Comment se passe votre rentrée?

Septembre est là, les petits cartables et les petites trousses remplies de fournitures scolaires ont été achetés et tout est prêt pour absorber un maximum d’information chez nos chers petits.

La plupart des élèves normaux ont intégré l’école pour la première fois, ou bien retrouvé leurs anciens camarades.

Mais qu’en est-il des élèves autistes?

Parents

Faites-nous savoir si:

  • votre enfant a pu être intégré dans une école, que ce soit de l’enseignement spécialisé ou dans un milieu ordinaire,
  • l’AVS de votre enfant était au rendez-vous,
  • un Plan Personnalisé de Scolarisation est prévu (ou a déjà été tenu lors d’une réunion) pour aménager au mieux la scolarisation de votre enfant,
  • tout se passe bien avec l’équipe éducative de votre enfant,
  • etc.

Rappellez-vous de faire passer à l’enseignant et à l’AVS de votre enfant ces articles compilés par Béatrice dans sa boîte à outils, qui leur permettront de connaître les meilleurs moyens de faire classe à un enfant autiste:

Enseignants, AVS, équipe éducative

Avez-vous des questions à nous poser pour mieux comprendre comment aider votre élève, parvenir à passer une année la plus sereine possible, organiser votre classe pour une approche réussie avec un enfant autiste?

Nous sommes ici pour vous donner des pistes pour vous en sortir, car il est parfois difficile de comprendre comment fonctionnent nos enfants, mais avec de la bonne volonté, il est possible d’améliorer grandement la situation.

Bref, racontez-nous comment se passe cette rentrée 2011-2012 pour vous et votre enfant/votre élève.

Sûr de toi tu seras!

Comme de nombreux parents d’enfants devant faire leur première rentrée scolaire en septembre, je me suis fixé comme objectif de vacances de réussir à rendre propre mon petit garçon autiste de tout juste trois ans.

Je précise que je ne me serais pas autant mis la pression si notre charmante directrice d’école n’avait pas fait valoir que: « ce qu’elle attend d’un enfant normal, elle l’attend aussi d’un enfant handicapé », même s’il n’est scolarisé que 4 heures par semaine!

Bref, forte de ma formation ABA-VB sur ce sujet-là, je dresse un petit état des lieux:

  • Votre enfant mange-t-il varié? check
  • Votre enfant sait-il monter les escaliers seul? check
  • Changez-vous la couche de votre enfant moins de 6 fois par jour? check
  • Votre enfant se manifeste-t-il lorsqu’il est sale? check, enfin, ça dépend…
  • Votre enfant a-t-il parfois la couche propre au réveil? check

Donc, sur un plan développemental, Samuel allant avoir trois ans, est à l’âge où il peut acquérir la propreté diurne, voire nocturne.

Sûr de toi tu seras!

Je prépare donc le terrain en vue de nos vacances prévues en juillet: j’achète deux réhausseurs de la couleur préférée de Sam, je force et renforce toute la famille à faire ses besoins avec la porte ouverte pour montrer à Samuel comment faire,  je fais un stock de bulles de savon et renforçateurs en tout genre, et surtout je transforme mes uniques toilettes en palace 3 étoiles spécial autiste.

Le jour J, dès son réveil, je place mon garçon sur le trône pleine d’espoir; la couche étant propre au réveil, il devrait avoir super envie! Comme je l’avais appris en formation, je patiente 20 minutes (minuteur en main) et je le relâche pour 10 minutes toutes les demi heures. Ma bourrique, ce jour-là, m’a tenu tête, s’est retenu jusqu’à 11h30, a fait – bien entendu – par terre, et s’est à nouveau retenu jusqu’au soir! Même pas peur, on remet le couvert le lendemain, et rebelote, trois accidents et pas un seul pipi dans les toilettes.  Petit nounours, pas idiot, s’arrange aussi pour retenir ses selles.

Au troisième jour, des renforts arrivent: c’est l’anniversaire de Samuel, et des amis ayant un petit garçon autiste viennent manger à la maison. Sur leur conseils (ils étaient passés par là), on laisse Samuel sur le trône jusqu’à ce qu’il cède. Pour faire court, on a mangé dans les toilettes! Mais le miracle fût, Samuel a pu fêter dignement son anniversaire. Le lendemain, espoir espoir, pas un seul accident, tout dans les toilettes!

De même pendant deux jours, sauf pour les selles.  Après une semaine acharnée, nous avions un peu relâché notre vigilance, et nous emmenions moins souvent  Samuel sur le trône. Il a certainement perçu cela, car aussitôt il a repris ses mauvaises habitudes, et les accidents se sont répétés, répétés, si bien qu’on n’en voyait plus la fin. Le doute s’installait de plus en plus: et s’il n’était pas prêt, et si sa difficulté à communiquer l’empêchait de nous alerter, comment fera-t-il à l’école?

Samuel est sensible, il savait que nous n’étions pas sûrs de nous, et que je le trouvais encore un peu jeune pour être propre. Il a donc tout fait  pour que le doute devienne une certitude et qu’il retrouve sa couche. Fort heureusement, je suis, moi aussi, têtue, et nous avons donc trouvé un compromis (et je vais faire hurler toutes les mamans pratiquant l’ABA). Samuel n’a pas de couches en journée, sauf pour la sieste (occasionnelle) et la nuit. Il va aux toilettes toutes les 90 minutes, et si il ne fait pas, il y retourne toutes les 10 minutes.

Et vous, avez-vous eu des doutes qui ont fait basculer vos prises de décisions?

La route d’Asperansa

La Route d'AsperansaD’Est en Ouest, pour soutenir la scolarisation des enfants autistes.

Du jeudi 15 juillet au vendredi 29 juillet, pour la troisième fois, Gwénaël Le Ny va courir pour faire connaître l’autisme et sensibiliser à l’intégration des enfants autistes dans les cursus scolaires normaux.

Après la MILKIL en 2009 et la Transe Gaule en 2010, il va parcourir la France cette fois d’Est en Ouest, de la frontière suisse à Brest, en partenariat avec l’association Asperansa.

16 jours de courses, 1380 km en solitaire. Encore un défi d’ultrafondeur!

La route d'Asperansa

Gwen a expliqué pourquoi dans un article publié dans un magazine de courses VO2:

« Je suis conseiller principal d’éducation au collège Saint-Sébastien à Landerneau dans lequel sont scolarisés cette année (2009) 7 enfants autistes. J’ai suivi en particulier toute la scolarité de l’un d’entre eux, Matthieu, entré en 6ème dans ce collège la même année que moi il y a quatre ans.

Asperansa est une association brestoise dont Christiane, membre fondatrice et mère d’une enfant autiste qui a suivi une scolarité normale puisque sa maladie n’a été diagnostiquée qu’à l’âge de 21 ans, est documentaliste dans ce collège. Comme je ne voulais pas courir ces 1000 km égoïstement, je lui ai parlé de mon idée d’associer ma course à son association. (…)

Ce qui me restera le plus fort, c’est l’échange avec Matthieu, cet adolescent autiste dont j’ai suivi la scolarité depuis 4 ans de la 6ème à la 3ème, et qui m’a accompagné à vélo pendant les 3 premières journées.

Il a été enthousiasmé par cette expérience et l’a racontée avec fierté dans le journal de bord tenu sur Internet par une classe du collège. Il y a eu également cet échange avec Florent que je ne connaissais pas, 20 ans et autiste, venu nous rendre visite pendant deux jours avec ses parents en Mayenne. Il a couru plusieurs kilomètres avec moi. Au bout d’un moment il a eu trop chaud et je lui ai dit alors d’enlever son tee-shirt, ce qu’il a fait pour se retrouver torse nu alors qu’en temps normal c’est un geste qu’il refuse systématiquement.  Rien, que pour un moment comme celui-là, eh bien ma MiL’Kil, elle est réussie. »

La route d'Asperansa

Deux ans après, il y a 12 jeunes autistes, la plupart avec Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS) au collège et désormais au lycée.

L’Inspection d’Académie soutient la scolarisation en milieu ordinaire, quand elle est souhaitée par les parents, et estime que c’est une réussite. Elle l’attribue à la proximité, à Brest, du Centre de Ressources Autisme de Bretagne – un des premiers, créé en 1999, et bien connu pour son parti-pris pour la scolarisation en milieu ordinaire.

En savoir plus

Inclusion: qu’en est-il, deux ans après?

Le mois de juin vient sonner le glas d’une nouvelle année scolaire, et l’heure est une fois encore au bilan d’une inclusion timide qui progresse à pas comptés et hésitants.

Cela fait maintenant deux ans que les élèves de la CLIS-TED évoluent dans les murs de notre établissement, et force est de constater que la situation peine à évoluer depuis l’implantation de cette classe.

En temps que membre de l’équipe enseignante et père d’un jeune autiste ne bénéficiant plus d’aucune scolarisation en milieu ordinaire (15 ans: trop vieux pour apprendre!), c’est à moi qu’incombe la tâche délicate de proposer, convaincre, faire bouger (je n’ose dire « changer ») les mentalités.

Pas facile, tout ça! Il m’a fallu opter pour une stratégie « soft », après le « rentre-dedans » opéré l’an dernier qui n’avait eu pour effet que de clore le débat d’un « Pour toi, c’est facile, tu as l’habitude avec Antoine, mais nous, on n’y arrivera pas, on ne saura pas comment faire! »

Je me suis donc attelé cette année à ouvrir une voie en montrant l’exemple d’une inclusion réussie en géométrie pour un enfant qui présentait des dispositions pour ce type d’activité (passion pour l’alignement et le tri d’objets, les formes, les encastrements…), ceci afin de tenter de dépasser les sempiternelles inclusions en gymnastique ou en musique, plus faciles parce que sans grand danger pour l’enseignant.

Mes collègues ayant besoin d’être rassurés par des explications rationnelles et parfois très « terre à terre », je me suis employé à décripter avec eux tel ou tel comportement bizarre, quitte à recourir parfois à une psychologie bon marché: expliquer pourquoi cet enfant se met subitement à crier ou à répéter à voix haute tout ce qu’on dit, pourquoi celui-là se lève brusquement en renversant sa chaise pour tourner trois fois sur lui-même, et pourquoi celui-ci a besoin d’aller se caler systèmatiquement entre le radiateur et l’armoire, tout près de la fenêtre. Tout expliquer, pour bien faire comprendre que ces actes ne sont pas forcément faits à l’encontre de l’enseignant, et apporter des éclaircissements à ces curieuses stéréotypies.

Une année de discours (de plaidoirie?), de démonstrations en conseil des maîtres, de soutien à l’enseignante (non spécialisée) en charge de la CLIS qui, avec ses trois années d’ancienneté et son manque de formation, se trouvait bien mal placée pour donner des leçons à des dinosaures en fin de carrière.

Un an de perdu, pourrais-je me dire avec pessimisme, au regard du peu d’évolution dans les pratiques individuelles, du manque d’audace et d’ambition vis à vis de ces six enfants dont le temps est tellement compté. À la fin du mois, trois d’entre eux se verront reconduire à la porte de l’école pour une sortie définitive, mais concrétement, qu’avons-nous fait pour eux, mis à part les accueillir parmi nous avec bienveillance, les amener au stade ou leur faire écouter de la musique?

Nous n’avons même pas su saisir le coche lorsqu’il est arrivé quelquefois qu’un enfant vienne se mêler à nos rangs ou franchisse inopinément la porte de notre classe pour y jeter un coup d’oeil intéressé. Pourquoi ne pas prévoir à l’avenir une table et une chaise qui permettrait au petit curieux de venir s’y installer quelque instants, plutôt que de le prendre par la main et de le raccompagner jusqu’à sa classe?

À la rentrée, donc,  le combat va se reprendre, toujours en douceur. L’équipe sera rajeunie au profit d’un départ en retraite, mais nous perdons une classe et nous aurons quasiment tous des doubles niveaux. Un nouvel enseignant non formé sera nommé sur la CLIS, autre contexte, autres conditions de travail (qui se dégradent au fil des années)… Autant d’entraves à une réelle et bonne inclusion.

Serons-nous capables de relever le défi?

À rire… ou à pleurer!

À rire... ou à pleurer!

Je viens de lire l’article de Béatrice, Never Ending Story, une histoire (pas drôle) de scolarisation d’un enfant autiste avec en guest stars la MDPH de l’Oise et l’IEN60, et ça me rappelle tellement de choses vécues que j’ai choisi de vous livrer quelques anecdotes de mon parcours. À rire ou à pleurer…

Avant toute chose, il faut que vous sachiez que nous faisons partie des cobayes, Mathilde et moi, puisqu’elle a commencé une scolarisation en 2004, donc juste avant la loi de 2005 sur le droit à la scolarisation des enfants avec handicap. Autant dire que les chamboulements PPS, MDPH, PCH, AEEH, c’était pour nous!

Première année de Maternelle: quelque chose ne va pas. Trois semaines plus tard, le diagnostique tombe. Je dis à la maîtresse que je vais faire une demande d’AVS et qu’une équipe de la Maison du Handicap va venir faire une observation. Je vous livre sa réponse texto: « Ah oui! Mais moi ça me gène d’avoir quelqu’un dans ma classe ». Allez, au revoir, de toute façon je ne vais pas confier ma fille à une personne qui pense comme ça…

Toujours première année de maternelle, mais dans une autre école: le dossier est clos, la MDH notifie 12 heures pour une AVS pour les 4 mois d’école qui restent. Nous ne la verrons jamais… Réflexion de l’enseignante référente: « ce n’est pas parce que c’est notifié que vous l’aurez… de toute façon il n’y en a pas ». Ah bon! Et pourquoi on fait tout ça alors, pour perdre notre temps?

Nouvelle année de maternelle: la loi de 2005 est passée! Tout le monde est très fier d’ouvrer pour les enfants handicapés, mais les premières personnes concernées n’ont pas dû lire le texte de loi… Grand chambardement dans les académies, la MDH devient la MDPH (donc perte des dossiers, attente interminable, sectorisation à laquelle je ne comprends rien, etc.). Ah, tous ces gens là aiment bien changer de bureaux, de locaux, ça met du piment dans leur vie, ils ont l’impression d’être débordés – mais en attendant ils ne s’occupent pas de mon dossier!

Cette année-là, une AVS pointe le bout de son nez, Ô miracle! Premier rendez-vous avec la maîtresse et le directeur de l’école, et tout à coup l’AVS se met à pleurer quand je lui demande si elle a des enfants (mon côté psy qui ressort). Oups, j’aurais du me taire: la dame est là parce que le service des AVS voulait l’aider dans la vie et qu’elle se change les idées. Attention les yeux: elle venait de perdre un enfant handicapé. Ouh là, ça va être dur! Je préfèrerais que ma fille ne serve pas de cobaye à la bonne santé mentale de la dame en question, mais bon, je suis gentille…

L’année se passe à peu près sans encombre, sauf que Mathilde ne supporte pas l’AVS et part en courant dès qu’elle la voit (comme je la comprends). Au mois de mai, nous entamons toutes les procédures pour l’année suivante. Oui, il faut bien s’y prendre à l’avance parce qu’en juin ils sont surbookés, et qu’en juillet et août il n’y a pas de commission – pendant cette période, votre enfant n’a pas le droit d’être handicapé, sachez-le! C’est à se demander pourquoi ils font tout en juin!

Donc, nous voilà tous réunis dans une salle: directeur, parents, maîtresse, AVS, psychologue scolaire. Mais il manque quelqu’un… l’enseignante référente! Nous attendons un moment… Elle n’arrivera jamais. Le lendemain, je lui téléphone en lui disant qu’elle a oublié le PPS, et là elle me dit de but en blanc « NON! » Comment ça, non? Madame a été véxée de ne pas recevoir  une « invitation » écrite de la part du directeur, sous prétexte qu’il lui avait déjà fait le coup. Je précise que la date de PPS avait été fixée lors de la réunion précédente, en sa présence… Je ne sais pas vous, mais moi, par moment, j’ai des envies de hurler. Là, je commence à être moins gentille, déjà!

L’année suivante, Mathilde ne supportant plus son AVS, je parle au directeur et nous essayons de trouver une solution. Ma fille aime beaucoup une jeune fille qui fait son CAP petite enfance à l’école. Elle s’appelle Doriane, j’ai toute confiance, et Mathilde aussi. Le Directeur me propose donc d’engager Doriane à la fin de son CAP pour qu’elle s’occupe de Mathilde. Je sais, vous me direz, c’est une école privée qui a les moyens, et alors? En attendant, j’ai mis toutes les chances du côté de Mathilde, et ça a payé… Mais, par contre, on ne peut pas choisir la maîtresse, et là ça a été très dur!

Première approche: « Je vous préviens, je dirai NON à Mathilde ».
Moi: « Oui, d’accord ».
Elle: « Je vais faire ça, ça et ça ».
Moi: « Oui d’accord ».

En cours d’année, des disputes à n’en plus finir sur le fait qu’on voit la couche de Mathilde et qu’il faut que je l’habille autrement, ça fait toujours plaisir à entendre. Des livrets scolaires où je lis que Mathilde ne s’intéresse pas aux autres enfants. C’est bien: allez dire à un enfant à qui il manque le bras droit qu’il est gaucher. Je ne suis plus gentille du tout…

Bref, Mathilde ira en CLIS l’année suivante. Mais il faut quand même faire le PPS dans cette école-là! Tout cela est d’une logique implacable, puisque personne parmi les présents sauf moi ne sera concerné.

Je décroche un peu pour le PPS, mais j’ai bien ri quand même! L’enseignant référent a changé et il arrive là sans rien connaître du dossier, il faut tout lui ré-expliquer. Ben c’est pas grave, j’ai que 4 enfants, j’ai que ça à faire… Je dis que je ne renouvelle pas la demande d’AVS puisque Mathilde va en CLIS. L’enseignant référent me dit qu’on ne sait jamais, elle pourrait en avoir besoin. Mais oui, bien sûr… Parce que je n’ai pas pris mes renseignements, et que Mathilde n’a pas fait sa semaine d’intégration, peut-être? Il faudrait vous tenir au courant de comment ça marche, mon p’tit bonhomme! Je peux remplir le dossier pour vous si vous voulez…

La directrice en rajoute une couche: « non mais, on fait la demande quand même, s’il nous envoient quelqu’un ça pourra toujours servir ».
Moi: « Euhhhhhhhh, c’est pas la même école, Madame! ».

Eh ben, je plains les parents qui vont passer derrière moi…

En même temps que tout cela, c’est le parcours du combattant auprès de la MDPH pour justifier le fait que je ne peux pas travailler. Et là, il faut vraiment avoir le coeur bien accroché! Je passe sur le fait que j’apprends toujours par hasard la tenue des equipes pluridisciplinaires avec le directeur et la maîtresse. C’est vrai après tout, pourquoi ils me tiendraient au courant?

Première convocation en commission MDPH: c’est la première fois que ça m’arrive et je ne sais pas ce que c’est. On me dit: « c’est nouveau, on ne sait pas nous-même… » Ah, encore un truc nouveau. « Venez avec Mathilde ». Ils ne vont pas être déçus…

Enfermés dans une salle avec le référent MDPH (génial, dommage qu’il soit parti), le médecin du Conseil Général (c’est quand même eux qui vont donner les sous), le médecin de l’éducation nationale (ils ne sont pas trop de deux), l’enseignant référent (ben non, le poste est vacant à ce moment-là…), le psychologue de l’éducation nationale, (même si Mathilde est dans le privé). Bref, un vrai tribunal! Qui vous convoque pour vous dire qu’ils se demandent s’il ne vont pas vous mettre le complément 4 au lieu du 6.

Alors et d’une: pourquoi pas le 5? Et de deux, ce n’était pas la peine de me faire venir pour ça, parce que je ne sais pas vendre le handicap de ma fille!

À leur question: « Mais Mathilde est toujours comme ça? » (se sauver de la salle, pas tenir en place, crier, se taper, me tirer pour partir, etc.), j ‘ai répondu: « Non, pas quand elle dort ». Et, bizarrement, ils m’ont laissé le complément 6…

Je ne compte plus les dossiers en attente parce que:

  • la personne qui s’en occupe est en arrêt, mais non remplacée pendant 6 mois
  • vous choisissez la « nouvelle formule » au menu, j’entends par là la PCH, mais qu’ils ne savent pas encore de quoi ils ont besoin pour la fabriquer
  • ils décident toujours au dernier moment de mettre un peu plus de sel et vous demandent pendant un an de remplir tel et tel papier pour compléter le dossier, sauf que en attendant vous ne percevez rien.

Je ne compte plus les fois où les règlements ont du retard, ou n’arrivent pas du tout, ou ne sont pas complets. La réflexion qui tue: « Nous avons un nouveau logiciel, maintenant il faut valider une nouvelle ligne, j’ai dû oublier… » Hummmm. Ou encore: « Ah non madame, il ne va pas falloir compter dessus ce mois-ci, c’est en attente! » Moi: « Attendez voir, je vais appeler votre chef et lui dire qu’il mette votre salaire en attente parce que ça fait deux mois que vous êtes arrêté et que pendant ce temps-là… » Et, encore bizarrement, j’ai reçu mes sous deux jours plus tard…

Et pour finir… Il y a peu de temps, j’ai eu par hasard la première enseignante référente de Mathilde au téléphone (retournez lire le début pour bien vous rappeler). Je ne savais pas qu’elle était coordinnatrice MDPH pour mon secteur. Je lui dis: « Tiens, quel hasard, on va retravailler ensemble alors?! » Elle me dit: « Non, je ne reste pas à la MDPH, je retourne dans l’éducation nationale ». Je ne sais pas pourquoi, j’ai souri…

La fatigabilité

La fatigabilité

Done Playing (photo: Jan Tik)

Je me rappelle les premières fois où j’ai assisté à un cours de claquettes: notre professeur nous avait appris notre premier pas, et nous avions comme consigne de tourner dans la pièce, en avançant avec ce pas, pour bien nous l’approprier. C’était très dur, on suait tous et on en bavait énormément.

Quelques séances plus tard, nous avions maîtrisé à fond ce pas de claquettes, et nous l’utilisions pour nous « reposer » entre deux autres pas plus compliqués et taxants physiquement. Ce qui nous semblait si dur, si difficile, était devenu aussi simple que de respirer.

Je me souviens aussi de mon premier forum sur Internet. Évidemment, j’avais voulu le personnaliser, le modifier légèrement, et j’avais passé des semaines à comprendre, avec l’aide de mon mari, comment ça pouvait bien fonctionner. Je venais de mettre pour la première fois les mains dans la programmation, et je me perdais entre les fonctions, les divers fichiers, et comprendre comment ça marchait.

Aujourd’hui, je n’ai quasiment plus besoin d’aide pour bidouiller mes divers sites: je plonge avec plaisir dans le code, je défais et refais à loisir, et modifie sans difficulté ce qui me plait, sans plus y passer des semaines.

Pourquoi je vous raconte tout ça? Parce que je veux vous montrer que la fatigabilité, ça se travaille. En faisant des efforts physiques, petit à petit, on se sent moins fatigués pour une même action. De même, la fatigue intellectuelle aussi. C’est valable pour toutes les sortes de fatigue, même à cause d’une perturbation sensorielle.

C’est pourquoi j’encourage les parents d’enfants autistes à accepter une intégration graduelle à l’école, en augmentant peu à peu le temps de scolarisation – mais attention! La fatigabilité de l’enfant n’évoluera pas tant qu’il n’aura pas d’augmentation du temps de présence à l’école.

Un enfant épuisé une heure après son arrivée à l’école, ça n’existe pas. Si c’est le cas, c’est en l’habituant et en repoussant légèrement les limites, régulièrement, que son seuil de fatigabilité sera repoussé.

Un enfant qui semble épuisé par les demandes du travail scolaire bénéficiera de faire plus d’exercices du même style à la maison, de préférence en préparation afin d’arriver à l’école dans de bonnes conditions. Ainsi, l’enfant sera en terrain connu et pourra s’intégrer plus facilement à la classe. C’est pour ça qu’il faut cesser de culpabiliser les parents qui souhaitent faire travailler leur enfant: dans les limites du raisonnable, ça ne peut que lui faire du bien.

Un enfant qui ne supporte pas une heure de présence au milieu d’autres élèves ne sera pas aidé en le retirant de l’école au bout d’une heure. Il vaut mieux l’intégrer à des petits groupes pour commencer, plutôt que de le déscolariser et de le marginaliser encore plus à cause de sa différence.

Si l’école de votre enfant cherche à réduire ou limiter son temps de présence en donnant comme excuse la fatigabilité, cherchez à proposer des solutions d’intégration progressive mais régulière plutôt que d’accepter des horaires ridiculement courts.

Parlons de la CLIS Autisme

J’ai reçu il y a quelques temps un article à propos d’une CLIS Autisme par Delphine Dangien qui a sa fille Mathilde, et qui est très enthousiaste par rapport à la prise en charge qu’elle y reçoit. Je partage avec vous son ressenti:

Parlons de la CLIS Autisme

Une CLIS Autisme, ça existe?

La réponse est OUI! Ma fille Mathilde a intégrée sa CLIS il y a maintenant deux ans et demi. Les enfants, tous autistes, sont six dans la classe mais ont un emploi du temps adapté et sont rarement plus de quatre à la fois en classe.

L’enseignement est délivré par une institutrice spécialisée en binôme avec une éducatrice spécialisée. Les enfants sont donc toute la journée pris en charge par la même equipe, autant pour les repas que pour les loisirs, donc hors enseignement scolaire.

Voici, par exemple, comment se déroule la journée à l’école de Mathilde le mardi:

  • Séance d’équithérapie aux écuries du village pour quatre des enfants (départ de l’école avec la maîtresse et l’éducatrice)
  • Apprentissages scolaires au retour
  • Récréation dans la cour avec toutes les autres classes
  • Préparation du déjeuner en classe (equipée d’une cuisine) mais prise du repas au self de l’école avec tous les autres élèves
  • Sport en salle avec des élèves de 6ème (barres, poutre, sauts, roulades…)
  • Retour en classe pour un jeux de société ou quartier libre pour un loisir choisi par l’enfant (DVD, ordi, lecture, etc.).

Les autres jours, toute la « petite equipe » va faire les courses au supermarché, se promène au parc ou en ville, va à la bibliothèque, participe à des journée sportive… Je peux vous dire que quand je récupère Mathilde à 16 heures, elle est bien fatiguée!

Je ne peux que faire un constat très positif de cette forme d’accueil que je trouve complètement adapté à mon enfant: à l’école, Mathilde apprend les règles de la vie que je n’arrive pas à lui enseigner, et en plus je n’ai pas toutes les clefs pour le faire et ce n’est pas non plus mon métier.

Par exemple, au self, elle reste assise pendant 3/4 d’heure pour le déjeuner, alors qu’à la maison elle refuse de s’asseoir à table. Mais, je suis rassurée parce que je sais qu’elle est tout à fait capable de le faire…

Tout se fait en douceur et dans le respect de l’enfant mais, et c’est tout à fait normal, quelquechose que l’enfant a acquis à l’école doit trouver sa continuité à la maison (vraiment pas facile parfois!).

Pour la petite histoire, j’ai testé l’intégration de Mathilde en milieu ordinaire avec une AVS, mais elle n’y avait pas du tout sa place. Mathilde avait vraiment besoin d’un accueil adapté pour progresser, et en deux ans et demi je peux voir tous ses progrès. Et si parfois je me dis « ohlala mais ce n’est pas possible, ça je n’y arriverai pas », je me reprends très vite en nous revoyant quelques années en arrière!

La CLIS Autisme n’est reconnue comme telle par l’Éducation Nationale que depuis l’année dernière. C’est pour cela qu’elle porte ce nom et n’est pas classifiée avec un numéro (comme la CLIS1 où l’accueil des enfants est un mélange des genres). Mais tout y est fait dans les « règles » auprès de la MDPH pour l’orientation et le PPS, les services de soins spécialisés….

Il faut plus de CLIS AUTISME, c’est le mieux pour certains enfants. Apparement les choses avancent, croisons les doigts!

Votre enfant est-il en CLIS ou en CLIS Autisme? Qu’en pensez-vous? Partagez dans les commentaires.

Un nouveau cap…

Et voilà, l’école, qu’elle aime tant et qui la fait progresser, malgré tout les efforts de la maitresse, les miens, ceux de son papa, les siens… eh bien Maëlys pose de trop grosses difficultés.

La maitresse ne peut pas gérer les 23 enfants et Maëlys. On a essayé, aucun regret. Maintenant, nous avons tous pris la décision il y a quelques jours, avec le directeur de l’école, de faire la demande d’une AVS pour Maëlys.

J’esperais que Maëlys pourrait s’en passer jusqu’au CP. J’y croyais, je le voulais pour elle, pour sa vie, mais voilà: son autisme l’handicape trop en classe…

Nous savions tous que ce n’était qu’un essai, mais je voulais tellement que cet essai soit le bon! Mais non, Maëlys ne s’en sort pas seule, donc la demande d’AVS est en cours de lancement pour la rentrée prochaine en moyenne section.

C’est un nouveau cap que j’espérais passer le plus tard possible, même si j’ai bien conscience que cela l’aidera énormément. Même si je sais ce qu’une AVS peut lui apporter, cela ne fera aussi que plus la catégoriser.

Un nouveau cap...Maëlys a, à priori, les compétences et capacités de rester en milieu scolaire normal, car elle fait du programme de moyenne ou grande section alors qu’elle est en petite section, mais il faut qu’elle ait quelqu’un derrière elle pour tout « recentrer » sur elle.

Un exemple type? C’est l’heure de la récré, la maitresse dit « Allez tous chercher vos manteau », tout le monde y va. Sauf ma fille. Il faut s’adresser à elle seule, et la sortir de sa bulle.

Mais une fois cet effort fait, elle comprend, et va chercher son manteau. Toute consigne doit être redonnée, et surtout recentrée sur Maëlys.

Sans compter les crises d’angoisse, la peur du contact avec les autres enfants, les rituels… enfin bref, tout le tralala, quoi. Et je comprends bien que la maitresse, avec les 23 autres enfants, ne peut pas être juste à Maëlys.

Un nouveau cap à passer, difficile, je dois le dire. De nouvelles démarches. Donc me voilà repartie dans les dossiers, demandes, paperasses et surtout batailles… Car dans ce monde, tout est bataille. Car il va falloir que je prouve que ma fille a bel et bien besoin d’une AVS. Car avec les coupes budgétaires, ce n’est pas gagné…

Bref, notre petit rayon de soleil fait pourtant tout les jours des progrès considérables, et on est si fiers d’elle! On voudrait juste tellement qu’elle soit heureuse dans sa vie plus tard, mettre toutes les chances de son coté, même si on sait très bien que naître autiste, c’est l’être toute sa vie