Dans ma tête, elle a un prénom pétillant, celui de mon arrière grand-mère, un prénom de coquine: elle s’appelle Charlotte. Elle est blonde comme les blés, a des cheveux longs et bouclés, et adore le rose. Elle a les yeux gris vert d’Adrien, le sourire de Stan, et la tendresse de son père. Elle aime chanter, s’habiller en princesse, et faire tourner sa robe. Elle pique mon rouge à lèvres et passe des heures à me faire des coiffures.

Dans ma tête, elle admire ses grand frères et surtout son Stanou; elle le trouve drôle quand il dit des choses sans queue ni tête, elle aime le voir tracer des lettres, et jouer avec ses doigts le long de lignes qu’elle ne voit pas.

Dans ma tête et dans mon coeur, je l’imagine tout à fait. Et je voudrais que ce rêve devienne réalité. Je voudrais, mais j’ai trop peur. Et si elle aussi… si elle aussi était autiste…

Et si elle ne voulait pas avoir un frère comme Stan? Et si elle nous reprochait de l’avoir fait naître dans cette vie-là? Et si Alex et moi, nous ne pouvions plus avoir assez d’énergie, de temps et d’amour à partager?

J’aimerais rencontrer ce troisième enfant, j’aimerais qu’elle pousse en moi, sans souci, sans angoisses, sans peur. J’aimerais tant encore une fois connaitre les « pourquoi? », les « regarde moi Maman, je saute! », les « je veux », les « moi tout seul! ». J’aimerais rencontrer ce troisième enfant, même si c’est un garçon (c’est dire!).

Mais je ne le ferai pas, je n’oserai pas, je ne risquerai pas de tomber encore une fois sur la praline fourrée à la pâte de fruits dans la boîte de chocolats. Je n’ai pas le courage ni la confiance qu’il faut pour ça, je m’en veux trop de ne pas avoir réussi une fois…