Quand j’ai voulu élever des lamas

Quand j'ai voulu élever des lamas

Llama stampede! (photo: Mathias afroboof)

Il y a parfois des moments, dans la vie, où vous vous demandez pourquoi vous vous  acharnez à continuer sur une voie sans issue, pourquoi vous  voulez  toujours mettre un pied devant l’autre sur un chemin semé d’embûches, avec le terrible sentiment que cette lutte sans merci vous laissera inerte sur le carreau un jour où l’autre.

C’est un peu ce qui m’est arrivé la semaine dernière.

Je me targue d’être une personne avertie: je lis consciencieusement les articles d’Autisme Infantile,  je m’informe sur les démarches à faire pour mon fils, les écoles, les cursus, les prises en charge, etc. Je suis entourée (via internet) par plein de mamans d’enfants autistes plus âgés, pleines d’expériences et de bon sens. Grâce à leurs conseils, j’ai évité bien des chausse-trappes dans le long parcours du combattant qu’est la vie de parent d’enfant autiste.

Je me croyais bien à l’abri. Je me suis trompée.

Tout est parti de presque rien: j’ai juste refait le dossier MDPH de mon fils. La première fois, nous n’avions pas obtenu ce que nous souhaitions, parce que je n’avais pas fait la demande de tout (PCH, AVS, SESSAD, carte d’invalidité, AEEH avec complément). Bref, on était mal lotis, mais je pensais avoir blindé mon nouveau dossier.

Après six mois d’instruction, la décision tombe… et nous n’avons rien de plus qu’avant.

Bon, je sais, ça arrive à beaucoup d’entre nous. Il faut recommencer, contester la décision, refaire un dossier encore plus étayé, demander au psy de refaire le dossier médical, etc.

Mais là, brusquement, je me suis demandé: pourquoi? Pourquoi devions nous subir ce diktat d’un conseil de personnes n’y comprenant rien à l’autisme, pourquoi devrions nous toujours être en train de quémander pour que nos enfants obtiennent des miettes de vie sociale?

Batailler pour avoir des heures d’AVS, sachant qu’à l’école ils seront mis de côté, qu’ils auront du mal à suivre les programmes scolaires, et qu’arrivés au collège ils seront soit mis à la porte, soit placés en IME, soit en ULIS dans le meilleur des cas. Les rendre malheureux, parce que finalement ils ne seront pas intégrés dans notre monde, et qu’ils  le sauront.

J’ai eu une brusque envie de m’arracher à cette société si dure, si inhumaine qu’est la nôtre.  Qu’est ce que nous a apporté tout ce progrès ? Plus de joie? De tolérance? D’entraide?

Et finalement, si j’étais en Patagonie en train d’élever des lamas dans les grandes étendues sauvages, est-ce que je me prendrais la tête à faire des demandes de complément et d’AVS? Est-ce que mon fils serait plus malheureux s’il ne savait que lire et écrire? S’il était reconnu pour ses capacités à comprendre les animaux, à retranscrire de la musique, à vivre dehors, libre, sans attache, sans comptes à rendre?

Ce retour à la simplicité, ne serait-ce pas la fin d’un nouvel esclavage, celui que l’on s’impose jour après jour, et qui nous rends si malheureux?

Je suis une utopiste, une grande rêveuse peut-être, mais je n’arrive pas à me détacher du sentiment que je me trompe de route, que ma vie ne peut pas être une lutte continuelle, presque perdue d’avance, contre le rouleau compresseur de notre administration.

Que je serais mille fois plus heureuse et protégée, avec ma famille, dans les landes de Patagonie, au milieu des lamas…

Zoothérapie et autisme: plus original et accessible que les dauphins, Charlène Périolat et les Lamas des Plaines

Llama 2 (photo: nao-cha)

Llama 2 (photo: nao-cha)

Je vous propose aujourd’hui une interview de Charlène Périolat, la « maman » des Lamas des Plaines. J’ai découvert le travail de Charlène, par hasard, sur Facebook, grâce à Camille ma « petite » cousine. Ma curiosité naturelle m’a poussée à lui poser quelques questions que j’avais envie de partager avec vous aujourd’hui.

Bien sûr, nous sommes tous d’accord, nos enfants ne seront pas « guéris » par la zoothérapie, mais nous sommes tous à la recherche d’expériences enrichissantes, plaisantes, heureuses et renforçantes qui puissent enthousiasmer nos enfants, et je crois que cette activité là est exactement ce qu’il faut pour un moment de joie, de partage, et de douceur en famille.

Charlène, pourriez vous nous expliquer ce qu’est la zoothérapie?

La zoothérapie, je peux vous en donner le définition tel que l’IFZ (Institut Français de Zoothérapie) la définit:

« La zoothérapie est définie comme une médiation qui s’exerce en individuel ou en groupe à l’aide d’un animal familier. Ce dernier, consciencieusement, est sélectionné et éduqué, sous la responsabilité d’un professionnel, appelé le « zoothérapeute »,dans l’environnement immédiat de la personne chez qui le zoothérapeute recherche à éveiller des réactions visant à maintenir ou à améliorer son potentiel cognitif, physique, psychosocial ou affectif.

La zoothérapie est une méthode de travail qui favorise les liens naturels bienfaisants entre les humains et les animaux. Elle s’applique notamment à des fins préventives, thérapeutiques ou récréatives. La zoothérapie mise sur la réciprocité dont fait preuve l’animal de compagnie et sur son potentiel de stimulation et de motivation.

Nous pouvons noter que la zoothérapie ne guérit pas, la zoothérapie n’est pas une médecine. Nous pouvons la considérer comme un accompagnement de soins. »

Concrètement, on va parler de médiation animale. Pour cela, on va remonter à l’enfance et refléchir aux besoins que nous avions. En effet, étant enfant, chaque individu a déjà eu des peurs ou des angoisses qu’il confiait à une peluche ou un ami imaginaire. L’animal médiateur jouera ce rôle d’éponge émotionnelle auprès des personnes (adultes ou enfants) en difficulté, tout en étant bien impliqué dans le réel.

Pourquoi utiliser des lamas? Quelle drôle d’idée!

J’ai choisi le lama car c’est un animal sécurisant. Il possède un bourrelet de gencive sur la mâchoire supérieure et non des dents, de ce fait il n’y a aucun risque de section. C’est également un animal qui ne rue pas (n’ayant que le puma comme prédateur naturel, son moyen de défense est la fuite), et qui ne possède pas de sabot, donc nous sommes en sécurité a ses côtés.

Ensuite, pourquoi le lama? Pour sa beauté, son allure fière, ses yeux doux, la douceur de sa laine, et tout ce qu’il représente. Sur le site, les lamas agissent sur deux plans en mettant les personnes en avant: l’estime de soi et la motricité (il crée la motivation à se déplacer).

Avez vous déjà accueilli des enfants ou des adultes autistes?

Oui, nous avons déjà accueilli des autistes, des personnes atteintes de troubles associés a l’autisme et atteintes de cécité. Dans ce cas, nous travaillons sur le sensitif, énormément, le toucher, la douceur, le calme. Une chose étrange qu’arrive à faire le lama, c’est de maintenir le regard des personnes autistes… Je ne saurais en expliquer le pourquoi, mais au moins les lamas sont dans le contact et la communication avec eux.

Qu’avez vous observé dans la relation enfant autiste/lama?

Souvent, les personnes se sentent rassurées. Parfois, la peur de l’animal fait que l’on met un peu plus de temps, mais souvent le lama finit par convaincre et à rassurer (l’effet de peluche avec la laine des lamas rassure les enfants qui la touchent).

Comment se déroule une séance?

En individuel, nous allons chercher à responsabiliser la personne face à l’animal. Exemple de la journée: on se lève, on se lave, on petit-déjeune. Eh bien pour le lama, c’est pareil: on va le brosser, lui donner à manger, le préparer à travailler (balade parcours de motricité, etc). Chaque séance individuelle est suivie et évaluée, on parle alors de programme via la médiation animal.

En groupe, on travaille différemment car on va jouer sur l’effet de groupe pour faire avancer les personnes dans le bon sens en les valorisant les unes par rapport aux autres. Les plus fortes aident les plus faibles. On responsabilise différemment et on fait marcher les personnes. En groupe, pas de suivi, mais plus des activités ludiques et divertissantes.

Un mot d’ordre pour le centre de zoothérapie Tendres Oreilles: aller au-delà du bien-être avec la médiation animale. Un grand merci à Charlène pour sa disponibilité et sa gentillesse. Et vous, avez-vous déjà utilisé la médiation animale pour aider votre enfant?