J’avais lu sur différents forums des témoignages édifiants, j’avais lu sur le net quelques articles sur la psychanalyse qui m’avaient laissée sans voix, je pensais que ce genre d’âneries n’existaient que dans le monde parrallèle du net.

Je me suis trompée.

La vraie vie de parents d’autiste permet de basculer, sans crier gare, dans un univers parrallèle. C’est accessible (à trente kilomètres de chez nous), c’est à peu près au même prix qu’un bon spectacle comique parisien (65 euros les soixante minutes), et ce n’est pas ruineux en baby sitter puisque – Ô Joie, Ô bonheur – l’enfant est au coeur de l’action…

C’est… un rendez-vous chez le pédopsychiatre version psychanalyste, magicien et illuminé.

« Bonjour Stanislas, sais-tu qui je suis? »

(Stanislas se couche par terre et fait l’étoile de mer)

« Je suis un adulte qui va te venir en aide, tu n’es plus un bébé, [bla bla bla, bla bla bla]… »

(La phrase complète dure environ dix minutes, et mon cher et tendre ne l’a pas retenue, trop concentré à contenir le fou rire qui débutait)

(Stanislas fait un prout dans sa couche, rigole comme un tordu)

« Savez-vous de quoi souffre Stanislas? »

Mon mari, tranquille répond:

– « Mon fils a été diagnostiqué TED avec troubles du spectre autistique à priori apparentés au syndrome d’Asperger, ce qu’un bilan complet à Debré devra préciser. »

– « Monsieur, non! Je vous en prie! Ne prononcez pas ce mot! »

– « Lequel? Préciser? Debré? Fils? Autisme? »

– « Mais Monsieur, ce mot est synonyme de désespoir! Il bloque l’enfant dans un état! »

– « Regardez-moi bien monsieur. Ai-je l’air désespéré? »

Le psy abandonne la partie et se tourne vers Stan:

– « Stanislas, je te demande de te lever. »

(Euh, Stan, le monsieur te demande de te lever)

– « Stanislas, lève-toi, je te le demande! »

(Stan rampe jusqu’au bureau et s’autostimule en en suivant le bord)

– « Stanislas, explique-moi pourquoi tu suis ces lignes? »

(Stan s’essuie maintenant le nez le long de la ligne d’arrête du bureau, Dieu merci il n’est pas enrhumé)

– « Monsieur, Stanislas ne veut pas grandir, mais je vous garantis que je peux le sortir de son autisme si vous me l’amenez tous les quinze jours »

(Vous pouvez me le signer avec votre sang? Vous faites le contrat de confiance Darty vous aussi?)

– « Il souffre en fait du syndrome de Peter Pan. »

(Et moi, je suis la Fée Clochette peut-être?)

Voilà le cirque auquel mon mari s’est prêté la semaine dernière. Je crois que l’on va garder notre pédopsy « habituel », ça nous obligera à faire deux heures de route à chaque fois, mais au moins, on n’aura pas à écouter ce genre d’imbécilités.

Je me demande tout de même ce qui se passerait si nous faisions confiance à ce professionnel remboursé par la sécu. Combien d’enfants passent-ils dans les mains de tels « professionnels », combien de parents y ont-ils cru?