Comment j’ai obtenu le diagnostic de psychose infantile

Léonard, mon fils âgé de maintenant dix ans, a été diagnostiqué autiste en 2006 (il venait donc d’avoir 5 ans), après 20 mois « d’errances diagnosticales », où bien sûr j’ai pu entendre tout et n’importe quoi comme dépression infantile ou psychose infantile (diagnostic donné par une psychologue dans un CMP).

Dès ses 4 mois, Léonard est allé dans une crèche municipale et était suivi médicalement à la PMI de notre quartier. À 17 mois, il a même fait un bilan de santé proposé par la CPAM. Personne n’a rien vu!

Le bilan psychologique de la CPAM est même:

Le développement psychomoteur paraît harmonieux chez un petit garçon très actif et sociable.

La conclusion du bilan est:

Le rhume de Léonard ne nécessitait que des mouchages fréquents. Le bilan de Léonard est sensiblement normal. Une cure de spéciafoldine pour compenser sa macrocytose peut se discuter. Vu la réaction de son BCG, il est probablement protégé contre la tuberculose. Si le strabisme remarqué par sa maman est confirmé, une nouvelle consultation ophtalmologique est conseillée.

C’est tout!

C’était en  septembre 2002,  et pourtant, trois ans et demi plus tard, je me retrouvais avec un diagnostic de troubles envahissants du développement, un dossier de demande d’AEEH à remplir pour la MDPH, puis une réunion éducative à l’école, une demande d’AVS, etc.

Mais comment en est-on arrivé là, alors?

Léonard était un petit garçon extrêmement sage, je pouvais l’emmener partout. Lorsqu’il avait 14 mois, nous sommes allés aux Antilles: 8 heures de vol et pas un seul problème. Il était calme, souriant, allait vers les autres sans aucun problème.

C’est son entrée dans le langage qui a commencé à me poser question. Léonard parlait très peu et n’était absolument pas curieux – maintenant que j’ai un deuxième enfant, je vois bien la différence. Il s’intéressait à peu de chose et ne posait aucune question sur rien. Il parlait et  je savais qu’il était capable de faire des sons avec sa bouche, puisqu’il chantait tout le temps, mais il ne cherchait pas à communiquer avec son entourage. Il ne cherchait nullement à s’exprimer, ni à partager quoi que se soit avec les personnes avec qui il pouvait cependant avoir de très bonnes relations (câlins, bisous, donner la main, etc.).

Comment j'ai obtenu le diagnostic de psychose infantile

Un jour, il avait presque trois ans, je lui expliquais (une fois de plus) qu’il devait s’asseoir sur le pot pour faire pipi. J’étais assez surprise qu’il ne comprenne pas. J’ai croisé son regard, et là, j’ai compris qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Son regard n’exprimait rien – je lui aurais parlé chinois, il n’aurait pas eu une autre réaction. Enfin, justement il n’a eu aucune réaction! Il semblait complètement indifférent à ce que je lui expliquais.

À ce moment-là, je me suis vraiment sentie mal et j’ai pressenti quelque chose. J’en ai parlé autour de moi (amies, mamans ou pas), et tout le monde m’a rassurée. Et puis, comme le personnel du jardin d’enfants municipal (continuité de la crèche) où il était ne me disait toujours rien, j’ai attendu… mais j’avais déjà en tête que nous devrions consulter.

Je souhaitais consulter avec Léonard parce qu’il ne connaissait pas son père. Je l’élevais seule. Léonard n’était à l’époque même pas reconnu par son père (ce dernier n’avait pas souhaité cette grossesse, et comme je n’avais pas avorté alors qu’il ne l’avait demandé, il n’était tout simplement pas intervenu dans la vie de son fils – il est revenu plus tard, j’en parlerai dans un autre article).

La situation familiale de Léonard était complètement assumée par moi, mais je savais quand même qu’elle pouvait être problématique pour lui. Je pensais donc que tôt ou tard nous aurions besoin d’avoir l’avis d’un professionnel, afin de savoir comment parler du père absent, savoir comment répondre à ses questions (questions qui tardaient à venir, mais j’imaginais qu’elles viendraient bien un jour).

En novembre 2004, Léonard a eu son premier rdv dans le CMP de notre quartier. Il avait donc un peu plus de trois ans et demi. Il était propre la journée depuis quelques mois, pas encore la nuit (il l’a été à six ans), il chantait toujours autant, mais communiquait toujours aussi peu.

Seule la situation familiale de Léonard a intéressée cette psychologue du CMP. Nous devions la voir toutes les semaines, et à chaque rendez-vous je devais parler du père, et surtout de la démarche que j’avais entreprise: lasse de l’attitude abandonnique du père, j’avais décidé de faire une recherche en paternité afin que Léonard soit au moins reconnu par son père.

Chaque semaine, cette femme me demandait si j’avais des nouvelles de cet homme, et où j’en étais dans mes démarches judiciaires. J’en arrivais même à me demander si elle n’était pas complètement idiote, parce que même si on n’est pas expert dans les tribunaux, on sait quand même que les démarches en justice sont longues! La preuve: le père de Léonard a été assigné en février 2003, et Léonard a été reconnu en mars 2005.

Jamais je n’ai eu un conseil sur ce que je devais faire pour solliciter la communication de mon petit garçon. Rien!

Entre temps, j’avais averti le personnel du jardin d’enfants que Léonard avait un suivi psy et enfin, « on » m’a dit: « Ha oui, vous faites bien parce que quand même il ne parle pas beaucoup et puis il nous regarde avec ses grands yeux! »

Au bout de quelques mois de rendez-vous avec cette psy, j’ai fini par me fâcher et j’ai demandé si on allait devoir venir encore longtemps comme ça sans qu’elle ne me donne de conseils, et si elle pensait me dire ce qu’il se passait avec mon fils, et si je pouvais avoir quelques pistes pour solliciter à mon fils de l’intérêt pour quelque chose.

La psy a été très mal à l’aise, mais devant mon entêtement à la questionner, elle a fini par me dire qu’elle n’était pas sûre, que c’était difficile à dire parce qu’il est encore petit (presque quatre ans), mais que ce qu’avait mon fils était probablement très grave, qu’elle pensait à une dépression ou à une psychose infantile.

Je ne savais absolument pas ce qu’était une psychose infantile, mais rien que le mot me faisait peur! Une dépression, je n’y croyais pas, car mon fils n’avait pas d’autre symptôme: il mangeait et dormait très bien. De plus, je ne le voyais absolument pas triste, puisque justement il chantait tout le temps!

J’ai passé ma semaine sur Internet à essayer de comprendre ce qu’est une psychose infantile et je suis tombée sur des sites parlant d’autisme (évidemment).

La semaine suivante, j’ai revu cette psy et je lui en ai parlé. Elle a ri et m’a dit: « Hahaha, j’en étais sûre que vous alliez me parler d’autisme! Mais non, il n’est pas autiste! »

C’était en février 2005. Encore aujourd’hui, je n’ai toujours pas compris ce qu’il y avait de drôle, et pourquoi cette femme était morte de rire après m’avoir annoncé que mon fils était probablement psychotique mais pas autiste.

Autisme Infantile a besoin d’aide!

Notre communauté est franchement fantastique: nous avons ici de nombreuses personnes pour qui il est important d’informer sur l’autisme, d’aider son prochain à surmonter les obstacles et de trouver des solutions aux problèmes créés par l’autisme. Tant ici dans les commentaires que sur Facebook, tout le monde se tend la main et partage volontiers son savoir.

Pour continuer à devenir un site de ressources complet, il nous faut maintenant étendre notre aire d’expertise en dehors de notre zone habituelle de comfort, pour couvrir toutes les thérapies et méthodes existantes. Seulement voilà, vous me connaissez à force: je n’aime pas parler de ce que je ne connais pas, car c’est le meilleur moyen de dire des bêtises!

C’est pour ça que je recherche des personnes ayant des connaissances solides, qui pourraient partager leur expertise, de manière simple et détaillée, dans les domaines suivants: TEACCH, PECS, Makaton, Orthophonie, Psychomotricité, Psychologie, 3i, FloorTime, ABA-VB, ICI, ou tout autre sujet intéressant que j’aurais oublié de mentionner ici.

Nous avons aussi besoin de plus de personnes pour témoigner de la vie avec un enfant autiste. Des parents, bien sûr, mais il serait aussi intéressant, sous couvert d’anonymat, de parler des prises en charge, de l’école, des loisirs… Si vous acceuillez ou vivez avec un enfant autiste, et que vous avez des choses intéressantes à raconter, j’ai besoin de vous!

Je cherche des « chefs de projets ». Je m’explique: nous avons ici plusieurs projets en cours, dont certains qui n’ont pas assez d’attention, parce que, soyons francs, je n’ai pas quarante bras et un temps illimité chaque jour pour bosser dessus. Par exemple, la Carte Utile de l’Autisme, ou la banque de pictogrammes.

Enfin, je cherche une personne ayant envie de faire des petits textes concernant l’actualité de l’autisme. On voit souvent passer des articles intéressants, je trouve ça dommage de ne pas les recencer et en parler ici.

Si vous avez un peu de temps devant vous, et que vous avez envie d’aider le site Autisme Infantile, il suffit de me laisser un message ici ou sur mon adresse e-mail nathalie@autismeinfantile.com en me disant comment vous aimeriez m’aider – je vous contacterai!

Échapper aux CMP, CAMPS, IME, hôpitaux de jours et assimilés

Le problème, quand on découvre l’autisme, c’est qu’on n’est pas toujours bien informé. On a tendance à se fier aux personnes qui ont un parcours médical, un peu en fermant les yeux, et en priant pour que tout se passe bien. Cependant, on finit parfois par se rendre compte que l’on se retrouve coincé dans les CMP, CAMPS, IME, hôpitaux de jour et assimilés…

Échapper aux CMP, CAMPS, IME, hôpitaux de jour et assimilés

Riordan Handcuffed to a Speaker (photo: Mark Coggings)

Coincé? Oui. Parce que ces institutions refusent de voir les enfants qu’ils suivent partir ailleurs. J’ai entendu des histoires d’horreur, des parents menacés parce qu’ils ont voulu retirer leurs enfants.

Évidemment, ce n’est pas le cas partout, et il y a sûrement des exceptions à cette règle, mais en général la prise en charge dans ces instituts est insuffisante, voire même inutile, ou pire, faisant régresser des enfants qui pourraient faire des progrès ailleurs… quand on ne fait pas, parfois dans le dos des parents (qui, ne l’oublions pas, sont tenus comme responsables de l’état de leur enfant par la plupart des psychanalystes, en particulier les mamans), subir des tortures comme le packing aux enfants qui y sont suivis, tout ça « pour leur bien ».

Alors, comment échapper à ces instituts de cauchemar, sans risquer de se retrouver au tribunal, à devoir se battre pour garder ses enfants? Voici une des méthodes à suivre pour s’en sortir tranquillement:

  • Trouvez un pédopsychiatre en libéral qui accepte de poser un diagnostic et de suivre votre enfant. Le mieux serait qu’il soit pro-comportemental, comme celui de mon fils Matthieu. Le côté psychologique est aussi intéressant, car la famille peut aussi être suivie par cette personne, qui aidera à régler les problèmes quotidiens, et donnera des conseils pratiques sur la prise en charge.
  • Mettez en place une prise en charge en libéral: orthophonie et psychomotricité. Pour bénéficier de séances d’orthophonie remboursées par la sécurité sociale, faites faire une ordonnance par votre médecin de famille ou le pédiatre qui suit votre enfant. Au passage, demandez-lui de remplir pour vous une demande d’ALD, qui vous permettra de ne pas avoir à avancer l’argent des séances.
  • Une fois tout cela en place, signalez à la MDPH que vous désirez changer de méthode de prise en charge, en demandant au pédopsychiatre d’appuyer votre demande, et en donnant le nombre d’heures de séances d’orthophonie et de psychomotricité par semaine. Pour bien faire, il faudrait qu’il y ait minimum deux séances d’orthophonie par semaine, et deux de psychomotricité, plus un passage hebdomadaire chez le pédopsychiatre.

Si vous avez tout bien fait dans l’ordre, les récrimination des différents instituts seront ignorées car vous aurez mis une prise en charge intéressante pour votre enfant en libéral. Mais vous savez quoi? Le mieux est de ne pas mettre votre enfant dans ces instituts à la base! Mais ce n’est que mon opinion!

Avez-vous ou avez-vous eu des problèmes à sortir votre enfant d’un CMP, CAMPS, IME, hôpital de jour ou assimilé? Partagez votre témoignage dans les commentaires.

Dis, tu aimes ta maman?

Peut-être le savez-vous ou pas, Nicolas a été diagnostiqué autiste infantile léger en juin 2009 à l’âge de 10 ans. Bien sûr, nous n’avions pas attendu le diagnostic pour mettre en place une prise en charge assez cohérente puisque mon fils a progressé.

Pendant des années, j’ai cherché à savoir et ensuite je m’étais habituée à ce trouble sans nom. À l’annonce de son handicap, le monde s’est écroulé. À part le fait d’avoir peaufiner sa prise en charge, je ne voyais pas l’intérêt réel de savoir. Je souffrais tellement. Au fil des jours, grâce notamment au blog et à la nouvelle psychologue, j’ai compris au fur et à mesure les comportements de Nicolas.

Longtemps, je me suis posée la question: est-ce que mon fils m’aime? C’est vrai, il n’y avait que lui et ses passions qui l’intéréssaient. Combien de fois je me suis dit : « c’est un fils unique, il est égoïste! ». Et combien de fois aussi j’ai dit à Nicolas en me fâchant: « tu ne penses qu’à toi! » Je pouvais être malade, j’avais l’impression qu’il s’en fichait et me posait vingt fois la même question pour savoir si on allait au parc.

Honte à moi! Mea culpa!

Ce matin, j’ai eu une crise de migraine qui s’est terminé dans les toilettes. Nicolas a voulu me soigner en m’embrassant la tête mais, inlassablement, il me répétait aussi son planning de la journée. Et bien, son manque d’empathie ne m’a pas dérangée. Je sais, je comprend maintenant. Au contraire, m’a dit la psychologue, il était tellement angoissé qu’il me répétait, répétait, répétait son planning. Preuve qu’il m’aime!

Autisme Infantile recherche bénévoles

Nathalie HamidiPour devenir toujours plus performants, plus utiles à la communauté, Autisme Infantile recherche des auteurs bénévoles pour écrire des articles:

  • des orthophonistes, des psychomotriciens, des ergothérapeutes, des psychologues, des pédopsychiatres et autres professionnels de la santé en rapport avec l’autisme, pour parler des prises en charge et répondre aux questions de la communauté,
  • des maîtresses, des AVS, des éducateurs spécialisés, qui pourront parler de l’intégration à l’école, de la manière de les motiver, de les éduquer, des problèmes rencontrés et des solutions trouvées,
  • des papas et des mamans, ou des frères et soeurs, pour participer au blog et nous parler de l’autisme au quotidien,
  • des experts dans les méthodes en rapport à l’autisme (je pense notamment à ABA, au PECS et à TEACCH, mais je suis intéressée de connaître encore d’autres méthodes),
  • des assistantes sociales ou personnes connaissant les démarches pour offrir des conseils pour obtenir de l’aide pour les parents d’enfants autistes,
  • des représentants d’associations pour aider les autistes, etc.

Si vous avez une bonne connaissance de l’autisme, si vous êtes expert en quelque chose, ou tout simplement si vous avez des informations intéressantes à partager, envoyez-moi un e-mail à nathalie@autismeinfantile.com pour m’en parler, et nous discuterons ensemble de ce que vous pouvez apporter à la communauté.

Deux mois plus tard

Que de batailles et d’acharnement… Nous sommes le 21 juillet 2009 et notre pédopsychiatre nous fait un certificat médical pour Pearl. Le verdict tombe: Troubles Envahissants du Développement avec Troubles Autistiques. Pourquoi a-t’elle rajouté troubles autistiques me demanderez-vous? Et bien c’est tout simplement afin que la MDPH offre une meilleure couverture pour les thérapies de Pearl, car parfois un diagnostic de TED n’est pas suffisant pour avoir une bonne AEEH d’après la pédopsychiatre. La demande d’ALD est aussi faite ce jour là et part à la CPAM.

Deux mois plus tard

Nous parlons ensuite prise en charge. Il faudra que Pearl fasse de la psychomotricité, donc elle nous donne une ordonnance pour faire un bilan et une prise en charge. Elle nous conseille aussi de retenter une adaptation à la halte-garderie (un premier essai en 2008 alors que Pearl avait 15 mois s’était avéré catastrophique et nous avions donc abandonné l’idée).

En résumé Pearl devra faire deux fois 30 minutes d’orthophonie (méthode PECS comme recommandée par la psychologue et la pédopsy), 45 minutes de psychomotricité et 45 minutes avec la psychologue (méthode TEACCH) toutes les semaines. Nous trouvons une orthophoniste sur Sèvres (à 30 minutes en vélo), qui non seulement est spécialisée PECS et Makaton (une autre méthode pour autistes), mais qui plus est a de la place à partir de septembre pour prendre Pearl et nous verra le 2 septembre. La psychologue nous fixe un premier RV de prise en charge le 4 septembre. La première semaine d’août, nous trouvons un psychomotricien spécialisé sur Versailles qui voit Pearl pour son bilan et convient de la prendre en charge à partir du lundi 31 août.

Je dépose le dossier de demande d’Allocation d’Education de l’Enfant Handicapé (AEEH) à la MDPH le 11 août. Il passera peut-être en commission fin octobre, s’ils parviennent à rattraper leur trois mois de retard.

VICTOIRE! Nous avons mené une lutte acharnée depuis le 20 mai et avons fait tout ce qui était humainement possible de faire pour notre jolie poupée, afin qu’elle soit diagnostiquée, prise en charge et aidée. Papa a travaillé sans relâche avec elle tous les jours. Maman a pris la relève les soirs et le week-end. Dylan est un peu perdu mais il semble comprendre que sa sœur a besoin de nous, a besoin de lui et il est le grand frère parfait pendant ces longues semaines. Nous pouvons enfin partir en vacances le cœur un peu plus léger et profiter à fond d’un repos (pour tous) bien mérité.

Cela fait trois semaines que Pearl a commencé ses thérapies et son adaptation à la halte-garderie. Tout se passe plutôt bien et nous apprenons tous les jours à connaître son monde tout comme elle apprend à connaître le nôtre.

Comment je me suis posé des questions essentielles: qu’est ce que le Moi et le Toi?

Éduquer un enfant autiste est bien sûr un parcours difficile, astreignant et fatiguant parfois. Il recèle cependant de quelques perles qui nous poussent dans nos retranchements de parents, et d’êtres humains tout simplement.

Ce qui est si facile pour n’importe quel neurotypique, si immédiat et spontanément compris et intégré, doit être expliqué, démontré à l’enfant autiste. Même ce qui est le plus fondamental: le Moi et le Toi.

Mon mari et moi nous sommes beaucoup posé de questions à ce propos, et sur la manière dont nous pourrions enseigner cette notion à Stan. Nous avons testé et mis en oeuvre plusieurs pistes.

Comment je me suis posé des questions essentielles: qu’est ce que le Moi et le Toi?

L’approche ABA (celle que l’on préfère)

Nous commençons tout juste le programme « Pronom » de l’ABA (Autisme et ABA: Une Pédagogie du Progrès de Ron Leaf et John McEachin): « Touche ton nez Stanislas », « touche mon nez Maman », « je te donne Stanislas un gâteau « , « Je prends moi maman un verre d’eau »… Bon c’est assez cocasse au quotidien , mais il y a du boulot! Nous attendons avec impatience de recevoir (aujourd’hui!) le livre de Vinca Rivière, « Analyse du Comportement Appliquée à l’enfant et l’Adolescent« , où je trouverai certainement encore plus d’aide concrète.

L’approche plus « psy »

Même si nous ne comptons pas sur la psy pour faire évoluer Stan (ça se saurait si les enfants autistes pouvaient avoir le fameux « déclic »), il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, et essayons de travailler sur ce fameux Moi, impalpable, indescriptible, si étrange.

J’utilisais beaucoup le miroir (jeux de grimaces, de « coucou »), les photographies (« là, sur la photo c’est moi Maman, c’est lui Papa, c’est lui grand frère, c’est toi Stanislas… »), mais cette image dans le miroir, comme me l’a gentiment fait remarquer une amie, ce n’est pas moi, c’est mon reflet, plat, froid… Un autiste peut-il saisir cela?

L’approche « barbare »

… mais qui, quand j’y pense, peut prendre sa place dans un parcours comportementaliste: piquer à Stan un truc qu’il aime et avec lequel il joue, et travailler sur le « c’est à moi ».

Et vous , comment avez- vous enseigné cette notion du moi et de l’autre à vos enfants ?

Le jour où…

J’ai toujours su que mon fils était différent. Lorsqu’il avait 9 mois, je me posais déjà des questions. J’ai souvent pensé à de l’autisme mais je me rassurais sans doute en notant qu’il regardait dans les yeux et qu’il aimait le contact; c’était, à l’époque, les deux caractéristiques que je connaissais de l’autisme. Peu de gens croyaient au bien fondé des mes inquiétudes: j’étais plutôt une mère angoissée et impatiente…

Le jour où...

Les mois passaient et les interrogations planaient de plus en plus. Aucun son ne sortait de sa bouche à part les rires et les pleurs, et Nicolas ne semblait pas comprendre ce qu’on lui demandait. Avec le soutien de mon mari, j’ai commencé les démarches pour trouver de l’aide.

En premier lieu le CAMSP: après quelques séances, le psychologue me répond qu’il ne peut rien faire. Nicolas est trop jeune, et il sous-entend que cela doit être de ma faute: j’anticipe ses besoins, donc mon enfant ne fait aucun effort. Il me suggère donc d’attendre. « Si votre enfant a vraiment faim, il vous le dira! » Dubitative mais désespérée, j’ai appliqué la méthode le soir même. Mon fils hurlait devant son assiette. J’ai éclaté en sanglot et je ne l’ai plus jamais fait.

J’ai décidé de chercher dans les libéraux. Là encore, j’ai rencontré un pédopsychiatre qui vouvoyait mon petit garçon et semblait ne pas supporter les mouvements incessants de Nicolas. C’était tellement grotesque que je me retenais de rire. En parallèle, j’ai cherché aussi une orthophoniste. Verdict: trop jeune, on ne peut rien faire puisqu’il ne parle pas encore, etc.

Enfin, au hasard des discussions, on me donne le nom d’un pédopsychiatre dont on parlait en ville. Le rendez-vous est pris. Le jour où je le rencontre, je sais que j’ai enfin trouvé l’écoute et le soutien que je recherchais.