Comment réagir face aux régressions chez l’enfant autiste?

Céline BruntzCéline Bruntz, psychologue spécialisée en autisme, répond à vos questions sur la psychologie et l’autisme. Écrivez-lui à celine@autismeinfantile.com pour lui poser des questions plus spécifiques.

Comment réagir face à une régression?

C’est une question intéressante mais difficile car elle appelle des réponses diverses qui varient en fonction du vécu de chacun et de sa place auprès de l’enfant. En effet, les réactions sont différentes si on est parent ou professionnel car l’implication par rapport à l’enfant n’est pas la même.

Je répondrai de ma place de psychologue en disant que face à la régression chez l’enfant, il est important de continuer à le stimuler et à l’aider à s’ouvrir à la relation.

Stimulations multisensorielles dans la salle Snoezelen

Snoezelen est un néologisme néerlandais entre renifler et somnoler. Les salles Snoezelen sont utilisées pour des cas de personnes avec un handicap mental afin de les exposer à un environnement calmant et stimulant. Ces pièces fournissent des stimuli sensoriels comme des jeux de lumière, des odeurs, des sons, de la musique, et différentes textures sur les murs permettent d’explorer le toucher.

Stimulations multisensorielles dans la salle Snoezelen

Soyons clairs dès le départ: cette méthode n’a rien de thérapeutique. Ce n’est pas en passant par la salle Snoezelen qu’on « guérit » de quoi que ce soit. Mais cette stimulation peut avoir des effets bénéfiques proches de la musicothérapie, ou la zoothérapie, sur certains enfants autistes. Par exemple, Matthieu avait beaucoup apprécié de pouvoir toucher des textures différentes, mettre les mains dans des bassines de semoule, toucher des plumes, sentir des odeurs, voir des couleurs, etc. Je pense que ça peut avoir un effet apaisant, tout d’abord, et ensuite permettre de découvrir quelque chose de différent et avoir une expérience plaisante.

Le but de la salle Snoezelen est de procurer un plaisir sensoriel. Il n’y a pas franchement de direction, l’enfant a le droit de faire ce qui lui plait, mais l’accompagnant peut lui proposer une activité spécifique, afin de renforcer les liens sociaux dans le cadre d’une séance agréable pour l’enfant.

L’apaisement dans la salle Snoezelen permet de noter, dans son cadre, une réduction des angoisses et des stéréotypies, ainsi que des comportements agressifs et autodestructeurs.

Stimulations multisensorielles dans la salle Snoezelen

Stimulations multisensorielles dans la salle Snoezelen

Stimulations multisensorielles dans la salle Snoezelen

Pour information, toutes les photos de cet articles sont des photos d’une salle Snoezelen au Hartenberg d’Ad Verheul en Hollande, et peuvent être retrouvées sur le site WorldWideSnoezelen.com.

Rester OP-TI-MIS-TE!

Quand on apprend que son enfant a un handicap comme l’autisme, on passe par les étapes du deuil de l’enfant parfait, mais contrairement à un vrai deuil où la personne est morte et c’est fini, le deuil de l’enfant parfait peut souvent durer toute une vie.

On passe par toutes les étapes du deuil, on les revisite inlassablement, on finit par bien les connaître: le choc, le déni, la culpabilité, la peur, la colère, la dépression, le marchandage, l’acceptation, la reconstruction.

Rester Optimiste

Il faut rester optimiste!

J’ai toujours été quelqu’un de très rapide psychologiquement à passer les étapes. Étant pourtant plus instinctive que réfléchie, ça aurait du être un véritable calvaire pour moi lorsque j’ai appris que Matthieu est autiste, et malgré cela j’ai tout de suite compris quelque chose: m’appitoyer sur lui, sur moi, sur nous – ça ne sert à rien! Avoir peur? Ça n’a jamais arrangé les choses! La culpabilité? C’était déjà mon lot quotidien de maman – me sentir coupable de ne pas être une maman « parfaite, qui ne vit et ne respire que pour son enfant, en s’oubliant sans y repenser à deux fois ».

Quelle était la seule ligne d’action qui pourrait aider mon fils? Sans chercher très longtemps, car c’était évident, j’ai conclu que l’optimisme et la persévérance étaient les deux seules armes que j’aurais dans cette bataille contre l’autisme.

Quelle différence entre: « Il ne sait pas faire X? C’est pas grave, il va bien finir par y arriver! » et: « Pourquoi me donner de la peine? De toute manière, il ne saura jamais faire X. »!

En restant optimiste sur l’avenir de Matthieu, je ne lui ferme pas des portes qui peuvent lui servir par la suite. Je continue à me battre pour qu’il soit accepté, aidé, intégré, tout comme si son avenir de ministre était tout tracé. Que m’importent les opinions des gens qui pensent que Matthieu ne travaillera pas, n’aura pas de famille à lui? Ils n’en savent rien.

Ce n’est que le temps qui nous dira ce que Matthieu sera capable de faire ou pas. Son enfance ne peut pas laisser présager de son avenir. Sean Barron, qui est autiste, et qui, dans sa petite enfance, était terrible et qui semblait une « cause perdue », a bien fini par faire de longues études, devenir écrivain et journaliste, avoir une petite amie, et vivre de manière autonome. Je vous recommande d’ailleurs la lecture du livre de Judy et Sean Barron, Moi, l’enfant autiste, qui est un bel exemple de réussite et peut redonner espoir à de nombreux parents.

Aidez-le à réussir

Rien n’est joué. Vous êtes acteurs dans le développement de votre enfant autiste. Il faut que vous restiez optimiste, ne le laissez pas tomber, croyez en lui. Même s’il finit par échouer, vous lui aurez permis d’avoir l’option de réussir en lui ouvrant, grâce à votre optimisme, les portes dont il a besoin. Même s’il échoue à ce que nous tous, parents d’enfants autistes, souhaitons: l’autonomie, il aura pu progresser grâce à votre soutien et votre optimisme.

Un enfant autiste non stimulé ne progresse pas. Un enfant autiste abandonné à son handicap, dont on accepte l’échec sans se donner la peine de le pousser à réussir, échouera.

Vous seuls pouvez l’aider. Restez optimiste!

Merci les vacances!

Comme la majorité des gens, nous revenons de vacances. Moment de détente et de déconnexion totale. Maëlys juste avant était dans une de ses mauvaises phases. Fermée, colérique, terrible…

Merci les vacancesMais quelques jours avant de partir, elle en est sortie pour repartir dans une phase de progrès où tout va bien! Elle a donc pu aborder ces vacances avec enthousiasme. Et ça a marché! Nous sommes partis en bord de mer: tous les jours plage et eau.

Maëlys est un vrai poisson, et là j’en ai eu encore plus la confirmation. L’eau? Même pas peur, et quel bonheur! Elle y allait seule, avalait des tasses, tombait, recommençait et tout ça dans la bonne humeur.

La plage? Elle est devenue la reine des pâtés. Elle pouvait jouer des heures avec le sable. Quand on disait « plage! », c’était la première à la porte.

Ce que cela lui a apporté? Enormément. Nous étions six en tout. Elle a été stimulée de toute part, et comme dans une bonne phase, ouverte à ça. Du coup à 27 mois, Maëlys commence à faire les marionnettes ou à faire bravo. Elle a même fait semblant pour la première fois de sa vie, en prenant un moule de pâté de sable et en « téléphonant »! Elle était expressive, elle d’habitude si « renfermée » et sérieuse.

J’ai récupéré une petite fille un peu plus transformée encore, avec des progrès qui n’ont l’air de rien mais qui sont énormes pour elle! Et depuis notre retour, on continue, on travaille beaucoup sur le « pointé du doigt », et même si cela n’aboutit pas pour le moment, j’ai bon espoir.

J’ai commencé à téléphoner et à lancer les démarches pour:

  • un diagnostic, enfin.
  • de l’orthophonie
  • qu’on puisse commencer la méthode PECS.

Un bon programme de rentrée quoi!!

Quels sont les points positifs et négatifs de la méthode ABA?

Céline BruntzCéline Bruntz, psychologue spécialisée en autisme, répond à vos questions sur la psychologie et l’autisme. Écrivez-lui à celine@autismeinfantile.com pour lui poser des questions plus spécifiques.

Je commencerai par les points positifs:

  • L’efficacité de la méthode ABA a été démontrée par des études scientifiques recensées par les Centres Ressources Autisme (CRA) qui prônent que cette méthode aide les enfants autistes à faire des progrès au niveau des apprentissages, de la communication et du langage.
  • Il a également été montré que ces progrès durent dans le temps.
  • Cette méthode est aussi intéressante car elle permet aux parents de stimuler leur enfant et d’établir une communication avec lui.
  • Si vous souhaitez aller plus loin, il existe des formations ABA destinées aux parents.

J’en viens aux points négatifs:

  • Cette méthode a ses limites car elle donne des résultats fluctuants en fonction du degré de déficience intellectuelle de l’enfant associé à l’autisme.
  • Cette méthode purement éducative peut amener à interpréter des comportements inadaptés de l’enfant comme volontaires tandis que c’est lié à l’autisme.
  • Il faut aussi être vigilant à ne pas être que dans un rapport d’apprentissage avec l’enfant, avec des renforçateurs comme c’est prévu dans cette méthode, mais être aussi dans un registre de jeu et d’ouverture relationnelle.
  • Il est vraiment important de tenir compte de la singularité de l’enfant en tant que sujet pour communiquer avec lui, et être à l’écoute de vos ressentis.

Le travail à la maison

Vous aimeriez faire travailler votre enfant à la maison entre deux séances d’orthophonie ou de psychomotricité, mais vous ne savez pas trop comment vous y prendre, parce que votre enfant est facilement dispersé et ne suit pas trop vos consignes. Voici quelques idées pour faciliter les séances de travail à la maison.

Le travail à la maison

Toujours le même endroit

Si votre maison est assez grande pour le permettre, il vaut mieux réserver une pièce à part pour le faire travailler – une où il ne sera pas distrait par autre chose. Mais si comme moi vous vivez dans un tout petit appartement, vous n’avez pas trop la possibilité de faire une pièce de travail. Il faut alors choisir un endroit, si possible où il ne joue pas d’habitude, pour le faire travailler.

Avec Matthieu, nous nous installons sur le lit parental pour avoir de la place, être confortablement installés, et travailler. Je sors un jeu en profitant généralement de l’heure de sieste de son frère, et nous faisons des exercices (perles, gommettes, jeux de construction, dominos, loto, etc.).

Toujours à la même heure

C’est plus facile à dire qu’à faire, mais j’ai remarqué que le moment où Matthieu est le plus disponible et le moins turbulent, c’est après le repas du midi, lorsque son frère est parti à la sieste, et que nous nous retrouvons seuls tous les deux.

La digestion aidant, il reste plus calme, sans partir courir toutes les cinq minutes, sans son frère qui veut participer et qui le distrait. Nous en profitons pour faire des jeux calmes, soit lui tout seul lorsqu’il connait les consignes, soit avec moi quand je veux lui apprendre de nouvelles règles.

Le stimuler en le faisant jouer

Rien de plus rébarbatif pour un enfant que de devoir travailler. Mais si on transforme la séance de travail en jeu, il est de suite plus coopératif. Si vous arrivez à l’intéresser, c’est gagné, et il viendra d’autant plus facilement faire les exercices les fois suivantes.

Utiliser ses centres d’intérêt

Pour s’assurer qu’il s’intéresse à ce que vous souhaitez lui apprendre, tâchez de trouver du matériel en relation avec ses centres d’intérêt. Matthieu a un grand amour des chiffres et des lettres, je choisis donc en priorité du matériel qui reprend l’alphabet ou qui demande de compter, dénombrer, etc.

Le féliciter et le récompenser

Votre enfant n’est pas encore capable – et le sera-t’il un jour, on ne peut pas le savoir – d’étudier pour son plaisir personnel, d’étudier pour vous faire plaisir, ou d’étudier parce qu’il a envie d’apprendre. Il faut donc être généreux en félicitations, applaudissements, et récompenses. Vous pouvez vous mettre d’accord à l’avance, en lui promettant par exemple un bonbon s’il fait correctement tous ses exercices, ou un jouet après une semaine d’efforts. À vous de juger selon votre ressenti personnel.

En parler autour de vous

Surtout quand il est à portée d’oreille! Lorsque vous êtes au téléphone avec la famille ou les amis, dites comme il a bien travaillé. Mettez ses dessins bien en vue à un endroit de passage, faites-les lui envoyer aux grands-parents par la poste, marquez ses progrès sur un tableau. Il faut qu’il voie que ses efforts et ses progrès sont remarqués et pris en compte.

La méthode des 3i

On m’a récemment parlé de la méthode des 3i, et j’ai voulu jeter un coup d’oeil sur ses principes, qui me semblent très bons. En fait, ce sont ceux qui j’applique déjà à la maison avec succès: une stimulation individuelle, intensive et interactive, basée sur le jeu, l’affection et l’enthousiasme.

La méthode des 3i

Une stimulation individualisée

Matthieu et moi nous installons régulièrement, depuis qu’il est tout petit, pour jouer tous les deux. Quand il était plus jeune, il était passionné par les puzzles à encastrer, et il m’amenait régulièrement près de moi ses grands puzzles pour me montrer à quel point il réussissait bien. J’en profitais pour lui donner le nom des pièces qu’il encastrait: le soleil, la vache, le tracteur, etc.

Ces temps-ci, il s’intéresse plutôt à d’autres activités: les perles à enfiler, les cubes (et rectangles, cylindres, etc.) de bois à empiler pour réaliser des constructions, les gommettes ou l’apprentissage de la lecture. Là aussi, il me sollicite et nous passons tous les jours du temps ensemble à jouer rien que tout les deux, en profitant de la sieste de son frère.

Une stimulation intensive

Les 40 heures par semaine, soit 6 heures par jour, sont peu faisables pour moi: il faut aussi que je m’occupe de son frère, du ménage, de la construction de la maison à gérer, des papiers administratifs, etc. Cela dit, à côté de nos séances de jeu, il suit une rééducation intensive avec son équipe thérapeutique, avec une à trois séances par jour, et il va à la halte-garderie pour la socialisation.

Une stimulation interactive

Il est crucial d’utiliser toutes les occasions pour communiquer, accrocher le regard, faire des échanges. Ce n’est pas l’apprentissage en lui-même qui est important pendant ces séances, mais l’interactivité.

La méthode des 3i

Tout doit être axé sur le jeu! Si l’enfant s’amuse, il recommencera plus volontiers que s’il s’ennuie ou s’il se sent obligé. Il faut donc savoir rebondir sur les activités qu’il amorce, en réclamant son attention, en verbalisant ses actions, en essayant de faire passer des notions (par exemple: chacun son tour). Il faut aussi le féliciter chaudement à chaque réussite de communication.

Allez jeter un oeil sur le site de l’Association Autisme Espoir vers l’école pour découvrir tous les détails de la méthode des 3i (méthode de stimulation individuelle des enfants autistes).