On sait que la triade autistique, qui est observable avant les trois ans de l’enfant, se caractérise par une altération des interactions sociales, une anomalie grave dans la communication ainsi que par des intérêts restreints et des comportements répétitifs.
Lorsque j’avais lu le livre de Bernadette Rogé, Autisme, comprendre et agir, j’avais été frappée par l’une de ses remarques concernant le jeu symbolique des enfants autistes. Elle expliquait que l’imitation à caractère social se mettait difficilement en place et que les jeux symboliques du « faire semblant » étaient absents ou apparaissaient tardivement chez l’enfant autiste.
Madame Rogé ajoutait que lorsque le jeu d’imitation était présent, car appris après avoir vu l’adulte (ou l’enfant, selon moi) réaliser une activité, il gardait un aspect répétitif et peu créatif. Et de citer le cas de l’enfant autiste ayant appris à donner à manger à la poupée et ne pouvant pas varier son comportement lorsqu’on lui demande de donner à boire.
En y réfléchissant, je m’étais rendue compte qu’Adam n’avait effectivement jamais joué à un jeu d’imitation, alors que dès ses deux ans, son frère aîné avait réclamé un déguisement de Spiderman, puis de chevalier, un garage, un petit train… L’énumération est sans fin tellement sa chambre est remplie de jouets.
À ce moment-là, Adam avait trois ans et il ne jouait à rien, si ce n’est prendre des petites voitures pour faire tourner les roues. Son jeu était non conventionnel, quelque soit le jouet utilisé.
L’accès au jeu symbolique s’avère ainsi particulièrement difficile pour les enfants autistes car l’une de leurs grandes difficultés est l’imitation des autres, qui trouve son origine dans l’anomalie de la communication. Se déguiser s’avère donc souvent impossible pour un enfant autiste, alors que pour les enfants neurotypiques, c’est un loisir très apprécié.
Adam n’a pas échappé pas à la règle jusqu’à une période extrêmement récente. Le carnaval de l’école s’est déroulé sans lui trois années consécutives, puisqu’Adam se sauvait dès qu’il voyait le déguisement arriver. Lorsqu’enfin on parvenait à lui mettre un chapeau, il l’enlevait avant même que la photographie ait pu être prise.
À la maison, Adam avait accepté une seule fois de mettre le déguisement du personnage de Scream en 2007 et un chapeau de mousquetaire la même année, sans initier le moindre jeu. Il s’agissait juste d’une tenue vestimentaire qu’il avait bien voulu enfiler. C’était tout, mais je me disais que c’était toujours mieux que rien.
Adam nous signifiait que se déguiser n’avait aucun sens pour lui. Il était Adam et personne d’autre.
Pour le carnaval de l’école de cette année, j’avais quand même demandé à ma mère de venir voir Adam avec son appareil photo, sait-on jamais… La surprise a été de taille. Non seulement Adam avait passé son déguisement de chevalier, préparé en classe, mais il portait également sa couronne! Il s’est laissé photographier.
Le lendemain, à la maison, Adam a spontanément pris son déguisement pour le mettre car il voulait se bagarrer avec son frère, avec des épées souples qu’il était allé chercher. Adam a tout simplement voulu jouer au chevalier, comme n’importe quel petit garçon neurotypique de son âge.

J’en conclus qu’Adam a fait des progrès importants en matière d’imitation et de communication au cours des derniers mois et qu’il a désormais accès au jeu symbolique. J’avais d’ailleurs remarqué que son imaginaire se développait au regard des dessins qu’il produit depuis le début de l’année.
Nous « fêterons » le mois prochain les cinq ans de prises en charge d’Adam. Le travail a été très long et parfois douloureux mais la persévérance paie: les résultats sont là et nous n’allons pas nous arrêter en si bon chemin.
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