Je n’aime pas beaucoup mettre les gens en colère, encore moins les enfants et surtout les miens. Je sais que ce n’est pas très heureux du point de vue éducatif, mais c’est comme ça; on s’est beaucoup mis en colère contre moi quand j’étais enfant, et la colère effraie l’adulte que je suis devenue.

Cela a beaucoup pesé dans l’éducation d’Adrien, et si Super Papa n’était pas intervenu pour le confronter à la loi et aux limites, nous serions dans une situation délicate aujourd’hui.

Ce qui est essentiel avec un enfant habituel devient absolument crucial, je dirais presque vital, avec un enfant autiste. Apprendre à survivre à la frustration, apprendre à survivre à l’interdiction, apprendre à survivre à la contradiction, est la pierre angulaire de la prise en charge et de l’évolution de nos enfants. En effet, comment espérer qu’un orthophoniste apprenne à nos enfants à parler, si celui ci n’accepte pas de collaborer? Comment espérer une intégration scolaire si l’enfant est habitué à ce que l’on compose, à ce que l’on s’adapte à ses quatre volontés (et Dieu sait qu’elles peuvent parfois être saugrenues avec nos enfants)?

Ceci dit, la frustration engendre la colère, et dans le cas des petits autistes elle peut être franchement dantesque: jets de jouets, morsures, coups de poings, coups de pieds, tentatives pathétiques d’impressionner maman en faisant semblant de vomir, cris stridents. La colère d’un autiste dure aussi trente minutes, une heure, ou plus encore… Il faut avoir les nerfs solides et accepter d’aller jusqu’au bout de la colère et de la traverser. Car:

  • La colère n’est pas uniforme, la colère est faite de vagues successives avec quelques accalmies dans lesquelles on peut utiliser les renforçateurs pour encourager l’enfant à calmer la tempête qui gronde en lui.
  • La colère est souvent l’expression d’une impossibilité: je ne peux pas ranger mes jouets comme maman le demande alors je suis en colère, parce que je ne comprends pas ce que maman me demande, et je ne sais physiquement pas comment le faire. Prendre la main de l’enfant, lui montrer concrètement ce que l’on attend de lui et comment le faire, le calme parfois.
  • La colère est un échange d’énergies: votre enfant déborde, est bouillant, rouge, en sueur. Détendez-vous, respirez par le ventre, parlez calmement, restez physiquement relax, même si vous devez contenir physiquement votre enfant. Tout comme votre enfant « déteindra sur vous » (vous aurez probablement assez chaud), vous déteindrez sur lui (votre calme l’apaisera).
  • Surmonter une colère, c’est une victoire et ça se fête! Quand Stan réussit à faire ce que je lui ai demandé, sa colère s’arrête instantanément, c’est vraiment comme un déclic et il est heureux de réussir. Inutile de dire que je renforce à fond de telles victoires.
  • Une colère, ça s’oublie vite. Votre enfant vous aime, même si il a été fâché pendant quelques minutes.
  • Quelques colères gérées, quelques frustrations affrontées, apprennent en quelques jours à nos enfants qu’il suffit de demander la main de papa ou maman pour traverser la route, qu’il est nécessaire de s’asseoir sur les toilettes sans discussion, que l’on range avec ses parents ses jouets après une activité, etc. En bref, comme avec n’importe quel enfant dont on ne craint pas les colères: ce n’est pas lui qui décide!

Enfin, quand la tristesse monte dans votre coeur de parents, quand vous êtes tellement mal de voir votre bout de chou se mettre dans des états pareils, rappelez-vous qu’aujourd’hui, il mesure quelques dizaines de centimètres et une quinzaine de kilos (ou peut-être vingt). Lui apprendre à gérer ses frustrations maintenant, lui apprendre à contrôler et gérer sa colère maintenant, vous évitera de le faire plus tard avec un gaillard d’1m80, et 90 kilos!

Bon, moi je vous laisse, je pars à mon cours de boxe—il faut que j’apprenne à esquiver un peu mieux! Après tout, je donne des conseils, mais ça ne fait que deux semaines (deux semaines déjà, wouahouh!) que je suis maman d’autiste. Et vous, la frustration, l’éducation aux limites avec vos enfants autistes, vous les gérez comment?