Puzzles et compétences de jeu

Puzzles et compétences de jeu

L’élaboration du Programme Educatif Individualisé de Camille en avril 2011 a été le point de départ d’un nouveau centre d’intérêt avec, au préalable, l’apprentissage puis l’émergence de nouvelles compétences de loisirs: les puzzles, jeu d’hypothèse, de manipulation et de stratégie.

Camille, qui n’avait jamais réalisé de puzzles d’encastrement bébé de par une difficulté à rester assise et à maintenir une attention prolongée, a découvert:

  • en un mois, la manipulation de pièces avec embout (tourner, soulever, déplacer, utiliser ses deux mains, développer la pince). Chaque pièce était retournée pour trouver sa place. Aussi, aux habiletés motrices émergentes s’est associée une meilleure représentation de l’espace.
  • en deux mois, la recomposition de personnages ou de scènes à l’aide de trois morceaux. Elle s’est ainsi entraînée à analyser les détails de l’image, à émettre des hypothèses et à développer une meilleure connaissance du schéma corporel (puzzles de personnages). Des puzzles, sur les compétences mathématiques et de lecture, s’y sont ajoutés.
  • en trois mois, l’assemblage de quatre à huit pièces éparses. Nous avons alors encouragé l’observation et privilégié le repérage de la forme des pièces et des indices (détails, couleur).

Après six mois d’intervention, Camille réalise des pièces de 15 pièces en activités structurées et en temps libre. La guidance physique s’est estompée, la guidance orale reste présente, mais son intérêt pour les puzzles et le plaisir d’y jouer l’amènent chaque jour à plus de dextérité, de rapidité, de flexibilité, de concentration, et de logique. Je suis alors émue de la voir tatônner, comparer, faire de multiples essais avec patience et détermination, mettre de côté, élaborer ses premiers raisonnements.

Aujourd’hui, douze mois plus tard, Camille joue en autonomie sur des puzzles de façon spontanée. Elle agence maintenant jusqu’à cinquante pièces: des puzzles aux nuances subtiles comme le poisson Arc-en-ciel, des puzzles sous forme de contes avec une chronologie d’événements et une répétition de personnages, comme les contes du petit chaperon rouge et des trois petits cochons.

Après avoir dû composer et venir à bout des résistances de Camille, j’entrevois ici et maintenant l’aspect pragmatique de l’éducation structurée et de la stimulation par le jeu. Camille prend maintenant  plaisir à réaliser des puzzles; lorsque son excitabilité augmente, ou qu’elle se disperse, je la dirige vers une activité puzzle de son choix, et après quelques manipulations, elle s’apaise.

Steven Degrieck, dans son ouvrage Autisme et loisirs, Temps « mort » ou temps « libre »?, explique avec clarté comment l’intérêt et la motivation apparaissent chez l’enfant autiste, dès lors que l’activité est organisée par l’apport d’un nouveau matériel visualisé et que l’accompagnement est pensé en petites étapes. La table d’apprentissage est le point de départ d’une nouvelle compétence de loisirs éventuelle; aussi, l’entraînement au jeu est-il primordial pour « orienter » et enrichir les compétences de loisirs.

Mes plus grandes satisfactions :

  • Accompagner et soutenir Camille dans un objectif d’ »apprendre à apprendre »,
  • diversifier ses compétences de jeu pour les transposer dans d’autres contextes,
  •  la voir s’épanouir et s’éveiller chaque jour un peu plus,
  • accéder à une meilleure autonomie dans l’utilisation du matériel et l’exécution d’activités.

Et vous, comment les intérêts inattendus de votre enfant sont-ils apparus, alors qu’ils n’étaient pas toujours perceptibles au départ? Comment développez-vous ses loisirs et ses temps libres? Quelles ont été vos grandes surprises et les résistances rencontrées?

Toujours le même Noël?

Eh bien non, pas cette année… Pour une fois, nous échapperons à l’achat des vingt boules de toutes sortes que Mathilde reçevait tous les ans, parce qu’elle ne s’intéressait qu’à ça, et que l’on avait beau lui offrir autre chose, il ne fallait surtout pas commencer par les boules, sinon c’était peine perdue pour qu’elle daigne ouvrir les autres paquets. Donc, exit les boules qui finalement ne servent à rien, sauf à ce qu’elle stéréotype et nous envahisse la baignoire avec.

En fait, je me disais qu’écrire un article sur les Noëls de Mathilde n’avait pas grand intérêt, mais c’est une question sur la page Facebook d’Autisme Infantile qui m’a fait réagir. Est-ce normal que mon enfant n’ait choisi que deux choses pour Noël?

Question à laquelle j’ai répondu que c’est déjà une chance en soi que l’enfant choisisse quelque chose! Combien sommes-nous à appréhender ce moment fatidique de fin d’année, ou des anniversaires, quand nous nous trouvons dans le magasin de jouets (de préférence, vu leur âge), et que nous ne savons pas vers quel rayon nous diriger? Les poupées: mauvaise pioche, elles sont toujours restées au fond du bac. Les tables d’éveils et autres jeux musicaux et lumineux: stop on arrête, trop de stéréotypies avec. Et en plus, elle n’a plus trois ans.

J’y suis bien souvent allée à l’aveugle. Ça fait sept ans que je galère pour essayer de varier un peu, hormis les boules des magasins de sports ou celles que l’on trouve de plus en plus au magasin de jouets, mais qui résistent deux jours entre les doigts agiles de Mathilde qui prend un malin plaisir de les percer.

Il y a bien le super site en ligne pour les enfants exceptionnels, pour les classiques du genre discrimination visuelle, manipulation, apprentissage sensoriel… Mais, à chaque fois, je me dis que ce n’est pas un vrai cadeau, le cadeau dont elle rêverait (ça, je ne peux pas lui offrir… une piscine en dur dans le jardin, et couverte en plus pour l’hiver… et ça ne serait pas facile de la poser sous le sapin pour garder la symbolique de Noël!).

Alors, cette année, j’ai fait en fonction de ses activités de toute l’année, de l’école ou de la maison. Il est temps qu’elle passe à autre chose, qu’elle abandonne ses stéréotypies boulesques. Bien sûr, c’est encore moi qui ai choisi à sa place, et ce sont des jeux que nous pourrons faire ensemble: puzzles, memory, j’apprends les chiffres et les mots, spyrographe, agglobille… tout le matos pour travailler ensemble dans la joie et la bonne humeur.

Maintenant, reste à savoir si elle ne fera pas comme l’année dernière, passer devant le tas de paquets cadeaux au pied du sapin, malgré mes sollicitations, et filer direct à sa télé comme si de rien n’était, alors que les trois autres poussent des cris de joie et d’excitation en découvrant leurs cadeaux.

Cette année, je lui ferai poser ses chaussons aux pieds du sapin samedi soir, et dimanche matin j’irai la réveiller dans de grandes effusions pour qu’elle comprenne qu’il se passe quelque chose… Elle finira bien par comprendre ce qu’est Noël!

Quand l’enfant autiste trouve un terrain d’entente et de jeux dans sa fratrie

Quand l'enfant autiste trouve un terrain d'entente et de jeux dans sa fratrie

Jusqu’à présent, il n’y avait pas beaucoup d’interactions entre Matthieu et les autres enfants. Il pouvait jouer à côté d’eux, plutôt facilement, cherchant leur compagnie ainsi, mais il n’essayait pas franchement de communiquer ou de trouver un terrain de jeux commun.

C’est quelque chose qui a changé cette année. Matthieu cherche toujours la compagnie des enfants et des adultes, mais il a aussi trouvé quelques moyens d’échanger avec les autres enfants, notamment avec son petit frère Julien:

  • À l’école, il va chercher les autres enfants et les attrape par les épaules pour jouer au petit train,
  • À la maison, il lance quelques jeux stéréotypés avec son frère, par exemple, il chante et son frère lui répond (généralement de se taire, hu hu, mais ça les amuse tous les deux), ou bien ils courent ensemble d’un bout à l’autre de la maison, ou bien ils réussissent même parfois à se tolérer et à jouer ensemble à un même jeux (circuits de train ou de voitures).

J’essaie généralement d’éviter tout ce qui pourrait être considéré comme stéréotypique, mais je les laisse parfois faire, car je voudrais privilégier les quelques échanges existant entre eux, en espérant qu’ils s’étendront à d’autres activités au fur et à mesure.

Votre enfant autiste a-t-il trouvé des terrains d’entente et de jeux avec ses camarades de classe, ou sa fratrie? Parlez-nous en dans les commentaires de l’article.

Apprendre à jouer, ou s’efforcer d’utiliser la véritable fonction des objets

Apprendre à jouer, ou s'efforcer d'utiliser la véritable fonction des objets

Si vous avez un enfant autiste à la maison, vous êtes sans doute familier avec les lancements de Legos par terre, accompagnés par des tonnes de flapping, petits sauts sur la pointe des pieds et rires nerveux.

La plupart des enfants autistes trouvent souvent amusant des activités qui ne nous viendraient pas à l’esprit: faire répéter au jouet le même son, encore et encore, porter le petit train juste devant ses yeux pour regarder ses roues tourner, et plein d’autres façons de détourner la fonction réelle des objets.

Avec Matthieu, il a fallu beaucoup de tenacité, dès ses premiers mois, pour qu’il ne lance pas sans arrêt ses cubes sur le parquet (en appartement, vous imaginez la tronche que tiraient les voisins). Alors même que nous ne savions pas encore qu’il est autiste, j’avais pris en main ce genre de comportement, d’instinct, et je lui avais appris à mettre les cubes dans les encastrements, activité qui a fini par lui plaire, mais dont il détournait à nouveau la fonction lorsque je n’étais pas présente pour le guider (physiquement ou verbalement).

Des pluies de Lego, des cascades de Playmobils, des jets de petites voitures. Matthieu n’avait qu’une manière, répétitive et obsessionnelle, de jouer avec les petits objets. En ce qui concerne les mini ordinateurs, il avait aussi des rituels et stéréotypies, mais moins marquées, et il acceptait plus facilement qu’on lui explique la marche à suivre, qu’il s’efforçait alors de ne pas reproduire, préférant continuer à tester toutes les possibilités, et en flappant, ravi, à chaque fois que le bip de l’erreur retentissait.

Lui apprendre à jouer, réellement, ça a été un effort d’équipe. Jusqu’à récemment, nous avions remarqué que Matthieu « copiait » nos démonstrations: faire un pont en Lego qui passe sur les rails, faire une « voiture » avec trois Lego, poser un Playmobil à l’endroit où on l’a posé auparavant. Mais depuis quelques temps, Matthieu s’approprie les jeux avec beaucoup plus d’efficacité et d’ingéniosité. Il crée des ponts, des tunnels, des immeubles autour de ses rails, de son propre chef et avec ses propres plans, qui ne sont pas copiés de nos exemples de jeu. Il a des jeux d’imagination avec ses Playmobils qui n’existaient pas avant, et qui ne sont pas suggérés par nos jeux avec lui, mais qui lui sont propres.

Comment aider votre enfant autiste à apprendre à jouer?

Il y a plusieurs efforts à faire, en continu, pour aider votre enfant à utiliser les objets avec leur véritable fonction, et pas une dérivation autistique. Cela risque de prendre du temps et de la patience, en plus de beaucoup de tenacité, mais comme le prouve l’exemple de Matthieu, ce n’est pas impossible.

Empêcher les lancements d’objets

Tout d’abord, il faut que votre enfant comprenne que certaines formes de jeu sont « interdites ». Jeter les pièces de Lego par terre, ça fait beaucoup de bruit, ça part dans tous les sens, c’est agréable pour lui, c’est vrai! Mais le laisser continuer comme ça, c’est prendre le risque qu’il ne découvre jamais leur véritable fonction. Alors le premier pas c’est de l’en empêcher, et tout de suite:

Recadrer les jeux

Lorsque votre enfant jette un jeu par terre, ramassez-le avec lui et montrez-lui une façon correcte de jouer (faire une maison de Lego, faire rouler la voiture dans le garage, mettre la poupée dans son lit, etc.). N’hésitez pas à lui faire faire l’action, soit en l’encourageant, soit en le guidant physiquement si nécessaire, avec douceur mais fermeté.

Il n’est pas suffisant de recadrer une seule fois: vous devez recadrer à chaque fois que votre enfant a une mauvaise utilisation du jeu. C’est pour ça que je vous recommande de choisir une bataille à la fois, parce que sinon ça va vous sembler impossible. Une fois un comportement adapté appris, vous pourrez passer à un autre, et puis les comportements gênants seront de plus en plus facile à éviter, car votre enfant aura découvert un nouveau mode de jeu et sera avide d’en comprendre plus de règles.

Donner l’exemple

Votre enfant va d’abord calquer ses actions sur les vôtres. Par exemple, il refera toujours le même pont en Lego. Pour qu’il puisse généraliser, il ne faut pas hésiter à lui montrer d’autres usages avec les pièces (une maison, une voiture, un bonhomme, etc.). Petit à petit, son imagination va prendre le dessus, et vous pourrez admirer ses créations, comme j’ai eu la joie de le faire il y a quelques semaines avec les tunnels de Lego autour des rails, comme vous les voyez sur la photo: ça, c’est du Matthieu à 100%, ça ne lui a pas été soufflé.

Bon courage, et tenez bon! Votre enfant peut apprendre à jouer avec la vraie fonction des jeux.

Et si vous aviez 500 euros?

500 Euro (photo: matze_ott)

J’ai souvent de nombreuses idées sur des jeux ou livres sur l’autisme qui pourraient aider Matthieu à progresser, si seulement j’avais un budget plus important pour faire des achats plus souvent.

Je suis persuadée que c’est comme ça, par le jeu, qu’on peut aider nos enfants pour le mieux, car tout ce qui est ludique est en même temps agréable pour eux, et ça leur permet de travailler beaucoup sans en ressentir trop la fatigue et le stress.

De plus, j’ai un paquet de livres que j’ai envie de lire sur l’autisme, mais malheureusement ceux-ci ne sont généralement pas donnés.

Alors aujourd’hui, on va faire un jeu, pour partager nos idées et nos envies, ça peut donner des idées. Imaginez que je vous donne 500 euros virtuels, et que je vous envoie sur Amazon pour aller faire une liste de tous les jouets et livres sur l’autisme que vous aimeriez acheter.

Allez faire votre marché et revenez avec votre liste d’achats pour la partager avec nous dans les commentaires (avec les liens vers les livres et les jouets que vous achèteriez, et la raison pour laquelle vous les avez choisis).

Les jeux d’imitation apparaissent

Cela fait des années que j’attends avec impatience que les jeux d’imitation apparaissent chez Matthieu. Ceux qui ont un enfant autiste le savent: les jeux d’imitation sont très dur à obtenir, et parfois même n’apparaissent jamais.

Les jeux d'imitation apparaissent

C’est pour ça que, je ne vous le cache pas, je saute de joie au plafond de savoir que Matthieu a trouvé une utilité à ses Playmobils.

Il y a quelques jours, j’ai installé la ferme des Playmobils qu’ils ont eu à Noël – c’est un cadeau qui ne les a pas intéressés, et qu’on avait gardé pour plus tard, afin de le leur proposer lorsque le moment propice serait venu. Lors du montage, aucun de mes deux fils n’a voulu rester près de moi pour regarder, la seule chose qui les intéressait était de marcher sur les pièces du jeu et les éparpiller partout. Je l’ai donc monté seule, puis j’ai rajouté la caisse de Playmobils qui prenait la poussière dans un coin, en faisant un petit village.

Une fois terminé, je les ai appellés sans grand espoir, mais à ma grande surprise ils se sont tous les deux précipités pour y jouer.

Quelques jours plus tard, ils ont ramené quelques pièces sur la table de la salle à manger, installant les Playmobils autour de leur petite table, assis sur leurs petites chaises, en plaçant devant eux leurs petites assiettes et leurs petites tasses.

Puis, Matthieu a installé aussi les lits, puis est allé chercher des personnages, et leur a crié « AU LIT! » en les allongeant là. C’était très émouvant et aussi très amusant, parce que j’ai reconnu le ton sur lequel j’envoie les petits se coucher le soir, l’imitation était très ressemblante!

Les jeux d'imitation apparaissent

Enfin, le week-end dernier, j’ai vu Matthieu faire monter un Playmobil à l’échelle, pour qu’il aille sur le toit de la ferme, retrouver un oiseau qui s’était posé là.

J’ai bon espoir que l’apparition des jeux d’imitation amène d’autres progrès, notamment au niveau du langage, car je suis persuadée que ces deux compétences sont intimement liées.

Boîte à idées: Jeux de dénomination

Une chose est sûre, éduquer un enfant autiste est un job créatif. Il faut avoir des idées, beaucoup d’idées. Des idées efficaces et motivantes.

Je vous propose de mettre en commun toutes nos idées de jeu, par thème. Ça nous aidera lorsque nous aurons le cerveau un peu ramollo, ou un petit nain un peu lassé des pitreries de sa maman préférée. De plus, ça nous permettra à tous de travailler, dans la joie et la bonne humeur, les compétences essentielles pour que nos bouts de choux progressent.

  • Pâte à modeler: Nommer les animaux réalisés à l’aide des moules play do ou autres.
  • Autocollants: Nommer les animaux de la ferme, de la savane, etc.
  • Dinette: Nommer les ustensiles ménagers (assiette, fourchette, casserole, cuillère, etc.)
  • Poupée: Nommer les parties du corps, et le vocabulaire de l’hygiène et de la toilette (en donnant le bain à la poupée, la coiffant, etc.)
  • Aller au marché: Nommer fruits, légumes, etc.
  • Lecture: Pointage et dénomination des formes, lettres, chiffres, couleurs, objets
  • Varier les textures avec le sac à mystères (pâte à beurk, balles sensorielles à tentacules, etc.)
  • Au square: dénomination des actions en cours, comme monter, descendre, courir, sauter, marcher, glisser, etc.

Et vous quels sont vos jeux de dénomination préférés?