Connaissez-vous un livre très connu pour arrêter de fumer? Celui où l’on vous dit les avantages et les inconvénients. Les avantages, il y en a 18000, voire plus, les inconvénients… il n’y en a aucun!
Eh bien c’est pareil pour la propreté de nos enfants. Que des avantages, aucun inconvénient. Encore un article sur la propreté… OUI, mais celle des grands enfants – par grands j’entends ceux qui ont largement dépassé l’âge de la propreté d’un enfant normal! Sans distinction de propreté diurne ou nocturne. Et parce que pour les grands, il faut s’adapter aux habitudes déjà bien ancrées, et que la taille de l’enfant compte beaucoup aussi…
Tout d’abord, je ne ferai pas de distinction entre la propreté diurne et nocturne, parce qu’à moins qu’il y ait un véritable problème d’encoprésie (non retenue des selles de nuit, donc relâchement incontrôlé des sphincters), il n’y a aucune raison de faire une différence.
Mais quand même, je vais juste prendre deux minutes pour parler des « quelques » inconvénients, qui ne dureront pas, parce qu’il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas chose facile de s’attaquer à ça…
Ce sont des inconvénients pendant l’apprentissage, mais je dirais qu’ils sont un passage obligé. Une fois la propreté acquise, les inconvénients disparaissent, et on oublie vite. Il risque d’y avoir beaucoup de linge à laver et des litres de lessive à acheter mais (c’est comme la cigarette): économie sur les couches = budget lessive.
Parce qu’il faudra commencer forcément par là… Quand on commence l’apprentissage de la propreté, on met les couches à la poubelle! Pourquoi? Parce qu’un enfant qui a toujours été en couches, d’autant plus s’il est grand, n’a aucune raison de comprendre pourquoi il porte une couche mais ne doit pas faire dedans. L’habitude est trop installée. Et quand je dis propreté, c’est se rendre aux toilettes, pas mettre une couche juste pour faire ses besoins et l’enlever après! Ça, ce n’est pas être propre, tout simplement parce que ce n’est pas normal de devoir déshabiller entièrement le bas pour faire ses besoins (même si ce sont des couches à scratch, ce n’est pas une excuse).
Très important: on oublie les théories de la prise de conscience de son corps, du bon-vouloir, de l’émergence du désir… qui n’ont rien à faire là.
Observations
Avant le jour J du ZÉRO couche, il faut observer votre enfant:
- Met-il une couche pour faire ses besoins et l’enlève-t-il après?
- Si oui, est-ce vous qui décidez du moment, ou amène t-il la couche pour que vous lui mettiez, ou la met-il seul?
- Ou reste-t-il en couche 24 heures sur 24?
- Sait-il manifester son besoin de changer la couche si elle est sale?
- Gère-t-il seul le moment du change, ou a-t-il besoin d’aide?
- Le change se fait-il aux toilettes, ou au moins dans la salle de bain?
- A-t-il un moyen d’exprimer ses besoins (picto, mot ou geste)?
- Sait-il se retenir s’il est sans couche? (au moment du bain, par exemple)
- Avez-vous repéré les horaires ou comportements qui vous font penser qu’il est temps de le changer, ou mieux qu’il va faire dans sa couche?
- Comment cela se passe-t-il là où il passe ses journées? Qui le change? À quel moment? Sur quel critère (horaire, remplissage de couche, voire débordement…)?
- Sait-il faire assis? Ou avez-vous observé qu’il fait toujours debout? (dans la couche, toujours)
- S’est-il déjà assis sur les toilettes? Sait-il à quoi servent les toilettes?
- A-t-il déjà vu faire quelqu’un? (je pense notamment aux garçons qui peuvent faire pipi debout ou assis)
- Où en est-il de son autonomie habillage/deshabillage? (en dernier lieu, parce que quand vous en serez là de l’aider à se rhabiller, la victoire sera toute proche!)
Pourquoi ces observations?
Parce qu’elles vont vous guider dans ce que vous pouvez déjà faire sans passer par la case départ. Soit votre enfant gère déjà un minimum ce moment, soit pas du tout. Selon les observations, vous sauterez des phases, chouette, non?
Par exemple, s’il réclame la couche ou la met seul (comme faisait ma fille avec ses couches à disposition dans les toilettes), ça veut dire qu’il maîtrise très bien ses besoins. Mais souvent, cette maîtrise permet aussi à l’enfant de tenir très très longtemps sans faire, et il aura du mal à se lâcher, d’une part parce qu’à un moment les muscles ne se relâchent plus, et d’autre part parce que c’est aussi un moyen pour l’enfant d’être dans l’opposition.
Phase I
Vous pouvez déjà tâter le terrain. Au lieu de mettre la couche de selles directement à la poubelle, amenez votre enfant aux toilettes et mettez les selles dedans, qu’il comprenne un minimum ce qui se trame. Si le change ne se faisait pas aux toilettes, vous pouvez l’instaurer pendant une semaine avant de commencer le ZÉRO couche. Vous pouvez même, s’il a un planning, décider du jour J avec ce jour-là le picto couche barré avec le contrat à côté. Ce serait bien que vous ayez déjà réfléchi à toutes les questions d’observation et établi votre stratégie.
Phase II
Jour J: ce sera de préférence un premier jour de vacances, si votre enfant ne maîtrise rien du tout: s’il est en couche 24/24, tout simplement parce que l’école ou le centre risquent de ne pas vous suivre sur ce coup-là et refuseront de devoir le changer s’il fait sur lui, et patati et patata. Et que peut-être vous devrez le changer toutes les heures, voire plus.
C’est le jour du ZÉRO couche: vous pouvez montrer à votre enfant que vous mettez les couches à la poubelle, avec tout ce que cela implique: les couches, c’est fini, maintenant c’est aux toilettes, en introduisant le picto si besoin. Vous pouvez même faire un contrat (ce que l’école a fait avec Mathilde et moi à la maison).
Je n’évoquerai le pot que pour vous dire qu’il faut oublier tout de suite cette option: parce qu’il est impossible de faire s’accroupir un enfant déjà grand (même 6 ans, c’est déjà dur), que même s’il l’adopte, il y un risque de débordement, qu’il faut qu’il arrive à y « faire entrer ses fesses », parce que l’on fait ses besoins aux toilettes et pas ailleurs (vous ne faites pas pipi au milieu du salon, que je sache, ni devant tout le monde), que même le pot dans les toilettes, ça fait doublon, donc aucun intérêt.
Ce jour J, soit votre enfant est réglé comme du papier à musique et fait toujours au même moment – auquel cas, vous l’amenez aux toilettes quand il montre qu’il a besoin – soit vous avez pris la décision que ce serait d’office à telle heure ou toutes les heures.
Je vous conseille de rester près de lui autant que vous le pouvez, et de surveiller de façon à le mettre sur les toilettes dès qu’il a commencé quelque chose. Je sais, c’est prenant, mais c’est le meilleur moyen de lui faire comprendre que ce qu’il est en train de faire se fait aux toilettes. Pas de gros cris ni de panique, seulement lui dire « viens vite aux toilettes, tu es en train de faire pipi ». Je dirais qu’à la limite il ne faut pas lui laisser le temps de se rendre compte de ce qu’il se passe dans les premiers temps, de façon à ne pas lui laisser le temps de refuser de s’asseoir si c’est un problème pour lui.
Si vous décidez de le mettre à heure fixe (picto à l’appui sur son planning), il faut lui apprendre à apprivoiser les toilettes, donc il faut rester avec lui dans les toilettes et le convaincre de s’asseoir. C’est là qu’il faut trouver la meilleure astuce pour qu’il y reste: un livre, des bulles, un DVD, un cahier et un feutre, une affiche au mur… Le premier contrat peut être: je compte jusqu’à 5 et tu peux partir, en le faisant plusieurs fois il saura qu’à 5 vous le laisserez tranquille, et petit à petit il attendra le 5, mais au moins restera sur les toilettes. Vous augmenterez le temps au fur et à mesure, en espérant que, sur ce temps-là, il se passe quelque chose par hasard (il faut savoir ruser!). Le mieux est de prévoir un mini tabouret, sinon vous aurez des fourmis dans les jambes…
S’il y va sans heurts, tant mieux, mais il se peut qu’il lutte physiquement. Pour parer les coups, soit faire appel à de gros bras, soit montrer sa propre force mais simplement en poussant avec l’épaule, jamais de face.
Quand il acceptera enfin, d’entrer dans les toilettes et de s’asseoir, ce sera déjà une victoire.
Il aura peut-être besoin d’une guidance physique ou verbale pour se deshabiller, voire le faire à sa place. Ce qui paraît évident pour nous ne l’est pas forcément pour eux.
S’il s’asseoit mais qu’il ne se passe rien, il est important de rallonger le temps sur les toilettes avec toujours une occupation. Vous pouvez engager les premiers encouragements verbaux. Par exemple: « un, deux, trois, vas-y ». Voire même les encouragements physiques, comme le massage du ventre, les chatouilles pour amener un fou rire (imparable pour faire pipi), les pressions douces sur la vessie… et toujours lui rappeler le contrat!
Ce moment peut être très angoissant pour les enfants, surtout pour ceux qui gèrent leur propreté et savent qu’on ne fait pas par terre. Ils ont très très envie, mais à ce moment-là ils voudraient une couche, ils sont au bord de se lâcher, et c’est souvent le moment des supers stéréotypies, mais on va dire qu’à ce moment précis ce n’est vraiment VRAIMENT pas grave (ma fille m’a fait les pires grimaces assise sur les toilettes…).
Votre enfant peut avoir besoin de vous tenir la main, ou de vous serrer très fort, ou de se tenir aux murs. Je l’ai vécu, c’est un peu flippant, mais c’est là que l’on voit qu’il se passe enfin quelque chose. Que le processus est bien engagé, que ça a fait son petit bonhomme de chemin dans sa tête, qu’il n’est plus dans l’opposition mais dans une grande interrogation.
Phase III
Vous avez obtenu un résultat:
- Il demande à aller aux toilettes mais il ne se passe rien: ça va venir. Ça peut être pour vous dire qu’il a envie, mais il lui reste encore à se lâcher, donc il faut continuer le travail d’accompagnement et d’encouragement++, complété d’une absorbtion massive de sa boisson préférée, et d’une aide à la régulation des selles que vous trouverez en pharmacie.
- Il a fait ce qu’il devait: c’est formidable! Encore une victoire! Installez bien la situation à la maison, et commencez la généralisation aux autres lieux, quitte à recommencer l’accompagnement. C’est ce que j’ai fait pour ma fille, j’ai fait le même accompagnement aux toilettes de l’école et dans la famille pour qu’elle généralise bien.
Phase IV
Vous pouvez être fiers de vous, et l’envoyer à l’école ou l’IME ou ailleurs, en claironnant que maintenant il est PROPRE! Avec le budget couche, offrez lui un super cadeau.
Allez, go go go soldats! C’est possible! Je l’ai fait avec Mathilde, elle avait 10 ans, était presque aussi grande que moi, avait une force herculéenne pour me virer des toilettes ou s’accrocher à la porte pour ne pas y entrer. Mais elle a réussi…
Pour pouvoir travailler efficacement sur l’autonomie d’un enfant autiste, il faut pouvoir cibler les forces et faiblesses de son enfant. Je vous propose de faire ensemble 
Comme de nombreux parents d’enfants devant faire leur première rentrée scolaire en septembre, je me suis fixé comme objectif de vacances de réussir à rendre propre mon petit garçon autiste de tout juste trois ans.

