En décembre 2007, nous arrivons en France. Je venais de passer dix ans à Londres, où j’avais rencontré mon mari Irlandais, Malcolm, et où nous avions eu nos deux enfants, Dylan et Pearl.

Dylan fêtait ses trois ans à notre arrivée en France et Pearl ses quatre mois (née le 3 août 2007). Tout allait bien dans le meilleur des mondes et nous savions que nous allions vivre des mois bien difficiles d’adaptation et de contre-coup culturel. Sans se douter une minute que ces mois de stress ne seraient rien comparés à ce qui nous attendait un peu plus d’un an plus tard.

Pearl était un super bébé, très facile, bonne dormeuse mais aussi très heureuse, souriante et surtout très éveillée. Dès notre arrivée en France, j’avais repris le travail avec la même société qui m’employait en Angleterre, et Malcolm était resté à la maison car nous n’avions pas de place en crêche. Au fil des semaines, Pearl s’attachait évidemment beaucoup à papa ainsi qu’à son arrière grand-mère (ma grand-mère) qu’elle voyait tous les jours pendant environ une heure. Niveau santé, elle avait fait une bronchiolite à deux mois et avait tendance à pas mal tousser. Pendant ses premiers dix-huit mois elle a fait plusieurs otites séreuses, et de nouveau une bronchiolite vers quatorze mois, mais à la limite je dirais qu’elle n’a pas été plus malade que son frère aîné au même âge (qui, lui, faisait des angines à répétitions tout petit). Au niveau du comportement, la seule grosse différence que nous constations d’avec Dylan était le fait qu’elle n’était pas du tout câline. Dès qu’elle a su ramper (à huit mois), puis marcher (à treize mois), elle a vraiment montré beaucoup d’indépendance. Bref, rien ne nous alarmait sur son développement jusqu’en ce fatidique mois d’avril dernier…

Pearl se balançait plutôt beaucoup depuis qu’elle savait se tenir assise et vers vingt mois ses balancements ont commencé à nous inquiéter. J’avais connu un bébé dans mon entourage qui se tapait la tête pour s’endormir, mais ce comportement avait disparu avec l’âge. Je me rappelerai toujours qu’un soir mon mari et moi regardions Pearl se balancer et grogner sur le canapé et nous nous étions dit en plaisantant qu’il lui manquait une petite case là-haut…

Et oui, tout avait commencé par une plaisanterie. Une plaisanterie qui a vite tourné en angoisse. En effet, elle qui avait commencé à parler vers seize mois (« maman », « papa », « didi ») ne répétait plus rien, ne voulait plus faire « les marionnettes » et encore moins des signes de la main pour dire au revoir. Elle ne montrait aucun signe d’affection et si nous lui demandions un bisou elle nous tendait son front pour que nous l’embrassions mais jamais ne tentait de reproduire le geste elle-même.

Un soir d’avril, j’ai navigué dans un forum santé sur l’internet, dans une rubrique « enfants différents », et commençé à lire des témoignages. Je ne savais pas ce que je cherchais exactement, peut-être une description des « symptômes » de ma fille. Je suis tombée sur une description de troubles autistiques et là j’ai eu très peur. Malgré mes craintes, j’ai continué d’enquêter et me suis retrouvée sur le forum Autisme d’un site santé très connu. Après avoir décrit le comportement de ma fille, des personnes bienveillantes (d’autres parents) m’ont tout d’abord conseillée de répondre au questionnaire CHAT (un questionnaire de dépistage précoce, systématique au Royaume-Uni pour les enfants de dix-huit mois et plus). Je fis donc le test et là, badaboum, mon monde s’écroula! Ma fille ne pointait pas du doigt, ne disait pas de mots, ne jouait pas à faire semblant, avait une stéréotypie (le balancement) et ne répondait pas toujours à son nom quand on l’appelait.

J’ai montré les résultats à mon mari et nous avons pleuré toute la nuit.