Diagnostic ou pas?

Diagnostic ou pas?

Dr. House MD Caricature Hugh Laurie (photo: Nelson Santos)

C’est pas la première fois que j’entends les psychanalystes dire qu’ils préfèrent éviter un diagnostic pour ne pas stigmatiser un enfant par des mots sur son handicap. Je comprends tout à fait l’importance de ne pas catégoriser un enfant avec un diagnostic qui n’est que le reflet d’un moment le long de sa route vers l’autonomie et – on l’espère – vers l’indépendance.

Pour ma part, je suis consciente qu’un diagnostic, ça peut changer. Déjà, parce que les résultats des bilans ne sont pas toujours en adéquation avec ce que l’enfant sait faire, mais plutôt avec ce qu’il a accepté de faire ce jour-là, avec une personne qu’il ne connait pas forcément, dans des circonstances qui ne sont peut-être pas optimales pour obtenir de bons résultats.

Je suis aussi d’accord à 100% qu’un enfant est avant tout un enfant. On doit voir sa personnalité, ses goûts, ses choix, ses pensées propres, et pas principalement son handicap.

Par contre, je me battrai toujours pour que les enfants autistes (ou ayant un autre handicap) soient diagnostiqués. Pourquoi? Seule la pose d’un diagnostic permet d’entamer, dans des conditions correctes, une prise en charge:

  • Un enfant non-diagnostiqué n’est pas toujours bien dirigé pour les thérapies,
  • Il n’a pas droit à des allocations pour que ses parents puissent payer (en partie) les prises en charge,
  • Les intervenants qui s’occupent de lui n’ont pas toutes les informations pour lui venir en aide,
  • Les parents ne peuvent pas aller se renseigner pour en apprendre plus sur le handicap de leur enfant et les manières appropriées de l’aider.

Sans diagnostic, nous aurions continué à ne pas comprendre les crises d’angoisse de Matthieu qui ne parvenait pas à se faire comprendre de nous. Peut-être aurions-nous été orientés vers un hôpital de jour pour lui, car nous n’aurions pas pu nous renseigner sur les méthodes existentes, et nous n’aurions donc sans doute pas pu faire un choix éclairé comme nous avons été capables de le faire.

Un diagnostic n’est pas une marque au fer rouge sur la peau fragile de l’enfant. Il est important de ne pas amalgamer le handicap et l’enfant qui le porte, mais il est aussi important de poser un diagnostic pour pouvoir avancer, le plus vite possible, vers une amélioration de la prise en charge afin que l’enfant puisse progresser et rester digne.

Ne privez pas votre enfant d’un diagnostic. Ce n’est pas une action qui le marquera comme handicapé toute sa vie, cela vous permettra simplement de noter, au fil du temps, son évolution (car un diagnostic doit être posé à nouveau régulièrement le long de sa vie vu qu’il peut changer), et vous permettra d’avoir le soutien d’intervenants savant ce qu’ils cherchent à faire évoluer, ainsi que le soutien de l’Etat pour payer la prise en charge de votre enfant.

Le meilleur endroit pour obtenir un diagnostic précis et une orientation correcte est le Centre Ressources Autisme (CRA) de votre région. Il est parfois possible d’en obtenir un, temporairement, en passant par un pédopsychiatre en libéral.

Où fuir, loin des prises en charge « à la française »?

On lit de plus en plus de messages désespérés de parents qui, ne trouvant pas en France de prises en charge adaptées au handicap autistique de leur enfant, envisagent de fuir à l’étranger.

On ne le dira jamais assez, la pénurie de lieux d’accueil adaptés et de professionnels compétents, dans notre douce France trustée par la psychanalyse, pousse de plus en plus de familles à l’exil thérapeutique. Mais où fuir? J’aurais tendance à dire, partout sauf l’Argentine, mais ce ne serait pas un propos suffisamment nuancé.

Si vous envisagez de fuir au Canada, sachez que les prises en charges, notamment ICI, sont dans les règles de l’art, mais les listes d’attente sont longues comme un jour sans pain, et les services – de bonne qualité, mais dans le privé – ont un coût assez rédhibitoire, quand on arrive seulement à trouver un professionnel (il y a une pénurie d’orthophonistes au Canada, par exemple). Par ailleurs, émigrer au Canada est très compliqué, particulièrement avec un enfant handicapé, et les conditions d’immigration se sont encore durcies l’an dernier.

Les États-Unis peuvent apparaître comme un El Dorado. C’est sûr que vous avez peu de chance de tomber, là-bas, sur des psychanalystes. Cependant, la qualité des soins (même en comportemental) est très différente d’un état à l’autre, la protection sociale est a minima, et la scolarité d’un enfant autiste se fait le plus souvent dans le privé. Donc, à moins d’avoir vraiment les moyens financiers, c’est difficilement envisageable. Par ailleurs, ici encore, les modalités d’émigration sont très restrictives (carte verte).

Notre bonne vieille Europe est cependant pleine de ressources, d’autant plus intéressantes que l’Union ne connait pas de frontières: on peut travailler partout en Europe et circuler librement. À nos frontières, la Belgique scolarise nos enfants autistes sévères en TEACCH, et hébergent nos autistes adultes, en TEACCH toujours. À quelques kilomètres de notre frontière basque, l’Espagne développe des prises en charge de pointe. Plus loin, l’Angleterre offre plus de places en centres ABA à Londres seulement que dans toute la France (c’est pas trop difficile, me direz-vous). Enfin, la Scandinavie (la Suède notamment, mais aussi le Danemark, la Norvège ou la Finlande), portée par une culture protestante très vive, a développé une attention et une prise en charge uniques du handicap autistique, en comportemental, sur tout le spectre, et sur la vie entière. Inutile de rappeler que la Sécurité Sociale française rembourse ce qu’elle doit rembourser pour ses ressortissants partout en Europe…

Enfin, on le sait sans doute moins, mais à Rosh Pina, en Israël, on trouve de bonne prises en charges précoces (et il y en a sans doute ailleurs dans le pays). Je ne sais pas où en est aujourd’hui le projet en Tunisie après la révolution, mais un master ABA était en cours de création dans l’Université de Tunis.

Bref , il y a des solutions ailleurs (je me suis même laissé dire qu’l y avait un psy ABA en Hongrie, à Budapest, c’est dire), avec à chaque fois des avantages et des inconvénients.

Vous avez tenté l’aventure? vous avez envie de la tenter? Vous savez comment se passent les choses ailleurs? Laissez un commentaire!

L’approche comportementale de l’autisme: Bonnes et mauvaises pratiques, ce qu’il faut en dire

L’approche comportementale de l’autisme: Bonnes et mauvaises pratiques, ce qu’il faut en dire (John McEachin, Mitchell Taubman & Ron leafJe ne vais pas faire dans la dentelle, je vais aller droit au but. Si il y a un seul livre que je devrais aujourd’hui recommander à une famille qui s’apprête aujourd’hu à organiser une prise en charge pour son enfant autiste c’est L’approche comportementale de l’autisme: Bonnes et mauvaises pratiques, ce qu’il faut en dire (par John McEachin, Mitchell Taubman et Ron leaf). Je m’en explique:

Ce livre consacre un chapitre entier à l’examen, à la synthèse très précise et documentée de chaque thérapie réelle, supposée ou autoproclamée de l’autisme.

Vous trouverez dans cet ouvrage descriptions complètes, études et leurs références quand elles existent, appréciations des autorités de référence (même la psychanalyse et le packing sont cités et évalués, d’ailleurs nos amis pédopsychiatres devraient y jeter un oeil, il est même rappelé que l’ABA-VB, par exemple, n’a pas été évalué par une étude), le tout en totale objectivité.

Les auteurs sont l’équipe « historique » de l’UCLA, menée par Lovaas.

Ils connaissent donc parfaitement à la fois les conditions dans lesquelles les recherches et les études ont été menées, et quels sont les critères de performance et d’efficacité d’un traitement. Ils savent, eux, que l’ABA n’est pas un traitement miraculeux, qu’il réclame des procédures précises, et qu’il faut savoir garder les pieds sur terre – seuls certains enfants « récupèrent » totalement, et pour cela certaines conditions doivent être réunies: compétences de départ, intensité du traitement, expertise et implication totale des parents et de l’entourage, précocité de la prise en charge, rapidité des progrès… en gros, un enfant, pour recupérer totalement, doit rattraper un an et demi à deux ans de développement en un an de traitement, il doit acquérir plus de 1000 mots par an, etc. Ça remet les idées en place…

Même mon Stanou, qui est pourtant le Speedy Gonzales de l’ABA , je ne suis pas totalement sûre qu’il soit capable de dépasser la vitesse d’aprentissage d’un enfant NT à partir d’un certain stade… Par exemple, oui, à 4 ans, il écrit son prénom, ses lettres, correctement, mais ça tremblouille un peu et on a des séances et des séances d’ABA derrière nous pour l’amener au critère d’exigence d’un enfant NT du même âge, alors qu’un enfant lambda apprend à écrire son prénom en majuscule en quelques semaines d’école (et d’école seulement, sans les 20 heures d’ABA hebdomadaires et ses quarante douze mille discrete trials)!

Ce livre lêve un certain nombre de tabous.

Ou remet en place certaines choses: pas de robots chez nos marmots, l’ABA c’est d’abord et avant tout un travail sur la généralisation! Si vous voulez entrer dans une prise en charge ABA, il faut que vous, parents, deveniez experts de l’ABA, soyez capables de faire les interventions, puissiez être ABA 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 (ça, je confirme!)

La formation d’un intervenant, sa supervision doivent être évaluées. Le travail doit être identique en milieu scolaire, familial, etc. L’apprentissage, c’est surtout en milieu naturel…

Enfin ce livre vous permettra de réfléchir.

Beaucoup – et peut-être différemment – à l’opportunité de scolariser vos enfants en milieu neurotypique si son accompagnement n’est pas aussi ABA dans ces moments-là…

Enfin pour toutes les familles qui sont déjà en traitement, cet ouvrage vous permettra de vous évaluer par rapport à ce que fait aujourd’hui une équipe qui fait référence en ABA, de comparer votre traitement à l’organisation d’une prise en charge complète telle qu’elle peut se pratiquer par le Young Autism Project (YAP), de vous ajuster si nécessaire et de vous poser les bonnes questions sur les progrès de vos enfants.

L’approche comportementale de l’autisme: Bonnes et mauvaises pratiques, ce qu’il faut en dire

Leaf, McEachin, Taubman et leurs collègues traitent dans ce livre de sujets auxquels personne, en général, ne veut s’attaquer.

En premier lieu, ils rappellent les bases de l’A.B.A (Applied Behavior Analysis, analyse du comportement appliquée aux troubles du développement) et les études menées par Ivar Lovaas, qui ont donné jour à l’impressionnante variété de méthodes d’enseignement A.B.A. actuellement disponibles.
Les auteurs dénoncent alors les nombreuses idées fausses qui circulent sur l’A.B.A, dont les méthodes d’enseignement sont accusées à tort, par exemple, de transformer les enfants en robots ou de les maintenir dans un environnement stérile et isolé. Or, ainsi que le démontrent les auteurs, des données recueillies depuis des dizaines d’années viennent maintenant conforter les méthodes utilisées en A.B.A.

Ils nous offrent ainsi un guide sur ce qu’il faut penser de ces traitements de l’autisme « trop beaux pour être vrais », et sur les questions qu’il faut savoir poser pour identifier les techniques fondées sur une recherche reconnue sur le terrain et celles fondées, au contraire, sur des intuitions, des hypothèses ou une expérience clinique non encore validée.

Sans aucun doute, leur présentation de tous les traitements de l’autisme, y compris les méthodes A.B.A et non A.B.A, aidera les familles et les professionnels à faire le tri de ce qui est réellement valable pour leur enfant.

Ce livre propose une réflexion intelligente, critique, qui encourage le lecteur à réfléchir soigneusement à ce qui est dans l’intérêt d’un enfant présentant un trouble du spectre autistique.

Table des matières

1. Qu’est-ce que l’A.B.A. ?
2. Le Young Autism Project (YAP) de l’UCLA
3. Désaccords, accords, et résultats?
4. Être ou ne pas être analyste du comportement certifié?
5. L’éclectisme
6. Les traitements alternatifs pour les troubles du spectre autistique: où en est la science?
7. Pensée critique
8. Comparer les différentes approches de traitement
9. Maison contre école: de quel côté êtes-vous?
10. Résistance parentale
11. Résistance éducative
12. C’est le PEI de qui, déjà?
13. Buts, buts, buts
14. Des progrès significatifs?
15. L’inclusion: bonnes et mauvaises pratiques

Ne jamais baisser les bras

Adam a sept ans et demi. Voilà bientôt six ans que l’on m’a suggéré qu’il pouvait être autiste, et cinq ans depuis la confirmation du diagnostic. Autant dire que j’ai presque toujours vécu avec mon fils en le sachant handicapé.

Plus de cinq ans, également, de prises en charge pluridisciplinaires, avec une intensification au mois de septembre 2006 (orthophonie, psychomotricité, musicothérapie, sport adapté), conjuguées avec la fréquentation de l’école. Des journées passées à courir de rendez vous en consultations, puisque plus les prises en charge débutent tôt, plus la marge de progression de l’enfant est en principe importante.

Pourtant avec Adam, rien n’a bougé durant près de trois ans. À 5 ans, il était toujours mutique, intégralement sale, plutôt violent, et pas du tout autonome. J’avais le sentiment que le résultat était à peu près nul alors que je me démenais dans tous les sens, en m’épuisant. Mon moral était en berne.

Que faire dans de telles circonstances?

Ne jamais baisser les bras

J’aurais certainement pu opter pour un placement dans une institution spécialisée, mais là, c’est mon principal défaut qui m’a fait poursuivre toutes les prises en charge: je suis très têtue, et j’ai persisté dans ma stratégie de départ, sans savoir où cela allait nous mener, Adam et moi-même.

Finalement, en posant un diagnostic d’autisme non spécifié en 2006, l’hôpital m’a rendu service. Si l’on m’avait annoncé dès le départ qu’Adam était atteint de retard mental profond (ce qui sera le compte-rendu de son évaluation en juin 2009), j’aurais laissé tomber, en me disant que mes efforts étaient vains.

J’ai donc continué à l’emmener à tous ses rendez-vous, insisté pour qu’il aille à l’école à temps plein. Je lui parlais sans jamais avoir de réponse. De mes longs monologues, il m’est resté l’habitude de parler seule maintenant!

Le soir, je lui lisais des livres et des imagiers, sans presque jamais recueillir son attention. Un mur. Perdu dans son monde, me disais-je.

Cela aurait pu me conduire à arrêter de le stimuler à la maison. En effet, depuis, nous nous sommes rendus compte que dans ces moments « d’absence » apparente, Adam écoute et observe tout ce qui se passe autour de lui. C’est comme cela qu’il a acquis une base de données au niveau du vocabulaire tout à fait impressionnante.

J’ai poursuivi sur la même voie, peut-être par instinct, sûrement par entêtement et par volonté de réussir coûte que coûte, mais combien de questions, de doutes, d’incertitudes tout au long de ces mois.

Le soir, j’étais seule avec mes interrogations: ai-je fait le bon choix, ne faut-il pas tout revoir et reprendre à zéro avec une autre méthode? C’est finalement cela que je trouve le plus compliqué à gérer quand on élève seule ses enfants, surtout quand ils nécessitent un accompagnement très spécifique.

La progression d’Adam depuis 2008 m’a donné raison de ne pas baisser les bras: ses progrès sont très réguliers, dans tous les domaines. Que s’est-il passé pour que la situation se débloque tout d’un coup, alors que rien n’avait changé dans ses prises en charge? Nous ne le saurons certainement jamais.

Aujourd’hui, je fais juste un constat. Adam a atteint un niveau d’ores et déjà très convenable pour un enfant autiste dit « sévère ». Il est toujours scolarisé, il communique de plus en plus, il est en passe de prononcer correctement tous les sons (il ne reste plus guère que le « s » qui pose problème).

Il parlera normalement, sans que son langage ne soit mécanique. Il lit et comprend ses lectures, il compte, il apprend à skier…

Je place la barre un peu plus haut au fil des ans et il la franchit, certes avec plus ou moins de difficultés, mais pour l’instant, il n’a pas connu d’échec dans les objectifs fixés.

Ma conclusion est simple: quelque soit le degré d’autisme de son enfant, il existe toujours un marge de progression. Il n’est pas toujours facile de faire face à la situation mais il faut tout faire pour ne pas capituler.

Je ne vaincrai pas l’autisme de mon fils, comme le clame un certain livre. Autiste il est né, autiste il mourra. Je veux juste donner à Adam le maximum de clés pour vivre dans notre monde de neurotypiques.

Le cercle vicieux des progrès

Le cercle vicieux des progrèsJe le dis d’emblée, j’aurais préféré intitulé cet article « le cercle vertueux des progrès », mais la dernière équipe éducative d’Adam m’a fait réfléchir à cette notion de « progrès » et à ce que l’on attend d’un enfant autiste.

Dans de nombreux cas, l’avenir de l’enfant autiste est sombre ou, tout du moins, annoncé comme tel par beaucoup de professionnels. Les livres sur le sujet ne sont guère plus rassurants. Je me rappelle encore de ma première lecture après que l’on m’ait annoncé le diagnostic d’autisme avec retard non spécifié pour Adam. Le livre m’avait fait froid dans le dos tellement il décrivait des situations terrifiantes, des vies entières brisées!

Quand on y pense, il faut avoir une sacrée force de caractère pour ne pas se laisser abattre et affronter l’autisme, non pour le vaincre, comme le clame un certain livre, mais pour permettre à son enfant d’acquérir les compétences sociales qui lui serviront à vivre dans notre société, avec un degré d’autonomie variable selon le degré de son handicap.

Car il n’y a pas un autisme mais des autismes.

Il ne faut pas croire que les enfants autistes sans déficience intellectuelle sont par avance tirés d’affaire car ils souffrent des mêmes troubles que l’enfant autiste dit « sévère » (c’est-à-dire, celui qui souffre en plus d’une déficience intellectuelle). Seules des prises en charge parfaitement adaptées permettront aux uns et aux autres d’évoluer favorablement.

Cela étant posé, avez-vous remarqué que lorsque des enfants autistes évoluent très positivement (spécialement les Asperger ou les autistes de haut niveau), il se trouve toujours des médecins ou autres intervenants pour vous signifier que le diagnostic était erroné au départ? L’enfant progresse vite et bien, CQFD, il n’était pas autiste et l’on risque, si l’on cesse les prises en charge et/ou que l’on relâche son attention, de rencontrer de grandes difficultés à plus ou moins long terme.

Dans le cas d’un autisme sévère, il n’y a guère de « chance » que l’on vous explique un beau jour que votre enfant n’était finalement pas autiste, quoique…

Je m’explique. Avec un retard mental sévère (comprenez un QI inférieur à 50), mon fils fait partie de la population autistique la plus atteinte, celle qui en principe ne sort pas du fond du trou dans lequel elle se trouve. Après une année ou deux de maternelle, on conseille gentiment aux parents un IME, « très bien », selon les termes consacrés, dans lequel s’épanouira votre chère tête blonde.

Si l’on est obstiné, comme moi, on refuse poliment et l’on insiste pour que son enfant termine son cursus maternel, malgré les crises et les difficultés rencontrées par l’école. En général, le psychologue scolaire s’en mêle peu après et vous appelle pour vous vanter les mérites des IME et des SESSAD, qui vous permettraient en plus de travailler puisque votre enfant serait intégralement pris en charge. Ainsi, vous n’auriez plus à faire le taxi la moitié de la semaine.

Nouveau refus, poli, en précisant au-dit psychologue scolaire que votre enfant est pris en charge en libéral depuis plusieurs années, de façon intensive et adaptée, et qu’il progresse. D’ailleurs, il est devenu verbal, compétence qui, à la base, était quasiment exclue par l’équipe médicale du centre de diagnostic. Ça lui déplait, et c’est normal, la plupart du temps, les psychologues scolaires sont pro-CMPP et autre CAMPS, des structures qui sont souvent totalement inadaptées à nos enfants.

En grande section de maternelle surgit la question de l’orientation. Dès la première équipe éducative de l’année, le même psychologue scolaire vous explique que, naturellement, votre enfant est incapable d’aller au CP. Pensez-vous, il n’a même pas su reconnaître le cochon parmi les oies du dessin qu’il lui a présenté la semaine d’avant!

Vous êtes dubitatif, comme moi, mais vous sentez bien que votre enfant va difficilement affronter une classe de 30 élèves et qu’il est très peu autonome. Vous optez donc pour une orientation en CLIS, qui est acceptée car les effectifs sont réduits, les enseignants formés.

Peu après, il se produit un évènement imprévisible, un pas de géant auquel personne ne s’attendait: votre enfant se met à imiter et les apprentissages se font à une vitesse très supérieure par rapport à ce qu’il se passait avant. En quelques mois, votre enfant est méconnaissable. Vous voyez son regard émerveillé lorsqu’il découvre que la lecture lui offre un monde et des ressources insoupçonnées jusqu’à présent. Pour autant, vous décidez de conserver l’orientation de votre enfant en CLIS car les raisons qui avaient présidé à votre choix sont toujours valables.

Et là, patatras! Alors que vous arrivez dans la nouvelle école avec un projet d’intégration supposant l’embauche d’un accompagnant formé à l’autisme que vous rémunéreriez intégralement sur vos fonds personnels, vous vous voyez expliquer qu’ici, on est à l’école, et qu’il s’agit de développer l’autonomie personnelle de tous les enfants, dont le vôtre. Sinon, votre enfant n’a pas sa place à l’école!

Pas d’AVS individuel en CLIS. Pire, vous vous entendez dire que vous couvez trop votre enfant et qu’il faut enfin qu’il vive sa vie parce qu’il ne sera pas sans cesse accompagné… D’ailleurs, il fait preuve d’adaptation car depuis les premiers jours, certes un peu difficiles, il s’est beaucoup calmé et ne fait plus de crises (entre nous, c’est normal, je lui ai fait un semainier visuel!). Il est même capable de faire des exercices quand il est disposé à travailler. Et puis, il faudrait réduire ses prises en charge, car il fait des apprentissages scolaires en dehors de l’école. Imaginez vous qu’il a appris à lire avec son orthophoniste alors que ce n’est pas à elle de faire ce travail! C’est en cœur que vous entendez la communauté éducative vous dire qu’il faut faire confiance à votre fils puisqu’il a des compétences.

Faire confiance à mon enfant, c’est ce que je fais depuis qu’il est tout petit. Mais de là à lui laisser la responsabilité de sa progression à l’école, alors qu’il est tout juste âgé de 7 ans, voilà qui a de quoi surprendre et mettre mal à l’aise.

L’école a tout simplement oublié qu’Adam est autiste et qu’il ne souffre pas simplement de troubles du langage. Il ne s’agit aucunement d’un problème de compétence de l’enseignante ou de l’AVS, mais pour l’instant, son besoin d’étayage est réel.

La faute aux progrès, consécutifs aux prises en charge incessantes qu’il a depuis ses 3 ans et qui lui ont permis d’atteindre le niveau qu’il a aujourd’hui et qui, c’est vrai, est inespéré. Un vrai cercle vicieux.

Le projet d’intégration individuel est refusé en l’état. Comme Adam ne travaille pas vraiment en classe, je ne le laisse bien entendu pas dans la nature. Les toilettes sont parsemées d’exercices sur les lettres, la table de multiplication qu’il a choisie tout seul au supermarché est accrochée sur la porte parce qu’Adam aime bien les maths… Un peu plus de travail pour moi, comme d’habitude, pour ses intervenants aussi, mais tant pis, l’essentiel, c’est qu’il avance, encore et toujours, quelles que soient les conditions.

L’autre soir, avant de se coucher, mon fils est allé spontanément chercher un livre sur la bibliothèque, Le lion gourmand, qu’il m’a lu entièrement avant de dormir, en faisant bien le lien entre le texte et les images, signe qu’il comprend ce qu’il lit. C’était le premier livre qu’il lisait véritablement de bout en bout.

Mais au fait, mon fils est-il vraiment autiste?

Autisme, violence et punitions

Céline Bruntz

Céline Bruntz, psychologue spécialisée en autisme, répond à vos questions sur la psychologie et l’autisme. Écrivez-lui à celine@autismeinfantile.com pour lui poser des questions plus spécifiques.

Mon fils est autiste – il a 4 ans, il dit que quatre mots. Depuis deux mois, il a commencé à me mordre, se mord et mord ses soeurs. J’ai essayé de lui faire mordre une balle mais sans succès.

Il est rendu qu’il mord les prises électriques et les bords de murs, les portes d’armoire etc. Je ne sais plus quoi faire pour le punir. J’ai essayé de le mettre dans un coin sur une chaise mais il me lance la chaise dans la face ou sur ses soeurs.

Aussi, il frappe tout le monde quand une chose fait pas son affaire et il frappe ses soeurs aussi. Et pendant le temps du  repas, il refuse de manger, et quand je le force à manger il me crache la nourriture dessus. La seule chose qu’il mange ce sont des biscuits.  Il peut en manger quatre en deux jours, pas plus.

La nuit, il ne dort pas. Il fait que crier. Il peut dormir deux heures par nuit.

Je suis très découragé, je ne sais plus quoi faire. Il fait des trous dans les mur la nuit quand il est fâché et qu’il doit rester couché,  il réveille tout la famille. Il prend du Decédryle et Clonidine pour la nuit  mais rien ne marche. Comment le punir?

Je comprends que la situation de votre fils soit très difficile à vivre pour lui et pour votre famille. Effectivement les enfants autistes peuvent réagir par de la violence face à une frustration.

Dans le cas de votre fils, je pense qu’il n’a pas conscience de la violence dont il peut faire preuve à son égard ou à l’égard de ses proches. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas mettre des limites afin d’avant tout pouvoir le protéger de sa violence et protéger les autres. Poser l’interdit est  essentiel.

En fonction de la compréhension de l’enfant, il est important d’utiliser des mots simples. Ce qui peut aider aussi c’est de repérer les choses qui l’apaisent, pour s’en servir le plus possible pour l’aider à se désangoisser.

Dans tous les cas, je vous conseillerai de prendre rendez-vous avec un pédopsychiatre pour faire le point au niveau du traitement et mettre en place des prises en charge adaptées.

Accepter l’inacceptable

Accepter l'inacceptable« J’ai besoin d’un peu de temps pour accuser le coup et accepter ce qui ne peut pas l’être: mon fils est handicapé. »

Ce courriel, je l’ai adressé à un ami, le 12 mai 2006, juste après avoir appris le diagnostic d’autisme pour Adam.

Accepter ce qui est inacceptable, est-ce possible et est-ce souhaitable?

Lorsqu’on va être parent, on imagine toute sorte de choses pour son enfant mais certainement pas qu’il soit handicapé. Lorsque le diagnostic a été posé, non seulement j’ai été effrondrée mais en plus, j’étais très loin de m’imaginer la gravité de ce handicap même si le premier livre acheté sur le sujet ne m’avait guère rassurée.

Avec le temps, l’écart entre Adam et les enfants de son âge s’est considérablement accru: stéréotypies en tout genre, absence de contact et de communication, et surtout, aucun langage. C’est peut être à partir de ce moment que j’ai véritablement saisi l’ampleur de son handicap, car l’apparition du langage est plus ou moins concommitante à l’acquisition de la propreté.

Avec Adam, c’était le néant. Autonomie degré zéro.

Que faire? Baisser les bras, il n’en était pas question.

Adam est né autiste, il vivra autiste et il mourra autiste. L’autisme ne se guérit pas. Seules des prises en charges adaptées et coordonnées, débutées le plus tôt possible, permettent à un petit enfant autiste d’évoluer très sensiblement et positivement.

Mais cela passe par l’acceptation du handicap de son enfant et par la prise de conscience de ses difficultés. Cela veut donc dire que j’ai dû faire mon deuil de l’enfant idéal, celui que j’imaginais avant sa naissance, lorsque j’étais enceinte. Terminés les rêves d’un bel avenir personnel et professionnel pour lui, en tout cas pour l’instant.

Désormais, je me projette à court terme pour tout ce qui concerne Adam et j’adapte mes projets pour lui en fonction de ses progrès.

Heureusement, ses progrès ont été considérables ces derniers mois. Adam est capable de faire beaucoup de choses à la maison et à l’école. Il a pris de l’autonomie dans de nombreux domaines.

C’est vrai que j’ai dû accepter l’inacceptable, admettre que mon enfant était différent des autres, handicapé, mais pour mieux l’aider.