Le bilan/diagnostic (2)

Ces deux semaines étaient enfin passées… J’étais contente d’arriver enfin au terme de ce bilan-diagnostic, de connaître enfin toutes les déficiences et capacités de mon enfant.

J’avais rendez-vous à 9 heures du matin au cabinet pluridisciplinaire. J’étais nerveuse, impatiente, complètement flippée aussi. Bref, il n’aurait pas fallu prendre ma tension à ce moment-là.

Elle nous a reçus dans son cabinet.

Cette fois, il y avait plein d’activités préparées sur la table de travail, des valises à côté du fauteuil de la psychologue, avec des formulaires de toutes sortes à côté d’elle. Une caméra était branchée face à la table de travail.

Elle m’expliqua que Thomas allait donc être évalué, et allait passer plusieurs tests dans cette matinée. Elle me demanda de m’asseoir, et m’invita ensuite à ne plus parler ou intervenir vis-à-vis de Thomas, qu’importe ce qui se passerait, sauf si elle me le demandait. Je m’exécutai et m’assis sagement, en les observant.

Mon petit Thomas était de très bonne humeur, volontaire, agréable, et content d’être là, ce qui allait rendre les évaluations d’autant plus simples.

Elle a sorti, donc, tour à tour, différents jeux de réflexions, puzzles, feuilles de papier pour dessiner, des images à commenter, etc., afin d’évaluer mon bonhomme dans tous les domaines.

Les jeux d’encastrements, puzzles, jeux de logique, furent réussi haut à la main (même moi, je l’avoue, y’en a un qui m’aurait laissé sur le carreau). Je fûs moi-même surprise de le voir en réaliser certains avec une facilité incroyable. D’autres fûrent un échec monumental, entrainant de violentes crises d’angoisses de la part de Thomas (lorsqu’elle lui présenta des jeux de faire-semblant). Mais Thomas a été, malgré tout, dans l’ensemble, exemplaire pour un petit bonhomme habituellement bien agité.

Au fur et à mesure des évaluations, elle cochait des cases dans ses formulaires.
Les évaluations se sont terminées par le questionnaire Vineland, que, pour ma part, je ne trouvais pas top, mais elle m’expliqua que c’était vraiment juste pour se faire une idée de son niveau d’autonomie à la maison.

Elle me donna rendez-vous pour la semaine suivante, afin de recevoir et de commenter les résultats du bilan-diagnostic et psychométrique. Elle m’informa que, selon ce qui avait été fait et évalué aujourd’hui, la CARS allait être belle et bien élevée, comme elle l’avait présagé lors du passage de l’ADI-R.

Cette semaine passa assez rapidement. Nous nous sommes rendus, mon mari, mon fils et moi au cabinet pour la restitution du bilan.

Elle me remit alors le DVD des évaluations qui avaient été filmées, et commença à nous donner les résultats qui, comme elle me l’avait dit, pour certains n’étaient pas bons, mais pour d’autres, laissaient présager de très bonnes choses pour l’avenir de Thomas.
En matière d’autisme, Thomas est donc autiste typique sévère.

Ses cutt-off (scores) à l’ADI-R pétaient tout les plafonds. Ils étaient vraiment pas terribles…

Son score à la CARS était de 46,5/60 à ce moment-là. Cependant, Thomas n’ayant pas de déficience mentale associée, cela le classe dans l’autisme de haut niveau de fonctionnement ou TEDSDI > TED sans déficience intellectuelle.

Il a une intelligence globale normale, dont le quotient d’efficience est de 80, ainsi que des pics d’habilités avec des quotients d’efficience à 111 (donc à un âge de 4,5 ans alors qu’il n’a que 3 ans et demi à ce moment-là) au niveau des sous-tests « classification, logique, réflexions », etc. Donc, un fonctionnement cérébral malgré tout côté comme « sévèrement anormal ». Elle nous indiqua que, de ce fait, pour occuper Thomas, il fallait lui proposer régulièrement des activités au-dessus de son âge.

Thomas avait aussi 24 émergences en cours d’acquisition (ce qui est énorme), dont elle avait pris compte pour le diagnostic, bien évidemment. Elle nous informa que, au vu des émergences à ce jour, à 4 ans Thomas aurait acquis le langage, et que nous allions voir, au fur et à mesure des jours à venir, les énormes progrès en ce sens (ce qui est à 200% vrai, nous l’avons plus que constaté!).

Elle nous informa alors que les Autistes Haut Niveau verbaux avaient dans « leur développement normal » cette phase de développement du langage qui « explose » aux alentours de 4 ou 5 ans, de manière considérable et soudaine, en comparaison aux autres difficultés qui, elles, bougent beaucoup moins vite (stéréotypies, activités restreintes, etc.). Ce qui améliore grandement, de ce fait, leur sociabilisation.

Elle nous expliqua que ce qui avait côté le plus sévèrement Thomas était son fonctionnement cérébral, sa maladie du Pica (très prononcée chez mon fils, je le rappelle, puisqu’il mange tout ce qui est en bois, papier, carton… et nous a donc ravagé tous nos meubles de la maison, mangeant le papier toilettes, les mouchoirs, le sopalin, les feuilles et enveloppes, etc.), ses stéréotypies (balancements, sautillements, grattages divers, mouvements et torsions des doigts), son agitation, ses troubles moteurs (dont la marche sur la pointe des pieds), ses hypersensibilités, ses troubles du sommeil et troubles alimentaires.

Le PEP-3 avait planté Thomas dans ses résultats et ne faisait pas apparaitre ces fameux pics d’habilités, car Thomas avait refusé de passer certains sous-tests. Il plaçait donc Thomas à un âge de développement de 18 mois. Cela n’avait donc pas convenu à la psychologue, car ça ne reflétait pas les capacités actuelles de Thomas.

La psychologue l’avait donc évalué ensuite avec le Brunet-Lézine et les EDEI-R afin de révéler les pics d’habilité et de faire transparaitre l’âge de développement réel de Thomas, plus représentatif de notre enfant, à un âge de 33 mois globalement.

Toutes ses évaluations ont donc bien confirmé l’autisme sévère de haut niveau de fonctionnement pour notre petit Thomas.

Elle s’attarda à parler à mon époux, qui, lui, vivait assez difficilement toute l’annonce de ses résultats, mais ne laissait rien transparaitre. Elle a donc beaucoup discuté avec lui.
Elle m’a remis le bilan-diagnostic et psychométrique en main, ainsi que la feuille d’algorithme de l’ADI-R, l’entretien diagnostic de l’autisme, à envoyer à la MDPH pour confirmer le diagnostic préétabli par le Dr Cohen.

Ensuite, nous avons discuté de la mise en place de la remédiation cognitive et éducative dont Thomas allait avoir besoin, et de sa future scolarité.

Nous avons décidé avec mon mari qu’elle effectuerait la remédiation de notre enfant, et qu’elle me formerait à la guidance parentale pour travailler le reste de la semaine auprès de Thomas.

La méthode de remédiation employée serait la thérapie d’échanges et développement (TED), thérapie neuro-développementale.

Travailler plusieurs choses à la fois

Travailler plusieurs choses à la fois

Lorsqu’on débute le travail avec un enfant autiste, à moins d’être un professionnel ou suivi par l’un d’entre eux, il vaut mieux s’en tenir à travailler une compétence à la fois seulement. Surtout au début, quand on n’en est qu’aux prémisces de la prise en charge.

Avec le temps qui passe, et le fait que l’enfant acquiert de plus en plus de compétences, cela devient de plus en plus simple de travailler plusieurs choses à la fois.

Dans cette vidéo, on voit Matthieu commencer une nouvelle activité. Il a généralement un peu de mal à se concentrer sur une activité qu’il n’a jamais faite (ou juste une ou deux fois auparavant). De plus, comme l’explique Faustine à la fin de la vidéo, ce n’est pas vraiment un jeu de sa tranche d’âge, mais ça lui permet de travailler plusieurs choses:

  • le tour de rôle,
  • la retenue, en évitant de stéréotyper inlassablement sur le bouton,
  • la psychomotricité fine, en plaçant les figures sans faire tomber les précédentes,
  • l’exécution sous contrainte de temps,
  • les ordres oraux (compliance, compréhension),
  • l’espace 3D.

Faustine réussit à faire travailler toutes ces compétences à Matthieu en lui faisait travailler sa psychomotricité. Grâce à la communication parmi les intervenants de notre équipe, elle sait quels sont les points cruciaux à travailler avec Matthieu (par exemple, pas besoin de travailler les couleurs qu’il connait déjà, mais il a bien besoin de travailler la compréhension des ordres oraux).

Tout cela ne s’est pas fait en deux semaines, et il y a eu beaucoup de préparation pour en arriver là, mais il est possible de travailler de plus en plus de compétences pendant les séances. À la maison, nous continuons le travail sur la plupart de ce qui est requis.

Quels sont les jeux que vous faites faire à vos enfants ces temps-ci, et quelles compétences leur faites-vous travailler en même temps? Partagez dans les commentaires de l’article.

Snoezelen: Quand? Comment?

Dans la continuité de mon précédent article La poudre aux yeux des activités en structures, je voudrais faire un point sur l’utilité des salles Snoezelen.

Les salles Snoezelen permettent de stimuler les sens des personnes handicapées. Je ne parlerai dans cet article que des personnes autistes, puisque je ne connais pas les différents handicaps qui pourraient l’utiliser, ni les bénéfices ou problèmes que ces salles leur apportent.

Nous avons utilisé, non pas une salle Snoezelen puisqu’il n’y en avait pas à disposition, mais les techniques de stimulation des salles Snoezelen avec Matthieu et sa psychomotricienne alors qu’il était tout petit, avec de l’initier aux odeurs, au touchers différents, etc. Cela lui avait été bénéfique. Mais, très rapidement, nous avions continué avec de l’éducatif et du rééducatif.

Voici les réflexions concernant les salles Snoezelen, et comment elles doivent être utilisées avec les personnes autistes.

Quand?

Selon moi, les salles Snoezelen sont utiles majoritairement:

  • quand l’enfant est très jeune (entre 18 mois et 3 ans),
  • quand l’enfant, l’adolescent ou l’adulte a de grosses déficiences sur le plan sensoriel.

Pour les enfants, adolescents ou adultes qui ont dépassé ce stade-là et qui ont entamé avec succès une prise en charge éducative, l’intérêt des salles Snoezelen est très limité, et je dirais même dommageable si ils y sont laissés à leurs stéréotypies.

Comment?

La salle Snoezelen ne doit pas être un lieu où la personne autiste s’enferme dans son isolement et ses stéréotypies. Elle doit être limitée strictement dans le cadre d’un échange entre le patient et le thérapeute, qui doit lui faire découvrir ses sens et l’encourager à partager ses émotions.

Par exemple, dans le cas d’un enfant verbal, lui demander de décrire la différence entre une plume (c’est doux) et un morceau de papier de verre (c’est râpeux) – ou tout autre exercice dans ce style, en adaptant évidemment la difficulté aux capacités de l’enfant.

Cela ne doit pas être un lieu d’observation (de l’enfant par le thérapeute), mais un lieu d’échange et d’apprentissages. Au moindre soupçon d’enfermement dans ses stéréotypies, l’enfant doit être retiré de là.

Sur un autre note, pour un enfant épuisé et qui a bien travaillé, cela peut servir de renforçateur occasionnel, tout en restant vigilant que l’endroit ait un effet apaisant sur lui (lumières, musique douce, coussins), et pas un effet excitant.

Toujours le même Noël?

Eh bien non, pas cette année… Pour une fois, nous échapperons à l’achat des vingt boules de toutes sortes que Mathilde reçevait tous les ans, parce qu’elle ne s’intéressait qu’à ça, et que l’on avait beau lui offrir autre chose, il ne fallait surtout pas commencer par les boules, sinon c’était peine perdue pour qu’elle daigne ouvrir les autres paquets. Donc, exit les boules qui finalement ne servent à rien, sauf à ce qu’elle stéréotype et nous envahisse la baignoire avec.

En fait, je me disais qu’écrire un article sur les Noëls de Mathilde n’avait pas grand intérêt, mais c’est une question sur la page Facebook d’Autisme Infantile qui m’a fait réagir. Est-ce normal que mon enfant n’ait choisi que deux choses pour Noël?

Question à laquelle j’ai répondu que c’est déjà une chance en soi que l’enfant choisisse quelque chose! Combien sommes-nous à appréhender ce moment fatidique de fin d’année, ou des anniversaires, quand nous nous trouvons dans le magasin de jouets (de préférence, vu leur âge), et que nous ne savons pas vers quel rayon nous diriger? Les poupées: mauvaise pioche, elles sont toujours restées au fond du bac. Les tables d’éveils et autres jeux musicaux et lumineux: stop on arrête, trop de stéréotypies avec. Et en plus, elle n’a plus trois ans.

J’y suis bien souvent allée à l’aveugle. Ça fait sept ans que je galère pour essayer de varier un peu, hormis les boules des magasins de sports ou celles que l’on trouve de plus en plus au magasin de jouets, mais qui résistent deux jours entre les doigts agiles de Mathilde qui prend un malin plaisir de les percer.

Il y a bien le super site en ligne pour les enfants exceptionnels, pour les classiques du genre discrimination visuelle, manipulation, apprentissage sensoriel… Mais, à chaque fois, je me dis que ce n’est pas un vrai cadeau, le cadeau dont elle rêverait (ça, je ne peux pas lui offrir… une piscine en dur dans le jardin, et couverte en plus pour l’hiver… et ça ne serait pas facile de la poser sous le sapin pour garder la symbolique de Noël!).

Alors, cette année, j’ai fait en fonction de ses activités de toute l’année, de l’école ou de la maison. Il est temps qu’elle passe à autre chose, qu’elle abandonne ses stéréotypies boulesques. Bien sûr, c’est encore moi qui ai choisi à sa place, et ce sont des jeux que nous pourrons faire ensemble: puzzles, memory, j’apprends les chiffres et les mots, spyrographe, agglobille… tout le matos pour travailler ensemble dans la joie et la bonne humeur.

Maintenant, reste à savoir si elle ne fera pas comme l’année dernière, passer devant le tas de paquets cadeaux au pied du sapin, malgré mes sollicitations, et filer direct à sa télé comme si de rien n’était, alors que les trois autres poussent des cris de joie et d’excitation en découvrant leurs cadeaux.

Cette année, je lui ferai poser ses chaussons aux pieds du sapin samedi soir, et dimanche matin j’irai la réveiller dans de grandes effusions pour qu’elle comprenne qu’il se passe quelque chose… Elle finira bien par comprendre ce qu’est Noël!

Comment jouer sur la culpabilité de ses parents et les monter l’un contre l’autre

La vie chez les Hamidi, c’est TRÈS, TRÈS DUR. J’ai tendance à bloquer tous les comportements gênants, en particulier les stéréotypies et les rituels, même si je ferme parfois les yeux sur un flapping ou deux.

Du coup, les enfants ont pris l’habitude m’ennuyer dès que c’est humainement possible. Par exemple:

  • demander à boire de l’eau à l’heure du coucher,
  • demander à passer aux toilettes à l’heure du coucher,
  • demander à passer aux toilettes à l’heure de la sieste.

Autant je peux concevoir qu’il peut arriver d’avoir soif un soir, ou une envie pressante une fois de temps en temps parce qu’ils sont petits et n’ont pas prévu la capacité de leur vessie, autant je refuse que ça devienne un rituel.

Du coup, je me retrouve à devoir culpabiliser parce que je leur refuse tout ça – je leur refuse à boire! Je leur refuse d’aller aux toilettes! Et je me retrouve à devoir argumenter avec leur papa de la véracité ou non de leurs besoins.

Ils ont des périodes, comme ça, où ils ne demandent pas à aller boire ou à aller aux toilettes tous les soirs. Dans ces cas-là, je peux concevoir que ce sont des besoins, et pas des astuces pour pénibiliser leur mère.

Chez les enfants neurotypiques de nos amis, j’ai pu constater que les enfants sont capables de comprendre le principe de boire et d’aller aux toilettes pour la nuit. Les nôtres en sont capables aussi.

On voit de suite leur coquinerie, vu qu’ils se marrent en demandant, et demandent en même temps tous les deux. De plus, je m’assure toujours qu’ils soient passés aux toilettes et qu’ils aient bu juste avant de se coucher…

Vous avez vu? Je culpabilise encore, et j’essaie de me justifier… Ah les petits coquins! ;)

Le but de cet article? Nous les mamans nous savons d’instinct ce qui se passe avec nos enfants. Il faut arrêter de culpabiliser et s’écouter un peu plus. Et les papas, eux, doivent essayer d’arrêter de nous culpabiliser encore plus! Faites-nous confiance, nom d’un petit bonhomme! ;)

Quand l’enfant autiste trouve un terrain d’entente et de jeux dans sa fratrie

Quand l'enfant autiste trouve un terrain d'entente et de jeux dans sa fratrie

Jusqu’à présent, il n’y avait pas beaucoup d’interactions entre Matthieu et les autres enfants. Il pouvait jouer à côté d’eux, plutôt facilement, cherchant leur compagnie ainsi, mais il n’essayait pas franchement de communiquer ou de trouver un terrain de jeux commun.

C’est quelque chose qui a changé cette année. Matthieu cherche toujours la compagnie des enfants et des adultes, mais il a aussi trouvé quelques moyens d’échanger avec les autres enfants, notamment avec son petit frère Julien:

  • À l’école, il va chercher les autres enfants et les attrape par les épaules pour jouer au petit train,
  • À la maison, il lance quelques jeux stéréotypés avec son frère, par exemple, il chante et son frère lui répond (généralement de se taire, hu hu, mais ça les amuse tous les deux), ou bien ils courent ensemble d’un bout à l’autre de la maison, ou bien ils réussissent même parfois à se tolérer et à jouer ensemble à un même jeux (circuits de train ou de voitures).

J’essaie généralement d’éviter tout ce qui pourrait être considéré comme stéréotypique, mais je les laisse parfois faire, car je voudrais privilégier les quelques échanges existant entre eux, en espérant qu’ils s’étendront à d’autres activités au fur et à mesure.

Votre enfant autiste a-t-il trouvé des terrains d’entente et de jeux avec ses camarades de classe, ou sa fratrie? Parlez-nous en dans les commentaires de l’article.

Quand je me suis mis un coup de pied au fesses

J’essaye d’être une bonne mère. N’en déplaise aux psychanalystes, je fais de mon mieux pour gérer mes nombreuses casquettes de mère, d’épouse, d’employée et d’amie.

J’ai trois fils, plutôt sympas dans l’ensemble, et j’ai vraiment voulu de toutes mes forces préserver un temps pour chacun. Bien sûr je passe plus de temps avec Samuel. Il en a plus besoin. J’ai pu l’expliquer à son grand frère, qui l’a plutôt bien pris malgré quelques accès de jalousie. Je ne peux pas l’expliquer au petit,  mais je crois qu’il a bien compris la situation car il est extrêmement jaloux et possessif. Pour mon homme c’est une autre paire de manches, il nous faut garder un couple fort et fonctionnel, donc on est « obligé » de renforcer les liens de temps à autres.

Comme la plupart d’entre vous je suis fatiguée, que dis-je, lessivée par toutes mes obligations de « femme presque parfaite ». Je me suis donc octroyée des « temps morts » afin de ne pas sombrer dans le burnout. Mon homme m’a rejoint dans mes « temps morts  » et nous avons commencé à partager des moments de glandouille très salvateurs!

Et nos monstres, pendant ces « temps morts », que devenaient-ils? Mon grand s’abrutissait joyeusement sur les jeux vidéos, le petit faisait une sieste réparatrice et Samuel stéréotypait vigoureusement.

Mes « temps morts » ont pris de plus en plus de place le week-end, et j’y trouvais l’excuse d’une semaine trop chargée, des multiples responsabilités, du besoin de boire un café au calme, de lire un chapitre ou de me vernir les ongles de temps en temps. De quelques minutes, ils sont devenus des heures, reposantes heures où mon fils s’enfonçait dans ses mauvais comportements par ennui.

Et puis un dimanche, des « amies-mamans-d’autistes » sont venues à la maison. On parlait en buvant un café, cool, un « temps mort » bienvenu, lorsque j’ai vu mon amie nous quitter pour aller jouer au tennis avec une tapette à mouche afin que son loulou ne sombre pas dans sa stéréotypie. C’est tout bête, mais ça m’a mis une claque. Parce que j’ai réalisé que je ne jouais pas assez avec mon fils au profit de tout mes « temps morts », et qu’il était mille fois moins stimulé que le sien.

J’ai réalisé que pour avoir les résultats qu’elle obtenait, il fallait que je m’implique encore plus et que je me mette un bon coup de pied aux fesses. Que si je ne me bougeait pas, ce n’est pas les cinq ou six heures de prise en charge par semaine qui allaient rendre mon fils  autonome et intégré. Que mon fils avait besoin de moi aujourd’hui, et pas demain, et que mon petit confort de vie devait être complètement bousculé.

Je ne veux plus me contenter de dire: « je n’ai pas l’aide qu’il faut », c’est à moi de prendre les choses en main, de ne pas être la victime d’un système, mais l’actrice du bien-être de mon fils. Je ne peut pas me contenter d’être une bonne mère, je dois être une « super mère ».

La prise de conscience du travail que j’avais encore à faire et du chemin à parcourir m’est facilité parce que j’ai un mari qui m’épaule, et des amies sur Autisme Infantile qui me soutiennent. J’ai aussi la chance d’avoir un exemple à suivre (qui se reconnaitra en lisant ces lignes), et cet exemple me porte encore mieux que tout les discours culpabilisants, car il m’a prouvé qu’en s’impliquant, en travaillant d’arrache-pied, on a de merveilleux résultats, qui permettront plein de « temps morts » dans les années à venir.

Pré-diagnostic TED-NS (autisme atypique)

Pré-diagnostic TED-NS (autisme atypique)

Nous sommes donc le 4 mai 2011. Nous nous présentons à notre premier rendez-vous avec le Dr Cohen, pédopsychiatre, spécialisée en autisme et TED.

Nous attendons dans la salle d’attente, puis celle-ci vient nous chercher. J’avoue avoir une boule au ventre durant cette attente…

Nous lui transmettons les résultats de l’EEG que Thomas a passé à l’Hôpital Trousseau. Elle est douce, calme et gentille. La consultation débute avec une batterie de questions sur l’évolution de Thomas depuis sa naissance: le déroulement de ma grossesse, l’accouchement, l’âge des acquisitions, ses comportements, son sommeil, son alimentation, ses relations aux autres, ses activités à la maison, ce qu’il aime faire, ce qu’il a du mal à faire, ce qu’il semble comprendre, l’évolution de son langage, si il présente des comportements « étranges » (je pense qu’elle faisait allusion aux stéréotypies et flapping), si nous avons remarqué un décalage dans son développement par rapport au développement de sa sœur aînée, âgée de 13 mois de plus que lui…

Nous lui parlons de notre parcours antérieur avec le CMP, l’informons que nous souhaitons le quitter pour nous tourner vers le libéral. Elle nous demande ce que le CMP pense de l’état de Thomas, et qu’est-ce qui a été mis en place depuis notre premier rendez-vous avec eux. Nous lui parlons donc de la fameuse épilepsie (qui la laissa sacrément dubitative) et de dysharmonie du développement, de retard global du développement et d’enfant hétérogène. Elle fait les yeux ronds…

Pendant ce temps, mon fils joue tranquillement avec les jouets mis à disposition, et est plutôt calme (pour une fois). Sa soeur est présente et tout les deux vaquent donc à leurs occupations.

Je remarque que cette pédopsychiatre ne nous pose pas dix-mille questions autour de notre vie personnelle. Elle est centrée sur Thomas, sur son évolution et son développement, et uniquement cela. Elle semble efficace et pragmatique.

Mon mari semble très à l’aise avec elle. Lui qui, au CMP, ne décrochait pas un mot, car il en avait ras le bol qu’on psychanalyse notre vie privée, là, il y va, il parle, parle, parle. Il exprime ses craintes, ses doutes, ses interrogations…

Tous les deux, pour la première fois, on se sent écoutés et surtout, on se sent compris dans nos difficultés quotidiennes avec notre enfant.

Thomas semble aussi apprécier ce médecin. Elle est douce et gentille, tout ce qui convient à mon bonhomme. Du coup, il lui fait comprendre en l’appelant « maman » qu’il veut monter sur ses genoux. Elle sourit et le prends sur elle. Elle lui donne une feuille et des crayons. Mon bonhomme voit tant de belles choses sur ce bureau qu’il pourrait trifouiller, manipuler… On tente de canaliser notre petite pile, du coup, mais elle nous dit « laissez-le faire, je veux voir justement son comportement et ses réactions, n’intervenez-pas. ».

Puis elle l’observe, et lui pose des questions, attends ses réponses. Thomas voit de bien jolies choses sur sa cheminée, alors il les pointe du doigt pour lui montrer. Elle est contente de constater que Thomas pointe bien du doigt et le note immédiatement sur son rapport.

Elle observe son comportement, remarque que Thomas a beaucoup d’écholalies, de stéréotypies, d’impatience entrainant frustration et crispation (il mordra son bureau à pleine dents à un moment donné, à cause de cela). Elle remarque son côté impulsif, son goût très prononcé pour sa porte (qu’il tentera d’ouvrir durant une bonne partie de la séance avec les clés de la pédopsy). Elle constate que Thomas commence à parler, et qu’il regarde dans les yeux. Elle constate cependant que Thomas a pas mal de difficultés motrices. Elle nous dit aussi que Thomas semble avoir une « précocité » associée dans certains domaines particuliers  (à ce qu’elle apercevait durant la consultation, à sa manière de jouer et de réfléchir).

Nous l’informons que la crèche nous disait régulièrement que Thomas était « largement en avance » sur toutes les activités intellectuelles (puzzles, encastrements, jeux de lettres et chiffres). Le CMP avait aussi eu cette constatation.

La fin du rendez-vous approche, je me sens sereine, car j’ai vu que mon fils lui avait montré qu’il pointait bien du doigt, il était allé lui faire un câlin, et il avait dit quelques mots en la regardant dans les yeux. Donc, pour moi, c’était bon, on allait me parler d’autre chose que de troubles de la sphère autistique. Parce que oui, je m’étais rendu à cette consultation avec l’espoir qu’une professionnelle de l’autisme me réfute cela de but en blanc…

Soudain, elle réfléchi et se replonge dans les quatre pages de notes qu’elle a pris durant la consultation. Plus un bruit (hormis les enfants) dans son cabinet.

Elle finit par relever la tête et prend la parole. Elle nous regarde, et nous dit que, selon elle, au premier abord, elle pense que notre fils Thomas souffre d’autisme dit atypique. Qu’il s’agit d’une forme d’autisme, et qu’il est désormais urgent que Thomas passe tous les bilans, et qu’un accompagnement soit mis en place le plus vite possible. Thomas ayant 3 ans, nous avons toutes les chances de le faire évoluer si on y va à fond.

Elle nous prescrit les premiers bilans à faire (orthophonique, psychomoteur, neurologique) pour qu’elle puisse poser son diagnostic, et que l’on monte tout les dossiers (MDPH et AJPP). Elle nous informe que nous devons nous revoir, une fois tout ceci passé. En attendant, elle nous conseille de nous rapprocher d’associations autour de l’autisme près de chez nous.

Elle nous informe qu’à partir de ce jour, elle prend en charge Thomas si on le souhaite, mais qu’il faut cependant que nous éclaircissions notre situation par rapport au CMP, car il ne pourra surement pas y avoir de prise en charge en doublon.

À nous de faire notre choix désormais.