Adam pleure. Il pleure le matin, l’après-midi, le soir et encore la nuit. C’est un enfer. Rien ne semble le calmer, ni les câlins, ni le bain, ni les promenades. La nourriture constitue une exception mais je ne peux pas passer mes journées à le nourrir pour qu’il se calme. Il a déjà doublé son poids de naissance à deux mois! Que dire maintenant qu’il en a six? Qui est donc ce bébé qui ne ressemble en rien à son frère quand il avait le même âge?

À force de passer des nuits blanches, je suis épuisée. Je n’ai plus envie de rien, sauf de dormir et d’avoir la paix, de ne plus l’entendre. Je finis par mettre Adam dans son transat tous les soirs et je le fais dormir dans l’entrée, en fermant soigneusement toutes les portes. C’est la seule façon d’atténuer ses pleurs mais pas de les faire cesser. Comble de l’horreur, je finis par prendre littéralement Adam en grippe et je ne veux plus m’en occuper. Je le « délègue » à son papa et me concentre sur Axel, son frère aîné.

Et puis, un peu avant Noël, Adam finit par un peu mieux dormir, et surtout, il cesse de pleurer. Je me dis que tout est rentré dans l’ordre. Accalmie de courte durée car ses troubles du sommeil ressurgissent peu de temps après. Un soir, je craque et je décide d’emmener Adam sur le balcon pour ne plus l’entendre. Fort heureusement, son père a eu la présence d’esprit de m’arrêter et Adam a retrouvé son lit immédiatement. Mais c’est dire dans quel état je me trouvais.

Je me disais que les grandes vacances allaient me faire du bien, que je profiterais de mes deux enfants, surtout que je partais seule avec eux. Leur papa venait de trouver du travail et ne pouvait pas partir.

Ce mois de congé a été terrible. J’ai pris le temps d’observer Adam, dont le comportement m’étonnait depuis quelques semaines: pourquoi donc ne tournait-il pas la tête quand je l’appelais, y compris lorsque je criais, alors que le générique de son dessin animé préféré lui faisait immédiatement regarder la télévision? Quelle était donc cette manière de jouer qui n’en était pas une et qui consistait à passer tous les jouets qui se trouvaient devant lui derrière lui, sans prendre le moindre intérêt à les regarder, les toucher et les utiliser? Et puis, pourquoi mon bébé ne mettait-il jamais sa tête au creux de mon épaule, pour me faire un câlin? J’avais l’impression de le laisser complètement indifférent lorsque je le prenais dans mes bras pour l’embrasser.

À la fin du mois de juillet, j’avais pris ma décision: je prendrais rendez-vous avec la pédiatre dès la fin des vacances pour lui faire part de mes inquiétudes. Quelque chose n’allait pas; Adam venait de fêter ses 13 mois.

« Ne vous inquiétez pas, chaque enfant a un développement différent ». C’est par cette affirmation que s’est conclu mon rendez vous médical du mois de septembre suivant. Sur mon insistance, ma pédiatre me communique quand même les coordonnées d’un audiomètre, « si cela peut vous rassurer, mais Adam n’est pas sourd ». La surdité! Je ne voyais que cette cause pour expliquer le comportement bizarre de mon fils.

Au mois d’octobre, impossible de faire les examens en cabinet de ville, Adam est trop agité. Il faut aller à l’hôpital pour faire un potentiel évoqué auditif; le rendez-vous est donc pris pour le mois de janvier. Le seul problème (et il est de taille), c’est qu’il faut qu’Adam soit endormi. Le médecin compte donc sur ma mère et moi-même pour lui faire faire la sieste. L’après-midi est une horreur, Adam refuse de se coucher, hurle, se débat, bref, il refuse de dormir. À bout de force, et aux côtés du médecin qui nous a fait sortir, il finit par s’endormir et l’examen est pratiqué. Je suis désappointée à la lecture du compte-rendu: Adam n’est pas sourd, il entend même parfaitement bien.

Adam a maintenant 19 mois et j’ignore ce que signifie son comportement qui empire de jour en jour. En effet, maintenant qu’il marche, il s’est mis à tournoyer sur lui-même depuis plusieurs semaines et peut faire le tour de la table basse de la salle à manger sans s’arrêter une heure durant. Sa seule distraction consiste à battre des bras quand il semble content. Ajoutons à cela qu’il ne regarde personne en face, et qu’il se contente de regards périphériques, et le tableau est complet.

Je prends sur moi de consulter un psychiatre, puisque ma pédiatre ne semble pas convaincue qu’il y ait un problème. Après avoir observé Adam une vingtaine de minutes, il me regarde et me dit que mon fils souffre d’un trouble très grave, qu’il est autiste. Je suis abasourdie et quitte précipitamment son cabinet les larmes aux yeux. Comment peut-on poser un tel diagnostic après seulement quelques minutes? Adam n’est pas autiste, c’est impossible, c’est mon fils. Je prends rendez-vous avec le service de psychopathologie de l’enfant à l’hôpital Robert Debré à Paris pour avoir un diagnostic.

Nous sommes au mois de mai 2005, Adam a 23 mois.