Nous sommes donc le 4 mai 2011. Nous nous présentons à notre premier rendez-vous avec le Dr Cohen, pédopsychiatre, spécialisée en autisme et TED.

Nous attendons dans la salle d’attente, puis celle-ci vient nous chercher. J’avoue avoir une boule au ventre durant cette attente…

Nous lui transmettons les résultats de l’EEG que Thomas a passé à l’Hôpital Trousseau. Elle est douce, calme et gentille. La consultation débute avec une batterie de questions sur l’évolution de Thomas depuis sa naissance: le déroulement de ma grossesse, l’accouchement, l’âge des acquisitions, ses comportements, son sommeil, son alimentation, ses relations aux autres, ses activités à la maison, ce qu’il aime faire, ce qu’il a du mal à faire, ce qu’il semble comprendre, l’évolution de son langage, si il présente des comportements « étranges » (je pense qu’elle faisait allusion aux stéréotypies et flapping), si nous avons remarqué un décalage dans son développement par rapport au développement de sa sœur aînée, âgée de 13 mois de plus que lui…

Nous lui parlons de notre parcours antérieur avec le CMP, l’informons que nous souhaitons le quitter pour nous tourner vers le libéral. Elle nous demande ce que le CMP pense de l’état de Thomas, et qu’est-ce qui a été mis en place depuis notre premier rendez-vous avec eux. Nous lui parlons donc de la fameuse épilepsie (qui la laissa sacrément dubitative) et de dysharmonie du développement, de retard global du développement et d’enfant hétérogène. Elle fait les yeux ronds…

Pendant ce temps, mon fils joue tranquillement avec les jouets mis à disposition, et est plutôt calme (pour une fois). Sa soeur est présente et tout les deux vaquent donc à leurs occupations.

Je remarque que cette pédopsychiatre ne nous pose pas dix-mille questions autour de notre vie personnelle. Elle est centrée sur Thomas, sur son évolution et son développement, et uniquement cela. Elle semble efficace et pragmatique.

Mon mari semble très à l’aise avec elle. Lui qui, au CMP, ne décrochait pas un mot, car il en avait ras le bol qu’on psychanalyse notre vie privée, là, il y va, il parle, parle, parle. Il exprime ses craintes, ses doutes, ses interrogations…

Tous les deux, pour la première fois, on se sent écoutés et surtout, on se sent compris dans nos difficultés quotidiennes avec notre enfant.

Thomas semble aussi apprécier ce médecin. Elle est douce et gentille, tout ce qui convient à mon bonhomme. Du coup, il lui fait comprendre en l’appelant « maman » qu’il veut monter sur ses genoux. Elle sourit et le prends sur elle. Elle lui donne une feuille et des crayons. Mon bonhomme voit tant de belles choses sur ce bureau qu’il pourrait trifouiller, manipuler… On tente de canaliser notre petite pile, du coup, mais elle nous dit « laissez-le faire, je veux voir justement son comportement et ses réactions, n’intervenez-pas. ».

Puis elle l’observe, et lui pose des questions, attends ses réponses. Thomas voit de bien jolies choses sur sa cheminée, alors il les pointe du doigt pour lui montrer. Elle est contente de constater que Thomas pointe bien du doigt et le note immédiatement sur son rapport.

Elle observe son comportement, remarque que Thomas a beaucoup d’écholalies, de stéréotypies, d’impatience entrainant frustration et crispation (il mordra son bureau à pleine dents à un moment donné, à cause de cela). Elle remarque son côté impulsif, son goût très prononcé pour sa porte (qu’il tentera d’ouvrir durant une bonne partie de la séance avec les clés de la pédopsy). Elle constate que Thomas commence à parler, et qu’il regarde dans les yeux. Elle constate cependant que Thomas a pas mal de difficultés motrices. Elle nous dit aussi que Thomas semble avoir une « précocité » associée dans certains domaines particuliers  (à ce qu’elle apercevait durant la consultation, à sa manière de jouer et de réfléchir).

Nous l’informons que la crèche nous disait régulièrement que Thomas était « largement en avance » sur toutes les activités intellectuelles (puzzles, encastrements, jeux de lettres et chiffres). Le CMP avait aussi eu cette constatation.

La fin du rendez-vous approche, je me sens sereine, car j’ai vu que mon fils lui avait montré qu’il pointait bien du doigt, il était allé lui faire un câlin, et il avait dit quelques mots en la regardant dans les yeux. Donc, pour moi, c’était bon, on allait me parler d’autre chose que de troubles de la sphère autistique. Parce que oui, je m’étais rendu à cette consultation avec l’espoir qu’une professionnelle de l’autisme me réfute cela de but en blanc…

Soudain, elle réfléchi et se replonge dans les quatre pages de notes qu’elle a pris durant la consultation. Plus un bruit (hormis les enfants) dans son cabinet.

Elle finit par relever la tête et prend la parole. Elle nous regarde, et nous dit que, selon elle, au premier abord, elle pense que notre fils Thomas souffre d’autisme dit atypique. Qu’il s’agit d’une forme d’autisme, et qu’il est désormais urgent que Thomas passe tous les bilans, et qu’un accompagnement soit mis en place le plus vite possible. Thomas ayant 3 ans, nous avons toutes les chances de le faire évoluer si on y va à fond.

Elle nous prescrit les premiers bilans à faire (orthophonique, psychomoteur, neurologique) pour qu’elle puisse poser son diagnostic, et que l’on monte tout les dossiers (MDPH et AJPP). Elle nous informe que nous devons nous revoir, une fois tout ceci passé. En attendant, elle nous conseille de nous rapprocher d’associations autour de l’autisme près de chez nous.

Elle nous informe qu’à partir de ce jour, elle prend en charge Thomas si on le souhaite, mais qu’il faut cependant que nous éclaircissions notre situation par rapport au CMP, car il ne pourra surement pas y avoir de prise en charge en doublon.

À nous de faire notre choix désormais.