Il y a trois semaines encore, nous rentrions de vacances. La vie était belle, ensoleillée, bronzée, pleine d’apéros, de barbecues au son des cris d’enfants et des rires d’amis, la vie baignait dans le rosé bien frais et l’insouciance. On avait la tête pleine de projets: j’étais sur les rangs pour prendre un job magnifique au siège de ma boîte à Copenhague. Nous allions enfin réaliser notre rêve: permettre à notre famille de vivre une expérience d’expat’, dans des conditions idylliques.

Adrien, notre fils aîné, était ravi, et Stanislas, notre petit gars de bientôt 3 ans en octobre, était égal à lui même. Souriant, sympa, communicatif. Pas très causant—très bébé, jouant bizarrement (ne jouant pas vraiment en fait), avec ce que le pédiatre appelle des bizarreries: des obsessions pour les lignes et les trajectoires, les lettres (alphabet connu et début de lecture à 24 mois).

J’ai toujours eu l’impression de ne pas avoir le mode d’emploi avec Stan. J’ai l’habitude des enfants. Normalement, le jeu, et bien sûr le jeu avec maman, est au centre de tout leur petit univers. Et avec lui, ce n’est pas le cas.

J’ai été opérée d’une tumeur au rein l’année dernière, et nous avons déménagé au même moment. Les premiers signes sont apparus à cette époque, et bizarrement, depuis quelques semaines où je commence à vraiment complètement oublier ma maladie de l’an dernier, Stan fait d’énormes progrès en motricité globale, et langage.

Pour ne pas passer à côté de quoi que ce soit, (nous étions par exemple passés à côté d’otites séreuses qui ont handicapé Stan pendant plus d’un an), je prends rendez-vous avec une pédopsychiatre.

Et là tout bascule. Stan est vraisemblablement TED avec une forte suspicion d’autisme plutôt léger (Stan a le contact oculaire, commence à entrer dans le langage, sait imiter même si il a a commencé avec retard, commence à faire preuve d’imagination, n’a aucun problème de sommeil ou de nourriture, pointe du doigt, etc., mais n’a aucune souplesse à la frustration, a des stéréotypies, n’est pas propre, et a grosso modo un an de retard sur toutes ses acquisitions).

Dire que j’ai été assommée n’est pas tout a fait exact: j’ai été écrabouillée, terrassée, torturée, jetée dans tous les sens, lessivée, anéantie par la nouvelle. J’en ai oublié de manger et de dormir pendant une semaine.

Je viens à peine d’émerger depuis deux jours. Il y a des prises en charge possible, il « suffit » de trouver les bons interlocuteurs, il « suffit » d’avoir 3000 euros à investir chaque mois, il « suffit » que Papa arrête de bosser, il « suffit » qu’Adrien soit aidé pour passer le cap. Mon mari me le dit chaque jour: c’est notre vie maintenant, et on va faire notre bonheur avec. On a juste changé de projet de vie, en dix jours, sans qu’on l’ait choisi.

Mais comme le bonheur n’est pas le but mais le chemin, et que le chemin sera long, on a toutes les chances d’être heureux quand même!