Remplacer une activité gênante par une autre

Hier, à l’école, la maîtresse et l’AVS de Matthieu ont eu une très bonne idée, que nous pouvons utiliser à notre profit à la maison. Lorsqu’elles se sont rendu compte que Matthieu était obsédé par les robinets d’eau, et qu’il adore jouer avec des contenants pour verser de l’eau de l’un à l’autre, elles ont remplacé l’eau par un bac de semoule.

Mon premier réflexe serait de dire: oui, mais ce n’est pas pratique, la semoule, il y en a partout, c’est gâché, pareil que l’eau, et il est aussi obsédé par ça.

Mais en fait, c’est une idée très fine, car Matthieu va peu à peu remplacer son habitude d’aller aux robinets par celle d’aller au bac de semoule. Le bac de semoule est facilement disposable: on peut l’enlever, ne le donner qu’à certaines conditions, alors que le robinet reste fixé au mur, et on ne peut pas facilement couper l’eau pour des raisons de praticité. On peut alors progressivement supprimer le bac de semoule, le proposant comme récompense, par exemple.

Avez-vous réussi à remplacer une activité gênante par une autre, plus facilement contrôlable? Racontez-nous ce que vous avez fait ou ce que vous comptez faire dans les commentaires.

Obsession: Ouvrir et fermer les portes

Dès qu’il a pu atteindre les poignées, et avant cela sur les portes des placards à sa hauteur, Matthieu a toujours été obnubilé par les portes, et surtout leur ouverture et leur fermeture de manière répétitive.

Pendant de longs mois (si ce n’est dire de longues années), il a fallu que je me batte pour qu’il abandonne cette obsession. Dès que je m’absentais deux minutes, en revenant je le retrouvais en train de se hisser sur ses talons pour atteindre la poignée de la porte de sa chambre, ou en train d’ouvrir et fermer la porte du meuble télé.

Obsession: Ouvrir et fermer les portes

J’ai de suite compris que ce n’était pas un comportement acceptable, malgré le fait que je n’ai pas su à cette époque que mon fils est autiste et qu’il fallait éviter les rituels et obsessions à tout prix.

L’ouverture et la fermeture des portes semble être une stéréotypie relativement fréquente chez les autistes. Je lisais récemment dans le livre de Judy et Sean Barron, Moi, l’enfant autiste, l’explication de Sean, autiste, sur son obsession avec les portes.

Dans la pièce, il y avait plusieurs portes identiques. Il fallait que je sache où elles conduisaient. Est-ce qu’elles s’arrêtaient là ou bien menaient-elles quelque part? Dès que j’avais vu ces portes, je m’étais senti mieux. Ma routine avait été interrompue par cette visite et j’en avais éprouvé un malaise.
Dès que j’avais commencé à ouvrir et fermer les portes, tout était rentré dans l’ordre. Mais il ne fallait pas que j’arrête, car même après avoir vu sur quoi une porte donnait, je craignais un changement, et j’étais donc obligé de la rouvrir encore et encore pour vérifier. J’étais forcé de les essayer toutes, sinon je n’aurais pas pu savoir.
— Sean Barron, Moi, l’enfant autiste

Lorsque je cherchais à attirer l’attention de Matthieu sur une autre activité, il retournait directement, dès que je le lachais, ouvrir et fermer la porte. Même lorsque je le portais dans mes bras, à la sortie du bain par exemple, il se jetait dans le vide pour s’accrocher à la poignée et ouvrir ou fermer à ma place. Je me suis d’ailleurs plus d’une fois fait mal aux reins, puisque je ne m’attendais pas à ce genre de comportement.

Mon amie me disait que ses enfants aussi parfois s’amusaient à ouvrir et fermer les portes, mais lorsque j’allais chez eux je voyais bien que le seul à être obsédé par le placard coulissant et à l’ouvrir et le fermer durant des heures, c’était mon fils.

Attention: ce comportement n’est pas un des signes de l’autisme, mais peut être une obsession courante chez les personnes autistes, ainsi qu’allumer et éteindre les lumières. Consultez les signes de l’autisme si vous avez une quelconque inquiétude à propos de votre enfant, et n’hésitez pas à demander l’avis d’un professionnel de la santé qui vous proposera un dépistage s’il l’estime nécessaire.

Matthieu et l’heure

Depuis tout petit, Matthieu a une affinité particulière avec le temps qui passe. Lorsqu’il était tout bébé, et que nous réglions le réveil pour qu’il sonne à 7 heures du matin, il a pris l’habitude de nous réveiller à 7 heures même les week-ends et vacances.

Au début, nous nous disions avec son papa qu’il voyait peut-être l’heure sur le réveil lumineux. Nous l’avons donc tourné vers nous pour qu’il ne puisse pas le distinguer depuis son lit à barreaux, mais il nous réveillait tout de même à 7 heures. Puis, même lorsque nous avons déménagé au salon pour lui laisser la chambre, il a continué à nous appeller à l’heure précise où il fallait que l’on se lève.

Matthieu et l'heure

Il était aussi capable de savoir avant nous quand est-ce que la mise en veille de l’écran de l’ordinateur allait se déclencher: à peine deux ou trois secondes avant qu’on ne voie l’écran s’assombrir, il se levait de sa place pour aller l’empêcher de passer en veille. Et ce, même le dos tourné, même depuis sa chambre – on aurait dit qu’il comptait les dix minutes dans sa tête.

Depuis qu’il n’a plus dormi dans un lit à barreaux, il est venu s’incruster quelques minutes avec nous avant que le réveil ne sonne, et cela tout les matins. Mais depuis que son frère est passé hors du lit à barreaux lui aussi, ce n’est plus aussi facile de grapiller du temps papa/maman comme avant.

Matthieu a donc changé son affinité avec les heures pour quelque chose de plus obsessionnel, malheureusement. Il vient toutes les soixante minutes assister au changement d’heure, rigole quand l’horloge affiche des heures du style 12:12, et est devenu complètement obsédé du chiffre 17, qu’il traque sur notre horloge avec la précision d’un métronome: une minute avant l’heure fatidique, il vient se coller à côté, et égrène soixante secondes en faisant des petits bruits: « trrrrrla… trrrrrla… trrrla… ». Puis, il se marre en disant I T, car il semble penser qu’il y a une relation entre les chiffres 1 et 7 et les lettres I et T.

Ce côté obsessionnel est assez difficile à contrer pour nous. Malgré tous nos efforts, il reste complètement fasciné par l’heure, et n’accepte pas de cesser de s’en préoccuper comme nous lui demandons. Pour l’instant, nous n’avons pas trouvé le moyen de le faire changer de méthode.