Maladie et prise de médicaments

Maladie et prise de médicaments

Pills 1 (photo: e-MagineArt.com)

Inévitablement, chaque année, surtout lorsque l’hiver arrive, nos enfants sont exposés au froid, aux germes, et aux maladies de leurs petits camarades de classe, et tombent malades eux aussi.

Il est difficile de savoir qu’un enfant autiste est malade, car la plupart du temps ils ne savent pas nous dire:

  • si ils ont mal,
  • où ils ont mal,
  • comment ils se sentent,
  • etc.

J’ai déjà eu beaucoup d’inquiétude la fois où mon fils avait eu un gros mal de ventre, parce que ce n’est pas toujours évident de trouver un docteur qui comprend que l’enfant a mal même s’il ne le montre pas à cause d’une hyposensibilité à la douleur.

Ces derniers jours, mes deux fils ont eu droit, en même temps que tout le reste de la famille, à une gastro-entérite vicieuse, qui a duré plusieurs jours. J’ai dû à nouveau recevoir des refus assénés à grands coups de hurlements dans les oreilles, et d’enfants qui se roulent par terre pour ne pas prendre leurs médicaments.

Je vous le dis de suite: j’ai perdu la bataille. Et je pense que je perdrai aussi la prochaine, à moins d’être une mauvaise mère, de m’asseoir sur eux, au risque de les écraser, et de leur maintenir la bouche ouverte – et encore, je ne garantis pas le résultat! ;)

Voici quelques idées que j’ai mis en place, et qui pourraient peut-être fonctionner avec vos enfants (les miens sont trop fûtés pour leur bien):

  • demander au médecin des produits pour enfants, qui ont généralement bon goût,
  • demander au médecin d’éviter cachets et suppositoires, qui vont entraîner une bataille des titans avec les enfants pour être administrés,
  • leur apprendre dès leur plus jeune âge à accepter les liquides en pipettes (cela marche très bien pour le Doliprane avec mes fils, mais ils voient de suite si ça n’est pas le même médicament et refusent),
  • cacher les médicaments dans d’autres aliments ou boissons, en choisissant quelque chose que votre enfant adore, et qui ait une odeur forte, parce que sinon ils vont sentir le médicament avant d’enfourner l’aliment dans la bouche, et refuser,
  • se planquer pour la préparation: nos enfants ne sont ni sourds, ni aveugles, ni idiots,
  • choisir des liquides opaques, comme du chocolat au lait, par exemple, pour y mélanger de la poudre (dans l’eau, le coca ou les jus de fruits, ils repèrent vite qu’il y a des petits grains qui nagent dedans, et refusent plus facilement).

Avez-vous des astuces pour aider vos enfants à prendre leur médicaments? Les explications n’ont pas fonctionné chez nous. Partagez vos idées dans les commentaires de l’article.

Maëlle, cinq ans après…

Maëlle, cinq ans après...

Je me souviens très clairement de l’instant où le pédiatre a évoqué le mot « trouble envahissant du développement » en parlant de notre fille aînée, Maëlle. Sa sœur, Maude, avait alors 16 mois et son petit frère, Mathieu, venait tout juste de naître.

J’étais assise devant ce jeune médecin, tremblant légèrement de la main droite qui tenait un petit bout de papier sur lequel se trouvait la liste des comportements étranges de notre enfant de deux ans et demi, liste qui se trouve toujours dans le tiroir contenant le « dossier » de Maëlle.

Cette dernière, ayant peur de tout, se terrait alors sous la table d’examen. Roulée en boule, elle se cachait la tête de ses petites mains, en espérant peut-être se rendre invisible à nos yeux. La toucher relevait du miracle et mes bras étaient musclés à force de la tenir contre moi lorsqu’elle se débattait à tout moment.

Maëlle parlait en fuyant notre regard, se bouchait les oreilles au moindre bruit, ne dormait pas la nuit, mais plutôt le jour, ne parlait que des insectes et était d’une rigidité extrême à tout changement de routine, de chemin, etc.

Au départ, l’expression « trouble envahissant du développement » ne me disait absolument rien, mais le mot « envahissant » me faisait peur. Je n’étais pas certaine de comprendre de quoi il s’agissait. Je savais seulement qu’il me fallait agir rapidement si je voulais venir en aide à notre fille et ce, aux dires des neurologues consultés. Lorsque j’ai réellement pris conscience que ce terme se rapportait à l’autisme, ce fut le choc! Comment était-ce possible? Pourquoi cela nous arrivait-il? Était-ce de ma faute?

Un an et demi et bien des péripéties plus tard, épuisée par les nuits trop courtes et révoltée par le manque flagrant de ressources, j’avais enfin en ma possession le fameux rapport du pédopsychiatre me permettant d’inscrire Maëlle sur d’autres listes d’attente afin d’obtenir des services gouvernementaux. Je n’ai, bien sûr, et comme bon nombre de parents, pas attendu avant d’agir auprès de Maëlle, et suis allée du côté du privé pour mettre en place, aidée par des intervenants (ergothérapeute, psychologue et orthophoniste) un système de stimulation précoce à la maison et dans son milieu de garde.

C’était il y a déjà plus de cinq ans. Depuis, Maëlle a évolué de façon spectaculaire, malgré sa différence bien apparente qui la rend unique à nos yeux, comme tous les enfants autistes. Aujourd’hui, à 8 ans et demi, c’est une petite fille souriante et affectueuse qui a toujours hâte d’aller retrouver ses amis en classe le matin. Intégrée en milieu ordinaire depuis le début de sa scolarisation, notre fille s’est habituée progressivement aux bruits ambiants imprévisibles et ses camarades de classe la protègent en tout temps, tout en l’acceptant comme elle est.

Maëlle n’a plus peur lorsque l’on chante « bon anniversaire » ou « bonne fête » comme on dit au Québec, nous dit « je t’aime » constamment en nous serrant très fort dans ses bras, est capable d’exprimer ses soucis et peut parler des événements qui la stressent sans faire de crise à tout instant. Son regard est lumineux et elle possède un grand sens de l’humour. Son frère et sa sœur l’aiment comme elle est et l’intègrent à leurs jeux avec grand plaisir.

Toutefois, quand une émotion est trop forte, ses petites mains battent de chaque côté et deviendront des ailes, comme si elle voulait s’envoler! Toucher à de la monnaie ou ouvrir une porte lorsque la poignée est en métal reste un défi pour elle, car elle n’aime pas l’odeur qui se rattache à ces éléments.

Maëlle, cinq ans après...

Sa passion pour les insectes de toutes sortes fera sûrement d’elle une célèbre entomologiste. Elle compte parmi ses prises quatre mantes religieuses, une mante chinoise, de nombreux hannetons et coléoptères variés, des colonies de fourmis de plusieurs espèces, des libellules, des papillons, mais aussi une écrevisse qu’elle élève dans un gigantesque aquarium.

Pour Maëlle, la vie est belle, surtout aux côtés de sa chienne d’assistance de la Fondation Mira qui la suit partout et qui lui permet surtout de dormir paisiblement!

Maëlle, cinq ans après...

La nature est donc son repère secret pour se ressourcer entre ses nombreux traitements qu’elle subit en hémato-oncologie depuis un an et demi déjà, tout en continuant à aller à l’école. Oui, le sort s’est acharné sur notre fille, mais après des centaines d’injections, de prises de sang, de traitements de toutes sortes, Maëlle sourit à la vie encore plus, malgré une maladie rare apparue récemment, et soupire en disant que le temps passe trop vite, le soir venu.

Lorsque je me tourne vers le passé, je suis tellement fière des progrès que notre fille a accomplis au cours des dernières années, progrès qui, je l’espère, seront porteurs d’espoir pour toutes les familles d’enfants autistes qui ne savent parfois plus où donner de la tête. Une chose est certaine, dans le cas des enfants autistes, le proverbe « lentement, mais sûrement » est de mise lorsque l’on doit vivre un jour à la fois.

« Tu n’as pas le droit de… »

Je me suis fâchée tout rouge l’autre jour quand je me suis entendue dire « tu n’as pas le droit d’être malade » et « tu n’as pas le droit d’être fatiguée ». Je suppose que ça partait d’un encouragement maladroit, ou que le filtre entre le cerveau et la bouche ne lui a pas été installé, mais j’ai grincé des dents pour ne pas répondre vertement à la personne qui m’a fait ces réflexions.

J’ai autant le droit d’être malade que les autres. Mon corps, fatigué par le stress à longueur d’année, me lâche généralement pendant les vacances, parce que la baisse de tension dûe au repos fait que mon corps est plus vulnérable à ce moment-là aux maladies. Les autres ne s’entendent pas dire qu’ils n’ont pas le droit d’être malades. Pourquoi moi, maman d’enfant handicapé, je n’aurais pas ce droit comme les autres? Parce qu’il faut que je sois forte? Je le suis. Parce que personne ne prendra ma place pour s’occuper de mon enfant? J’en suis consciente, et même malade je m’arrange pour gérer au maximum.

J’ai autant le droit d’être fatiguée que les autres. J’ai même envie de dire, j’ai presque plus le droit d’être fatiguée, parce que toute l’année on vit un rythme d’enfer entre les trajets, le stress, le fait de devoir toujours être attentif aux problèmes qui peuvent survenir, le fait de devoir passer des semaines sur un concept qui, par un autre enfant, serait compris en quelques heures. Je ne veux pas m’entendre dire que je n’ai pas le droit d’être fatiguée alors que je me lève chaque nuit pour recoucher mes enfants, que j’ai passé les premières années de la vie de Matthieu dans un état de zombie car il ne dormait pas et criait tout le temps. J’ai une fatigue physique et nerveuse qui me plombe, un poids sur mes épaules qui n’est pas égalé par les parents qui ne sont pas dans la même situation.

J’ai autant le droit d’être déprimée que les autres. J’ai autant le droit d’avoir besoin de calme que les autres. J’ai autant le droit d’avoir besoin de vacances que les autres. J’ai autant le droit d’avoir besoin d’aide que les autres. Et j’ai autant le droit qu’on me respecte que les autres.

J’ai le droit au respect: le respect de qui je suis, de mes besoins, de mes problèmes, de ma fragilité. Je ne peux pas être un mélange de Maciste et Superman à la fois. Je n’ai pas envie de m’entendre dire que je n’ai pas le droit d’être comme les autres parce que je suis une maman d’enfant autiste, et que mon enfant a besoin de moi. Je le sais, et je n’ai pas besoin qu’on me le rappelle. Mais ça ne me transforme pas en robot pour autant.

J’ai une sale tendance à m’écraser et à faire passer les besoins des autres avant les miens – même s’ils ne sont pas aussi vitaux que les miens. Je respecte les besoins des autres, leur essence, ce qui fait que parfois ils craquent, eux aussi, même si parfois j’ai l’impression qu’ils auraient craqué vingt fois à ma place.

Ne me traitez pas différemment parce que je suis la maman d’un enfant autiste. Respectez-moi comme vous voudriez qu’on vous respecte. La vie n’est pas rose pour nous, on n’a pas besoin de ça en plus du reste.

Un pas de géant, certes!

Depuis quelques temps, les intervenants de la prise en charge de Nicolas et nous-même parents, avont noté de grands changements chez mon fils.

Je ne sais pas si cela est dû à ses séances avec la psychologue cognitiviste, les prémices de l’adolescence ou bien les deux, mais nous notons de réels progrès dans son comportement.

Tout d’abord, son orthophoniste est devenue véritablement sa confidente, et au début de chaque séance, il raconte sa journée. Lorsqu’il revient de vacances (car nous faisons un break pendant les congés scolaires), il lui parle de ce qu’il a fait, et si Monique, son orthophoniste, l’interrompt, Nicolas lui dit qu’il n’a pas fini de tout raconter. Comme elle me le faisait rappeler, encore l’année dernière, il fallait lui sortir les mots de la bouche.

De plus, Nicolas aborde des sujets pertinents et se pose des questions existentielles sur la nudité, la maladie, sur ce qu’il voit à la télé, la mort.

En ce qui concerne la nudité, la psychologue a abordé l’anatomie et cette séance l’a passionné. Nicolas reste hilare à la vue d’une paire de seins ou d’un homme torse nu.

Le sujet de la maladie est venu car il connaît un petit garçon qui est diabétique et qui va à l’hôpital. Du coup, à chaque fois qu’il entend le mot maladie, il l’associe au diabète, mais comment lui parler de cette maladie tout simplement? J’avoue être un peu à court d’arguments en ce moment, mais la psychologue m’aide aussi.

En l’espace de quelques mois, le chien de mes parents et celui d’une connaissance sont morts. Sur le moment, j’ai dit ce qui se passait par la tête et j’ai parlé du pays du Père Noël. Avec le recul, j’aurai dû trouver une autre explication, je l’accorde. Mais il me questionne souvent sur le sujet, et me demande si les chats aussi vont au pays du Père Noël (car nous avons un félin à la maison), si une fois guéri, on revient, etc. Doucement, je lui explique que non, le plus simplement possible.

Des sentiments confus m’envahissent. Je n’avais pas anticipé ce changement, et je doute quant aux bonnes paroles que j’emploie pour lui expliquer une chose qui me fait moi-même horriblement peur.

Nous sommes très heureux de ce grand pas chez Nicolas, mais, paradoxalement, plus il comprend le monde des neurotypiques, plus il est angoissé et excité. Aussi, ses stéréotypies, notamment de répéter, ont augmenté. Ses intervenants n’en ont pas l’impression, nous oui.

Une expérience gastro-strophique!

À certaines périodes de l’année, c’est récurrant: elle court, elle court, la gastro! Dernièrement, elle a rattrapé Antoine et n’a pas voulu le lâcher: l’hôte doit être trop accueillant!

Je passe les détails que tout le monde connaît ( la valse des cuvettes, en plastique pour le haut, en faïence pour le bas ). J’imagine ce qu’Antoine peut en penser: son rythme de la semaine chamboulé, pas de piscine avec Céline son éducatrice, pas d’orthophonie ni de promenade en ville avec les copains de l’IME… et pas de ski non plus! Et avec ça, les aliments qui circulent à contre-sens!  D’habitude, les saucisses et les cracottes entrent une fois pour toute, mais voilà à présent qu’elles ressortent toutes seules sans qu’on leur demande, et en plus, on ne les reconnaît même plus!

Mais le bon côté des choses, ce sont les heures passées aux cabinets, avec le soulagement toujours au rendez-vous et le retour des cacas dans la culotte comme au bon vieux temps…

Je me souviens de cette fois où Antoine avait avalé une mini-lampe porte-clés.  Face à la belle peur que  cela nous avait causé, à ce qui ne pouvait être ni un accident ni une bétise ordinaire, il avait fallu chercher une explication logique. Avec la psychologue de l’hôpital, nous en avions conclu qu’Antoine avait vraisemblablement voulu apporter un peu de lumière dans l’obscurité inquiétante de sa   »tuyauterie intérieure ».

Alors maintenant, avec cette fichue gastro, les tuyaux sont revenus en première ligne. Il n’y en a plus que pour eux, renforçant Antoine dans ses obsessions, bousculant son shéma corporel.

Comment ne pas passer pour folle en disant au médecin généraliste que cette gastro « je ne la sens pas » (à la maison, c’est le royaume des mauvaises odeurs depuis dix jours!), que l’Immodium est moins puissant que l’esprit de mon fils, et que je le soupçonne fort d’entretenir ce dysfonctionnement intestinal car il y trouve des indices dans sa quête de lui-même?

Comment dire que j’ai peur que la propreté si durement acquise ne soit remise en cause, et comment convaincre que si les émotions d’Antoine ne sont pas prises en compte dans le traitement de cette banale gastro, on peut courir à la catastrophe?

Douzième jour: Antoine, la cuvette et moi descendons « aux urgences ». La nuit a été une nouvelle fois épouvantable.

On ne m’y a pas écoutée plus que d’habitude, j’y suis passée pour une folle, mais au final Antoine m’a donné raison: une heure d’attente… aux WC. Une heure pour parvenir à faire la prise de sang (on m’a ordonné de regagner la salle d’attente, loin de lui, et il hurlait). Puis, Antoine a décidé de ne plus faire caca… ça tombait mal, on était venus exprès et on en attendait un beau pour l’analyser! J’ai attendu, chanté, caressé le bras perfusé, supplié… bougonné: Antoine a enfin consenti à livrer un peu de lui même.   Nous étions là depuis cinq longues heures.

Puis on nous a conduits à l’étage, à la pédiatrie, pour l’apothéose. Le pédiatre voulait garder Antoine trois jours en observation dans l’attente des résultats des analyses, ligoté à sa perfusion alors qu’il n’était pas déshydraté, enfermé dans un lit à barreaux pour ne pas gêner le service en galopant dans les couloirs… cela pour me permettre de me reposer!

J’ai craqué. J’ai pleuré, et Antoine est intervenu en rabâchant   »maison chez-nous, maison chez-nous ».  Lorsque le pédiatre l’a pris entre quatre yeux pour le sermonner et lui dire, avec gestes à l’appui,  je cite « tu dois faire glou-glou et miam-miam », mon fils a mis fin à la comédie en hurlant « ta gueule docteur, maison chez-nous! »  (je cite aussi, et mes excuses pour le gros mot, c’est une nouvelle acquisition, une arme fatale qui fait céder encore plus vite que les cris stridents. Mais quelle belle phrase, quelle expression claire et nette de sa volonté à lui!)

J’ai signé une décharge. Nous sommes rentrés à la maison au bout de sept heures de supplice. Antoine a bien mangé, bien dormi, bien skié avec Papa le lendemain… et fait des cacas réglementaires. Fin de l’épisode.

Je viens de lire un article de magazine dans lequel des associations essayent de convaincre l’administration et le corps médical de l’utilité d’une « carte-urgences » pour les personnes handicapées ayant des difficultés particulières à communiquer, à supporter les contacts physiques ou l’enfermement. Ceci afin d’avertir, sensibiliser les soignants, pour leur permettre de soulager sans risquer l’éventuel effondrement psychique du patient.  Je crois que c’est une bonne idée.

La seule fois où j’ai été entendue, où Antoine a reçu une prise en charge médicale respectueuse, c’est dans un hôpital accueillant un CRA (Centre de Ressources Autisme), à deux heures de route de la maison.  À dix minutes, on trouve l’efficace compétence d’une mécanique bien huilée mais inhumaine… sourde et aveugle, pleine de certitudes.

Pour terminer: chez nous, il n’y a que le chat qui fasse « miam-miam », mes enfants, mêmes tout petits, ont toujours mangé. Sommes-nous normaux, Docteur?

Allo maman bobo

Nous en avons souvent parlé sur le blog de la difficulté de savoir quand notre enfant est malade. Pendant longtemps, il a fallu que je devine quand Nicolas avait mal quelque part.

Tout petit jusqu’à ce que le langage apparaîsse, seuls des signes flagrants comme la fièvre, le nez qui coule, mais aussi, heureusement, mon instinct de mère, m’indiquaient que Nicolas était malade. Ensuite, quand mon fils a commencé à s’exprimer, c’était tout autant compliqué car il ne voulait rien me dire pour ne pas prendre de médicaments. Il arrivait que je me fâche pour obtenir enfin une réponse. Parfois, Nicolas m’avertissait qu’il avait mal en me disant le contraire: « Maman, je ne suis pas malade, je n’ai pas mal à la tête », qui voulait dire, bien sûr, qu’il avait effectivement une migraine. Je prêchais aussi le faux pour avoir le vrai. Bref, ce n’était pas de tout repos.

En grandissant, Nicolas s’autorisait à me dire de plus en plus où il avait mal. Je réussissais à  lui donner les médicaments, non sans râlerie, avec la perspective d’un oeuf surprise en guise de récompense – mais il y avait une chose où mon fils était catégorique, c’était d’aller à l’école coûte que coûte, même si une fièvre ou autre l’empêchaient. Là encore, j’avais droit à son mécontentement.

La semaine dernière, Nicolas a commencé à avoir mal la tête et à s’enrhumer. Pour la première fois, le matin en se levant, il m’a dit simplement: « Je suis malade, je ne vais pas à l’école ». De lui-même, il s’est senti trop fébrile pour aller à l’école, et surtout a su me l’exprimer. Nicolas a été raisonnable et responsable, a sû « casser sa routine ». Quel immense progrès! Je suis fière de lui et je tenais à vous le faire partager.

Quand au handicap s’ajoute la maladie

Il y a quelques temps, je lisais le blog d’un jeune enfant autiste qui a été emporté par une leucémie aigüe. J’ai aussi appris récemment qu’une jeune enfant autiste était atteinte, en plus de son handicap, d’une myasthénie grave généralisée.

Lorsqu’une maladie frappe son enfant, c’est atroce – il n’y a pas de mots. Je pense tous les jours à Mathieu, ce trésor de petit garçon qui nous a quitté récemment, dont je suivais l’évolution au jour le jour, en l’aimant et le portant haut dans mon coeur sans même l’avoir jamais rencontré.

Je suis tombée de haut quand je me suis rendue compte que des enfants qui, comme Matthieu, avaient déjà « leur assiette pleine » à cause de leur handicap, n’étaient pas à l’abri d’une maladie grave. Quelle idiote je suis, quand j’y pense! Parce qu’ils sont handicapés, ils devraient être automatiquement épargnés de toute autre souffrance – de la mort, peut-être?

Je voudrais dans cet article avant tout rendre hommage à ces enfants dont les souffrances ne devraient ou n’auraient pas dû être, et ensuite à leurs parents au courage exemplaire. Je pense bien fort à vous.

Et la question, évidemment, c’est: comment faire quand la maladie s’ajoute au handicap? Comment faire, alors que la vie de tous les jours est déjà un défi pour un enfant autiste et ses parents? Comment gérer un enfant qui ne va pas supporter les soins, les personnes étrangères à leur cercle familial et amical?

Sans forcément être fatale, la maladie doit fortement compliquer la vie des parents d’enfants autistes, et rendre celle des enfants autistes difficilement supportable. J’aimerais, si vous avez été dans cette situation, que vous témoigniez ici, que vous nous racontiez afin que d’autres parents après vous puissent bénéficier de votre expérience.

Je ne souhaite obliger personne, ni mettre qui que ce soit mal à l’aise, évidemment, donc c’est à vous d’estimer si votre parcours est racontable, ou si c’est trop douloureux. Je sais simplement que si j’étais dans le même cas, je voudrais vous lire. Voulez-vous venir témoigner?

Amener un enfant autiste chez le docteur

Il y a quelques semaines, un samedi matin, alors que nous devions nous rendre chez nos amis pour la journée et que nous étions à une heure de partir, Matthieu a commencé à montrer des signes caractéristiques chez lui: rester immobile sur une de mes jambes, allongé, en frottant ma main sur son front et ses joues. Généralement, quand il fait cela, c’est qu’il couve quelque chose – soit une fièvre, soit une envie de vomir.

Nous avons attendu un peu pour voir si ça passait, mais Matthieu a commencé à gémir et se plaindre. Quand je l’ai fait se lever, j’ai vu qu’il ne marchait pas droit et qu’il se tenait un côté.

Branle-bas de combat, j’appelle nos amis, j’annule, et je téléphone au cabinet médical du coin de la rue pour voir s’il peuvent me le prendre en urgence. Malheur, la dame me dit qu’ils ferment dans 15 minutes, et qu’il y a plus de dix personnes avant nous. J’attrape Matthieu et un blouson, et on file – moi le portant la moitié du temps parce qu’entre temps il ne supportait plus trop de marcher – pour arriver à l’heure, laissant derrière nous Julien avec son papa.

Heureusement, la secrétaire nous a attendu avant de fermer les portes, et nous avons pu nous installer dans la salle d’attente. Il y avait effectivement beaucoup de monde, et j’ai cru un instant que j’allais devoir passer deux heures à contenir Matthieu qui n’aime pas attendre. Mais Matthieu devait vraiment avoir mal, parce qu’il n’a quasiment pas bougé pendant ces deux heures.

J’ai fait de mon mieux pour l’occuper, le berçant un peu contre moi tout d’abord, puis en jouant à des jeux de lettres et de nombres par la suite (réciter l’alphabet, compter jusqu’à 50, etc.) quand il a commencé à se sentir un peu mieux.

Deux heures d’attente plus tard, nous avons pu voir le docteur – pas notre généraliste habituel, mais quelqu’un de très bien qui a été très à l’écoute dès que je lui ai énuméré les symptômes que j’avais pu voir chez Matthieu: mal au ventre car il marche penché et se tient le côté.

Je lui ai expliqué que Matthieu est autiste, et qu’il ne peut pas s’exprimer pour dire quand il a mal car il ne parle presque pas, et que généralement il est hyposensible à la douleur, et donc que s’il montre qu’il a mal, c’est qu’il doit vraiment souffrir. Quand il l’a examiné, on a pu voir qu’il avait mal au ventre car il ne voulait pas qu’il touche le côté où il souffrait (qui apparemment est celui opposé à l’endroit où se trouve l’appendicite, ouf).

Au final, il n’avait qu’une constipation, mais ça m’a amené à me poser des questions sur les salles d’attentes et les priorités. Il y avait deux autres enfants avec nous dans la salle d’attente. Ils ne se plaignaient pas, mais une d’entre eux était allongée sur des sièges, visiblement pas très en forme. Mon fils a passé une heure à gémir sur mes genoux (et puis, heureusement, ça a mieux été). Pourquoi ne fait-on pas passer les enfants qui souffrent en premier?

Ensuite, je suis heureuse que le docteur m’ait écoutée aussi bien, car ce n’est pas évident de trouver une oreille attentive aux problèmes d’un enfant autiste.

Qu’en pensez-vous? Avez-vous des témoignages similaires à me donner? Quand vous allez chez le docteur, et que c’est une sorte d’urgence, comment cela se passe-t-il?