
Mathilde a 10 ans. Ça fait 8 ans que je bataille, et l’école aussi, pour la propreté. Il y a eu la période « je garde ma couche en permanence », vers sept ans la période « je demande une couche quand j’ai envie », et puis vers 9 ans la période « je mets ma couche toute seule quand j’ai envie ».
La propreté de Mathilde est un sujet récurrent depuis de nombreuses années. Le problème c’est que je ne suis pas dans sa tête – autant on peut agir sur l’extérieur d’un enfant, par exemple, s’il se met tout nu on le rhabille, autant on ne peut pas aller chercher à l’intérieur. Mathilde contrôle parfaitement ses envies mais ne veut pas se lâcher sur les toilettes, et n’a jamais voulu le faire sur le pot non plus. Et elle ne sait pas faire pipi assise.
Mathilde est partie en voyage de classe pendant cinq jours. À la demande de son équipe de l’école, je mets dans la valise deux paquets de couches. Quand Mathilde revient, j’apprends qu’elle n’a pas eu de couche pendant tout le séjour. Trois pipis et pas de caca. Mon sang ne fait qu’un tour et je dois attendre lundi matin pour avoir une explication de vive voix avec l’école. La décision a été prise au début du séjour, mais bon, ce n’est pas grave, je vais prendre le train en marche. Ce serait dommage de ne pas en profiter.
Donc, quand je récupère ma fille le dimanche soir après son week-end chez son père, je prends la grande décision de nous lancer toutes les deux dans le grand bain. Je sais que ce sera très très dur, mais maintenant il est temps. Marre des couches, marre de la pression, d’autant que ça peut conditionner son entrée dans d’autres structures.
Jour J: lundi. Mathilde a décidé de se lever à trois heures du matin. Chouette, comme ça je vais être super en forme pour commencer la bataille! De retour de l’école à 17 h, c’est la bagarre: elle me donne le pictogramme couche, et moi je lui montre le pictogramme couche barré.
Je l’emmène aux toilettes, mais elle ne veut même pas entrer dedans. Je remets dans la salle de jeu le petit pot que j’ai créé pour elle il y quelques années, elle va le cacher… Elle retourne la maison pour trouver les couches qui normalement sont dans les toilettes. Quand enfin elle se dirige pour la millième fois vers les toilettes pour trouver une couche (des fois que je les y aurais remises), elle n’arrive plus à se retenir. Je chope le pot (je me baladais avec derrière elle en sous-marin) et je l’asseois dessus. Et là, STOP PIPI! La bourrique!
J+1: mardi. Toujours rien à l’école. Un gros bide sous la robe de ma fille… Rebagarre en rentrant à la maison. Pictogramme, retournement de maison, cris, pleurs… Attaque de bulles en piqué, rigolade, fous rires, serrage de fesses et jambes croisées, et, ô miracle! Vite les toilettes! Pour la première fois de sa vie, un pipi presque entier assise sur les toilettes!
J’ai bien aimé sa tête: « han, mais qu’est-ce qui se passe? », « ho, c’est rigolo!’ ‘haaa, ça fait du bien! »
Génial ma fille, bravo! Tiens, prends ton petit canard jaune. Au prochain pipi tu auras le vert, et encore après, le rose. Les trois autres loulous se demandent pourquoi je fais des bonds de kangourou en tournant autour de la table, parce que d’habitude je ne fais que courir autour.
Mais là… j’ai gagné une bataille, pas la guerre. J’en veux pour preuve le pipi suivant (juste au moment où elle n’est plus sous surveillance, parce qu’il faut quand même que ses frères et sa soeur mangent, fassent leurs devoirs, se lavent, fassent des bêtises…). Je retrouve Mathilde au milieu du couloir avec des serviettes de toilette, en train de nettoyer la mare. Allez zou, première machine. La soirée va être longue…
J+2: mercredi. Rien le matin. Mathilde part à sa séance piscine. Et si elle faisait pipi dans le taxi? Non, non, non, ne pas penser à ça… Elle va bien faire au bord de la piscine… non non non, tu peux toujours rêver.
Retour maison, toujours rien. Je rattaque les bulles (mais avant il faut que je retrouve le truc à bulles que sa soeur a piqué), à genoux devant les toilettes sur lesquelles Mathilde veut enfin bien rester assise. Elle progresse. Dix-huit mille bulles plus tard, en cinq séances, toujours rien. Mais où est-ce qu’elle met le jus qu’elle boit en grande quantité? Mystère…
J+3: jeudi. Toujours rien. Elle n’a rien lâché. Moi, par contre, j’ai lâché un gros juron quand je suis allé aux toilettes ce matin (parce que sur ce coup-l,à je stope la solidarité mère-fille): le carrelage est une patinoire avec le savon à bulles. J’ai fait une super glissade. Je ne peux plus les voir ces toilettes!
Direction l’école: je leur refile le bébé pour deux heures et demie. Chouette! Mathilde navigue entre la maison, l’école, le SESSAD, les courses, mais toujours rien. La pharmacienne me conseille des produits pour « évacuer », mais tout a un goût, Mathilde n’en veut pas!
Nouvelle bagarre le soir, nouvelles bulles de savon qu’elle éclate maintenant en les plaquant aux murs sur la peinture (donc il faudra que je repeigne ça aussi). Pour finir la journée, un début d’évacuation au mileu du salon à 22 heures, mais encore un STOP PIPI. La bourrique!
J+4: vendredi. Rien le matin, direction l’école pour toute la journée: ouf . De retour à la maison, Mathilde ne tient plus et veut bien s’asseoir sur le pot pour finir ce qu’elle a commencé debout. On avance, on avance…
Je viens de m’apercevoir d’un truc: elle fait systématiquement en sortant du bain! Finalement, ça tombe bien qu’elle en prenne jusqu’à quatre par jour. Ça marche! Il y a encore quelques accidents le temps que j’arrive avec le pot, mais ce n’est pas grave. Au moins, elle se lâche.
J+5: samedi. Grande fête à la maison pour l’anniversaire de Mathilde. J’ai déjà prévenu tout le monde que même la fête ne changeait rien au travail. Et tout le monde s’y met. Sa tante l’emmène aux toilettes, sa grand-mère surveille le serrage de fesses. Mathilde souffle ses bougies et reçoit son cadeau: un super piscine géante. Il faut vite vite la gonfler et la mettre en eau. Mathilde y participe à sa façon en faisant pipi dedans. Trop drôle…
J+6: dimanche. Grosse déprime de Mathilde et de Maman. Le pipi c’est presque ça… mais il y a le reste! Et alors là, c’est le plus difficile. Mathilde me fait une bonne régression bébé: tétine et doudou. Je n’ai pas le coeur de lui enlever.
Je la laisse un moment seule avec sa tristesse, et quand enfin elle redescend, je la vois sourire. Elle ruse… elle distille un peu toutes les 15 minutes! La coquine! Au moins, comme ça, je sais que ce n’est pas coincé! Chouette. Mais bon, ça va durer tout l’après-midi et toute la soirée…
Nouvelle semaine de galère. Mathilde se lâche partout… sauf dans les toilettes. Nom de Zeus, qu’elle est butée! La machine à laver n’arrête pas de tourner parce qu’évidemment, elle nettoie toujours avec les serviettes de toilette.
Je n’en peux plus… mais le bilan est positif: elle ne se retient plus, et elle sait maintenant faire pipi assise (et même allongée dans son lit en dormant). Je continue!
Ce weed-end-là, Mathilde va chez son père (tiens! à ton tour! et c’est zéro couche, hein! prépare les serviettes de bain! bon courage et bon week-end surtout!). Au revoir, pipi-caca, va faire ça chez ton papa, moi je vais me faire un petit resto sympa…
Semaine 3. Rien à faire, rien à faire… Elle sort dans le jardin dès qu’elle a envie! Comment voulez-vous que je surveille tout le temps, il fait super beau et super chaud, je ne peux pas l’empêcher de sortir. Le pot navigue entre dehors et dedans, je vais me le greffer au bout du bras, je crois que c’est mieux.
Je ne comprends pas… le pot est à ses pieds mais elle fait juste à côté. Il y a un truc qui m’échappe… Serait-elle réellement bûtée, ou y aurait-il autre chose, d’un autre ordre que la tête-de-piochitude?
Toujours semaine 3. Deux pipis dans le lit la nuit. Et plus de pipi pendant deux jours! Mais qu’est-ce qui se passe? Ferait-elle pipi dans le bain? Auquel cas, je comprendrais mieux pourquoi elle y va si souvent. Ou alors ai-je vraiment rêvé quand personne n’est allé dans la salle de bain sauf elle et que je vois que les toilettes ont été utilisés? Il ne faut pas que je compte qu’elle me dise oui si je lui demande si c’est elle, donc je fais l’enquêtrice dès qu’elle monte, je vais bien voir si elle le fait seule…
Semaine 4. Son nouveau truc, c’est le pipi au lit. Trois ou quatre 4 fois après le coucher, et une fois le matin. Les draps, couettes et alèses défilent dans la machine a un rythme effréné. M’en fiche, continue ma fille, j’ai acheté 10 litres de lessive! Au moins ça me prouve qu’elle accepte de se lâcher de plus en plus facilement, et qu’elle suit les mêmes phases que le tout petit petit.
L’enquête se révèle instructive: elle fait dans le bain à chaque fois qu’elle y va, donc je décide d’accorder le bain si pipi avant dans les toilettes. Elle résiste 20 minutes, je n’entends plus rien de l’oreille droite tellement elle a crié. Je ruse: elle entre dans le bain et directement elle commence à uriner… je peux vous dire qu’elle n’est jamais sorti aussi vite de la baignoire! Mais au moins, elle a fait dans les toilettes. Ah, c’est comme ça? Et bien, tu vas voir un peu, tu iras au bain autant que tu le voudras, mais je ne vais pas te lâcher d’une semelle…
Je ne l’ai pas lâchée d’une semelle. J’ai renouvelé le chantage du bain avec plein de flacons de gels douche à la clé. Re-hurlements, re-pleurs, re-oreilles qui se décollent, mais hier soir, à J+30, elle a enfin compris! Premier pipi commencé dans les toilettes! Un bond de trois mètres pour maman et un flacon entier de bain moussant dans la baignoire pour Mathilde, que je ne voyais plus derrière la mousse…
Pourvu que ça dure!

