Le temps file à une vitesse telle que je m’oblige presque à vouloir le figer dans l’écriture, afin de ne pas oublier tous les moments que nous vivons avec les enfants, moments parsemés de petits détails que nous délaissons parfois au détriment de nos obligations et soucis du quotidien.

Dans une semaine, ce sera l’Halloween. Aujourd’hui, dans notre famille, cette fête symbolise euphorie, joie, bonbons et, bien sûr, déguisement. Toutefois, il y a de cela un an à peine, lorsque Maëlle, notre fille aînée atteinte d’autisme, avait 5 ans, l’Halloween était un moment terrible à passer parce qu’il signifiait le changement par le déguisement, le maquillage qui touche à notre peau, la rencontre de gens que l’on ne connaît pas et qui nous donnent des bonbons en échange d’une chanson (au secours, maman!), la marche, la peur du noir, bref, dans notre maison, ce n’était plus une fête, mais seulement un moment qu’il nous fallait affronter et subir le plus rapidement possible.

Pour nos deux autres enfants plus jeunes que Maëlle, évidemment, c’était le pur bonheur et nous tâchions de leur faire vivre cette soirée le plus normalement possible. C’est souvent la raison pour laquelle cet événement en devenait un de rassemblement avec les grands-parents qui prenaient en charge soit les deux petits ou Maëlle pour qu’ils aient chacun à vivre leur moment à eux avec leur propre développement comportemental.

Sur toutes les photos que nous avons des enfants depuis les premiers moments où nous passons l’Halloween, Maëlle pleure, se cache, hurle… Sa soeur sourit, montre son déguisement, a l’air d’un poisson dans l’eau, son petit frère de même, tout le contraire, quoi!

Mais après des années de travail et de désensibilisation auprès de notre enfant autiste, voilà que nous arrivons à des résultats plus qu’extraordinaires. Laissez-moi vous expliquer pourquoi et, surtout, vous dire que tout vient à point à qui sait attendre.

La patience est de mise, mais la récompense au bout du chemin vaut plus que tous les efforts investis depuis quatre ans maintenant. Il y a de l’espoir, ne l’oubliez jamais. Alors, voici ce qui s’est passé il y a deux semaines de cela: par un vendredi après-midi où les filles n’avaient pas d’école, après avoir terminé mes cours au cégep, je saute dans la voiture, récupère le petit dernier et vais chercher ses sœurs chez leur mamie.

En entrant dans la maison, je les retrouve toutes deux au grenier en train d’essayer toutes sortes de chapeaux. Maëlle en a un magnifique sur la tête et Maude, coiffée aussi  d’un immense chapeau à plumes multicolores, se plaît à prendre des airs de princesse devant une glace ancienne. Devant cette scène presque issue d’un tableau impressionniste, je reste figée d’admiration. À contrecoeur, je les appelle; nous devons tout de même partir, car nous avons une mission: nous allons choisir les déguisements de l’Halloween.

En arrivant à la boutique où se trouvent mille et un déguisements plus originaux les uns que les autres, il me faut calmer les trois enfants qui sont déjà cachés entre les costumes. Je demande à chacun de choisir ce qui leur plairait en respectant les limites de l’acceptable et du climat! Il faut pouvoir le porter par grand froid, car on ne sait jamais le temps qu’il fera.

Mathieu sait tout de suite ce qu’il veut: un superbe costume de dinosaure. Maude ne sait pas vraiment. Elle hésite entre une princesse et une licorne. Finalement, elle décide qu’elle se déguisera en gros lion à la crinière fauve. Va pour le dinosaure et le lion. Maintenant, c’est au tour de Maëlle de choisir. Après de nombreuses minutes à attendre, à courir après les petits, à me fâcher avec Labelle, sa chienne de la fondation MIRA qui nous suit partout, à avoir chaud, tellement chaud, Maëlle opte enfin pour … SPIDER-MAN! Bien sûr! L’homme araignée! Comment ne pas y avoir pensé avant, elle qui voue une fascination inconditionnelle pour tous les types d’insectes, particulièrement les araignées, ce qui est tout à fait typique des enfants autistes qui ont souvent une fixation pour un sujet particulier. C’est d’ailleurs une immense araignée qui orne notre porte d’entrée comme décoration d’Halloween.

Donc, nous repartons avec Spider-Man, dino et gros lion sous les bras. Ouf ! De retour dans la voiture, puis à la maison. Je suis vidée, mais satisfaite de notre petite course en famille. En arrivant, il fait un temps magnifique dehors et les enfants me demandent s’ils peuvent enfiler leur nouveau costume et aller jouer. J’accepte en me disant que c’est une bonne idée de les préparer à l’avance afin de les habituer à porter leur nouveau costume.

Lorsque j’ai vu Maëlle revêtue de son masque de Spider-Man et de l’habit qui recouvre tout son corps, il a fallu que je m’asseois, tellement la surprise était grande. Elle était complètement déguisée, oui, de la tête aux pieds et y prenait même plaisir! Jamais, il y a quatre ans, je n’aurais imaginé qu’une telle chose serait un jour possible étant donné son aversion et sa peur pour tous les changements liés à sa routine.

Ainsi, en les voyant tous les trois se balancer dans la cour, courir les uns après les autres, rire aux éclats, tomber dans l’herbe mouillée d’octobre, vêtus de leurs beaux costumes, je ne pus m’empêcher de vouloir immortaliser cette scène espérée depuis si longtemps.  Les larmes aux yeux sous l’émotion qui m’assaillit soudainement, je m’emparai donc de ma super caméra numérique et au moment où je voulus appuyer sur le bouton, la batterie décida qu’il était temps de la recharger. Amèrement déçue, je pris alors malgré tout une photo, la plus belle de toutes probablement, avec les yeux de ma mémoire.