Si le titre vous ennuie déjà, vous avez le droit de sortir!

Quand on a fabriqué des petits nains, à peine sont-ils sortis de notre ventre douillet que le vrai boulot de parent commence. Longtemps, et au moins durant les vingt prochaines années, notre rôle sera d’É-DU-QUER.

Éduquer, du latin ex-ducere, conduire au dehors.

Je sens déjà les parents poules—dont je fais partie—frémir d’horreur… Oui, l’éducation, c’est conduire un enfant vers le dehors, ce vaste monde qui nous entoure. « Nos enfants ne nous appartiennent pas, etc. », vous connaissez sans doute la suite de ce magnifique poème de Gibran.

Pour cela, les parents vont petit à petit amener l’enfant à abandonner le sein de sa mère, à faire ses premiers pas, à se prendre ses premiers rateaux dans le ravissant jardinet de la vie, à expérimenter les doigts qui se coincent dans les portes de tiroir, les genoux qui s’écorchent sur les cailloux du square, les cascades hasardeuses sur le toboggan, les tasses bues dans la piscine à boudins du jardin, les engueulades interminables avec les frangins…

Plus tard, on essuiera les larmes de  notre ado boutonneux qu’une peste n’aura pas voulu embrasser, on trainera dans la douche un grand dadais qui sent le poireau, on confisquera un portable qui aura trop été utilisé, on fera des rappels aux règles pour un quart d’heure de retard sur l’horaire autorisé.

Enfin, on se réjouira d’un bac obtenu avec mention, qui débouchera sur de merveilleuses années de glandouille estudiantine, avant que notre enfant quitte le nid pour prendre son envol de jeune adulte ayant trouvé sa voie, un métier, et accessoirement un appart (je rêve un peu là, mais c’est bon de rêver).

Ça y est, notre enfant sera DE-HORS! OUF!

Ça, c’est le programme pour un enfant livré à la naissance avec le kit neurotypique de base.

Vous aurez remarqué qu’à aucun moment il n’a été question de tout laisser passer, de céder au moindre caprice, de n’avoir aucune exigence, de lui tailler un monde et un univers sur mesure.

Mon mari et moi avons tendance à penser que l’éducation n’a pas d’autre signification que celle qu’elle a généralement, même pour un enfant handicapé. Nous souhaitons aussi pour Stanislas qu’il nous quitte un jour pour mener sa propre vie, et nous voulons aussi le conduire au-dehors.

Pour y arriver, nous pensons que c’est notre rôle de lui apprendre le « jeu de la vie » et ses règles, son fonctionnement.

Nous pensons qu’il est difficile d’imaginer que la vie est telle que l’environnement s’adapte totalement à l’individu.

Par exemple, comment imaginer que dans une « vraie » vie , il n’y ait qu’une seule pièce pour manger? Dans la vie habituelle de tout un chacun, on peut manger dans la cuisine, dans la salle à manger, sur le pouce, sur la terrasse, chez des amis, au restaurant… Bien sûr, pour l’enfant autiste, cela représente une source incroyable de craintes, de flou, de situations inattendues. Nous voulons donc « outiller » Stan pour qu’il puisse jouer avec cela… et accessoirement pique-niquer avec plaisir l’été prochain (mince, c’est déjà l’automne!).

ABA, en ce qu’il s’agit d’une analyse des comportements, permet de décrypter les comportements de l’enfant, de lui apporter des outils afin qu’il adapte lui-même à celui-ci, pour trouver du plaisir à interagir avec le monde qui l’entoure. Et quand je parle de plaisir, je ne parle pas de l’anecdotique renforçateur alimentaire qui permet simplement de franchir une première étape dans un programme. Quand je parle de plaisir, je ne parle pas d’un suçotage de chips.

Oui, pour certains l’application de l’analyse des comportements de notre enfant rappelle un peu la théorie de la carotte et du bâton, enfin surtout de la carotte, parce que la punition n’existe pas en ABA. En ce qui me concerne, je le dis haut et fort (et surtout fort pour que mon patron m’entende): j’adore la théorie de la carotte, surtout quand cette carotte est une prime de résultat et qu’elle me motive bien pour interagir avec un environnement économique qui a une fâcheuse tendance à ne pas vouloir s’adapter aux désirs et handicaps de Béatrice (oui… je suis blonde…).

Oui, pour certains, l’ABA c’est un peu ambiance « père fouettard ». En même temps, il fût un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, où les enfants ne parlaient pas à table, mangeaient leur soupe, et finissaient leur assiette, point barre. Tous n’en sont pas sortis traumatisés, et dans le pire des cas, ils ont fait marcher l’économie en s’allongeant, devenus adultes, sur les divans de nos amis psys.

Oui, c’est sûr, l’ABA n’attend pas le déclic. L’ABA, c’est une façon de vivre permanente, intensive, une pédagogie de l’action (de l’action des parents surtout, mais aussi de l’entourage familial et amical).

Oui, une prise en charge ABA, c’est cher. Mais ce n’est pas parce que c’est l’ABA: c’est parce que l’on vit dans un pays où seul les approches inefficaces sont prises en charge par la Sécurité Sociale, et où l’inégalité des chances est la règle. Et où, particulièrement dans le domaine médical, tout fonctionne à double vitesse.

Enfin, oui, Stan est réactif à cette approche éducative, objectivement (je veux dire que nous pouvons le quantifier en nombre décroissant de colères, d’auto-stimulations, en nombre de fois où nous avons pu changer le chemin de ballade, en nombre de nouveaux mots apparus et compréhensibles, en nombre de fois qu’il a spontanément été chercher un jeu, etc., sur une période de deux heures). Objectivement, disais-je, Stan a profondément évolué, même si son autisme est léger et qu’il ne semble pas avoir de retard mental associé.

L’ABA aide aussi à apprendre les règles du jeu social, les émotions, aide à stopper les écholalies, les stéréotypies et les autostimulations. Une petit renforcement positif aide beaucoup à oublier pour un instant les lettres pour se consacrer au traçage de ronds avec Maman.

Pour toutes ces raisons, nous avons choisi l’approche ABA.

Et vous, quelle démarche avez-vous mise en oeuvre, et pourquoi?

Pour compléter cet article, je vous recommande un livre nécessaire pour nourrir une réflexion autour de l’ABA: Analyse du Comportement appliquée à l’enfant et à l’adolescent de Vinca Rivière.