J’ai voulu avoir deux enfants rapprochés pour qu’ils puissent être très liés. Et puis, je m’étais dit que tant qu’à être dans les couches une fois, autant l’être une deuxième fois. Axel et Adam ont donc 19 mois d’écart: l’un est de la fin de l’année 2001, l’autre du mois de juin 2003. Parfait, m’étais-je dit, ils auront deux classes de différences. Si jamais Axel venait à redoubler, il serait toujours dans une classe supérieure à celle d’Adam. Bien entendu, mes deux fils seraient les plus beaux, les plus intelligents et les plus grands… Projets classiques de tout parent.

Six ans après, je n’ai plus vraiment de projet à long terme, tout du moins pour Adam. Je prends mes décisions en fonction de ses progrès, notamment pour l’école.

Axel a encore du mal à se faire à l’idée que son petit frère n’ira jamais au CP.

À la maison, Axel est très attentionné avec son frère. Mais en public, il est souvent désagréable avec lui, même s’il n’ose pas réellement l’affronter physiquement car il sait qu’il aurait le dessous (Adam pèse dix kilos de plus que lui et il est aussi grand). Il se moque fréquemment de son petit frère devant ses copains parce qu’il ne parle pas, le traitant de nul.

Je le reprends systématiquement, j’essaie de discuter avec lui de ce que signifie l’autisme et qu’Adam bénéficie de quelques mesures de faveur par rapport à lui à cause de son trouble envahissant du développement. Axel se ferme complètement dans ces moments là et refuse toute discussion. Son comportement en classe devient problématique et je suis convoquée plusieurs fois par an par ses maîtresses successives pour tenter de lui faire redresser la barre. Cela amuse beaucoup Axel, car au moins sa mère est obligée de s’occuper de lui comme cela.

Car Axel a le sentiment d’être délaissé, et faire l’idiot en classe, c’est sa façon de lancer un appel au secours.

Bien que je fasse des sorties seules avec lui, ou qu’on joue ensemble, et que je fasse ses devoirs tous les soirs avec lui, rien n’y fait. Il m’a même jeté un jour à la figure que s’il avait su, lui aussi aurait été handicapé pour que je m’occupe de lui. Phrase terrible pour une mère. Je lui ai proposé plusieurs fois de voir une psychologue ou un psychiatre mais il refuse.

Il y a quelque temps, je lui ai demandé s’il aurait préféré ne pas avoir de petit frère. En larme, Axel m’a regardé en criant « tu ne comprends rien, je voulais avoir un petit frère, mais pas un petit frère handicapé ». Je l’ai pris dans mes bras et nous avons pleuré ensemble.

C’est difficile d’avoir un petit frère autiste quand on a que sept ans.