J’ai plus ou moins perdu le sens de l’humour ces derniers temps. C’est con, parce que ça m’avait plutôt été utile pour traverser bien d’autres moments pénibles. J’ai bizarrement du mal à sourire, et quand je me laisse aller, je me laisse aller à pleurer.

Ça fait exactement six semaines, et je cherche déjà la caméra cachée… Je dois être en plein dans la phase de déni des cinq étapes du deuil, ça doit être ça.

En six semaines, je n’ai pris que deux bains chauds, je n’ai fait ni masque, ni gommage, je ne me suis pas acheté une seule fringue, je n’ai pas embêté une seule fois mon amoureux pour que l’on parte en week end (ni pour autre chose d’ailleurs), et je me suis maquillée uniquement pour mes apparitions professionnelles. J’ai pris deux cafés en terrasse, j’ai lu un seul bouquin hors autisme, et je n’ai même pas terminé ce merveilleux Fante (Le vin de la jeunesse) que j’avais commencé il y a sept semaines… Il est toujours posé, sur la table de nuit, ouvert à la dernière page de ma vie d’avant, ou de ma vie tout court, je ne sais pas.

De ma vie futile—mais bon, je la valais bien, cette vie-là, je m’étais battue si longtemps pour l’avoir celle là!—il ne reste rien. Plus de temps entre le boulot, Adrien et surtout Stan. Plus d’espace libre dans ma tête pour penser à autre chose que l’autisme de Stan et à nos plans de bataille. Plus d’argent, puisque une grande partie de mon salaire de cadre sup’ va passer dans la prise en charge ABA. Plus d’énergie pour faire autre chose que m’écrouler chaque soir.

Ça fait six semaines que ça dure. Je sais qu’il ne faudrait pas que ça dure beaucoup plus. Mon amoureux va se lasser, je vais m’épuiser, ma performance au boulot va en souffrir.

J’ai lu un livre dans l’avion hier, et j’ai souri à un peu d’humour noir – un peu d’humour noir posé sur le handicap mental des enfants de Jean-Louis Fournier dans Où on va, papa?. Je me suis dit que je voulais partager ça avec vous, parce que ça m’a fait du bien, et que plus on est de fous, plus on rit.