Au risque de choquer plusieurs d’entre vous, je le dis tout net: je suis bien contente de revenir travailler et de passer le mois d’août seule, sans mes enfants. Enfin trois semaines de tranquillité, les premières depuis l’année dernière! En fait, c’est l’unique période durant laquelle je peux souffler et ne penser qu’à moi. Finis les cris, les crises et les hurlements tout au long de la journée. Je redécouvre ce que le mot silence veut dire.

J’appréhende toujours la période des vacances et de me retrouver en tête à tête avec les enfants. Combien de crises en perspective? Et combien de contrariétés, d’accrochages? Vivre seule 24 heures sur 24 avec un enfant autiste et un autre hyperactif est difficile, voire pénible. Alors quand l’exercice dure plus de trois semaines, je vous laisse imaginer dans quel état je termine les « vacances ». Tout simplement au bord de la crise de nerfs.

Certains trouveront certainement que je suis égoïste et que je ne pense qu’à moi.

Peut-être. J’essaye de m’occuper aussi bien que je le peux de mes enfants, en leur consacrant un temps de plus en plus important mais je m’épuise au fil des ans, incapable de récupérer complètement durant les vacances. C’est vrai que de temps en temps, la machine déraille, spécialement pendant les grandes vacances.

Cette année, nous avons voulu innover en passant une semaine en Lozère: Axel voulait visiter les grottes, ce qui était une bonne idée. Le revers de la médaille, c’est qu’Adam s’est retrouvé dépaysé dans un gîte qu’il ne connaissait pas, et, en bon autiste, il n’a pas supporté le changement. De l’agitation, il est passé aux crises, de plus en plus fréquentes. Rapidement, il est devenu insupportable, me tripotant les cheveux à tout moment, même la nuit, sûrement pour déstresser, à tel point que j’ai dû sévir. J’ai fini par espérer que la semaine se termine au plus vite.

Notre calvaire n’a pas pris fin pour autant lors de notre départ de Lozère. Arrivés chez ma soeur, Adam a commencé à parler en boucle de Mario car il voulait jouer à la Nintendo 64 qui se trouve chez elle. Nous étions tous dans un état qui frôlait la fureur. D’un commun accord, car nous craquions tous, mon neveu a fini par installer la console sur une petite télévision, au premier étage, pour isoler Adam. Pendant deux jours, il a joué à Mario… et nous étions enfin tranquilles.

Et puis, lorsque nous sommes arrivés dans la maison de campagne, Adam s’est calmé. La connaissance exacte des lieux, l’absence de console… tout cela a fait qu’il est redevenu le petit enfant calme qu’il est le plus habituellement et qu’il avait été durant la première partie des vacances que nous avions passée à Tignes.

Mais combien d’énervement et de stress entre temps? Quel abattement en ce qui me concerne car si mon fils n’est même pas capable de passer une semaine dans un lieu qu’il ne connaît pas, quel peut bien être son avenir?

Alors que faire? Se contenter d’aller dans des lieux qu’Adam parfaitement durant les vacances? Je m’y refuse. Ma vie, et celle d’Axel, ne pourra pas être systématiquement centrée sur Adam. Nous sommes des individus à part entière. Nous avons aussi notre vie à vivre. Il me faut donc casser cette rigidité tellement propre à l’autisme, en plus de tout le reste.

À présent, mon coup de cafard annuel est passé, mon énervement aussi. En y réfléchissant, il n’y a qu’une seule issue: faire progresser Adam suffisamment pour que cela ne se produise plus et qu’il devienne un adolescent, puis un adulte autonome et heureux de vivre.

Ce n’est pas l’autisme qui va gagner mais nous. Et quand ce jour sera arrivé, je me retournerai pour mesurer le chemin parcouru à travers les obstacles surmontés, et je rirai de mes crises de nerfs passées!

Ma mission sera alors accomplie.