C’était le 7 mai 2008, je venais d’apprendre que mon père était atteint d’un cancer foudroyant incurable. Il n’en avait que pour quelques semaines.

Comment expliquer à mes enfants ce qui allait se passer, surtout à Adam, lui, petit garçon de cinq ans et de surcroît autiste? Il passait la moitié de ses journées avec son papy qui le conduisait à ses prises en charge. En pleurs, j’ai annoncé à Axel et à Adam que leur grand-père était très malade.

J’étais persuadée qu’Adam n’avait pas compris la gravité de la situation. Erreur! De mes deux enfants, Adam est celui qui avait parfaitement saisi que quelque chose n’allait pas. Un jour, je l’ai retrouvé allongé à côté de son grand-père qui était fatigué. Il était silencieux mais voulait manifestement tenir compagnie à son Papy, il n’avait pas peur de la maladie.

Presque instantanément, Adam a pris de l’autonomie dans ses activités et s’est mis a parlé de plus en plus distinctement, en formant parfois des phrases sans aucune faute grammaticale. Je me suis alors aperçue qu’il avait engrangé un formidable vocabulaire et qu’il ne se trompait jamais dans les genres (féminin ou masculin). Voulait-il enfin communiquer ou bien voulait-il simplement montrer à son grand père qu’il était capable de progresser de façon spectaculaire? Je me plais à le penser. Toujours est-il qu’Adam n’est plus le même enfant depuis l’année dernière et que mon père s’en est aperçu. « Il a fait beaucoup de progrès », m’avait-il dit quelques jours avant de mourir.

Je sais maintenant qu’Adam parlera correctement, et l’orthophoniste peut enfin faire un travail d’orthophonie classique avec lui en plus des activités spécifiques. La psychomotricienne a également noté une évolution importante. A l’école, Adam parvient plus facilement à communiquer avec les autres enfants, ils les appelle par leur prénom et peut jouer avec eux quelques instants, surtout à « chat ». Parfois, il est violent, faute de pouvoir s’exprimer correctement mais les gestes déplacés deviennent plus rares. Il finit souvent ses exercices, accompagné par son AVS, parfois avant ses camarades. L’espoir d’une orientation scolaire a refait surface au fur et à mesure que le spectre de l’hôpital de jour s’est éloigné.

Lorsque mon père est décédé à son domicile, le 12 juillet 2008, je n’ai pas réussi à faire comprendre à Adam que son Papy ne reviendrait plus. Alors, pendant plusieurs jours, Adam s’est couché sur le lit de son grand-père en attendant son retour. Il me fendait le cœur. Et puis un jour, Adam a cessé d’attendre. A-t’il compris ce qu’il s’est réellement passé? Je l’ignore encore.

Ce n’est qu’en lisant le faire-part de décès que j’ai appris que mon père ne souhaitait « ni fleurs, ni couronnes » à son enterrement, mais uniquement des dons en faveur de la recherche sur les maladies mentales. Ultime pensée d’un grand-père pour son petit fils autiste.

Un peu plus d’un an s’est écoulé depuis. Lorsque nous regardons des photos de famille, Adam s’assied devant l’ordinateur et à chaque photographie de son grand père, il s’exclame « c’est Papy » ou encore « Papy, je t’aime ». Je sais maintenant qu’Adam a la permanence de l’être aimé. Hommage d’un petit fils autiste à son grand-père qui aurait tant aimé le voir grandir.