C’était un vendredi après midi de fin d’été, et vous nous avez accueuillis, Irène, Grand ‘pa Claude, Alex, Adrien, Stan et moi. C’était une grande journée pour nous. Une grande spécialiste de l’autisme passait le week-end chez vous, et vous nous avez reçus. Vos enfants étaient là, votre fils autiste—qui a tellement progressé—, votre épouse, vos amis. On a ri entre mamans à propos des âges indiqués sur les jeux d’enfants, qui n’avaient jamais totalement correspondu à l’âge auquel nos enfants différents ont été capable de les utiliser. Vous nous avez  dit que nous faisions déjà ce qu’il fallait avec Stan, que l’on avait déjà tout compris, et qu’on allait s’en sortir. Juste avant de partir, vous avez interpelé Adrien, pour lui montrer l’inscription sur le dos de votre t-shirt: « C’était impossible, alors ils l’ont fait! ».

C’était un mardi. Ça faisait quelques jours que l’on savait, c’était mon premier déplacement après l’annonce et j’étais en morceaux. Vous étiez fatigués, mais vous avez pris le temps de dîner avec moi, pour que je ne reste pas seule avec ma peine ce soir là.

C’était une réunion de lancement, on avait bossé comme des dingues, mais il me fallait passer une semaine loin de ma famille. Vous êtes venus, pudiquement, les uns après les autres, me dire votre soutien, avec beaucoup de délicatesse.

Tu m’as skypée, régulièrement, pour me raconter tout ce que tu lisais sur l’autisme et l’Asperger, en Pologne, où être autiste est considéré comme une bizarrerie de comportement que l’on peut aider, et où nos enfants devenus adultes ont une place dans la société.

Tu m’as dit, avec ton flegme tout britannique et ta gentillesse incroyable, entre deux pintes de bière hongroise, que j’étais une super maman, et que ce que nous vivions serait sans doute une occasion unique de sauter le pas, de partager et d’écrire ce livre qui me brûlait les doigts depuis si longtemps. Tu as mis tout ça en perspective, et j’ai pu imaginer une porte de sortie.

Je venais de vous retrouver, mon frère, ma soeur. Il nous manquait un truc pour nous souder, quelque chose à traverser ensemble, pour vraiment se sentir comme une « vraie famille », nous qui n’avons pas grandi ensemble. Et vous êtes là, comme si ces trente-neuf années n’avaient pas existé.

Je suis venue ici, sur ce site et j’ai trouvé du soutien, de l’espoir, de la chaleur.

Solidarité… c’est le premier mot qui me vient en tête, lorsque je pense à l’autisme.

Vous qui venez d’apprendre, vous qui ne savez plus que faire, vous qui vous sentez perdus, sachez que la communauté dans laquelle vous venez d’entrer est la plus solidaire qu’il m’ait jamais été donné de rencontrer.