Un regard différent sur le futur

Depuis quelques jours, je commence à avoir un regard différent sur le futur de mon fils Matthieu. Jusqu’à présent, mes questions face à l’avenir de mon fils restaient toujours dans le flou, sans trop savoir si tout allait bien se passer ou si on ne s’en sortirait pas.

J’ai toujours voulu rester optimiste, parce que, selon moi, se laisser abattre c’est le premier pas pour baisser les bras, autant faire de suite une croix sur son enfant. Mais il y a toujours ce doute, qui nargue, qui tiraille un peu sur les bords du trou que l’autisme a fait en moi, ce trou qui ne guérit pas.

Jusqu’à présent, j’ai toujours choisi de mettre ces doutes et ces inquiétudes dans ma poche, avec un mouchoir par dessus, parce que pour aider Matthieu convenablement, il faut que je sois motivée, gonflée à bloc, la tête à ce que je fais.

Ces derniers temps, Matthieu a eu beaucoup de problèmes à l’école. Nous partons en équipe éducative à la fin de la semaine pour savoir quoi faire pour l’année prochaine. Son acceptation à l’école n’est pas en jeu, mais par contre il est possible que son redoublement en petite section de maternelle soit demandé – même si je ne suis pas sûre, comme mon mari, que de lui faire refaire encore une année avec des enfants qui auront bientôt 3 ans de moins que lui soit une bonne chose pour l’aider à s’intégrer.

Mais là n’est pas le sujet. Je me suis beaucoup inquiétée, parce que mon fils, mon champion, pour une fois n’arrive pas à surmonter cet obstacle: celui de vivre pleinement sa classe, parmi ses camarades. Jusqu’ici, il a toujours remporté les défis avec brio, malgré son handicap, du coup je me suis retrouvée un peu plus bas que terre en me demandant ce qu’il allait advenir de mon fils si ses trois années de maternelle, trois petites années durant lesquelles va se jouer son avenir, ne sont pas suffisantes pour lui permettre de commencer à s’intégrer dans la société.

Pour moi, il est hors de question que Matthieu parte en hôpital de jour, ou en IME, ou même passe ses après-midi à faire des activités de groupes avec d’autres enfants autistes. Même si certaines de ces structures peuvent être bien faites et aider énormément d’autres enfants, je n’en veux pas pour mon fils, car je veux toujours qu’il soit tiré vers le haut plutôt que de le retrouver à copier les problématiques de ses camarades. Je ne condamne pas ceux qui y emmènent leur enfant, ce sont juste des situations différentes de la nôtre, et chacun doit faire ce qui lui semble le plus adapté et le meilleur pour sa progéniture.

Alors, au vu de l’échec de sa scolarité au jour d’aujourd’hui… j’étais comme qui dirait au trente-sixième dessous, surtout que je ne suis pas d’accord avec les méthodes et l’approche de l’école, même s’ils sont clairement de bonne volonté. Je voyais pour la première fois une noirceur à l’avenir de Matthieu, quelque chose qui ferait qu’il ne serait peut-être pas capable de vivre un parcours « parfait » de scolarité – et pourtant, je ne suis pas une maman exigeante sur le plan du parcours scolaire, et je suis pour que les enfants fassent ce qui leur plait, que ce soit boulanger ou ingénieur, tant qu’ils sont heureux: mais j’ai eu l’impression tout d’un coup qu’on lui « coupait » des avenirs possibles d’un grand coup de ciseau. Chlac!

Et puis Matthieu, après des années de bataille, est devenu propre. Le point qui me faisait le plus peur: que mon fils vive toute sa vie en couches, qu’il ne puisse rien faire sans quelqu’un qui lui nettoie les fesses quatre fois par jour… et Matthieu remporte le combat haut la main!

Ce progrès immense m’a, pour l’instant, redonné un moral d’acier. Si Matthieu est capable de cela, alors qu’il était clair que ce n’était pas par manque de compréhension mais bien par manque d’envie qu’il n’était pas propre, il sera capable d’apprendre à lire et à écrire (même si c’est seulement au clavier), et sans doute aussi de parler, parce qu’on voit déjà qu’il en a envie, alors qu’il n’a que 5 ans.

Tout d’un coup, plein d’avenirs possibles se sont ouverts devant lui. Si Matthieu, par malheur, ne progresse pas à l’école, il reste toujours la scolarisation à la maison – ça ne m’enchante pas, mais je m’en sens capable avec l’aide de mon mari qui saura, lui, expliquer les choses que je ne connais pas (les mathématiques, par exemple!). Matthieu a une capacité à apprendre énorme, si il veut bien se donner la peine, et jusqu’à présent les méthodes que j’ai utilisé, ainsi que ses intervenants, pour lui enseigner des capacités et connaissances utiles, ont toujours porté leurs fruits.

Matthieu est un champion, un gagnant, et il nous le prouve tous les jours. Si j’ai eu une baisse de moral, je sens que ça ira beaucoup mieux par la suite, même si nous rencontrons des difficultés, parce que je pourrai revenir sur ce progrès fantastique, qui me rappellera que mon fils est capable de grandes choses. Bravo Matthieu, tu es mon héros!