De petits progrès, en petits échecs, en grande victoire

Cela pourrait presque être notre quotidien…

C’est vrai que, des fois, me traverse l’esprit la question « Pourquoi nous, pourquoi elle? », mais finalement, avec du recul, Maëlys ne serait pas Maëlys si elle n’était pas autiste. Et maintenant, changerais-je quelque chose? Pas sûr… Je l’aime tellement, mon rayon de soleil, telle qu’elle est.

Pourtant, le quotidien est loin d’être rose tous les jours.

La vie de tous les jours, c’est ressasser, stimuler, aider, ne pas céder, aimer, détester, ne rien comprendre à son propre enfant, la chair de sa chair.

Mais dans tout ça, un jour pas comme un autre, tout à coup émerge une victoire, qui semblerait futile pour n’importe quel autre enfant, mais qui en est une ÉNORME pour nos enfants…

De petits progrès, en petits échecs, en grande victoire

Maëlys n’est jamais là où on l’attend.

Et ces petites victoires du quotidien redonnent de l’espoir, du bonheur, de l’émotion.

Car finalement, comment sera son avenir? On ne le sait pas.

Mais son présent ? Il est fait de difficultés, mais de tellement de petits bonheurs de la vie, de batailles gagnées, de nouvelles choses acquises, comprises, intégrées par une si petite fille, à qui l’on demande tellement de choses, finalement.

Une petite fille de notre planète sans l’être vraiment, regardant dans une autre direction que la nôtre, qui est là sans être là, qui voit le monde à sa façon, et nous le fait découvrir chaque jour un peu plus.

Des fois je pleurerais de rage, mais finalement, tout le bonheur qu’elle m’apporte, malgré sa façon unique de voir le monde, vaut tout les coups de gueule, de nerfs, de folie, passés pour elle, et qui ne finiront pas de sitôt, dans ce pays où l’autisme est une maladie qui fait fuir, et ne provoque qu’incompréhension.

Oui, en tant que maman, mon cœur est brisé plusieurs fois par semaine par les gens autour, les professionnels qui ne veulent pas évoluer.

Mais je sais aussi, en tant que maman, que ma fille, Maëlys, est unique, sait faire des choses propres à elle, est heureuse, et nous apporte un bonheur indescriptible.

Et pour elle, et pour toute les autres enfants de son monde, je voudrais que les gens comprennent à quel point ces enfants sont précieux et méritent qu’on se batte pour eux.

La France peut ne PAS être fière de sa prise en charge et de son entêtement.

Mais les parents d’enfants autistes, PEUVENT être fiers d’eux, ainsi que tous ceux qui nous soutiennent derrière.

MERCI, à toute notre famille, et entourage, collègues, amis, maitresse, école, tous ceux qui nous soutiennent. Sans vous Maëlys n’avancerait pas.

MERCI de vous battre avec nous.

Histoire de Nathan

Histoire de Nathan

À la plus grande joie de tout le monde, Nathan, tu es né le 10 avril 2000. Tu étais un très beau bébé, 3 kilos 800 pour 41 centimètres. Ma grossesse et mon accouchement s’étaient bien passés. Tu es un bébé comme tout les autres, tu pleures beaucoup mais ça passe avec le temps.

Papi Guy et Mamie Annie sont très heureux, en plus, ils peuvent te voir tous les jours car on vit à côté, ils nous aident beaucoup comme ils le font toujours aujourd’hui.

Nathan, tu es un enfant qui grandit bien, qui, comme tout le monde, fais les progrès qui vont avec ton âge… jusqu’à 15 mois, environ. Tu avais même commencé à parler, à être propre, à mieux dormir la nuit… comme tout les autres.

Depuis que tu es né, je prends toujours le temps de t’endormir, et cela même si ça dure longtemps. Cela sera toujours comme ça, même quand tu grandiras, car tu aimes beaucoup ce moment de câlins et de relaxation avant de dormir. Quelques fois, je m’endormirais presque en t’endormant, mais ce moment privilégié de câlins est tellement bon!

Histoire de NathanÀ un mois et demi, tu nous fais ton premier sourire. Moment de bonheur et de joie.

En septembre 2000, tu vas à la garderie pour la première fois. Tous nos essais se solderont par des échecs. On essaye même de te changer de garderie, pensant que tu n’aimes pas la première, mais impossible! Tu ne t’adaptes pas. C’est déjà un signe, mais tu es notre premier enfant, et on ne fait pas forcément le rapprochement qu’un problème est déjà entrain de prendre place en toi.

En Novembre 2000,  je te fais couper les cheveux pour la première fois. Tu n’aimes pas aller chez le coiffeur. Je fais néanmoins l’effort de toujours t’emmener chez le même (Samy), et au bout d’un long moment, tu commences à t’y habituer (vers six ans et demi), tu acceptes même de t’asseoir seul sur un fauteuil. Le coiffeur a été très patient (cinq ans de patience). Je me rappelle quand il te coupait les cheveux a quatre pattes pendant que tu hurlais par terre!

Tu commences à bredouiller pas mal, seras-tu un grand bavard? Malheureusement, tu ne le seras pas, puisqu’à 8 ans tu ne parles toujours pas.

À 11 mois, tu marchais, tu disais: « maman, papa, dodo, bébé ». Comme tous ceux de ton âge, ton développement était tout ce qu’il y avait de plus normal. Tu commences à boire seul au verre, vers un an tu manges seul avec les mains mais les efforts sont là, et on a tous commencé comme ça.

Tu manges un peu de tout: pizza, chocolat, brioches, croissants, girolles, que tu adorais mâchouiller et  recracher quand elles n’avaient plus de goût, mais… progressivement tes progrès ont stagné, et se sont mêmes arrêtés, et tu as régressé.

À un an et demi, on t’inscrit aux bébés nautiques. Tu n’iras que trois fois: tu paniques dès qu’il y a trop de monde, et j’arrête de t’y emmener car tes angoisses m’inquiètent un peu. Je pense que, peut-être, tu n’aimes pas l’eau. C’est une erreur, je comprendrai plus tard que c’est la foule que tu n’aimes pas (c’est déjà un signe de ton autisme, mais je ne le sais pas), mais que par contre tu adores l’eau. L’été, tu adores aller à la pataugeoire. Nous aurons également l’occasion de t’emmener a la mer, où tu te débrouilles très vite seul dans l’eau. Par contre, tu détestes le sable, tu as en horreur d’en avoir sur les pieds, et il faudra toujours te porter depuis l’eau jusqu’à ta serviette.

Tes cassettes préférées sont les Teletubbies et Oui-Oui – ça le restera toujours. Les sports mécaniques t’attireront par la suite: les courses de formule 1, les rallyes, et les motos surtout.

À 18 mois, je remarque et note dans un cahier la chose qui mettra tous les examens en route: tu ne parles plus. Par contre, chose positive, tu sais faire du vélo. Tu arrêteras d’en faire mais, à 4 ans, tu reprends très vite goût à cette activité, grâce au tricycle que Tonton Jean-Paul t’offre.

En octobre 2001, on commence le pot, et ça marche! Tu deviens propre, mais tu préféres aller directement aux toilettes, comme les grands. Tes efforts s’atténuent pour s’arrêter définitivement.

Histoire de Nathan

À tes deux ans, on te permet de réaliser un de tes rêves: on t’emmène au salon de la moto. Tes petits yeux sont tout ébahis de voir de si belles machines. Ton autre passion sera réalisée aussi: tu monteras dans une vrai Formule 1, rouge comme celle de Schumi, et là ton bonheur sera énorme. Une photo dans ta chambre le prouve.

On essaiera toujours, au cours de ta vie, de te faire faire des choses que tu adores et, si c’est possible bien sûr, de réaliser tes rêves.

La vie fera qu’on pourra en réaliser quelques uns, mais ce ne sera pas toujours facile car il faudra se confronter aux craintes et appréhensions de certaines personnes, qui, par ignorance, te refuseront, ou accepteront avec de grandes difficultés. Mais, au final, on y arrivera assez souvent.

À ce moment-là, nous ne savions pas encore que tu as un handicap – mais déjà, nous nous attelons à la tache qui va être la nôtre un peu plus tard: essayer de t’offrir les meilleures possibilités dans la vie de tous les jours, malgré les soucis et la vie difficile qui nous attend.

Tu es un enfant qui n’a pas trop d’exigences, et je dirais toujours, d’ailleurs, que tu es un enfant facile à vivre, et surtout très agréable. Ce qui nous facilitera les choses dans bien des cas et situations! Tu n’es pas du tout capricieux et ne réclames jamais rien. Quand on t’offre quelque chose, tu es heureux, mais c’est nous qui décidons de le faire, car en aucune circonstances tu ne réclameras quoi que ce soit.

En mars 2002, je remarque que tu es radin sur les mots pour ne pas dire mutique.

En octobre 2002, on déménage pour venir habiter au-dessus de chez Papi et Mamie. On s’inquiète de ta réaction, car, déjà à ce moment-là, tu ne supporte pas les changements. On ne va pas tarder à comprendre pourquoi.

Ce qu’on ignorait encore allait devenir notre réalité, plus vite qu’on ne le pensait. De parents d’enfant normal, nous allions passer au statut de parents d’enfants atteint d’un handicap: l’autisme.

Maëlle, cinq ans après…

Maëlle, cinq ans après...

Je me souviens très clairement de l’instant où le pédiatre a évoqué le mot « trouble envahissant du développement » en parlant de notre fille aînée, Maëlle. Sa sœur, Maude, avait alors 16 mois et son petit frère, Mathieu, venait tout juste de naître.

J’étais assise devant ce jeune médecin, tremblant légèrement de la main droite qui tenait un petit bout de papier sur lequel se trouvait la liste des comportements étranges de notre enfant de deux ans et demi, liste qui se trouve toujours dans le tiroir contenant le « dossier » de Maëlle.

Cette dernière, ayant peur de tout, se terrait alors sous la table d’examen. Roulée en boule, elle se cachait la tête de ses petites mains, en espérant peut-être se rendre invisible à nos yeux. La toucher relevait du miracle et mes bras étaient musclés à force de la tenir contre moi lorsqu’elle se débattait à tout moment.

Maëlle parlait en fuyant notre regard, se bouchait les oreilles au moindre bruit, ne dormait pas la nuit, mais plutôt le jour, ne parlait que des insectes et était d’une rigidité extrême à tout changement de routine, de chemin, etc.

Au départ, l’expression « trouble envahissant du développement » ne me disait absolument rien, mais le mot « envahissant » me faisait peur. Je n’étais pas certaine de comprendre de quoi il s’agissait. Je savais seulement qu’il me fallait agir rapidement si je voulais venir en aide à notre fille et ce, aux dires des neurologues consultés. Lorsque j’ai réellement pris conscience que ce terme se rapportait à l’autisme, ce fut le choc! Comment était-ce possible? Pourquoi cela nous arrivait-il? Était-ce de ma faute?

Un an et demi et bien des péripéties plus tard, épuisée par les nuits trop courtes et révoltée par le manque flagrant de ressources, j’avais enfin en ma possession le fameux rapport du pédopsychiatre me permettant d’inscrire Maëlle sur d’autres listes d’attente afin d’obtenir des services gouvernementaux. Je n’ai, bien sûr, et comme bon nombre de parents, pas attendu avant d’agir auprès de Maëlle, et suis allée du côté du privé pour mettre en place, aidée par des intervenants (ergothérapeute, psychologue et orthophoniste) un système de stimulation précoce à la maison et dans son milieu de garde.

C’était il y a déjà plus de cinq ans. Depuis, Maëlle a évolué de façon spectaculaire, malgré sa différence bien apparente qui la rend unique à nos yeux, comme tous les enfants autistes. Aujourd’hui, à 8 ans et demi, c’est une petite fille souriante et affectueuse qui a toujours hâte d’aller retrouver ses amis en classe le matin. Intégrée en milieu ordinaire depuis le début de sa scolarisation, notre fille s’est habituée progressivement aux bruits ambiants imprévisibles et ses camarades de classe la protègent en tout temps, tout en l’acceptant comme elle est.

Maëlle n’a plus peur lorsque l’on chante « bon anniversaire » ou « bonne fête » comme on dit au Québec, nous dit « je t’aime » constamment en nous serrant très fort dans ses bras, est capable d’exprimer ses soucis et peut parler des événements qui la stressent sans faire de crise à tout instant. Son regard est lumineux et elle possède un grand sens de l’humour. Son frère et sa sœur l’aiment comme elle est et l’intègrent à leurs jeux avec grand plaisir.

Toutefois, quand une émotion est trop forte, ses petites mains battent de chaque côté et deviendront des ailes, comme si elle voulait s’envoler! Toucher à de la monnaie ou ouvrir une porte lorsque la poignée est en métal reste un défi pour elle, car elle n’aime pas l’odeur qui se rattache à ces éléments.

Maëlle, cinq ans après...

Sa passion pour les insectes de toutes sortes fera sûrement d’elle une célèbre entomologiste. Elle compte parmi ses prises quatre mantes religieuses, une mante chinoise, de nombreux hannetons et coléoptères variés, des colonies de fourmis de plusieurs espèces, des libellules, des papillons, mais aussi une écrevisse qu’elle élève dans un gigantesque aquarium.

Pour Maëlle, la vie est belle, surtout aux côtés de sa chienne d’assistance de la Fondation Mira qui la suit partout et qui lui permet surtout de dormir paisiblement!

Maëlle, cinq ans après...

La nature est donc son repère secret pour se ressourcer entre ses nombreux traitements qu’elle subit en hémato-oncologie depuis un an et demi déjà, tout en continuant à aller à l’école. Oui, le sort s’est acharné sur notre fille, mais après des centaines d’injections, de prises de sang, de traitements de toutes sortes, Maëlle sourit à la vie encore plus, malgré une maladie rare apparue récemment, et soupire en disant que le temps passe trop vite, le soir venu.

Lorsque je me tourne vers le passé, je suis tellement fière des progrès que notre fille a accomplis au cours des dernières années, progrès qui, je l’espère, seront porteurs d’espoir pour toutes les familles d’enfants autistes qui ne savent parfois plus où donner de la tête. Une chose est certaine, dans le cas des enfants autistes, le proverbe « lentement, mais sûrement » est de mise lorsque l’on doit vivre un jour à la fois.

Un millier d’étages sans ascenceur

Un millier d'étages sans ascenceur

Skyscraper (photo: ciocci)

Quand on donne naissance à un enfant avec autisme, on amorce avec lui la montée d’un gratte-ciel, un millier d’étages sans ascenceur.

Les papas et les mamans d’enfants neurotypiques grimpent agilement, même parfois quatre à quatre les marches de l’autonomie et des progrès, aidés par leur enfant qui n’a pas besoin d’être tiré après eux bien longtemps.

Nous? Nous restons coincés sur les premières marches. Nous sommes trop fatigués, pas assez en forme. Notre enfant est trop lourd, a besoin de tout un attirail pour le faire avancer, et doit être tiré vers le haut à chaque marche, ce qui nous ralentit fortement.

Pendant que les parents qui ont commencé l’ascension en même temps que nous disparaissent, si vite que nous ne les entendons même plus grimper aux étages en dessus, et que d’autres parents ayant entamé les escaliers après nous nous dépassent sans même nous accorder un regard, nous nous retrouvons exténués au deuxième étage, affalés, sans courage pour continuer. Nous voyons le peu de chemin parcouru, et nous savons qu’il nous reste 998 étages à gravir, et c’est affreux et impossible, alors on finit par se persuader qu’au final on n’est pas si mal sur notre palier du deuxième étage.

Reprendre l’ascension parait trop difficile. On se souvient combien on en a bavé pour amener notre enfant jusque là, et on se voit mal continuer à le traîner sur notre dos, ne serait-ce qu’un étage de plus.

Et pourtant! Quand nous persévérons, à chacune des marches qu’il gravit, notre enfant fait marcher ses muscles, et ça devient plus facile pour lui de nous aider, se s’aider lui-même à gravir les étages. Il devient moins lourd à tirer, a de moins en moins besoin de tout cet attirail si pénible à utiliser, et avance!

Ce que nous ne savons pas, lorsque nous montons les étages avec peine, c’est qu’il y a un lobby au dizième étage, qui nous attend avec des rafraîchissement et une salle de repos: à chaque marche grimpée, à chaque progrès fait, on se rapproche de ce palier où on pourra être soulagé avant de reprendre l’ascension.

Ça ne sert à rien de ne viser que le sommet. Certains d’entre nous y parviendront, certains n’y arriveront jamais, et personne ne peut dire au départ de l’ascension qui finira sur le toit, à regarder le monde d’en haut. Mais chacun d’entre nous, sans forcément perdre de vue le but final, peut se focaliser vers les paliers intermédiaires pour avoir des buts plus facilement réalisables.

Ces paliers amènent des choses différentes selon les progrès que votre enfant a fait, et les compétences et connaissances que vous lui avez enseignées. Ils enlèvent un poids de votre sac à dos à chaque fois, et vous repartez plus léger, plus en forme, plus motivé pour la suite.

Matthieu a eu 6 ans il y a quelques jours. Nous sommes loin derrière ses cousins qui ont commencé plus ou moins en même temps à gravir les marches. Mais nous avons pu dépasser plusieurs fois les paliers intéressants: apprendre à dire des mots au lieu de crier, apprendre à obéir, apprendre à être propre, apprendre à être calme, apprendre à jouer normalement au lieu de jeter les jouets dans toute la pièce, apprendre à accepter les refus, apprendre à accepter les changements imprévus…

À chaque palier, c’est lui qui prend en charge une pièce de l’équipement qu’il me fallait porter à sa place. Je me sens plus légère, et ses muscles se développent. Il gravit de mieux en mieux les étages – certes, pas aussi vite que ses cousins, que nous avons peu d’espoir de rattraper avant longtemps, mais tout de même de plus en plus vite.

Chaque marche montée n’est plus à faire. Chaque progrès est une base pour en faire un autre par la suite. Visez le prochain palier, une marche à la fois!

Un constat positif

Ce matin, je me suis posée deux minutes et j’ai réfléchi à Mathilde, qui occupe en général la plus part de mes pensées. J’ai laissé tomber le futur et l’avenir pour revenir sur le passé. Ce qui est bien quand on fait ça, c’est que les réponses sont déjà là, pas besoin de se prendre la tête – ça s’appelle faire un constat!

Et, ce matin, ô bonheur, je fais un constat très positif des dernières années dans l’évolution de Mathilde. Je vais vous livrer en quelques exemples une image de Mathilde à 4 ans et une image de Mathilde aujourd’hui (elle aura 10 ans en mai). Âmes sensibles s’abstenir pour certains détails, mais en même temps, ils restent une réalité…

À 4 ans, Mathilde était un peu comme un petit animal: très primitive, mais bien sûr il faut enlever à cela la relation d’affection mère-enfant qui n’existait pas, ou très peu.

Voici la liste non exhaustive de quelques comportements rencontrés à cette époque:

  • auto-mutilation: se mordre, se taper la tête contre les vitres, s’éclater le nez par terre
  • agression: me mordre, me taper, mes tirer les cheveux
  • langage: inexistant (même pas maman ou papa), pas facile pour se comprendre!
  • propreté : inexistante, voire pire (décoration marron sur l’ordi ou la télé, genre cacatastrophe, cacamouflage…)
  • début du tri sélectif de l’alimentation réduit à une peau de chagrin (10 aliments de base, dont les croquettes du chat qu’elle piquait en douce, ou la pâte à modeler comme bonbon)
  • évidemment, aucune interaction avec ses frères et soeurs, ni avec d’autres enfants, avec personne d’ailleurs à part Maman pour les comptines et les jeux de corps à corps
  • aucune envie d’apprendre quoi que ce soit, ni à se laver, ni à s’habiller, ni à participer à la cuisine, à la vie de la maison…
  • des bêtises par dizaines: se sauver de la maison, se détacher de sa poussette, projeter les cendres de la cheminée dans tout le salon (froide, la cheminée, pas folle la guêpe!), vider les gels douche, prendre des bains de boue, jeter du sable ou des cailloux dans la piscine (en plastique, certes, mais ça fait des trous), de façon compulsive et à répétition – je précise, parce que ce sont des bêtises qu’un enfant normal pourrait faire
  • sommeil en pointillés: nuit blanche ou très courte ou ponctuée d’une insomnie de 1h à 6h du matin, du coup elle faisait des siestes à n’importe quelle heure
  • aucune réaction à son prénom, grosse colère à chaque « non », peur panique des gens portant un chapeau (le boucher du supermarché) ou des lunettes posées sur la tête, j’en passe et des meilleures…
  • elle passait son temps devant ses DVD sur l’ordinateur, mais ne voulait pas toucher la souris, donc elle venait me chercher tout le temps pour aller en avant, en arrière (passage à répétition oblige)

Aujourd’hui, Mathilde va avoir 10 ans. Il paraît que c’est l’âge de raison, mais je ne sais pas pourquoi, pour Mathilde j’ai un gros doute…

  • Mathilde se sert de son PECS et dit des mots, de mieux en mieux et de plus en plus. Elle se retourne lorsqu’on l’appelle. Elle s’arrête si on lui dit stop.
  • elle arrive à diversifier son alimentation (il faut d’abord un leurre… et on en n’est pas encore aux légumes, vaste programme!)
  • elle reste à table pendant 3/4 d’heure (mais seulement à l’école, histoire de me faire enrager)
  • elle contrôle ses envies en gérant elle-même ses couches, donc elle met toute seule une couche et l’enlève après (bon, la poubelle doit être trop loin d’elle, mais quand même!)
  • elle sait s’habiller (mais il ne faut pas être pressé) et se deshabiller (elle range même ses affaires du jour dans son placard: faut pas que ça traîne, même si c’est sale)
  • elle se promène tranquillement en ville en restant près de nous, elle aime faire les courses au supermarché (compter 20 euros de plus quand elle est avec moi, car elle adore les flacons de gel douche!)
  • elle a assisté à un concert de Calogero sans bouger pendant une heure et demie
  • elle accepte le « non », elle ne tape plus, ne se tape plus du tout, elle sait dire où elle a mal
  • elle participe de temps en temps à la cuisine (surtout pour patouiller dans la pâte à crêpes) mais ça ne la dégoûte plus
  • si elle part trop loin de moi en balade, elle se retourne pour voir si je suis là. Eh ben, tout arrive!
  • elle est très curieuse, elle fouille partout, même les sacs des dames
  • elle aime les endroits nouveaux et changer de place dans la voiture, même changer de voiture. C’était impossible à 4 ans.
  • elle va à son Sessad en taxi (là, j’avoue, c’est moi qui ai progressé)
  • elle fait du poney une fois par semaine et s’en sort très très bien, elle participe
  • elle vit sa vie pour regarder ses DVD sur son ordi (durée de vie des souris: environ six mois, parce qu’elle les nourit bien en miettes de gâteaux et jus de fruits renversés)
  • elle dort très bien, sauf quelques petits incidents de temps en temps

Voilà, mon constat est donc très positif. En tous cas je n’aurais jamais pensé ça il y a 5 ans. Il y a encore du boulot, mais je suis fière de ma fille… Il reste des petites choses à revoir au niveau des bêtises, mais au moins maintenant elle a compris qu’il vaut mieux se planquer pour les faire!

À tous les parents qui en sont aux 4 ans de leur enfant, je dis: il ne faut désespérer de rien.

Ne jamais baisser les bras

Adam a sept ans et demi. Voilà bientôt six ans que l’on m’a suggéré qu’il pouvait être autiste, et cinq ans depuis la confirmation du diagnostic. Autant dire que j’ai presque toujours vécu avec mon fils en le sachant handicapé.

Plus de cinq ans, également, de prises en charge pluridisciplinaires, avec une intensification au mois de septembre 2006 (orthophonie, psychomotricité, musicothérapie, sport adapté), conjuguées avec la fréquentation de l’école. Des journées passées à courir de rendez vous en consultations, puisque plus les prises en charge débutent tôt, plus la marge de progression de l’enfant est en principe importante.

Pourtant avec Adam, rien n’a bougé durant près de trois ans. À 5 ans, il était toujours mutique, intégralement sale, plutôt violent, et pas du tout autonome. J’avais le sentiment que le résultat était à peu près nul alors que je me démenais dans tous les sens, en m’épuisant. Mon moral était en berne.

Que faire dans de telles circonstances?

Ne jamais baisser les bras

J’aurais certainement pu opter pour un placement dans une institution spécialisée, mais là, c’est mon principal défaut qui m’a fait poursuivre toutes les prises en charge: je suis très têtue, et j’ai persisté dans ma stratégie de départ, sans savoir où cela allait nous mener, Adam et moi-même.

Finalement, en posant un diagnostic d’autisme non spécifié en 2006, l’hôpital m’a rendu service. Si l’on m’avait annoncé dès le départ qu’Adam était atteint de retard mental profond (ce qui sera le compte-rendu de son évaluation en juin 2009), j’aurais laissé tomber, en me disant que mes efforts étaient vains.

J’ai donc continué à l’emmener à tous ses rendez-vous, insisté pour qu’il aille à l’école à temps plein. Je lui parlais sans jamais avoir de réponse. De mes longs monologues, il m’est resté l’habitude de parler seule maintenant!

Le soir, je lui lisais des livres et des imagiers, sans presque jamais recueillir son attention. Un mur. Perdu dans son monde, me disais-je.

Cela aurait pu me conduire à arrêter de le stimuler à la maison. En effet, depuis, nous nous sommes rendus compte que dans ces moments « d’absence » apparente, Adam écoute et observe tout ce qui se passe autour de lui. C’est comme cela qu’il a acquis une base de données au niveau du vocabulaire tout à fait impressionnante.

J’ai poursuivi sur la même voie, peut-être par instinct, sûrement par entêtement et par volonté de réussir coûte que coûte, mais combien de questions, de doutes, d’incertitudes tout au long de ces mois.

Le soir, j’étais seule avec mes interrogations: ai-je fait le bon choix, ne faut-il pas tout revoir et reprendre à zéro avec une autre méthode? C’est finalement cela que je trouve le plus compliqué à gérer quand on élève seule ses enfants, surtout quand ils nécessitent un accompagnement très spécifique.

La progression d’Adam depuis 2008 m’a donné raison de ne pas baisser les bras: ses progrès sont très réguliers, dans tous les domaines. Que s’est-il passé pour que la situation se débloque tout d’un coup, alors que rien n’avait changé dans ses prises en charge? Nous ne le saurons certainement jamais.

Aujourd’hui, je fais juste un constat. Adam a atteint un niveau d’ores et déjà très convenable pour un enfant autiste dit « sévère ». Il est toujours scolarisé, il communique de plus en plus, il est en passe de prononcer correctement tous les sons (il ne reste plus guère que le « s » qui pose problème).

Il parlera normalement, sans que son langage ne soit mécanique. Il lit et comprend ses lectures, il compte, il apprend à skier…

Je place la barre un peu plus haut au fil des ans et il la franchit, certes avec plus ou moins de difficultés, mais pour l’instant, il n’a pas connu d’échec dans les objectifs fixés.

Ma conclusion est simple: quelque soit le degré d’autisme de son enfant, il existe toujours un marge de progression. Il n’est pas toujours facile de faire face à la situation mais il faut tout faire pour ne pas capituler.

Je ne vaincrai pas l’autisme de mon fils, comme le clame un certain livre. Autiste il est né, autiste il mourra. Je veux juste donner à Adam le maximum de clés pour vivre dans notre monde de neurotypiques.

Travail et scolarisation de l’enfant autiste à la maison

Cet article a été écrit par Elise Cazenave-Tapie, maman de Clémence et auteur d’un blog très utile montrant ce qu’on peut travailler avec un enfant autiste. C’est elle qui m’a aidée, inspirée, et je lui en serai toujours reconnaissante.
- Nathalie Hamidi

Nous avons commencé à nous inquiéter quant au comportement de Clémence alors qu’elle avait 22 mois. Le langage ne s’installait pas, et elle se mettait de plus en plus en retrait de notre vie de famille, ne participait pas à nos échanges et donnait l’impression d’être triste. Elle était en permanence dans la lune.

Nous avons eu le parcours classique de toute famille confrontée à l’autisme et avons consulté un ORL pour dépister un éventuel problème de surdité, sans trop y croire. C’est cet ORL bordelais qui nous a mis sur la voix des troubles envahissants du développement, de façon très diplomate.

Travail et scolarisation de l'enfant autiste à la maison

Puis tout s’est enchaîné très rapidement grâce aux contacts que j’ai pu avoir sur un forum consacré à la petite enfance. Trois semaines après mon premier message sur ce forum, nous avions rendez-vous avec une neuro-psychologue niçoise très connue dans le milieu de l’autisme.

Le 30 aout 2001, nous avions le diagnostic de Clémence, elle avait presque 27 mois.

Avoir la confirmation que son enfant est né avec autisme est une immense souffrance difficile à décrire. Cette souffrance ne m’a pourtant pas abattue et c’est dès ce jour-là que j’ai décidé de prendre en main l’avenir de Clémence.

Je n’ai jamais songé une seule seconde à scolariser Clémence ou à la confier à un établissement spécialisé. Naturellement, je me suis documentée, et j’ai mis en place, petit à petit, une stimulation à la maison. Même si je donne l’impression aujourd’hui d’être très organisée, tout s’est mis en place peu à peu. À chacune de mes lectures ou formations j’ai étoffé et amélioré notre façon de travailler.

Je me suis inspirée de tout ce que j’ai pu lire sur l’autisme, la méthode TEACCH (alors seule méthode traduite en français), l’approche Doman ou encore le Floor-Time. J’ai écumé tous  les sites canadiens sur l’autisme puisqu’il n’y avait quasiment aucune ressource sur la toile en français.

Les débuts n’ont pas été faciles, Clémence n’était pas vraiment volontaire pour faire des activités. Mais je n’ai jamais perdu courage et je suis restée très patiente. Aujourd’hui, je ne regrette rien, je referais exactement les mêmes choix.

Travail et scolarisation de l'enfant autiste à la maison

S’occuper de la stimulation de Clémence est la meilleure décision que j’ai prise. En 9 ans, jamais je n’ai regretté puisque ses progrès sont énormes et sont bien plus importants que tout ce que nous avions pu imaginer au moment de son diagnostic.

La mise en place des outils dont elle avait besoin (structuration du temps et de l’espace, supports visuels, système de communication par échange d’image, travail structuré en face à face, schémas d’activités pour son autonomie, etc.)  a permis à Clémence d’optimiser son potentiel et d’apprendre.

Il y avait tant à faire, tant à lui apprendre que, de toute façon, elle n’aurait pas eu le temps d’aller à l’école. Ses troubles de comportement et ses troubles sensoriels auraient rendu cette expérience très pénible, et le bénéfice aurait été bien trop maigre. La scolarisation des enfants différents demande bien trop d’energie. Je préfère garder toute cette énergie pour mon enfant et pour ses progrès, c’est beaucoup plus rentable et valorisant!

S’occuper de son enfant à plein temps demande une très bonne organisation et de gestion du temps, mais je suis une personne de nature très organisée. Il faut être rigoureux, se fixer des horaires de travail et s’y tenir, jour après jour.

Je n’ai pas repris d’activité professionnelle pour me consacrer à ce nouveau job. Accompagner Clémence au quotidien est un travail à plein temps. Mais c’est le travail le plus valorisant qui existe! L’absence d’un salaire supplémentaire n’est pas négligeable, mais nous avons gagné une bien meilleure qualité de vie.

L’avantage de la scolarisation à la maison est de proposer à son enfant un travail sur mesure. Je dis souvent que le prêt-à-porter ne convient pas, qu’il faut de la haute couture et c’est exactement ce que je fais au quotidien: je concocte à Clémence des activités et supports de travail qui respectent ses centres d’intérêts, qui s’appuient sur ses points forts et ses émergences. Chaque acquisition est décortiquée en micro-étapes qui permettent à Clémence de progresser en douceur et qui lui permettent de généraliser ses acquis. Je respecte son rythme de travail, je reviens aussi souvent que nécessaire sur chaque étape qui pose problème. Je privilégie ce qui est le plus porteur à un moment donné. Clémence a su lire 3 ans avant de savoir écrire en cursif, ce qui est inenvisageable en milieu ordinaire, par exemple.

La scolarisation à la maison allège aussi considérablement le temps de travail. Si l’enfant est scolarisé, il faut reprendre avec lui, chaque soir et week-end, tout ce qui a besoin d’être à nouveau étudié, cela allonge considérablement et inutilement son temps de travail et de concentration. Il est plus facile d’enseigner directement à son enfant, dans une ambiance sereine et propice à la concentration, plutôt que d’essayer sans cesse de lui faire suivre un rythme qui ne lui convient pas.

À la maison, Clémence peut utiliser tous les outils et supports dont elle a besoin pour faire les exercices que je lui demande. Elle a besoin de manipuler pour comprendre, notamment en mathématiques. Je sais qu’elle a vraiment bien acquis une notion quand elle n’a plus besoin d’utiliser les outils à sa disposition.

C’est beaucoup plus facile et pertinent de gérer seule les acquisitions de Clémence.

Faire le choix d’une instruction à la maison est un choix plutôt à contre courant. Il faut savoir que l’entourage ne sera pas forcément compréhensif. La plupart des personnes non concernées par le handicap sont convaincues que nous faisons ce choix par faute de place dans un établissement spécialisé. La plupart des autres familles concernées par l’autisme sont convaincues que nous faisons ce choix parce que notre enfant est trop profondément autiste et qu’une scolarisation aurait été inenvisageable et ce sont les plus difficiles à convaincre de notre démarche.

Même aujourd’hui, alors que Clémence a plus de 11 ans, on me demande régulièrement si je compte la scolariser, alors que je brûle de leur demander pourquoi ils tiennent tant à scolariser leurs enfants.

Il n’a pas été facile de convaincre les professionnels qui suivent Clémence de mon choix de non-scolarisation. Régulièrement, c’est un sujet qui revient dans les discussions, mais je suis restée inflexible, et rien n’a jamais ébranlé mes décisions.

Les progrès de Clémence et sa bonne humeur sont le meilleur baromètre qui soit!

Le bras cassé (3): Épilogue

Le lundi 30 août 2010, Adam a été déplâtré et débroché. La semaine précédente, il avait fallu aller voir le chirurgien, puis l’anesthésiste en consultation. Nouveaux rendez vous médicaux, nouvelles attentes, qu’Adam a globalement bien gérés.

Aucune difficulté pour repartir au bloc, seul avec le brancardier, vers 10 heures. Il faut dire qu’on lui avait expliqué ce qui allait se passer et qu’il était fort de son expérience antérieure. Il est remonté dans sa chambre à 12 heures 30, réveillé, avec un superbe bandage à l’avant bras et s’est alimenté assez rapidement.

Le bras cassé (3): Épilogue

Enfin enlevé, ce plâtre qui lui tenait compagnie depuis 2 mois! Il ne reste plus qu’à attendre la cicatrisation (il a des points de suture résorbables), et que la petite infection liée à une broche qui avait percé la peau guérisse. C’est en bonne voie.

Il est donc temps de faire le point de cette nouvelle expérience, qui a fait progresser Adam en matière de maturité:

  • Désormais, il accepte de mettre des chemisettes, ce qui était impossible avant. Il refusait, pour une raison inconnue, de porter ce type de vêtement.
  • Il prend des douches avec plaisir, ce qui était aussi impensable auparavant car l’idée même de rentrer dans la cabine de douche le faisait fuir au profit de la baignoire.
  • Il a considérablement accru son vocabulaire médical: l’anesthésie, le masque, la perfusion, les points de suture… La radio n’a plus de secret pour lui!
  • Surtout, Adam a appris à attendre, parfois longtemps, sans crier, ni faire de crise. Bien sûr, quand les rendez-vous tardaient, il commençait à s’agiter, mais dans l’ensemble les différentes attentes ont été gérables.
  • Il a également appris à se conformer à des directives contraignantes (ne pas prendre de bain, ne pas aller dans la piscine), sans jamais essayer de les contourner, et s’est donc montré très raisonnable.
  • Enfin, Adam a su montrer plusieurs fois qu’il était capable de communiquer spontanément avec le personnel soignant, que ce soit pour demander des pansements, pour commander son repas ou pour répondre à bon escient aux questions qui lui étaient posées.

Mon petit garçon a grandi…