Autisme, école et propreté: couches ou slip?

Continuez à me poser vos questions sur l’autisme sur mon compte Formspring, j’essaierai de traiter les sujets selon inspiration en écrivant des articles ciblés à leur propos, qui référenceront d’anciens articles, en posant des questions à la communauté, ou bien en parlant de mon expérience avec mon fils Matthieu, autiste atypique de cinq ans et demi.

La propreté, que ce soit à la maison ou à l’école, est vraiment un sujet difficile quand on l’associe à l’autisme. J’ai vraiment l’impression que c’est une préoccupation constante, tant qu’elle n’est pas acquise. Voici la question que j’ai reçu au sujet de la propreté à l’école:

Mon fils âgé de 4 ans et demi est autiste atypique. Il est propre pour le pipi, mais pour le caca il refuse d’aller aux WC ou de faire dans le pot. La maîtresse m’a demandé de lui mettre une couche pour l’école, dois-je le faire?

Je sais que l’école n’a pas légalement le droit de refuser votre fils s’il n’est pas propre, notamment parce qu’au vu de son handicap et du fait qu’il n’est pas propre, il a droit à une AVS pour l’aider dans ses apprentissages, et lui permettre de rester digne (et ne pas passer la journée dans sa couche sale, par exemple).

Maintenant, je pense que, même si ça « casse » un peu l’apprentissage de la propreté, vu qu’on nous recommande toujours d’ôter les couches complètement aux enfants une fois commencé l’apprentissage… afin de garder un lien amical avec l’équipe enseignante, il vaut mieux accepter de laisser sa couche à votre enfant, en réclamant toutefois qu’on le mène faire pipi dans les toilettes régulièrement.

Personnellement, j’avais très bien compris l’utilité d’accéder à une telle demande lorsque mon fils Matthieu est allée à l’école l’année dernière quand il n’était pas encore propre. Déjà, ce n’est pas franchement agréable pour les personnes qui s’en occupent de mettre les mains dans le caca (même pour nous, si on est honnête). Ensuite, la couche retient les saletés en grande partie, alors que le slip les laisse passer, ce qui fait que votre enfant risque de salir autour de lui, ce qui peut vous apporter des problèmes avec l’administration ou les autres parents… il vaut mieux éviter les problèmes selon moi.

Enfin, le risque de brimades et moqueries des autres enfants est selon moi plus grand s’il se fait dessus que s’il porte une couche. Nos enfants ayant besoin de se sociabiliser avec d’autres enfants, c’est mieux si ceux-ci ne sont pas dégoûtés à l’idée d’approcher notre progéniture.

Le fait de mettre une couche à Matthieu ne l’a pas empêché de devenir propre par la suite. Il a eu un déclic… peut-être grâce au fait de voir les autres enfants à l’école aller faire caca aux toilettes, on ne sait pas franchement ce qui l’a décoincé.

Ensuite, les enfants peuvent comprendre le contexte: à l’école, ou la nuit, on met la couche. Quand on fait un long voyage en voiture, on met la couche. Même si c’est plus compliqué pour un enfant autiste, il va forcément comprendre à un moment ou à un autre le contexte, et sans doute le pourquoi de la couche. C’est aussi un pas important vers l’acquisition de la propreté: comprendre ce qui se fait, ne se fait pas, comment font les autres, etc.

Par contre, à partir du moment où votre enfant accepte de faire caca dans le pot ou les toilettes plus ou moins régulièrement (par exemple, il a quelques accidents mais a fait régulièrement au bon endroit pendant deux semaines), insistez pour qu’il ne mette plus la couche à l’école. On traite différemment un enfant qui peut avoir un accident qu’un enfant qui se fait immanquablement dessus.

Que pensez-vous de la demande de l’école? Est-ce que dans le cas où votre enfant ne serait propre que pour le pipi, vous accepteriez de lui laisser la couche? Avez-vous eu ce genre de demande, et si oui, qu’avez-vous répondu? Partagez dans les commentaires.

Propre à l’extérieur aussi: la généralisation

Avec les enfants autistes, le grand souci c’est qu’ils peuvent faire quelque chose parfaitement à un endroit précis, comme par exemple être propres à la maison, et une fois dans un autre lieu ou un autre contexte, perdre cet acquis.

Après avoir enfin réussi à comprendre le principe de la propreté, avoir lutté pour arriver à instaurer un peu d’autonomie, Matthieu a réussi à devenir complètement propre la semaine dernière – plus d’accidents! Et surtout: une fois dehors, chez des amis ou à l’école, il reste propre et utilise les toilettes des lieux, ce qui n’était pas forcément gagné.

Il nous reste à tenter la propreté en voiture (nos trajets sont longs, une heure trente de voiture me semble être un peu long pour commencer, nous allons donc commencer avec des petits trajets) et la propreté la nuit (ce pour quoi on attendra qu’il fasse enfin chaud, pour éviter la phase déshabillage/rhabillage en pleine nuit).

Merci à tous ceux qui nous ont encouragés et soutenus ces derniers mois, on a fini par y arriver! Je suis excessivement fière de mon fils, et j’attends avec impatience que ce soit le tour de vos enfants.

La guerre du slip

Il y a quatre jours, ça faisait deux semaines que Matthieu n’a pas fait un seul caca dans sa couche. J’ai donc décidé de le passer au slip, afin qu’on travaille sur la propreté totale en journée (je lui laisse encore la couche la nuit).

Matthieu sait demander quand il veut passer aux toilettes, et pour l’instant je le laisser y aller quand il le décide, sans planning particulier. Je lui rappelle seulement de ne pas oublier d’y passer si cela fait longtemps qu’il n’y a pas été, ou si je le vois concentré sur un jeu et prêt à « oublier » qu’il n’est plus en couches.

Mais ce matin, Matthieu a décidé qu’il ne voulait plus du slip. Peut-être parce que la dernière fois qu’il s’est « oublié », je lui ai dit qu’on allait faire quelques jours sans jeux vidéos, parce que lorsqu’il joue à ces jeux il ne pense pas à passer aux toilettes.

Ou alors est-ce qu’il considère la couche comme un confort, lui permettant de se soulager sur place où bon lui chante? Je ne sais pas, mais en tout cas, il n’est pas question pour moi de céder sur ce sujet, et je tiens bon contre sa volonté de laisser tomber le slip.

Premier round: Matthieu refuse de mettre le slip. Évidemment, pas question de céder aux rigidités, je l’encourage et impose le port du slip. Matthieu rouspète mais s’exécute.

Deuxième round: Matthieu planque le slip au milieu des couches, et met une couche avec son pantalon – on ne sait jamais, si je ne m’en rends pas compte, je vais peut-être lui mettre la couche sans y penser! Je vais donc repêcher le slip là où il l’avait caché et le lui remets pendant qu’il me couine dessus.

Troisième round: je retrouve Matthieu en train de galérer à essayer de se mettre la couche tout seul, assis par terre dans la salle de bains. Cet enfant est têtu! J’ai beaucoup ri, c’était très mignon.

Il n’empêche que je suis très fière de mon fils, qui a prouvé qu’il est capable de faire des tours de force comme devenir propre sur un coup de tête, alors qu’on n’y croyait presque plus. L’acceptation du slip n’est qu’une petite étape, un tout petit kilomètre sur le marathon qu’il a déjà courru, et je suis certaine que d’ici la rentrée en n’entendra plus jamais parler d’accidents de pipi en journée. Bravo Matthieu!