Autisme, morsures, crises d’angoisse et repli sur soi

Comme je vous y ai invités, vous avez été nombreux à me poser des questions sur Formspring. Voici aujourd’hui la réponse à la question suivante:

Mon fils de 4 ans est autiste. J’ai beaucoup de questions en tête:

  • comment l’empêcher de se mordre la main quand il est heureux?
  • comment calmer ses crises d’angoisse?
  • comment capter plus son attention pour qu’il ne se perde pas dans son monde?

Votre fils est tout petit, il ne sait pas encore forcément comment exprimer sa joie ou ses angoisses de manière appropriée. De plus, 4 ans, c’est un âge important, où il faut profiter du moindre moment pour tirer nos enfants dans notre monde et éviter qu’ils ne s’isolent et ne se replient sur eux-mêmes.

Éviter qu’il ne se morde quand il est content

Les grandes joies ou peurs peuvent amener des comportements gênants chez les enfants autistes. Matthieu, mon fils, va hurler ou bien faire du flapping, énormément. Il fait aussi un genre de petite « danse » sur la pointe des pieds. Évidemment, nous l’encourageons à avoir des comportements appropriés dans ces cas-là: rester les talons au sol, ne pas flapper mais frapper dans ses mains pour applaudir, ou serrer le poing en signe de victoire s’il réussi à gagner à un jeu. Et surtout, verbaliser par phrases simples et courtes au lieu de hurler (de joie, généralement).

Pour ce qui est des morsures, je pense qu’il est important de lui signaler que vous ne voulez pas qu’il se morde, et lui fournir une autre manière d’exprimer sa joie (frapper dans les mains, par exemple). Prenez ses mains et montrez-lui le geste à chaque fois, en lui disant que c’est comme ça qu’il faut dire qu’on est content. Lorsqu’il effectue le bon geste, félicitez-le et encouragez-le à continuer à agir de manière appropriée.

Dans le cas des enfants autistes qui se mordent sans que vous en compreniez la raison, il est crucial de lire le livre de Gloria Laxer et Paul Trehin, Les troubles du comportement associés à l’autisme et aux autres handicaps mentaux. Il explique en détail pourquoi les troubles du comportement apparaissent, et comment les réduire ou les faire disparaître.

Calmer ses crises d’angoisse

Pour calmer les crises d’angoisse, il faut déjà arriver à déterminer ce qui angoisse l’enfant. Est-ce que ce sont des crises répétitives dans le temps, ou qui suivent une certaine action, un certain bruit? Une fois la source d’angoisse déterminée, on peut essayer d’agir dessus.

Certains enfants autistes ont des hypersensibilités, qui peuvent leur provoquer des crises d’angoisse. Par exemple, une moto qui passe dans la rue, le bruit de la chaudière qui se déclenche, une odeur particulière qui les dérange…

Il y a plusieurs moyens d’éviter les crises d’angoisse:

  • Éliminer complètement le stimuli qui provoque la crise. C’est généralement très difficile, et ce n’est pas ma méthode préférée, sachant qu’ainsi il est difficile de faire sortir l’enfant de cet univers contrôlé, pour aller dans la rue, à l’école ou chez quelqu’un d’autre.
  • Chercher à raisonner avec l’enfant. Il faut lui expliquer ce qui se passe, pourquoi c’est impossible d’empêcher ce qui l’angoisse de se produire (dans le cas d’un passage de moto, par exemple). Montrez-lui des images dans des livres pour lui expliquer ce qui produit sa gène, et essayez de lui proposer des réactions acceptables à son angoisse. La plupart du temps, si l’enfant comprend d’où vient la gène, il peut essayer de l’anticiper (et donc réduire l’angoisse). N’oubliez pas de le féliciter lorsqu’il arrive à se retenir.
  • Dans le cas où le raisonnement échoue, il faut rediriger la crise vers un comportement moins dur. Par exemple, au lieu de se rouler par terre en hurlant, il peut partir dans sa chambre et s’isoler le temps que le stimuli gênant soit passé, ou bien taper sur un coussin (éviter tout de même les comportements violents).

Matthieu n’aimait pas les bruits forts comme celui du mixer quand il était petit. Pendant longtemps, j’avais droit à des hurlements d’angoisse quand venait l’heure de la purée. Puis un jour je l’ai pris avec moi malgré ses cris, je l’ai amené vers le mixer, et je lui ai fait appuyer de lui-même sur le bouton de marche/arrêt. Le fait de contrôler la longueur du bruit lui a permis de se familiariser avec lui, d’être moins angoissé et même d’en rire par la suite. J’ai fait attention, pendant longtemps, de le prévenir avant d’utiliser le mixer. Maintenant, il n’a plus besoin de tout ça, et le bruit du mixer ne l’ennuie plus.

Éviter qu’il ne se replie sur lui-même

Inconsciemment, depuis son plus jeune âge, je réclame à Matthieu son attention par de nombreux jeux. De plus, lorsque nous avons su pour son diagnostic d’autisme, nous avons mis en place une prise en charge pluridisciplinaire avec des rendez-vous réguliers chez le pédopsychiatre, l’orthophoniste et la psychomotricienne.

Le pédopsychiatre de Matthieu m’a recommandé de réclamer sans arrêt qu’il me regarde dans les yeux, quand je lui parle ou qu’il essaie de communiquer avec moi. Le regard est important pour sortir du repli autistique: en comprenant qu’on réclame son attention, et que ça lui amène de bonnes choses, il viendra plus facilement à nouveau. Voici quelques articles sur le regard:

Il y a aussi de nombreuses manières d’attirer l’attention de son enfant. Il ne faut pas hésiter à se servir de ses intérêts particuliers pour établir une communication. De plus, vous pouvez jouer avec lui et lui apprendre des choses en même temps! Par exemple, Matthieu adore les lettres et les chiffres, et je me sers de ce support depuis toujours pour le faire dessiner, pour apprendre à pointer du doigt, à parler…

Si au début ça ne fonctionne pas, il faut persévérer jusqu’à ce que vous ayez établi un rapport ou une communication. Si vous avez du mal, n’hésitez pas à demander conseil aux intervenants qui s’occupent de votre enfant, ils auront sûrement des idées à vous apporter.

Avez-vous d’autres éléments de réponse à apporter à ceux que j’ai déjà donné? Parlez-nous de votre enfant, de votre expérience en ce qui concerne les morsures, les crises d’angoisse ou le repli sur soi dans les commentaires de l’article.

Autisme, violence et punitions

Céline Bruntz

Céline Bruntz, psychologue spécialisée en autisme, répond à vos questions sur la psychologie et l’autisme. Écrivez-lui à celine@autismeinfantile.com pour lui poser des questions plus spécifiques.

Mon fils est autiste – il a 4 ans, il dit que quatre mots. Depuis deux mois, il a commencé à me mordre, se mord et mord ses soeurs. J’ai essayé de lui faire mordre une balle mais sans succès.

Il est rendu qu’il mord les prises électriques et les bords de murs, les portes d’armoire etc. Je ne sais plus quoi faire pour le punir. J’ai essayé de le mettre dans un coin sur une chaise mais il me lance la chaise dans la face ou sur ses soeurs.

Aussi, il frappe tout le monde quand une chose fait pas son affaire et il frappe ses soeurs aussi. Et pendant le temps du  repas, il refuse de manger, et quand je le force à manger il me crache la nourriture dessus. La seule chose qu’il mange ce sont des biscuits.  Il peut en manger quatre en deux jours, pas plus.

La nuit, il ne dort pas. Il fait que crier. Il peut dormir deux heures par nuit.

Je suis très découragé, je ne sais plus quoi faire. Il fait des trous dans les mur la nuit quand il est fâché et qu’il doit rester couché,  il réveille tout la famille. Il prend du Decédryle et Clonidine pour la nuit  mais rien ne marche. Comment le punir?

Je comprends que la situation de votre fils soit très difficile à vivre pour lui et pour votre famille. Effectivement les enfants autistes peuvent réagir par de la violence face à une frustration.

Dans le cas de votre fils, je pense qu’il n’a pas conscience de la violence dont il peut faire preuve à son égard ou à l’égard de ses proches. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas mettre des limites afin d’avant tout pouvoir le protéger de sa violence et protéger les autres. Poser l’interdit est  essentiel.

En fonction de la compréhension de l’enfant, il est important d’utiliser des mots simples. Ce qui peut aider aussi c’est de repérer les choses qui l’apaisent, pour s’en servir le plus possible pour l’aider à se désangoisser.

Dans tous les cas, je vous conseillerai de prendre rendez-vous avec un pédopsychiatre pour faire le point au niveau du traitement et mettre en place des prises en charge adaptées.

Violences et dangers

Céline BruntzCéline Bruntz, psychologue spécialisée en autisme, répond à vos questions sur la psychologie et l’autisme. Écrivez-lui à celine@autismeinfantile.com pour lui poser des questions plus spécifiques.

Clarisse écrit à Céline parce que son enfant se mord jusqu’au sang et qu’il n’a pas conscience des dangers et joue avec les prises électriques.

Je m’appelle Clarisse, maman d’un enfant autiste de 11 ans, et j’ai besoin de vos conseils car je me sens perdue.

Mon enfant frequente l’IME de ma région, et est donc bien entouré avec des progrès incroyable dans la vie quotidienne. Mon gros soucis est que mon enfant se mord au sang à chaque fois qu’il est contrarié, ou face à un refus, et prend aussi plaisir à jouer avec les prises et les interrupteurs électriques en les arrachant du mur en un temps record.

Nous avons tout essayé (les éducateurs psychologues et la famille), sans succès. Je suis inquiète et désespérée, pouvez-vous m’aider? Merci d’avance.

— Clarisse

Bonjour Clarisse,

Je comprends votre souci. En effet, ce que vous décrivez du comportement de votre enfant, c’est ce que l’on observe chez la plupart des enfants autistes qui ont beaucoup de mal à tolérer la frustration et réagissent par de l’agressivité envers eux-mêmes.

Face à un enfant qui se mord, ce que je fais en général, c’est que je lui explique que c’est interdit de se faire mal et je lui donne un objet comme un coussin ou une petite balle qu’il peut mordre s’il en ressent le besoin. Certains enfants ont besoin de garder cet objet à la main pour se rassurer. Tout le travail des professionnels en lien avec les parents va consister à aider l’enfant à apprendre à mieux supporter la contrariété et à communiquer par la parole et avec des signes et des pictogrammes. Les manifestations d’agressivité diminuent en général quand les enfants s’approprient une forme de communication.

Vous soulevez aussi un autre point important qui est que les enfants autistes n’ont pas conscience du danger. Je suis d’accord avec vous que ça doit être très dur à vivre en tant que parent car ces enfants demandent une surveillance constante même s’ils peuvent aussi avoir besoin d’être plus autonomes à certains moments. Les aides à la communication (langage des signes, pictogrammes) permettent de faire comprendre à l’enfant que c’est interdit de jouer avec la prise électrique par exemple en accompagnant également par la parole. Il est nécessaire de détourner l’enfant de son comportement inadapté afin de lui proposer une activité centrée sur l’échange et la communication par le biais de jeux.

Voilà ces quelques pistes qui je l’espère vous éclaireront. Je vous souhaite bon courage.