Pas de formation PECS, mais je m’en sors!

Combien de fois me suis-je entendu dire: « ce serait peut-être bien de faire la formation PECS, cela permettrait à Mathilde de l’utiliser pour se faire comprendre et qu’elle vous comprenne ».

Depuis l’annonce du diagnostique de Mathilde, j’ai lu je ne sais combien de livres, j’ai compulsé toutes les méthodes possibles et immaginables, et j’ai décidé de commencer le PECS toute seule.

De toute façon, au moment où je m’y suis mise, Mathilde n’avait qu’une prise en charge en CMP où l’on me disait qu’elle n’était pas prête pour de l’orthophonie… Sauf que le CMP a oublié de me dire (oh ben ça alors, c’est étrange!) que certains orthophonistes en libéral sont formés au PECS. Et quand le CMP a décidé que c’était non, ils vous mettent des bâtons dans les roues, parce qu’ils ne veulent jamais avoir tort. Et je ne sais même pas s’ils connaissaient la méthode…

Bref, j’ai commencé par étudier les principes de base du PECS, j’ai fabriqué les pictogrammes avec des photos prises à la maison pour que les images correspondent exactement à ce que Mathilde aurait pu demander. Chaque bouteille de jus de fruits, une assiette de chaque aliment, chaque gâteau, la tétine, le doudou, les couches, la photo de la maîtresse…

Dans les premiers temps Mathilde a très bien compris à quoi cela servait. Elle ne donnait pas la photo mais la montrait du doigt, ce qui a permis d’éviter des crises à essayer de comprendre ce qu’elle voulait. Effectivement, quand elle nous lançait la main vers un placard et qu’on ne comprenait pas, il fallait tout sortir jusqu’à ce qu’elle prenne le bon truc.

En grandissant, vers 6 ans, elle a été assez grande pour montrer et attraper directement ce qu’elle voulait et se faire comprendre. Quand elle voulait à boire, elle amenait la bouteille et le gobelet. Ah, super, mais il faudrait le dire! Elle n’a jamais pu. Donc, pendant 3 ans, elle n’a utilisé ses photos que pour sa tétine et son doudou, et encore, seulement quand elle ne les trouvait pas elle-même.

Quand vint le jour où le SESSAD proposa, enfin, une prise en charge en orthophonie. Et, ô surprise, l’orthophoniste va travailler plusieurs méthodes: PECS, MAKATON et verbal.

Il faut dire que Mathilde a quand même 9 ans à ce moment là, qu’elle commence à dire des mots, mais qu’elle les prononce très mal. En trois séances, elle comprend le système d’échange d’images qui commence par la nourriture (elle ne sont que toutes les deux). Si tu veux les bulles, tu me donnes le pictogramme, renforcé par un petit morceau de gâteau.

Donc, branle-bas de combat: achat du PECS et du classeur de communication, de la plastifieuse de compétition, des scratchs, un nouveau tableau et despetites boîtes, et c’est parti! On va faire le vrai PECS avec les bandes phrases et tout et tout (à savoir que les frais ont été pris en charge au titre de l’aide exceptionnelle de la PCH sur présentation de la facture).

Ça marche! Mathilde sait maintenant aligner plusieurs pictogrammes sur la bande. Elle met de plus en plus de mots sur le pictogramme pour les demandes, parce qu’à chaque demande je verbalise, et qu’elle doit faire pareil. Elle les utilise aussi à l’école.

Le principe n’est pas compliqué, il faut juste que l’enfant comprenne le sens de l’échange. Dans le cas de Mathilde, les pictogrammes sont un support du verbal, parce qu’elle est très « visuelle » et préfère passer de l’image au son plutôt que le contraire.

Verbaliser à outrance, faire les questions et et les réponses

Verbaliser à outrance, faire les questions et et les réponses

De nos jours et depuis un moment, dès la grossesse, on engage les parents et surtout les pères à parler au bébé quand il est dans le ventre de la maman. Il doit entendre une sorte de raisonnance, mais en tout cas avec un certain rythme et une certaine intonation propres au langage « humain ». Vous me direz, on ne sait pas encore s’il sera autiste ou pas, cet enfant, mais voilà où je veux en venir…

Dès le plus jeune âge, nous verbalisons avec l’enfant à naître ou déjà né. Quand nous commençons à nous poser des questions sur son retard de langage, nous insistons de plus en plus à vouloir lui faire dire des mots parce que ça nous inquiète.

Qui ne s’est pas entendu dire « mais non, tu t’inquiètes pour rien, ça va venir  » ou alors les professionnels nous dire « c’est un blocage ».

Mais quand, au final, rien ne vient, et que nous avons confirmation d’un diagnostic d’autisme ou de TED, renseignements pris, peut-être que notre enfant ne parlera jamais – autrement dit, sera mutique ou non-verbal.

Faudra-t-il alors tabler sur le PECS ou le Makaton? Est-ce qu’il n’y a vraiment pas moyen de le faire parler?

Personnellement, j’ai décidé dès le début qu’elle parlerait, et je n’ai eu de cesse de moi-même lui parler sans arrêt pour la baigner dans la parole et lui faire comprendre que ce serait le meilleur moyen pour elle de communiquer.

C’est parfois fatigant, épuisant, voire décourageant, de poser une question en sachant pertinement qu’il n’y aura pas de réponse. Je fais même parfois les questions et les réponses, ce qui fait bien rire mes autres enfants quand je prends une petite voix en faisant la réponse pour Mathilde.

Je verbalise tout, tout le temps! Je veux qu’elle soit comme nous, et je me dis qu’à partir du moment où elle comprend ce que je dis, il n’y a pas de raison qu’elle ne puisse pas répondre.

Par exemple, si Mathilde est dans le bain au premier étage et qu’elle fait couler l’eau, je me mets en bas de l’escalier et je lui dis d’arrêter l’eau. Eh bien, elle le fait! Ou bien baisser le son de l’ordinateur, alors que je ne suis pas dans la même pièce. C’est donc bien qu’elle comprend et qu’elle n’a pas forcément besoin d’un pictogramme ou que je lui montre comment faire.

Alors voilà quelle a été ma grande question: qu’est-ce qui fait qu’elle comprend tout mais qu’elle même ne peut pas l’exprimer? Il n’y a pas de raison, il faut que ça sorte…

Les premiers mots sont sortis en écholalie, ou pour finir la phrase d’une comptine. À l’école aussi, la parole est très travaillée. Mathilde baigne dans le blabla toute la journée: « on va faire ci et ça », « qu’est-ce que tu veux? », « dis moi comment ça s’appelle », « ça va Mathilde? », « bonjour », « au revoir »…

Je parle à Mathilde comme je parle à mes autres enfants, mais pour elle je verbalise absolument tout. C’est un peu saoûlant pour les autres, mais j’ai décidé que je ne serais pas qu’un prolongement de son bras pour lui donner ce qu’elle veut. Je veux qu’elle le demande même si elle a du mal à le demander, même si je dois initier le mot à sa place – ce n’est pas grave, au moins elle le finit. Elle arrive même maintenant à dire des mots entiers à bon escient et sans pictogramme.

Le Programme TEACCH

Le Programme TEACCH

Le TEACCH, c’est quoi? Traitement et éducation des enfants avec autisme et autres handicaps de la communication.

Ce programme a été initié par Schopler et Reichler et nous vient « évidement » d’Amérique. Le principe émergent est simple: il s’agit de définir les stratégies éducatives envisageables pour l’enfant après une période d’observation. Dans la pratique, il s’agit de créer un environnement spécifique à chaque enfant. Il s’agira bien souvent d’un programme appliqué en CLIS, donc dans une classe spécialisée mais en milieu ordinaire.

Un enseignement structuré

Il concerne l’organisation physique de l’enseignement, les emplois du temps, les systèmes de travail individuel et le répérage visuel.

L’organisation physique de la classe est importante. Il y a une place pour chaque activité. La table de travail personnel tournée vers le mur avec d’un côté une étagère avec les travaux à faire en autonomie (qui sont préparés chaque jour en fonction du niveau de l’enfant) et de l’autre côté, une caisse ou l’enfant doit ranger son travail terminé.

Sur le côté de l’étagère est affiché l’emploi du temps de l’enfant exprimé en pictogrammes ou textuel pour toute la journée à l’école (travail à la table, repas, activités hors école, loisirs…).

Il y a aussi une table au milieu de la classe pour le travail scolaire avec l’institutrice ou l’éducatrice pour ceux qui apprennent à travailler et où se font les choses en commun, comme les jeux de société par exemple, ou les travaux manuels.

Il y a un endroit (le tapis) réservé à l’accueil du matin (ritournelle du matin avec citation des prénoms chacun son tour) pour se dire bonjour. Il y a le coin ordinateur et le coin loisir (puzzles-livres- jeux de société…).

L’intégration

Les élèves sont intégrés dans les classes ordinaires pour ce qui leur convient le mieux (par exemple, dans la CLIS de Mathilde, le sport se fait avec les 6ème chez lesquels sont choisis des tuteurs). Par ailleurs, les élèves participent à la vie en communauté de l’école: repas au self, manifestations sportives, récréations, etc.

L’équipe éducative

Le principe du TEACCH c’est que l’enfant soit « rééduqué » tout au long de la journée. L’équipe se compose donc généralement d’un binôme (pour la CLIS de Mathilde, il y a une institutrice et une éducatrice spécialisée) qui sera en charge de maximum 6 enfants pour que le rapport 1 pour 3 soit respecté.

Le suivi permanent avec les parents

Il ressort du TEACCH que chaque enfant est différent et que chaque individu aura un programme adapté à ses besoins selon l’observation qu’on en aura fait.

Par exemple dans la CLIS de Mathilde, à chaque trimestre, est élaboré un projet éducatif qui prend en compte les acquis et progrès du trimestre précédent et présente les nouveaux objectifs pour le trimestre suivant.

Une réunion a lieu entre les parents et l’équipe éducative, où celle-ci explique comment elle pratique avec l’enfant et comment envisager la même application à la maison pour que l’enfant acquière indifféremment en chaque lieu le maximum d’autonomie (ce qui n’est pas encore le cas de Mathilde, qui cloisonne entre la maison et l’école pour certaines choses).

Le programme TEACCH s’applique aussi pour la formation professionnelle et l’intégration professionnelle.

Le TEACCH est un programme très visuel pour que les enfants arrivent à se repérer dans l’espace et le temps, ce qui les rassure et leur permet de passer à l’activité suivante sans surprise. L’utilisation de pictogrammes n’implique pas forcément la méthode PECS (communication par échange d’images).

Appliquer TEACCH à la maison

Chez moi, dans presque toutes les pièces, vous trouverez du TEACCH.

Dans la salle de jeu, où Mathilde passe le plus clair de son temps, il y a un grand tableau blanc avec à gauche le planning (photo de la maîtresse ou photo des intervenantes du SESSAD, repas, bain, ordi, aller se coucher…), à droite tous les pictos des activités et des ressentis (malade, fatigué, en colère) avec une bande phrase parce qu’elle utilise aussi le PECS.

Dans la salle de bain, le planning  c’est: oter les vêtements, le bain, shampoing, couper les cheveux, brossage des dents (il ne marche pas, celui-là, mais j’essaye à chaque fois…), mettre le peignoir, brosser les cheveux.

Dans sa chambre, une image pour chaque chose: culotte, brassière, t-shirt, pantalons, pull… ce qui lui permet de prendre chaque chose sans tout mettre en l’air dans le placard!

Dans la cuisine, sur le réfrigérateur: une photo de chaque chose qu’elle mange ou qu’elle boit, avec la bande phrase, ce qui lui permet de choisir ce qu’elle veut manger et boire. Elle ne l’utilise pas seulement au moment des repas. Si elle a soif dans la journée, elle donne le picto correspondant à ce qu’elle veut.

Quand Mathilde voit sur son planning la photo de ses intervenantes SESSAD, elle guette par la fenêtre si son taxi arrive…

Ne soyez pas autiste (dixit un homme politique!)

Ca y est, encore un truc qui m’énerve! Je prends le dictionnaire:

Autisme: n.m. (allemand, du grec autos « soi-même » – auto) * psych. Détachement de la réalité extérieure accompagné de repliement sur soi-même. Voir: égocentrisme, introversion.

Pourquoi faut-il toujours trouver des mots à la mode? Vous l’avez peut-être remarqué et entendu, le nouveau mot à la mode des émissions politiques ou économiques c’est autisme et/ou autiste. Là où on penserait trouver des personnes relativement instruites et intelligentes (en tout cas c’est ce qu’ils disent), puisqu’elles sont sensées diriger notre pays ou analyser notre situation économique, on entend des personnes qui emploient un mot qu’elles ne connaissent pas.

À la limite, je vais gratter un peu et trouver un point commun entre la définition du dictionnaire et la politique. Les hommes politiques peuvent effectivement se « traiter » d’autistes entre eux, parce que ma vraie définition de l’autisme, telle que je la vis tous les jours avec Mathilde, leur est facilement applicable!

Repli sur soi

L’homme politique aime se mettre la tête dans le trou quand il a promis des structures pour les enfants handicapés et que rien ne se fait.

Stéréotypies

L’homme politique sert très souvent des mains, toujours en période d’élections, c’est récurrent et il ne peut pas s’en passer.

Écholalie

L’homme politique répète souvent ce que l’on vient de lui dire sans en comprendre le sens, mais il est content de le répéter. « Nous avons besoin de plus de structures pour nos enfants handicapés »… à imaginer sur le ton monocorde de nos enfants.

Comportements bizarres

L’homme politique se rend à l’Assemblée Nationale, là où il propose et vote des lois sur le handicap mais ne les fait pas respecter.

Fuite du regard

L’homme politique fuit le regard des parents en difficulté. Mais nous, on sait qu’il n’est pas autiste, et qu’il le fait exprès!

Auto-stimulation

L’homme politique aime s’écouter et est toujours content de ce qu’il vient de dire, donc il recommence, encore et encore… « Nous avons débloqué un budget, nous avons débloqué un budget, nous avons débloqué un budget… » C’est bien, on est content de le savoir!

Déficience intellectuelle

L’homme politique peut nous le prouver tous les jours. Voter une loi sur le statut des AVS? C’est bien, mais avant de parler de leur statut, il faudrait qu’elles soient là!

Psycho-infantilisme

L’homme politique aime siffler et huer ses petits camarades sur les bancs de l’Assemblée Nationale, alors qu’il est adulte et qu’il doit surement avoir autre chose à faire…

Alors, effectivement, vu le manque d’intérêt qu’ils portent à notre monde du handicap, je vais moi aussi me permettre de leur dire qu’ils sont autistes à leur façon, et leur conseiller quelques méthodes pour progresser:

  • TEACCH: Tu Es Aussi En Charge de Combattre le Handicap
  • PECS: Parents Enfants Cherchent Solutions
  • 3i: Intérêt, Investissement, Initiative
  • ABA: Autisme Bel Avenir

Et vous, qu’est-ce que vous voudriez dire aux hommes politiques? Partagez dans les commentaires de l’article.

PECS, Phase III: Distinction

La Phase II, comme nous l’avons vu précédemment, permet d’apprendre à l’enfant à se déplacer vers l’adulte pour communiquer et à persister pour faire sa demande. Maintenant, il s’agit de lui apprendre à faire un choix parmi les différents « mots » qui s’offrent à lui.

La Phase III permet à l’enfant d’apprendre à discriminer les images et à sélectionner celle qui correspond à l’objet qu’il désire. Cette phase se découpe en trois temps distincts pour arriver à cet objectif.

Distinction simple: Objet Préféré / Objet sans intérêt

Le travail se fait à une table en face à face et uniquement avec le Partenaire de Communication (PC). L’Incitateur Physique (IP) n’est plus utile à cette phase.

Il faut disposer sur le dessus du classeur deux images: l’une représentant l’objet préféré de l’enfant et l’autre représentant un objet sans intérêt (exemple ici: hochet et chaussette). Pour inciter l’enfant à communiquer, le PC dispose près de lui les deux objets en question pour que l’enfant les voie mais ne puisse pas les prendre.

Si l’enfant tend l’image de l’objet préféré, le PC le félicite « Bravo! Je veux le hochet » et lui tend l’objet. Il échange alors les places des deux images et recommence l’exercice. On change de place les images pour vérifier que c’est bien l’image qui est choisie et non sa place.

Si l’enfant tend l’image de l’objet sans intérêt, le PC ne dit rien mais lui tend l’objet sans intérêt. À ce moment, il est possible de refaire une explication sur la correspondance des objets aux images (image hochet avec objet hochet, image chaussette avec objet chaussette).

Il est également possible d’aligner les images avec les objets en plaçant le classeur face à l’enfant, les 2 images bien à chaque bord du classeur et dans la continuité de la vision on met les objets (image hochet à gauche, hochet placé à gauche de l’enfant, image chaussette à droite, chaussette à droite de l’enfant).

Il faut répéter plusieurs fois cette distinction en changeant les objets sans intérêt et en changeant l’objet préféré afin de voir si l’enfant à bien compris.

PECS, Phase III: Distinction

Distinction entre deux Objets Préférés

On recommence le même travail que la phase précédente mais avec deux objets préférés. Cette fois-ci, on présente les deux objets dans un panier ou sur un plateau à l’enfant. On attend que l’enfant donne l’image pour lui tendre le plateau afin qu’ils prenne l’objet.

S’il prend l’objet dont il a tendu l’image, le PC le laisse faire.

S’il prend l’objet dont l’image est sur le classeur, le PC bloque l’accès à l’objet et montre l’image auquel correspond l’objet.

Cette étape permet de savoir si l’enfant fait bien correspondre l’image au bon objet. Comme lors de l’étape précédente, il ne faut pas hésiter en cas d’erreur à réexpliquer la correspondance entre les objets et les images.

Distinction Multiple

Cette dernière étape reprend les deux premières, sauf que cette fois-ci on augmente progressivement le nombre d’image (3, 4, 5…), puis on les introduit dans le classeur pour que l’enfant aille de lui-même les rechercher dedans.

L’objectif de cette étape est qu’il s’approprie son classeur et qu’il y retrouve les images. Au départ, il ne faut pas hésiter à mélanger les images et les changer de place pour bien faire comprendre à l’enfant qu’il doit les chercher à toutes les places dans le classeur.

Lorsqu’il se sentira à l’aise avec son classeur, on peut alors définir un ordre précis dans le classeur avec pour chaque page un thème (petit déjeuner, hygiène, vêtement…). Cet ordre doit être conçu avec l’enfant pour qu’il se l’approprie pleinement.

Quand la distinction est acquise, on passe à la phase IV. Ici c’est au PC de déterminer si l’enfant est prêt à passer à la phase suivante ou non.

PECS, Phase II: Déplacement et persistance

La phase I, comme nous l’avons vu précédemment, permet d’apprendre à l’enfant la façon dont il doit communiquer. Lorsqu’il tend une image d’un objet désiré, il le reçoit instantanément. Maintenant, il s’agit de lui apprendre à sa effectuer sa demande à l’adulte dans toutes les situations.

Cette phase a deux objectifs: le déplacement et la persistance. Le but est d’apprendre à l’enfant à être en permanence en communication pour aller chercher  des images et se déplacer vers n’importe qui pour faire des requêtes. En parallèle, on continue à apprendre de nouvelles images avec la phase I, pour enrichir le vocabulaire.

Le déplacement

L’apprentissage du déplacement s’effectue toujours à trois: l’enfant, le Partenaire de Ccommunication (PC) et l’Incitateur Physique (IP). L’enfant dispose cette fois-ci de son classeur avec les images qu’il a apprises. Sur le dessus de son classeur, on scratche l’image de l’objet désiré et le PC tient l’objet. Il vaut mieux s’assurer, au départ, que l’enfant désire bien cet objet, pour permettre à la phase II de bien se dérouler.

Travail sur le déplacement

  • On travaille d’abord la prise de l’image sur le classeur pour la donner au PC. Comme à la phase précédente, l’IP aide l’enfant physiquement.
  • Ensuite, on augmente progressivement la distance entre l’enfant et le PC. L’enfant doit se déplacer dans la salle pour aller demander l’objet au PC.
  • Enfin, on augmente progressivement la distance entre l’enfant et son classeur. L’enfant ne transporte pas son classeur avec lui. Il le laisse à un endroit dans la salle. Il doit donc se rendre à son classeur pour prendre son image, puis aller vers le PC pour la donner.
  • L’IP accompagne l’enfant pour l’inciter à faire son déplacement. Le PC remet l’image sur le dessus du classeur pour recommencer l’exercice.

Ici, il est même possible de travailler le changement de salle pour que l’enfant comprenne qu’il peut faire ses demandes avec une grande distance. Il faut toujours penser à féliciter/encourager l’enfant verbalement quand il réussit à faire la demande.

La persistance

L’apprentissage de la persistance se déroule de la même manière, sauf que le PC ne va pas faciliter la communication. Il tourne le dos à l’enfant, croise ses bras et ne le regarde pas. L’enfant apprend alors à insister pour faire sa demande et solliciter le PC pour qu’il se retourne en lui touchant le bras, en se plaçant devant lui ou en l’appelant.

Là encore, le PC doit féliciter l’enfant d’avoir persisté dans sa demande. Il ne faut pas hésiter à en rajouter dans la surprise.

Cet apprentissage est très important car il permet d’apprendre à l’enfant à manifester sa demande. Ca évite par exemple lors d’un repas collectif que l’enfant tende son image et que l’adulte ne le voie pas car il est occupé à servir le repas. L’enfant peut alors rester le bras tendu avec l’image pendant plusieurs minutes, et soit il se décourage et n’obtient pas ce qu’il désirait, soit il est frustré et peut avoir un trouble du comportement.

Lorsque l’enfant réussit 8 fois sur 10 présentations à se déplacer et à persister, on passe à la phase suivante.

PECS, Phase I: Comment communiquer

Le PECS est, comme nous l’avons vu précédemment, une méthode de communication pour personne atteinte de TED.

Avant même de commencer à travailler sur la communication, il faudra évaluer le niveau de communication de l’enfant à l’aide d’un bilan psychologique complet. Le but de ce bilan est de savoir ce que l’enfant comprend et ce qu’il peut déjà exprimer.

Quoiqu’il en soit, on commence toujours par la première phase du PECS pour avancer progressivement dans les phases.

Cette première phase se passe à une table en face à face dans une pièce calme et sans stimuli extérieurs. L’enfant dispose d’une image représentant par exemple un gâteau. Le Partenaire de Communication (PC) se trouve face à lui avec un gâteau. Dans un premier temps, la main du PC est tendue et ouverte, déjà prête à recevoir l’image, et le gâteau est visible mais hors de portée de l’enfant. Le but est d’inciter l’enfant à communiquer en échangeant une image contre un objet désiré.

PECS, Phase I: Comment Communiquer

L’échange est d’abord réalisé avec une guidance physique complète par une autre personne que l’on nomme l’Incitateur Physique (IP). Il aide l’enfant en lui faisant saisir l’image, en lui permettant d’atteindre la main du PC, et en faisant relâcher l’image dans la main du PC. Cette guidance est diminuée progressivement au même titre que les indices visuels de l’objet désiré et la main tendue. On peut varier les objets désirés (un gâteau, un bonbon, un Coca, un jouet apprécié, etc.), mais on ne donne qu’une image pour un objet à cette phase. Le but est de communiquer, pas de faire un choix.

Il faut également faire attention à ne donner que des petits bouts de gâteau ou une petite gorgée de Coca, afin de pouvoir faire durer l’apprentissage, et, surtout, de ne pas donner de trop grosses quantités de nourriture à un enfant. Dans le cas d’un jouet, il faut aussi pouvoir le récupérer pour continuer à travailler avec.

L’enfant réussit à communiquer lorsqu’il prend l’image et la tend au PC. Le PC dit alors « Tu veux le gâteau », lui donne un morceau de gâteau, puis remet l’image près de l’enfant. Cette phase est acquise quand l’enfant réussit 8 fois sur 10 présentations à faire une demande correcte. On peut alors passer à la deuxième phase.

Le PECS (Picture Exchange Communication System)

Le Système de Communication par Echange d’Image, PECS (Picture Exchange Communication System), est une méthode qui s’adresse aux enfants atteints de Troubles Envahissant du Développement (TED) de niveau préscolaire, mais qui est adaptable à tout âge.

Le PECS a été créé en 1985 par le Dr Bondy (Psychologue) et Lori Frost (orthophoniste). C’est une méthode globale basée sur l’ABA et l’ABA-VB. Elle consiste en une série d’enseignements unique et alternative qui permet d’apprendre à communiquer.

Le PECS (Picture Exchange Communication System)

Classeur PECS (photo: Valentin Monteleone)

Le PECS, qu’est-ce que c’est?

C’est un système de communication qui peut être soit alternatif,en venant remplacer la communication verbale (lorsqu’elle est absente ou inadaptée), soit augmentatif, en s’ajoutant au langage pour en augmenter l’efficacité (augmenter le nombre de mots connus, mais aussi faciliter le langage quand celui-ci est particulier). Il permet également d’apprendre à l’enfant à initier une interaction de communication, ce qui est bien souvent difficile chez les personnes atteintes de TED.

Cette méthode est, au même titre que l’ABA ou TEACCH, éducative et structurée. Elle nécessite un accompagnement régulier et correctement formé, ainsi que des évaluations et observations régulières pour ajuster au mieux la prise en charge. Elle utilise le renforcement positif, proposer une récompense à l’enfant, pour l’inciter à communiquer.

Comment marche le PECS?

Concrètement, ce système consiste en un classeur répertoriant tous les « mots », c’est-à-dire une image représente un mot, que l’enfant a pu apprendre avec cette méthode. Les mots désignent aussi bien des objets concrets (pomme, verre, fourchette, gant de toilette, ballon) mais aussi des verbes d’action (se promener, boire, manger, jouer) et des adjectifs (rouge, petit, gros).

À la fin des six phases d’apprentissage, l’enfant peut être ainsi capable de commenter son environnement à l’aide de ses images (par exemple: « je vois une voiture rouge » sera constitué des mots « je vois », de l’image « voiture » et de l’image « rouge »). Bien entendu, l’accès à la dernière phase du PECS est plus ou moins long en fonction de la prise en charge et du niveau de l’enfant.

Qu’apporte le PECS aux enfants autistes?

L’intérêt principal de cette méthode est de donner un moyen de communication à des enfants qui en sont généralement dépourvus. Cela réduit ainsi énormément les troubles du comportement liés à des frustrations ou des angoisses. De plus les images peuvent être comprises par tout le monde (même un inconnu dans la rue) et permettent la généralisation (un ballon peut être de toutes les tailles et de toutes les couleurs, par exemple).

Cette méthode permet aussi de structurer le langage quand il est par exemple écholalique. En demandant à l’enfant de passer par son classeur de communication, on va réduire ses écholalies jusqu’à essayer de les remplacer par des mots ou une phrase construits avec le PECS.

En contrepartie, les inconvénients sont minimes et plus d’ordre pratique. En effet, un classeur bien fourni peut être volumineux et peu pratique à transporter dans la vie quotidienne. Un classeur perdu revient à rendre muet l’enfant, qui se retrouve sans moyen de communication (un double voir un triple est plus que conseillé). Enfin, la communication reste lente et non immédiate, car l’enfant doit chercher dans son classeur, constituer sa phrase et la donner à la personne. Mais on peut tout de même dire que c’est un formidable outil qui permet la communication.

Le PECS, méthode parfaite?

Je tiens cependant à nuancer ce tableau de « méthode parfaite ». Tout d’abord, car c’est un travail long et difficile. Comme souvent, plus la méthode est mise en place précocement, plus il y a de possibilités pour aller au bout des six phases. La dernière phase est tout à fait envisageable, mais elle ne promet pas la fin du travail et l’accès à une communication totale. Il faut continuer à enrichir le vocabulaire, ce qui passe par un travail continu et souvent éreintant.

Ensuite, cette méthode, bien que de plus en plus répandue, n’est pas toujours correctement appliquée au sein des institutions. Elle demande à ce que l’ensemble du personnel soit formé à la méthode. De plus, le classeur ou les images peuvent être abimés ou perdus pour diverses raisons. Enfin, la compréhension des images génériques n’est pas toujours une chose aisée, surtout dans le spectre autistique qui contient autant d’autismes que d’autistes. Les spécificités visuelles (distinguer mieux le noir et blanc que la couleur par exemple) agissent sur l’utilisation du PECS. Il faut alors pouvoir l’adapter au mieux.

En espérant avoir été clair et compréhensible, je me tiens à votre disposition pour toutes questions. J’aborderai en détail les six phases dans un prochain article.

Phases

  1. Comment communiquer
  2. Déplacement et persistance
  3. Distinction
  4. Demande

Quelques mots sur Valentin Monteleone

Je m’appelle Valentin Monteleone. J’ai 27 ans et je viens récemment d’être diplômé en tant que Psychologue Clinicien à l’université Paris V. J’ai axé l’ensemble de mon cursus sur les Troubles Envahissant du Développement et plus particulièrement l’autisme. J’ai fait plusieurs stages m’amenant à être en contact auprès d’enfants, adolescents et adultes autistes. Actuellement, je travaille au sein de deux Foyers d’Accueil Médicalisés (FAM) pour adultes autistes au sein des Hauts-de-Seine. Personnellement, je suis intéressé par ce handicap car j’ai un oncle autiste que je connais depuis mon plus jeune âge.

Grâce à ma formation, j’ai pu me faire une idée de ce qu’est l’autisme. Aujourd’hui, je pose l’autisme comme un handicap de vie lié à des facteurs multiples mais principalement génétiques. Je tiens particulièrement à la notion de handicap, car ça signifie que l’on peut rééduquer la personne (pas dans un sens « avoir eu une mauvaise éducation », mais dans le sens « avoir besoin d’une éducation spécifique ») et adapter l’environnement pour permettre à la personne autiste une insertion dans la société qui soit à la fois plus efficace mais aussi moins douloureuse.

Pour moi, les intérêts du travail avec les personnes autistes, autre que les aider, sont la création et l’adaptation constante. Il faut s’adapter à chaque personne autiste car elle est unique dans son handicap. Il faut créer constamment de nouvelles solutions pour l’aider à révéler toutes ses capacités.