Dire au revoir au biberon et apprendre à utiliser le verre pour boire

Dire adieu au biberon et apprendre à utiliser le verre pour boire

Boy with glass of water, 2000 (photo: Seattle Municipal Archives)

Nos enfants sont dominés par les routines, et ont une résistance phénoménale au changement. Du coup, la moindre petite chose qui n’est pas comme d’habitude et c’est le catastrophe: ils refusent, ils s’angoissent, ils font une crise.

Du coup, quand on veut passer du biberon au verre, cela peut être difficile – et ce, à tout âge. Il n’est pas inhabituel que j’entende certains d’entre vous dire que leur enfant, déjà grand, refuse absolument de quitter le biberon au profit du verre.

Explorons ensembles les différentes facettes de ce refus, et cherchons des solutions pour amener nos enfants à grandir et à progresser en acceptant ce changement de contenant.

Difficultés à boire

Parfois, les enfants ont des soucis avec l’alimentation et avec l’ingestion de liquides: que ce soit des problèmes de déglutition, positionnement de la langue, mastication, mauvaise coordination dans la bouche, il n’y a qu’une solution: amener votre enfant voir un orthophoniste qui saura repérer si il y a des difficultés de ce côté-là.

En effet, ce serait bête de se focaliser sur un progrès qui ne se fait pas alors que notre enfant n’est pas encore capable, physiquement, de boire correctement. Si votre enfant fait des fausses routes à chaque fois qu’il boit au verre, on peut comprendre qu’il soit réticent à abandonner le biberon.

Si votre enfant a effectivement des soucis physiques pour boire, l’orthophoniste pourra entamer une rééducation avec lui et vous donner des conseils pour travailler ça à la maison. C’est le point de départ pour qu’il puisse un jour passer au verre.

Changement en douceur ou radical?

Selon la personnalité de votre enfant, vous pourrez tenter un changement graduel ou instantané de contenant pour qu’il boive.

Changement en douceur

Vous craignez un peu les crises de votre enfant car quand il n’a pas ce qu’il souhaite il est capable de se jeter par terre et de se cogner la tête au sol, ou de refuser de boire pendant trois jour s’il n’a pas son biberon? Cette méthode est pour vous.

Utilisez ces idées, une après l’autre, ou passez des étapes si vous sentez que votre enfant est prêt – c’est vous qui connaissez le mieux votre enfant et qui savez ce qui a le plus de chances de fonctionner:

  • Choisir une boisson renforçatrice: si votre enfant aime tout particulièrement le chocolat au lait, par exemple, commencez pas le faire boire au verre en lui proposant un peu de chocolat au lait dedans. Il faut que ça soit agréable pour lui de tenter l’expérience, donc choisissez la boisson qu’il préfère à toutes les autres.
  • Demandez-lui de boire une gorgée pour avoir droit à un autre renforçateur: choisissez un renforçateur puissant mais non dérangeant au travail que vous entamez (pas le biberon, évidemment, et pas un objet ou un comportement que vous essayez d’éliminer par ailleurs).
  • Restreindre l’accès à cette boisson à l’utilisation du verre: une fois que l’enfant accepte de boire au verre une fois de temps en temps sans faire d’histoire à condition d’avoir un renforçateur (jeu, nourriture), pas question de lui donner cette boisson ailleurs que dans un verre – d’ailleurs, toute boisson renforçante (soda, jus de fruits, etc.) doit être alors proposée au verre. Ne mettez que de l’eau dans le biberon, afin qu’il ne se déshydrate pas. Il faut s’assurer qu’il boit tout de même, afin qu’il ne se déshydrate pas (surtout en été, soyez vigilants).
  • Proposez des verres peu remplis: rien de plus effrayant pour un enfant qui ne veut pas boire au verre de le voir plein. L’équivalent de deux ou trois gorgées, au début, est suffisant, quitte à verser à nouveau du liquide dans le verre
  • Rassurez-le: il n’est pas obligé de boire tout le verre, tout de suite. Il a le droit de prendre une gorgée, repartir, puis revenir boire. Ne l’obligez pas à tout finir d’un coup les premières fois.
  • Allez-y graduellement: Supprimez d’abord le biberon en journée, ne laissez qu’un verre avec un peu d’eau au fond traîner sur la table, à sa disposition, s’il souhaite boire. Ensuite, choisissez un repas où la boisson est une partie intégrante (par exemple, le chocolat au lait du matin) et servez-le dans une tasse.
  • Une fois réussi, on ne revient pas en arrière: si vous décidez, par exemple, que le midi, maintenant, c’est fini, on ne laisse plus l’enfant boire au biberon, eh bien on ne cède pas, « pour une fois », parce qu’il a été gentil, qu’il l’a bien demandé ou qu’il est malade. Sinon, votre enfant aura vite fait de revenir à ses habitudes et à ne plus vouloir boire au verre.

Changement radical

Vous n’avez pas peur de tenir tête à votre enfant malgré toutes les crises qu’il va faire, ou alors vous avez un enfant qui accepte mieux les changements que les autres? Vous pouvez tenter cette méthode – c’est celle que j’utilise généralement avec Matthieu, qui a beaucoup progressé au niveau de sa capacité au changement depuis sa petite enfance.

Trucs et astuces

Je vous recommande d’utiliser, notamment au départ, des verres en plastique dur incassable, adaptés à la taille de ses mains. Pour les plus petits, vous pouvez proposer une tasse pour une meilleure prise en main.

Préparez-vous psychologiquement à ce qu’il y en ait sur lui ou par terre les premières fois. L’été est pratique pour ça, les vêtements sèchent vite! Accompagnez son geste si besoin, et demandez-lui régulièrement de faire doucement en prenant le verre. Cela demandera un peu d’habitude, mais l’utilisation du verre ne se fera sans doute pas sans un peu de liquide renversé – les enfants autistes ont souvent des difficultés au niveau psychomoteur, et on apprend aussi en se trompant (et en se trempant).

Avez-vous d’autres astuces pour passer du biberon au verre? Partagez-les dans les commentaires de l’article.

Les rituels et associations bizarres, et comment lutter contre la résistance au changement

Les rituels et les associations bizarres, et comment lutter contre la résistance au changement

Autism (photo: hepingting)

On peut parfois se poser des questions sur les comportements étranges de nos enfants autistes. Pas possible de passer devant l’école sans une crise de pleurs si on ne s’arrête pas? Impossible d’aller faire du vélo sans mettre son pull jaune canari, même en plein été, tant pis si il est deux tailles trop petit?

Les enfants autistes font parfois des associations bizarres, qui sont dues en partie à leur résistance au changement et à leur besoin de ritualisation.

Pendant longtemps, mon fils Matthieu, lorsque nous passions en voiture dans la rue qui mène au cabinet d’orthophonie, ne supportait pas que l’on ne s’y arrête pas. Si, par malheur, comme nous l’avons vécu, vous décidez deux fois de suite de passer prendre des frites et du coca-cola avant de prendre l’autoroute, ça deviendra un passage obligé, et gare aux crises si vous ne vous y pliez pas!

Ce ne sont pas des règles établies par nous, ou verbalisées par l’enfant autiste, mais elles existent bien dans leur tête, et nous ne nous en rendons généralement compte que lorsqu’il est trop tard et que le rituel est déjà en place – lors d’un changement minime qui ne nous ferait pas sourciller, notre enfant peut subir un stress énorme de se rendre compte qu’on ne suit pas « la procédure », et semble décidé à nous remettre dans le droit chemin par tous les moyens à sa disposition: les cris, la force ou même dans notre dos une fois qu’on est passé à autre chose.

Ces rituels peuvent devenir très gênants, surtout si ils s’accumulent. Un enfant qui estime devoir réciter l’alphabet entre deux activités perd déjà beaucoup de temps à faire son rituel. Un jour, il se rend compte qu’il y a d’autres alphabets, et se met à les réciter en anglais, etc. De plus, si on l’interromp, il sent la nécessité de recommencer depuis le début.

Comme vous l’imaginez, ça peut devenir très envahissant et preneur de temps. Dans cette optique, j’essaie de casser les rituels de Matthieu dès que je les remarque: faire des claquettes avant de mettre son pantalon, me forcer à dire « slip » avant d’accepter de l’enfiler seul, avoir absolument deux sortes de céréales dans son bol du matin, aller à tout prix voir le timer du four quand je fais cuire quelque chose, etc.

Il faut être vigilant à empêcher les rituels de s’installer, à part quand ce sont de bons rituels (se laver les dents avant d’aller au lit, éteindre la lumière avant de dormir, etc.), mais même les bons rituels peuvent être à double-tranchant: et si un soir il n’y a plus de dentifrice? Et si la personne à côté de soi veut lire, doit-on tout de même éteindre?

Comment faites-vous pour limiter rituels et associations bizarres? Quels sont ceux qui vous ont le plus marqué, le plus ennuyé, le plus fait rire? Partagez dans les commentaires.

L’immuabilité

Les enfants autistes ont très souvent une grande résistance au changement. C’est un des signes de l’autisme, et pas un des moindres, car cette peur/horreur du changement est très handicapante dans la vie de tous les jours pour l’enfant et ses parents et accompagnants.

Cela peut aller de la simple organisation d’une pièce, où les objets doivent absolument rester au même endroit, aux hurlements parce que sur le trajet de retour de l’école, on ne passe pas par la même rue que d’habitude.

Quelles sont les solutions?

À vrai dire, il y en a peu. Tout dépend du degré de tolérance de votre enfant, et selon moi c’est quelque chose qui se travaille, mais il faut y mettre du temps et de la patience.

Difficultés à sortir de ses habitudes (spatial)

Quand Matthieu a commencé à devenir trop exigeant avec l’emplacement des jouets dans les étagères, j’ai commencé à les déplacer quand il n’était pas devant, me forçant moi-même à ne pas toujours les reposer à la même place. Petit à petit, Matthieu a accepté de ne pas retrouver ses jouets là où il pensait les trouver. Même s’il a tendance à parfois les reposer à un endroit habituel des premiers temps, généralement il les repose juste là où il les a trouvés.

Difficultés à sortir de ses habitudes (organisation)

Après avoir fait manger son frère et l’avoir mis à la sieste, c’est le moment où Matthieu et moi cuisinons pour le déjeuner. Lorsque nous ne cuisinons pas (parce que nous avons prévu de manger dehors, ou bien parce que je n’ai qu’un plat à faire réchauffer au four), Matthieu a du mal à le supporter, et tente de me sortir les ustensiles habituels (généralement pour faire des pâtes, ses préférées).

Avec le temps, il a commencé à comprendre qu’il faut m’écouter quand je lui explique qu’on fait différemment, et fait moins de crises, mais elles arrivent encore occasionnellement. Dans ces cas-là, je suis intraitable et je ne cède pas, et je revois avec lui les étapes du changement du jour.

Difficultés à changer d’activité

Parfois, Matthieu hurlait quand on voulait qu’il change d’activité, en particulier quand c’était une de ses activités ludiques favorites. Sur ce coup-là, je pense qu’on ne pouvait pas faire plus que de lui réexpliquer qu’il fallait s’arrêter maintenant, changer d’activité (comme venir manger, par exemple, qui est pourtant une autre activité qu’il apprécie), et qu’il pourrait y revenir par la suite. Avec patience et tenacité, il a fini par accepter plus facilement les passages d’une activité à l’autre.

Difficulté à laisser tomber une activité annulée de manière inattendue

Il nous est arrivé de mettre les chaussures pour aller, par exemple, voir le pédopsychiatre, pour avoir un coup de fil la minute d’après pour reporter le rendez-vous. Matthieu, évidemment, a beaucoup de mal à accepter d’enlever les chaussures et de revenir à l’étape précédente: rester à la maison.

Il y a peu de solutions. Une solution facile serait de céder et d’aller faire un tour dehors deux minutes, mais c’est renforcer un comportement qui va être pénible très vite. Dans ces cas-là, je choisis donc de faire diversion en lui présentant un jouet auquel il a rarement accès (j’en ai quelques uns en hauteur exprès pour ces cas-là). Cela marche relativement bien dans le cas de Matthieu.

Difficultés à supporter un changement de trajet

Pendant quelques mois, nous sommes allés voir une orthophoniste à un autre cabinet que celui que nous fréquentons maintenant. Du coup, Matthieu ne supportait pas qu’on passe en voiture dans cette rue sans s’y arrêter pour aller à la séance d’orthophonie. Pareil pour la halte-garderie: ne pas s’arrêter signifiait une crise, ce qui, en voiture, peut être dangereux.

Sur ce coup-là, je ne pouvais pas la jouer fine, car Matthieu, quand il est dans cet état-là, n’écoute pas ce qu’on veut lui expliquer. J’ai donc décidé de le gronder pour son comportement, en lui interdisant de hurler et de se jeter de son siège réhausseur (heureusement, ce n’est pas moi qui conduis, sinon je n’aurais jamais pu régler ce problème) et en lui ordonnant le silence. Plus tard, je lui réexpliquais pourquoi on n’y allait pas, et que parfois on pouvait passer par la même rue sans forcément s’y rendre.

Combattre l’immuabilité pour éviter que les comportements ne deviennent trop lourds au jour le jour est plutôt difficile. Comment faites-vous? Est-ce que vous cédez et essayez de composer avec, ou est-ce que vous vous battez pour que ces troubles diminuent?

Pourquoi mon enfant aligne toujours ses jouets?

Nathalie HamidiPosez-moi les questions qui vous préoccupent par email à nathalie@autismeinfantile.com et je développerai ma réponse dans un article sur ce site, pour que tout le monde puisse en bénéficier.

Votre enfant aligne les jouets, ou les objets, en rang d’oignon et de manière plutôt incongrue – en plein milieu de la pièce, par exemple, ou au beau milieu de son lit. Cela peut être une simple obsession du rangement, comme cela peut être un signe mineur de l’autisme.

Pour savoir si c’est l’un ou l’autre, il faut observer son enfant et répondre à ces trois questions:

  • Contact oculaire
    Est-ce que mon enfant me regarde dans les yeux?
  • Pointage du doigt
    Est-ce que mon enfant sait pointer du doigt, pour attirer mon attention sur quelque chose ou bien pour désigner un objet sur ma demande?
  • Faire semblant
    Est-ce que mon enfant fait des jeux d’imitation (dînette, poupée, etc.)? Par exemple, est-ce qu’il sait faire semblant de boire dans un verre vide?

On peut dépister l’autisme chez les enfants dès 18 mois. Si vous avez répondu non à une ou plusieurs des trois questions ci-dessus, il y a un risque moyen à fort d’autisme chez votre enfant. Il faut alors se diriger rapidement vers un professionnel de la santé (votre pédiatre ou votre médecin de famille, par exemple) pour lui parler de ces signes, et lui demander de vous orienter pour effectuer un dépistage.

Parfois, d’autres signes peuvent vous mettre la puce à l’oreille en plus de l’absence de contact oculaire, de l’absence de pointage du doigt et de l’absence de jeux d’imitation, par exemple:

Toutes ces informations et bien d’autres vous seront demandées lors des tests de dépistage. N’hésitez pas à donner le plus d’information possible à la personne qui se chargera de faire les tests, afin qu’elle fasse un meilleur compte-rendu.

Si vous souhaitez vous faire une opinion rapidement sur la possibilité que votre enfant soit autiste ou pas, vous pouvez vous procurer mon mini e-book Mon enfant est-il autiste? qui vous expliquera en une trentaine de pages les signes de l’autisme et les risques que votre enfant en soit atteint.

Signe de TED: Résistance au changement

Les personnes souffrant d’autisme sont souvent très perturbés lorsqu’il y a du changement: ils aiment que tout soit routinier et sont effrayés par tout ce qui est nouveau. Ils ont aussi beaucoup de mal à faire les transitions d’une activité à l’autre. Cette résistance au changement, combinée à d’autres comportements, peut être un signe de l’autisme.

Signe de TED: Résistance au changement

S’il n’a jamais été effrayé par une nouvelle activité, Matthieu a toujours eu beaucoup de mal dans ses deux premières années à changer d’activité. Il criait lorsqu’on lui enlevait un jouet parce qu’il était l’heure de sortir, ou lorsqu’on le dirigeait vers un autre endroit (par exemple, pour qu’il cesse de jouer à ouvrir et fermer les portes).

Je crois qu’il ne comprenait pas qu’il pourrait toujours recommencer à jouer plus tard, ou peut-être que le changement d’activité provoquait en lui une énorme détresse. Après beaucoup de travail, beaucoup de patience, Matthieu arrive maintenant à supporter les changements.

Attention: ce comportement à lui seul n’est pas forcément un signe d’autisme, s’il n’est pas accompagné de plusieurs autres signes (dont trois particulièrement révélateurs). Si vous êtes inquiets pour votre enfant, consultez l’article sur les signes de l’autisme pour avoir plus d’information, et n’hésitez pas à demander l’avis d’un professionnel de la santé qui vous proposera un dépistage s’il l’estime nécessaire.