Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler de ma plus grande peur.

J’ai appris hier que Sébastien, un jeune autiste de 16 ans, qui avait disparu suite à une sortie en montagne avec sa classe spécialisée, a été retrouvé mort de froid, au bout de quatre jours de recherches. Il avait retiré ses vêtements parce qu’il ne supportait pas d’être mouillé.

Je mets de côté toute l’horreur que j’ai ressenti à cette nouvelle, elle n’est rien face à la douleur des parents de Sébastien. Je vous dirai seulement que c’est ce type de drame qui me fait le plus peur: que l’un de mes enfants meure seul, sans réconfort , perdu, sans que je puisse faire quoique ce soi pour le protéger, le défendre, l’aimer. Encore plus s’il s’agit de Samuel.

Samuel est fort physiquement, une vraie carrure de rugbyman, mais paradoxalement c’est le plus fragile de mes trois garçons. Il ne sait pas dire son nom, ni son adresse. Il est ultra naïf, il est désarmé face au danger. Et avec notre magnifique système de prise en charge à la française, ce n’est pas prêt de changer.

Suite à ce drame, j’ai réalisé que je travaille dur avec Samuel sur la verbalisation, les règles de vies en société, les apprentissages divers… mais je ne lui ai pas appris à se protéger, à survivre. Alors oui, j’ai pris la décision de coller une étiquette sur chacun de ses vêtements, et de lui faire graver une gourmette avec son nom et notre numéro au cas ou il se perdrait. Mais encore faut-il que quelqu’un le trouve!

Il est encore jeune, les gens le prendront en pitié, mais quand il aura 16 ans, qu’il fera 1 mètre 90 et 80 kilos, avec un comportement « bizarre »… qui voudra aller vers lui? Surtout s’il ne veut ou ne sait pas aller vers les autres, s’il est non verbal, qui voudra l’aider? N’avons-nous pas appris à nous méfier des gens « anormaux », ne les évitons-nous pas?

Bref, que se passera-t-il si un jour nous manquons de vigilance et qu’il se perd?

Je ne peux m’empêcher de me dire qu’avec une bonne prise en charge, on aurait pu apprendre à ce jeune homme à ne pas s’éloigner du groupe, à demander de l’aide aux autres, à ne pas retirer ses vêtements dehors quand il fait froid, même s’il sont humides, à retrouver sa route, enfin, à survivre…

J’espère que nous trouverons tous un moyen pour que ce genre de chose n’arrive plus, et que ce jeune homme autiste soit le dernier à mourir de froid, perdu, seul, fragile.