Montessori: la poutre du temps

Les enfants en général ont du mal à se repérer dans le temps. Un des principes de la pédagogie Montessori est « Aide-moi à faire seul », et pour le repérage dans le temps, cela s’applique aussi.

Nous sommes nombreux et nombreuses ici à utiliser un time timer, des emplois du temps visuels pour aider nos enfants à prévoir l’enchaînement des activités, et même les nouvelles montres à pictos qui viennent de sortir (si certains les ont essayées, je veux bien un avis à propos de ces montres!).

Avec la poutre du temps Montessori, on va un peu plus loin. En effet, c’est une bande d’environ 6 mètres, où tous les jours de tous les mois sont présents. Les saisons y figurent aussi. Il faut donc un grand mur. On peut aussi afficher mois par mois si cela est plus simple au départ. Voici quelques photos avant son utilisation:

Montessori: la poutre du tempsMontessori: la poutre du temps

Nous avons imprimé un stock d’étiquettes avec le nom des jours marqué dessus. Les étiquettes du week-end sont de couleur différente; chez nous elles sont bleues. Chaque jour, je marque la date sur l’étiquette du jour correspondant.  Les enfants doivent retrouver la bonne case dans le bon mois et coller l’étiquette. Par exemple, si nous sommes dimanche 4 décembre, je prends une étiquette bleue « dimanche » et j’écris 4 en haut de l’étiquette. Esteban cherche le 4 dans le mois de décembre et colle l’étiquette.

Nous ne rajoutons que peu d’étiquettes à l’avance. pour ne pas les embrouiller. Par exemple, vous verrez sur les dernières photos que l’étiquette du 17 et du 25 décembre sont déjà collées: le 17, ma soeur arrive avec mes neveux et nièces; et le 25 c’est Noël! Plus ils seront grands, plus nous pourrons ajouter des étiquettes « futur ».

Montessori: la poutre du tempsMontessori: la poutre du temps

Au bout d’une grosse semaine, ils savaient qu’ils ne devaient pas chercher la date sur toute la bande, mais seulement dans le mois commencé et à la suite de l’étiquette précédente. Et ils font plein d’associations: « En octobre, c’est l’automne », « Noël, c’est en décembre. Il y aura l’hiver et la neige! », etc.

Si vous êtes intéressés pour en faire une chez vous, n’hésitez pas à me contacter!

Mise à jour

Téléchargez les fichiers nécessaires pour confectionner votre propre poutre de temps. L’idéal est de coller la poutre sur de papier cartonné avant de le mettre sur un mur.

Tellement en avance, tellement en retard

Tellemen en avance, tellement en retardDès ses premiers mois, mon fils Matthieu a épaté toute la famille par ses connaissances « pas de son âge ». Il savait faire tout ce que les bébés ne savent généralement pas faire: il savait ses chiffres et compter jusqu’à 30 à l’âge de deux ans. Il savait aussi son alphabet, dans l’ordre, et reconnaître la forme des lettres et des chiffres, pas seulement les réciter de mémoire.

Ces derniers jours, j’ai pu confirmer ce que je savais déjà…

Matthieu sait compter de deux en deux, je l’ai vu écrire des suites de chiffres sur son mini-ordinateur, sans se tromper.

Matthieu sait compter à rebours, mais pas seulement depuis 10: la dernière fois, je l’ai vu aller dans les centaines: 235, 234, 233, etc. À 200, je me suis dit qu’il allait se retrouver coincé, mais non, il a continué sans faire de pli: 199, 198…

Matthieu a très bien compris comment fonctionne le concept de l’heure, et il sait qu’il ne faut pas compter en base 100 mais en base 60. Je l’ai vu avancer dans les chiffres qu’il écrivait, et passer de 1559 à 1600… parce qu’il est passionné par l’heure, et qu’il a passé de nombreuses heures à regarder le réveil de notre chambre, cherchant à comprendre le fonctionnement du temps qui passe.

Et pourtant, à côté de ça, il y a tant de petites choses que Matthieu ne fait pas, ou ne sait pas faire! Il vient tout juste de comprendre l’idée du coloriage, mais c’est quelque chose qui n’est pas obsessionnel chez lui, et donc il est rapidement passé à autre chose, du moment où il a fini de colorier, avec mon aide, son premier cahier de coloriage.

Il n’est pas intéressé aux Legos de la même manière que les autres petits garçons de son âge. Au lieu de vouloir construire, de faire des bâtiments qu’il pourrait associer à sa maison, à l’école, la boulangerie, que sais-je… Il fait des lettres avec, en les arrangeant habilement dans ses mains, et vient nous les montrer en nous faisant bien entendre la lettre représentée – et qui est généralement très bien faite et très reconnaissable.

Comment un petit garçon si en avance peut-il être aussi en retard sur le reste? C’est le mystère de l’autisme, celui qui nous a fait douter les suspicions de la pédiatre de Matthieu lors de l’examen de ses deux ans, parce qu’on ne s’imaginait pas qu’un enfant aussi doué puisse avoir un problème neurologique.

Que nous reste-t-il quand on voit son enfant accumuler les retards? La meilleure solution est de s’appuyer sur ses obsessions et ses préférences pour l’aider à avancer et à rattraper, tant que l’on peut.

L’amour de Matthieu pour les chiffres et les lettres nous a souvent permis de lui faire essayer des choses nouvelles, et de le faire avancer dans le travail et la compréhension du monde extérieur. Et vous, comment faites-vous avec votre enfant? Partagez dans les commentaires.

Deux frères

Sylvain est né le 6 mai dernier. C’est un beau bébé qui pèse déjà près de 6 kilos! À 10 jours, il faisait de vrais « sourire-réponse », et a bredouillé son premier « aheu » à 15 jours. Son pédiatre le trouve très éveillé, et nous, ses parents, en sommes naturellement très fiers!

Pour moi, sa maman, la magie est peut-être encore plus vraie. Pourtant, quoi de plus naturel qu’un accouchement qui se termine bien, avec un bébé qui montre d’emblée ses compétences naturelles et se développe bien? Sylvain, dès sa naissance, a su trouver le sein et téter pendant 45 minutes.

Tous les jours, il évolue et nous montre son envie de communiquer avec nous: quand je me penche pour le prendre aux bras, tout son petit corps se tend vers moi, comme pour m’aider à mieux le saisir. Il babille aujourd’hui plusieurs fois par jour, enrichissant peu à peu la gamme de ses vocalises.

Deux frères

C’est ce que vit tout parent, et c’est mon deuxième enfant, alors pourquoi suis-je aussi émerveillée, et parfois troublée? Parce que tout cela, je ne l’ai pas vécu avec mon aîné.

Matteo a eu une naissance difficile. Il a inhalé du liquide amniotique – les médecins ont dit qu’il avait voulu respirer trop tôt – et a dû passer plusieurs jours en réanimation néonatale.

Dès le début, il a été un petit bonhomme fragile, et pour cela, peut-être, un lien très fort s’est crée tout de suite entre nous. Comme son petit frère, c’était un bébé souriant et calme, je pouvais l’emmener partout. Mais à la différence de Sylvain, Matteo n’a jamais babillé. Il n’a jamais tendu ses petits bras vers moi pour que je le prenne… Il ne s’intéressait à aucun jouet, ne tenait pas assis sans aide à 9 mois, et n’a fait ses premier pas qu’à 26 mois.

À 3 ans, il pouvait passer des heures couché sur le sol de sa chambre, absorbé par le mouvement des roues de ses petites voitures, qu’il passait et repassait inlassablement devant ses yeux. Rien de ce qui semble aujourd’hui si naturel pour son frère ne l’a été pour lui.

Matteo est autiste. Il avait 4 ans quand j’ai rencontré mon mari. Ce dernier l’a accepté tout de suite et a décidé de remplacer son père, parti deux ans auparavant dès l’annonce de son handicap. Après notre mariage, avoir un enfant nous a semblé évident, nous nous posions apparemment beaucoup moins de questions que la plupart des gens! Car dès le début de ma grossesse, j’ai bien souvent dû me justifier, comme si, parce que mon aîné était autiste, avoir un autre enfant n’allait pas vraiment de soi…

« Mais tu n’a pas peur qu’il soit handicapé aussi? » revenait bien souvent, après les félicitations d’usage. J’ai même lu sur internet que d’autres mamans avaient renoncé à leur projet à cause de cette peur-là.

Avec mon mari, nous avons fait le choix de vivre ce que nous voulions vivre malgré le risque, un risque que nous ne parvenions d’ailleurs pas à prendre vraiment au sérieux. Un jour, je me suis même surprise à penser que si notre enfant devait effectivement être autiste lui aussi, au moins nous saurions comment faire!

Ce choix d’un second enfant, pour moi, ça devenait même une sorte de défi, presque une revanche sur la vie. J’ai bien sûr connu des moments de doutes, pendant ma grossesse. Cela vous semblera bizarre, mais le monde du handicap est si prenant, les compétences à développer en tant que parent d’un enfant handicapé sont si particulières, que je finissais par douter de mes capacités à élever un enfant « normal »!

Étrangement, je n’ai jamais douté que mon cadet serait neurotypique. Mes craintes principales tournaient toutes autour de Matteo: serais-je aussi disponible pour lui, dont l’autonomie reste très limitée pour un enfant de 5 ans? Ne risquerait-il pas de régresser à la naissance de son petit frère?

Longtemps, j’ai fait le même cauchemar: je tenais mon bébé dans les bras, et je voyais Matteo s’approcher d’un précipice ou bien traverser une autoroute sans pouvoir intervenir. Je me réveillais en larmes, et j’avais bien du mal à retrouver le sommeil. Une nuit cependant, j’ai rêvé que mon mari surgissait pour sauver Matteo au dernier moment… et le vilain cauchemard n’est plus jamais revenu! Cela m’a appris que je devais nous faire confiance.

Aujourd’hui, je sais que j’ai eu raison: Sylvain n’est pas autiste, c’est un beau bébé en pleine forme, qui pousse son grand-frère à évoluer dans le bon sens. Non seulement ce dernier n’a pas régressé, mais il n’a pas cessé de faire des progrès depuis le 6 mai dernier. Matteo avait toujours été un enfant plutôt chétif, toujours en dessous des courbes de taille et de poids. Vous me croirez si vous voulez, mais la semaine de la naissance de son frère, il a pris 2 kg, il s’est étoffé, d’un seul coup il s’est mis à ressembler plus à un petit garçon qu’à un grand bébé! Je le sens plus fort, et je suis moins inquiète pour lui.

Bien sûr, j’ai moins de temps à lui consacrer qu’avant la naissance de Sylvain, mais on dirait qu’il en profite pour acquérir de lui-même davantage d’autonomie. Il se montre très affectueux avec son petit frère, il est ravi de le retrouver tous les matins à son réveil, assiste au moment du bain avec passion. Lorsque le petit se met à pleurer, Matteo vient nous chercher et dit « Bébé pleuh! » (Bébé pleure). Je l’ai même entendu prononcer avec douceur, penché sur le transat du petit: « Oooh… mon bébé! », imitant le ton que je prends quand je viens sortir Sylvain de son lit.

Bien que Matteo n’ait jamais fait preuve de violence à l’égard de qui que ce soit, nous restons toujours vigilants. Mais quel plaisir de le voir couvrir « son » bébé de bisous toute la journée! Alors c’est vrai, avoir un bébé quand l’aîné est handicapé, c’est beaucoup de boulot… Mais quand je les vois tous les deux, je me dis que je ne regrette pas d’avoir fait confiance à la vie.

Et vous? Avez-vous eu d’autres enfants, après un aîné handicapé? Ou bien cette éventualité ne vous tente-t-elle pas du tout? Si vous vous êtes lancés, comment a réagi votre entourage à l’annonce de votre grossesse? Quelles relations vos enfants entretiennent-ils entre eux?

Quand le temps nous manque

11h11. Je fais un voeu en quittant l’autoroute 132 Ouest vers Boucherville. Je calcule rapidement le temps qu’il me reste avant d’aller rechercher à Varennes ma petite fille de cinq ans à son cours de ballet classique, cours qu’elle affectionne tant.

Dans quarante-six minutes très exactement, je devrais avoir fait le marché de la semaine pour reprendre l’autoroute en direction de la ville suivante où se trouve notre danseuse-étoile. J’appuie fortement sur l’accélérateur sans toutefois dépasser la limite de vitesse permise. J’arrive dans le stationnement du supermarché.

Ouf! Une place m’attend tout près de l’entrée principale. Il pleut à boire debout. Je pense à mes cheveux que je viens de faire coiffer. Je suis déjà stressée à l’idée de les voir friser, alors je cours en faisant de petits sauts de kangourous pour éviter les flaques d’eau qui jouxtent mon passage. Un homme, en me voyant sauter de la sorte, me dit en riant:

« - Madame! Arrêtez de sauter comme ça! Vous allez vous mouiller encore plus!

- Ha! Vous avez peut-être raison, mais je pense que c’est plutôt psychologique! »

Carts shopping at Fry's (photo: Näystin)

Carts shopping at Fry's (photo: Näystin)

Sur ces mots, j’attrape un chariot en quatrième vitesse et me dirige vers la section des fruits et légumes. Dans ma tête se bousculent les aliments que je dois acheter et que je n’ai pas pris le temps d’écrire sur une liste. Pas le temps! Par ici les oignons, par là les bananes. Je vois des baggels en promotion; vendus! Je regarde ma montre, nerveuse : 11h25. Ça va. Je vais y arriver.

La course se poursuit vers le comptoir des viandes. Vivement le poulet de grain et les côtelettes de porc. Ai-je assez de riz à la maison? Oui, ça devrait aller, que je me dis. Les collations des enfants ne sont pas difficiles à choisir. Restent les produits laitiers, les bâtonnets de poisson dans les surgelés. Je vois presque la ligne d’arrivée. Je me faufile entre les paniers comme si je faisais la course seule pour donner un peu de piquant à mon existence trop tranquille.

Enfin, j’arrive aux caisses où m’attend une file de clients qui ne sont surtout pas pressés de quitter les lieux en ce samedi matin pluvieux et endormant. De mon côté, j’ai le cœur qui débat. Je pense à ma fille qui va attendre sa maman, inquiète de ne pas la voir arriver à temps. Un bref regard à ma montre m’indique que le temps commence à me manquer. 11h35. Une vieille dame place doucement ses aliments sur le comptoir. Heureusement, elle n’a pas beaucoup d’items. Elle donne sa carte de débit à la caissière pour payer, mais la jeune fille lui indique au bout de quelques secondes que ce n’est pas la bonne carte.

« - Ah! Je me trompe toujours dans mes cartes! Excusez-moi, mademoiselle! Voici une autre carte; ça devrait aller… »

Hé non! Cette fois, ce n’est pas le bon NIP. Je commence à avoir des sueurs froides. Je n’avais pas prévu cet imprévu. D’ailleurs, un im-prévu le dit bien! Un événement se produit alors qu’il n’était pas prévu.

Je me lance des injures à moi-même silencieusement parce que je ne me suis pas laissé une marge de manœuvre dans cette course folle au cas où il m’arriverait un imprévu, et ça y est. En plus, avec tous les baby-boomers qui vont prendre leur retraite, des imprévus  de la sorte, je risque d’en avoir souvent.

Je m’impatiente; je pianote sur la poignée du chariot. Je mâche ma gomme bruyamment. Je soupire et me racle la gorge. Je prends mon téléphone cellulaire pour vérifier l’heure.

Contemplation #2 (photo: Ed Yourdon)

Contemplation #2 (photo: Ed Yourdon)

La pauvre dame s’excuse encore, piteuse et consciente de sa lenteur.

« - Je suis désolée, madame. Je retarde tout le monde! On dirait que ça fait exprès… »

Tu parles! que je me dis. Mais la caissière qui doit avoir environ dix-huit ans lui répond:

« Madame, nous avons tous droit à notre tour, et maintenant, c’est à votre tour, alors ne vous excusez pas. »

Cette fois, c’est moi qui suis piteuse. Honteuse parce que je manque de temps à tout instant de ma folle vie de super-maman-qui-court-tout-le-temps, je perds mon savoir-vivre et je deviens même irrespectueuse. Ai-je oublié qu’un jour, c’est moi qui serai à l’endroit même où se trouve la vieille dame? Qui a dit qu’il ne fallait pas faire aux autres ce qu’on ne voulait pas qu’on nous fasse? Quel genre de personne suis-je devenue, métamorphosée en survoltée associable par la maternité?

Perdue dans mes pensées, je pose rapidement mes emplettes sur le tapis noir qui les emporte vers la caissière. Je me ressaisis et reprends ma vitesse de croisière lorsque vient le moment d’insérer le tout dans mes super sacs recyclables.

11H47. C’est la panique! La vraie! Mais qu’est-ce qui m’a pris de vouloir sauver du temps à tout prix pour finalement en manquer? Je cours avec l’énorme chariot et décharge les sacs plutôt lourds dans le coffre de ma camionnette. Je démarre le moteur et espère me rendre à l’autoroute au plus vite. Plus que cinq minutes pour me rendre. J’accélère et suis une Audi A4 qui roule à 130km/h. Je pense aux sermons que je ne cesse de faire à mes étudiants au sujet de la vitesse au volant.

Daylight Speed (photo: soupboy)

Daylight Speed (photo: soupboy)

11H02. Je suis en retard; c’est complètement ridicule. Je gare ma voiture si vite que je fonce presque dans une voiture qui recule au même instant. Je sors de la voiture et court vers le local où se trouve ma fille. Mes cheveux sont devenus frisés; mes pantalons sont trempés. Je vois au loin les autres petites filles dans les bras de leurs parents.

Ma puce est là, à côté de son professeur, à m’attendre, comme je le pensais. Elle voulait me faire une surprise et me montrer les pas de danse qu’elle venait d’apprendre avec ses compagnes, mais j’ai manqué le précieux moment où elle se dirigeait vers la porte ouverte en croyant que je la regardais danser. Mon cœur se serre. Je ne suis pas fière de mon exploit. En voulant sauver du temps, voilà que c’est plutôt le temps que je n’ai pu sauver.

Prendre du temps pour soi

Pendant les deux premières années de la vie de Matthieu, je suis passée par des états de fatigues incroyables. Les premiers mois, mon mari et moi nous sommes relayés pour s’occuper de lui: il prenait la soirée jusque vers minuit, et je prenais ensuite le relai, pour que chacun puisse dormir – mais au final, je dormais peu puisque mon fils le glouton voulait aller au sein au minimum une fois par heure.

Prendre du temps pour soi

Illuminada (photo: juanete)

Et puis, mon mari devant retourner au travail, ça a été à moi de gérer les cris, les pleurs, le jour comme la nuit. J’étais un véritable zombi. Matthieu voulait être tout le temps dans les bras, voulait tout le temps être bercé et que je lui chante des chansons – dès que je m’arrêtais pour m’asseoir, ou que j’espérais qu’il dormait et que je tentais de retourner le poser dans son lit, c’était reparti de plus belle.

Matthieu dormait l’équivalent de deux ou trois heures dans toute la journée. Généralement, cinq ou dix minutes après l’allaitement, et ensuite il se remettait à crier. La nuit, quand il a été en âge de jouer seul, on l’entendait jouer sans arrêt dans son lit à barreau.

Un peu avant la naissance de son frère, Matthieu a compris que j’avais besoin de repos et a commencé à faire quelques siestes avec moi (ou plutôt sur moi), ou tout du moins me laisser me reposer pendant qu’il jouait à côté.

Je comprends maintenant ce que je ne comprenais pas à l’époque: je ne peux pas être une battante à chaque heure de chaque jour de toute ma vie. J’ai le droit, et même parfois le devoir, d’être un peu égoïste et de vouloir un peu de temps pour moi, parce que ce n’est pas en étant fatiguée, dépressive ou de mauvaise humeur que je peux bien m’occuper de ma famille.

Trouver du temps

Pas facile, surtout quand on n’a pas de famille proche à qui confier son enfant quelques temps. Alors il faut parfois ruser. Voici quelques astuces que j’utilise à la maison.

  • Exiger du papa une soirée de temps en temps, pendant laquelle il gèrera les enfants. Généralement, ça passe mieux si on part après l’heure du coucher des petits, comme ça il n’a à gérer que l’éventuel lever pour changement de couche.
  • Profiter de l’intérêt de l’enfant pour une activité pour faire autre chose. Que ça soit une vidéo, du dessin, de la lecture, ou une construction de Legos, installez-vous pas loin pour que votre enfant vous voie, et faites quelque chose qui vous intéresse.
  • Insister pour avoir du temps à soi quand vient le soir. Moi, j’ai un marché avec les enfants. S’ils sont sages, ils peuvent rester avec nous jusqu’à 20 heures le soir. Sinon, à partir de 19 heures, toute perturbation un peu trop forte peut déclencher un départ au lit. Ils ont le droit de jouer dans leur chambre, mais calmement. Pendant ce temps-là, je peux me reposer ou faire une activité pour laquelle je veux me concentrer.

Prendre du temps pour soi

Que faire quand on a du temps?

Les activités ne manquent pas quand on peut – enfin! – avoir un peu de temps à soi. Voici quelques idées en vrac, n’hésitez pas à partager d’autres activités dans les commentaires.

  • Avoir une vie sociale. Aller faire un tour avec les copains et les copines, boire un verre, se détendre et parler un peu d’autre chose que couches et autisme.
  • S’occuper de soi. Utiliser les quelques heures grapillées pour aller chez le coiffeur, faire un tour dans les magasins pour acheter des vêtements afin d’avoir autre chose qu’un vieux jogging tout rapiécé. Se sentir bien dans son corps peut aider à se sentir bien dans sa tête.
  • Faire du sport. La pratique d’un sport peut permettre de se libérer du stress quotidien. Peu importe que vous soyez adepte du jogging, de la salle de sport ou bien de la Wii + Wii Fit!
  • Mener à bien un projet. Chaque personne a des projets, parce que c’est ce qui nous permet d’aller de l’avant. L’espoir de les mener à bien permet de voir au-delà de la vie fatiguante de parent d’enfant autiste. Que ce soit un projet professionnel ou personnel, trouvez-vous un but vers lequel tendre.
  • Se détendre. Parce que pour pouvoir tenir le coup le lendemain, il faut se recharger, faire aussi des choses que l’on aime: lire, regarder un film, prendre un long bain… N’importe quoi, pourvu que ça vous relaxe.

Prendre du temps pour soi est bénéfique

Quand on est reposé, on a plus de patience, plus envie de partager, et moins de difficultés à supporter les petits tracas du quotidien. Quand on a eu l’occasion de faire des choses qui nous plaisent, on sort de la routine épuisante de tous les jours, et on a plus de choses à dire. Une personne a des intérêts, des idées, qui font qu’elle intéresse les autres; quand on ne fait jamais rien d’autre, on n’intéresse plus personne, on se retrouve comme privé de sa personnalité. Le besoin de se ressourcer est légitime, ainsi que celui de s’épanouir.

Matthieu et l’heure

Depuis tout petit, Matthieu a une affinité particulière avec le temps qui passe. Lorsqu’il était tout bébé, et que nous réglions le réveil pour qu’il sonne à 7 heures du matin, il a pris l’habitude de nous réveiller à 7 heures même les week-ends et vacances.

Au début, nous nous disions avec son papa qu’il voyait peut-être l’heure sur le réveil lumineux. Nous l’avons donc tourné vers nous pour qu’il ne puisse pas le distinguer depuis son lit à barreaux, mais il nous réveillait tout de même à 7 heures. Puis, même lorsque nous avons déménagé au salon pour lui laisser la chambre, il a continué à nous appeller à l’heure précise où il fallait que l’on se lève.

Matthieu et l'heure

Il était aussi capable de savoir avant nous quand est-ce que la mise en veille de l’écran de l’ordinateur allait se déclencher: à peine deux ou trois secondes avant qu’on ne voie l’écran s’assombrir, il se levait de sa place pour aller l’empêcher de passer en veille. Et ce, même le dos tourné, même depuis sa chambre – on aurait dit qu’il comptait les dix minutes dans sa tête.

Depuis qu’il n’a plus dormi dans un lit à barreaux, il est venu s’incruster quelques minutes avec nous avant que le réveil ne sonne, et cela tout les matins. Mais depuis que son frère est passé hors du lit à barreaux lui aussi, ce n’est plus aussi facile de grapiller du temps papa/maman comme avant.

Matthieu a donc changé son affinité avec les heures pour quelque chose de plus obsessionnel, malheureusement. Il vient toutes les soixante minutes assister au changement d’heure, rigole quand l’horloge affiche des heures du style 12:12, et est devenu complètement obsédé du chiffre 17, qu’il traque sur notre horloge avec la précision d’un métronome: une minute avant l’heure fatidique, il vient se coller à côté, et égrène soixante secondes en faisant des petits bruits: « trrrrrla… trrrrrla… trrrla… ». Puis, il se marre en disant I T, car il semble penser qu’il y a une relation entre les chiffres 1 et 7 et les lettres I et T.

Ce côté obsessionnel est assez difficile à contrer pour nous. Malgré tous nos efforts, il reste complètement fasciné par l’heure, et n’accepte pas de cesser de s’en préoccuper comme nous lui demandons. Pour l’instant, nous n’avons pas trouvé le moyen de le faire changer de méthode.