». Je me suis donc octroyée des « temps morts » afin de ne pas sombrer dans le burnout. Mon homme m’a rejoint dans mes « temps morts » et nous avons commencé à partager des moments de glandouille très salvateurs!

Et nos monstres, pendant ces « temps morts », que devenaient-ils? Mon grand s’abrutissait joyeusement sur les jeux vidéos, le petit faisait une sieste réparatrice et Samuel stéréotypait vigoureusement.

Mes « temps morts » ont pris de plus en plus de place le week-end, et j’y trouvais l’excuse d’une semaine trop chargée, des multiples responsabilités, du besoin de boire un café au calme, de lire un chapitre ou de me vernir les ongles de temps en temps. De quelques minutes, ils sont devenus des heures, reposantes heures où mon fils s’enfonçait dans ses mauvais comportements par ennui.

Et puis un dimanche, des « amies-mamans-d’autistes » sont venues à la maison. On parlait en buvant un café, cool, un « temps mort » bienvenu, lorsque j’ai vu mon amie nous quitter pour aller jouer au tennis avec une tapette à mouche afin que son loulou ne sombre pas dans sa stéréotypie. C’est tout bête, mais ça m’a mis une claque. Parce que j’ai réalisé que je ne jouais pas assez avec mon fils au profit de tout mes « temps morts », et qu’il était mille fois moins stimulé que le sien.

J’ai réalisé que pour avoir les résultats qu’elle obtenait, il fallait que je m’implique encore plus et que je me mette un bon coup de pied aux fesses. Que si je ne me bougeait pas, ce n’est pas les cinq ou six heures de prise en charge par semaine qui allaient rendre mon fils autonome et intégré. Que mon fils avait besoin de moi aujourd’hui, et pas demain, et que mon petit confort de vie devait être complètement bousculé.

Je ne veux plus me contenter de dire: « je n’ai pas l’aide qu’il faut », c’est à moi de prendre les choses en main, de ne pas être la victime d’un système, mais l’actrice du bien-être de mon fils. Je ne peut pas me contenter d’être une bonne mère, je dois être une « super mère ».

La prise de conscience du travail que j’avais encore à faire et du chemin à parcourir m’est facilité parce que j’ai un mari qui m’épaule, et des amies sur Autisme Infantile qui me soutiennent. J’ai aussi la chance d’avoir un exemple à suivre (qui se reconnaitra en lisant ces lignes), et cet exemple me porte encore mieux que tout les discours culpabilisants, car il m’a prouvé qu’en s’impliquant, en travaillant d’arrache-pied, on a de merveilleux résultats, qui permettront plein de « temps morts » dans les années à venir.