À l’école de la République (1ère partie): la maîtresse essuie les plâtres

À l'école de la République (1ère partie): la maîtresse essuie les plâtresComme je suis élue dans les deux écoles du groupe scolaire (primaire et maternelle), j’avais promis à mes petits camarades de mon association de parents d’élèves de ne pas faire d’articles sur la scolarisation d’Adam avant son départ pour ne pas provoquer d’incidents en conseil d’école ou avec les enseignants. C’est chose faite: Adam a quitté définitivement le groupe scolaire la semaine dernière.

Il est temps pour moi de parler de ce qu’ont été les quatre années de scolarisation de mon fils. J’en garderai un souvenir en demie teinte: beaucoup de souvenirs et pas que des bons… Au final, « je » quitte cette école sans regret.

Raconter quatre ans d’école peut paraître une gageure et pourtant, ce n’est pas si difficile pour nous autres, parents d’enfants « différents »: les comptes-rendus d’équipes éducatives et les cahiers de liaison entre les AVS et moi-même retracent au jour le jour des difficultés et des progrès d’Adam.

Avril 2006. J’ai inscrit Adam à l’école pour la rentrée prochaine puisqu’il aura 3 ans le 23 juin 2006. Forte de la Loi du 11 février 2005, je prends rendez vous avec la Directrice de l’école maternelle que je connais bien puisqu’Axel est déjà scolarisé depuis deux ans dans son établissement. D’emblée, je ne lui cache pas les difficultés d’Adam. Un pédopsychiatre a déjà évoqué l’autisme, son hospitalisation à l’Hôpital Robert Debré est prévue au mois de mai suivant pour un diagnostic définitif.

Première « déconvenue », la Directrice me dit qu’elle a certes l’obligation de scolariser Adam, mais pas à temps plein. Si j’avais su ce qui allait se passer par la suite, je n’aurai certainement pas été si contrariée en sortant de mon rendez-vous, car une équipe éducative est réunie dès le mois de mai pour faitre une demande d’AVS pour la rentrée. À priori, tout se déroule pour le mieux, d’autant que je reçois la notification de la MDPH au mois de juillet, accordant la présence d’une AVS pour 12 heures par semaine.

C’est à la rentrée que les problèmes commencent. La directrice de l’école m’appelle quelques jours avant la reprise pour me dire qu’aucune AVS ne semble avoir recrutée, et qu’Adam ne peut donc pas venir à l’école (ce qui, soit dit en passant, était tout à fait justifié à cette époque). Comme j’avais fait une demande de dérogation à la crèche, cela ne me pose pas de problème particulier, en tout cas au départ, car les jours passent et je ne vois rien arriver. Pas de nouvelle d’une AVS durant tout le mois de septembre. Je commence à trouver le temps long.

Une équipe éducative se réunit le 7 octobre 2006 pour établir le PPS et définir les modalités de scolarisation d’Adam qui sont arrêtées aux… mardi et jeudi, de 9 heures à 10 heures 30. Oui, vous avez bien lu, 3 petites heures de scolarisation par semaine, qui débuteront dès lors qu’il y aura une AVS, ce qui n’est toujours pas le cas. Heureusement que mes parents sont retraités et peuvent récupérer Adam pour l’emmener à la crèche, car honnêtement, quels sont les parents travaillant qui pourraient assumer de tels horaires? J’admets que j’étais novice en matière d’équipe éducative, car maintenant je n’accepterais plus de tels aménagements d’horaires.

Pour autant, il n’y a toujours pas de recrutement d’AVS à l’horizon. Octobre se termine, novembre est déjà bien avancé lorsque la Directrice de l’école m’informe qu’Adam va être accompagné par un enseignant itinérant et une AVS. Les postes d’enseignants itinérant ont disparu depuis, en raison de l’application de la loi du 11 février 2005 et des décrets relatifs aux AVS. C’est dommage car il s’agissait de véritables enseignants, formés aux différents troubles et/ou difficultés d’apprentissage rencontrés par certains enfants.

À partir du 27 novembre 2006, soit près de trois mois après la rentrée, Adam débute sa scolarité. Très rapidement, sa maîtresse se focalise sur le langage. À chaque fois que je la vois, elle me demande quand Adam parlera! Je n’ai malheureusement aucune réponse à lui apporter. En apparence, la situation semble bien gérée au niveau de la classe, mais il est exact que j’ai assez peu de retour.

Après plusieurs semaines d’observation, son temps de présence à l’école augmente en mars 2007: lundi de 9 à 12 heures avec l’enseignant itinérant durant 1 heure 30, et le jeudi de 9 à 12 heures avec l’AVSi, tellement peu formée que ça en devient une catastrophe. À la fin du mois d’avril, une troisième matinée (de 9 heures 45 à 12 heures) est ajoutée. Tous les midis, mes parents récupèrent Adam et l’emmènent à la crèche. Je me dis donc que cela va bien.

Ce planning restera comme cela jusqu’à la fin de l’année scolaire. Au final, Adam a donc eu un temps de scolarisation que je juge limité.

Avant la fin de l’année, une dernière réunion d’équipe éducative se tient pour refaire le dossier de demande d’AVS. Bien entendu, la question du maintien en petite section se pose puisqu’Adam est manifestement incapable d’aller chez les moyens, que ce soit à cause de son comportement (il peut être violent envers les autres et lui même notamment et reste très en retrait vis-à-vis des autres) ou de ses capacités d’apprentissage, totalement absentes ou presque (mais il est vrai qu’il a fait très, très peu d’activités).

Il n’y a qu’un seul « petit » problème à résoudre: la future enseignante. Seule la Directrice et la maîtresse d’Adam font les petites section. La classe de la Directrice est peu envisageable puisqu’elle fait les tout-petits/petits, et est déchargée un jour par semaine, ce qui voudrait dire qu’Adam aurait deux maîtresses. De plus, compte tenu de la taille d’Adam et du fait qu’il aura encore un an de plus que les futurs élèves, cette solution est écartée. À ce moment-là, la maîtresse d’Adam explose, insistant pour qu’Adam aille chez les moyens, qu’il y sera très bien. Elle nous dit être à un an de la retraite et ne plus vouloir d’enfants à problème juste avant de partir! Stupéfaction parmi les présents. La Directrice change de visage et termine rapidement l’équipe éducative en regardant sa collègue et en nous indiquant qu’en sa qualité de chef d’établissement, elle tranchera.

Depuis cette réunion, j’aborde toujours les réunions d’équipes éducatives avec une boule dans l’estomac.

Nous terminons l’année scolaire sur cette déconvenue. Certes, la loi du 11 février 2005 existe, mais que sa mise en oeuvre est compliquée en pratique!

La seule remarque « amusante » de l’année aura été faite par l’enseignant remplaçant la maîtresse durant son long arrêt maladie. Alors que je lui demandais comment cela se passait en classe avec Adam, il m’a répondu: « vous savez, on n’a pas beaucoup de communication ensemble, je ne peux pas vous répondre ».

Personne ne lui avait dit qu’Adam était autiste…

3 thoughts on “À l’école de la République (1ère partie): la maîtresse essuie les plâtres

  1. bravo pour cet article!
    il met en avant le profil de beaucoup de personne travaillant à l’EN, mais pas tous.

    notre fils vient de terminer sa petite section de maternelle et en quelques mois d’école on a pris 10 ans de maturité dans nos rapports sociaux. malgré tout on reste très optimiste et on en sort gagnant et non pas détruit comme tout le présageait en septembre 2009.

    j’ai longtemps idéalisé l’école et été éduqué dans la crainte et l’admiration des maitres (à l’ancienne). autant dire que je suis tombé de haut… mon seul filet, ma seule bouée: avoir travaillé (distingué un faux motivé d’un vrai professionnel) et être fonctionnaire avec une mission d’accueil de personnes vulnérables, tout comme l’école!

    tout à aussi changé aussi quand j’ai pris connaissance des missions de mon inspection d’académie en faveur des handicapés, des missions de l’école, de la loi du 11 février 2005 et de la « fatigabilité » de l’équipe éducative et non pas de mon fils!!.
    le bouclier était levé!

    il est clair qu’avec cette loi l’État à fait un sale coup à l’Éducation Nationale, lui qui n’accepte même pas nos enfants sur son territoire et préfère les exilés en…Belgique.
    Du coup les professionnels sur le terrain ont besoin de beaucoup, beaucoup d’aide et c’est là que notre partenariat est…obligatoire, même si l’école est traditionnellement opaque et que les portes sont vite fermées après la sonnerie, là c’est du vital il faut pallier au déficit et au fausses croyances sur l’handicap.

    l’année passe très vite et nos enfants peuvent avoir le temps d’expérimenter de mauvais comportements grâce à des adultes peu observateurs.
    il faut dire qu’il nous faut, pour nous parents, un temps énorme pour nous documenter sur la pathologie de notre enfant et qu’on ne peux pas en exiger autant à l’instit. c’est aussi à nous de synthétiser l’info concernant l’enfant.
    actuellement on ne peut souvent pas compter ni sur le médecin scolaire, ni la psy du Rased, quelquefois même pas sur le maitre réferent, pour les soutenir, trop peu de moyen, connaissances trop insuffisantes, voir fausses sur l’autisme.

    les formations qui sont proposée aux evs, avsi, sont trop générales du coup ils sont perdus de chez perdus. voir à la masse.
    c’est à nous de les informer et ils doivent nous écouter. prises en charge individuelle+++++, le PPS pour ça doit être préparer par nos soins, car il ne peut être bien fait en deux heures de réunion bi annuelle.
    je suis très étonnée que vous ayez pu introduire un cahier de liaison quotidien, je n’ai pas osé, était-il bien utilisé?

    quand vous écrivez « Elle nous dit être à un an de la retraite et ne plus vouloir d’enfants à problèmes juste avant de partir! » il faut rappeler aux professionnels avec toute la diplomatie du monde ,qu’ils sont employés de L’Education Nationale, que cette institution n’a pas comme mission de faire travailler des gens mais d’accueillir les enfants. pas d’enfants, pas de prof , même un enfant handicapé « à problème!!?? », même à 3 jours de la retraite, on s’en fout, ce n’est pas l’ancienneté qui fait la maturité professionnel, la preuve!

    si je dois rajouter une dernière chose: ce n’est pas en 3h de classe par semaine que nos enfants seront près pour le CP, assis 24h/semaine sur une chaise, malheureusement c’est à nous parents, jeunes, non employés de l’EN de leur expliquer ces évidences.

    je ne pouvais pas faire court, désolée!!! ce sujet est trop passionnel et on est en plein dedans (et pour longtemps…) alors même si votre article peut faire peur à certain, je le trouve très réaliste: meilleur arme pour rester dans le milieu ordinaire. encore bravo et merci de faire partager vos expérience passées

  2. Merci Farida, c’est sûr que la première année a été délicate à gérer mais très utile pour Adam pour qui l’école aura été très bénéfique, malgré toutes les difficultés. Pour autant, elle n’aura pas été l’année la plus difficile !
    A suivre car Adam a passé 4 ans à l’école …

  3. Pingback: Quelques articles intéressants du mois de juillet 2010 | Autisme Infantile

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