Comment survivre à un passage devant la CDAPH de l’Oise: entre dégoût et incrédulité

Ça commence assez simplement. L’équipe éducative s’est réunie, a demandé 24 heures d’acccompagnement scolaire pour votre enfant. L’enseignante référente, pour une raison que vous ignorez, a indiqué 18 heures dans le PPS qui vous a été transmis, par mail, en catastrophe, la veille au soir de la date limite de remise des dossiers.Vous vous dites que vous venz de vous faire sucrer 6 heures, deux demi-journées, comme ça, ni vu ni connu. Vous demandez pourquoi, et on vous répond que de toutes façons, en maternelle, dans l’Oise, on ne donne jamais 18 ou 24 heures… sans aucune autre justification.

Vient ensuite le temps de la bataille quotidienne, à coups de mails, de coups de fil donnés dans tous les sens, pour obtenir que votre enfant soit accompagné d’une personne formée au traitement ABA afin que le temps scolaire, cet aspect essentiel du traitement d’un enfant autiste en terme d’interactions sociales avec les pairs, soit parfaitement géré et que votre enfant en tire les plus grands bénéfices.

Mais votre force de conviction ne suffit pas:

  • Les conventions proposées à votre association sont inacceptables en l’état (l’association doit se substituer à l’Education Nationale pour l’emploi et la rémunération des AVS).
  • Vous ne pouvez soumettre les CV des personnes – pourtant motivées, passionnées, parfaitement formées et prêtes à accompagner votre enfant – à la personne chargée du recrutement, puisque ces candidatures ne rentrent pas dans le cadre des contraintes des contrats de retour à l’emploi, CUI, dont bénéficient les EVS dans l’Oise (contrats pour personnes en rupture totale avec le monde du travail depuis plus de deux ans, n’ayant bien sûr aucune expérience exigée ni de la petite enfance, ni du handicap).

Vous croisez donc les doigts en priant votre bonne étoile pour que votre enfant « tombe » sur une personne au moins intéressée par l’autisme et les objectifs que l’on pourra lui proposer.

Arrive ensuite dans votre boîte aux lettres la notification de la MDPH: 12 heures hebdomadaires.

Voilà. Vous avez un enfant autiste de haut niveau , dont l’essentiel des difficultés sont d’ordre purement comportemental – compliance et interaction avec les pairs – qui peut aller à l’école toute la journée car il est académiquement à l’aise, car il a intégré les règles de vies de la classe, et parvient à avoir un comportement d’élève. Nous souhaitons, sa famille et son entourage pédagogique, faire en sorte qu’il se distingue le moins possible de ses camarades, et qu’il se prépare dès la moyenne section à encaisser la fatigue et la surstimulation d’une journée complète d’école afin de, petit à petit, élever son seuil de fatigabilité.

Vous avez donc un enfant parfaitement entouré et pris en charge, avec des objectifs très clairs, sur lesquels tout le monde – orthophoniste, équipe ABA, psychomotricien, parents, institutrices – travaille main dans la main, et l’on vous dit, à travers ces 12 heures, que le système se fout totalement du projet mis en place autour de votre enfant.

Pour la MDPH, votre enfant est autiste un jour de 8h20 à 12h20, et l’autre jour de 13h20 à 16h20, et débrouillez vous avec ça.

Une fois n’est pas coutume, vous contestez. Et c’est ainsi que le 10 septembre dernier mon époux, accompagné de mon fils – puisque la convocation était claire sur l’obligation de présence de Stan – se sont retrouvés devant un tribunal de trente personnes réunies à Beauvais (Oise).

Dès le départ , le ton est donné:

  • Personne n’a la politesse de se présenter. Il n’y a même pas un petit chevalet pour indiquer le nom et la fonction de chaque personne, rien.
  • Personne n’a pris connaissance des dossiers, des amis passés avant nous pour leur enfant trisomique ont constaté que durant toute la comparution, les membres de la commission on répété que leur fille avait 10 ans (l’âge limite pour envoyer les enfants trisomiques en CLIS dans l’Oise), or Mila a 9 ans (et est très heureuse dans notre école municipale « normale »).
  • Le fait d’utiliser une approche éducative et comportementale vous place d’emblée dans le camp « ennemi » . Il faut protéger votre enfant du parent « tout-puissant » que vous êtes, il faut laisser à ce pauvre enfant la possibilité de respirer un peu , lui laisser le temps de laisser émerger son désir de découvrir le monde seul, sans pression. Le tout se fait bien sûr à coups de questions insidieuses: « Ne pensez vous pas que cet enfant a besoin de son espace propre? », « Ne pensez -vous pas que cet enfant est trop surchargé de prises en charge? »
  • La vision du handicap est totalement ostraciste , et encore une fois les questions sont pernicieusement violentes: « Mais quelle ambition avez-vous pour votre enfant, Madame, allons, elle est trisomique ».
  • Soulignez les progrès faits par votre enfant et ils vous seront renvoyés en pleine figure: mon mari faisait remarquer à un membre de la commission qui siégeait à la commission de recours pour l’attribution de la PCH, que contrairement à l’an passé, Stan était désormais capable  de rester calme, il n’avait pas craché sur tout le monde en arrivant, n’avait pas fait l’étoile de mer sur le sol il lui a été répondu que, si Stan s’était comporté de cette manière l’an dernier, c’est parce que c’était stressant pour un enfant d’être placé dans une telle situation (ça l’est sans doute beaucoup moins d’être dans une salle avec trente adultes).
  • Quoique vous disiez, quels que soient vos arguments, ils vous sont retournés. N’espérez pas savoir enfin pourquoi on vous a attribué 12 heures au lieu de 18, ou pourquoi on tient absolument à envoyer votre enfant en CLIS alors que vous souhaitez un accompagnement scolaire en milieu ordinaire. On ne vous répondra pas. On ricanera, on vous mettra sur la sellette, le tout devant votre enfant, votre enfant qui entend tout, et comprend tout aussi parfois. Oserait-on faire une telle chose à des enfants non handicapés? Les voix ne s’élèveraient-elles pas pour crier au scandale? Est-ce la place d’un enfant d’être assis sur une chaise à côté de son père qui se fait démonter par un tribunal de trente personnes?

Bref, la décision est tombée. Les progrès de Stan se retournent contre nous: puisqu’il a progressé, eh bien il n’a qu’à se débrouiller avec ses problèmes d’interaction avec ses pairs. La société s’en tape de son confort de vie future. Le système n’en a rien à secouer de Mila qui progressera moins cette année, car elle est privée d’AVS pour faire pression sur ses parents afin qu’ils acceptent de l’envoyer en CLIS. La société se fout strictement du sort de X qui, avec 12 heures d’AVS, n’arrive pas à s’intégrer correctement à sa classe, ou de Y qui, avec 6 heures d’AVS obtenues de haute lutte, a les pires difficultés à se socialiser. Comme d’habitude, ce sont les familles qui vont se substituer au système, en trouvant des bidouilles pour former les AVS, en déscolarisant leur enfant.

Je sais très bien qu’il y a des situations bien pires, des gens qui n’ont tout bonnement pas d’AVS malgré les notifications MDPH, par exemple, ou des enfants qui ont bien plus de difficultés que le nôtre à intégrer le système scolaire.

Ce qui me désole absolument dans tout ça c’est:

  • Qu’il faille passer devant un tribunal pour faire valoir les droits de son enfant.
  • Que l’on doive se faire malmener devant nos enfants.
  • Que personne ne soit capable de répondre à la question de fond: pourquoi la loi de 2005 n’est pas appliquée – vraiment! Que personne ne soit capable de prendre ses responsabilités à ce sujet…
  • Que la vision court-termiste du système réduise les chances de nos enfants.
  • Que la MDPH de Paris accorde systématiquement 24 heures, avec possibilité d’accompagnement scolaire en ABA, et qu’à 50km de Paris ce ne soit plus possible.

Alors, entre nous, on va évidemment épuiser toutes les voies de recours parce que, pour nous, ces six petites heures sont maintenant symboliques, et que si toutes les familles protestaient et contestaient les décisions qui ne correspondent pas au PPS, peut-être que les PPS seraient mieux respéctés (car à quoi servent-ils si leur recommandations ne sont pas suivies?).

L’école est la première marche de l’intégration de nos enfants, quel que soit leur handicap et leur niveau de handicap. Nous devons nous battre, même si c’est encore de l’énergie dépensée en vain, pour que le système n’ignore pas cette marche, et qu’un jour tous les enfants handicapés aient les chances scolaires et d’intégration qu’ils méritent.

Handicap ou simple différence?

Handicap ou simple différence?On en discutait il y a deux semaines, à l’initiative de Justine, dans les commentaires de l’article d’Aurore: Reconnaître la différence ou la normalité?

L’autisme est-il, doit-il être considéré comme un handicap ou une simple différence?

Je suis persuadée que pour certaines personnes autistes, le handicap a fini par se transformer en simple différences. Tous les autistes qui ont réussi, à l’âge adulte, à avoir une vie de famille, ou un travail, ou tout simplement à évoluer de manière autonome dans la société, ont le droit de revendiquer cette simple différence de manière de penser, plutôt que le handicap.

Pour moi, il y a handicap à partir du moment où il y a besoin d’une aide extérieure pour la vie de tous les jours, ou que la personne ne se sent pas bien au sein de la société (plus que le mal-être qu’on peut tous avoir une fois de temps en temps).

Quel est votre opinion là-dessus? Préférez-vous penser votre enfant handicapé ou différent?

Pour l’instant, je ne peux pas considérer mon enfant comme simplement différent. Il l’est, oui, mais il est aussi handicapé, car il n’est pas capable de faire ce que font les autres enfants de son âge: il ne parle pas, il ne connecte pas avec les autres. Mais handicapé ne signifie pas idiot ou ignorant – j’ai bon espoir qu’à force de l’aider, nous arriverons à lui apprendre la communication, et qu’il pourra avec le temps passer d’enfant handicapé à adulte un peu différent.

De plus, comme le disait si bien Isabelle, pour leurs parents, les enfants autistes sont avant tout… des enfants. Ce sont nos enfants! On ne les aime pas plus parce qu’ils sont différents, ou handicapés. Si tout le monde était comme nous, les gens seraient capables de voir au-delà des bizarreries.

Dans l’idéal, la société de demain devrait être capable d’intégrer nos enfants sans vouloir les changer, avec leurs difficultés et leurs différences, sans les juger mais en leur tendant la main. On sait tous très bien que pour l’instant, ça ne marche pas comme ça. Alors, il faut continuer à faire travailler nos enfants pour qu’ils puissent s’adapter au monde des neurotypiques, et qu’ils y trouvent une place qui leur convienne.

Partagez vos impressions par rapport à ce débat dans les commentaires: pour vous, handicap ou différence?

Des progrès, du bonheur!

Des progrès, du bonheur!Le temps passe, mais ça y est, ce sont les vacances! Que ça fait du bien! Et dans tout ça il y a Maëlys qui:

  1. a eu 3 ans le 9 juin, mon bébé devient une petite fille…
  2. progresse encore et encore…
  3. entre à l’école dans un mois!

Voilà, nous sommes en vacances de prise en charge aussi, et je pense que, malgré tout, cela fait du bien aussi à ma fille. Elle a encore terriblement progressé ces derniers temps, pour notre plus grand bonheur. Elle commence à créer ses propres phrases malgré une écholalie très importante. Elle est quasiment propre le jour – encore des accidents de « caca » mais vraiment, même si on y a mis le temps, elle a bien compris dans l’ensemble. Restent la sieste et la nuit.

Maëlys fait aussi de moins en moins de crises et devient donc plus facile à vivre, c’est une enfant pleine de vie, et qui commence même à faire des bétises.

Dans un mois, c’est le grand jour! Elle rentre à l’école. Nous avons rencontré sa future maîtresse, une femme exceptionnelle. Je commence à croire que nous avons énormément de chance. Avec elle, Maëlys ne peut que s’intégrer, surtout que Maëlys lui a montré ses facilités (elle connait et reconnait tout l’alphabet, connait les couleurs, les formes, sait compter jusque 10, etc.), mais aussi ses grosses difficultés, et la maîtresse n’a pas prit peur, bien au contraire!

Les jours passent, et ne se ressemblent pas. Parfois j’ai l’impression que, finalement, les nuages au-dessus de notre fille vont peut être partir, et qu’elle pourra vivre « normalement », et ça, c’est ce que je souhaite le plus au monde…

La scolarisation des enfants handicapés en chiffre

La Loi du 11 février 2005, pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, affirme le droit pour chacun à une scolarisation en milieu ordinaire au plus près de son domicile, et à un parcours scolaire continu et adapté.

Les parents sont également plus étroitement associés à la décision d’orientation de leur enfant et à la définition de son projet personnalisé de scolarisation (P.P.S.).

Depuis cette Loi, le nombre d’enfants handicapés scolarisés a progressé:

  • 151 500 enfants en 2005/20061
  • 155 300 enfants en 2006/2007
  • 162 016 enfants en 2007/2008
  • un peu plus de 170 000 enfants pour 2008/2009

Ces chiffres regroupent les enfants et adolescents scolarisés en milieu ordinaire, en CLasse pour l’Inclusion Scolaire (CLIS) ou encore en Unité Pédagogique d’Intégration (UPI). Concomitamment, le nombre de CLIS et d’UPI a augmenté: il y a désormais 4 060 CLIS et 1 548 UPI.

Au vu des statistiques consultables, soit l’année scolaire 2007/2008, la répartition des élèves était la suivante:

  • 110 800 élèves scolarisés en milieu ordinaire dans le 1er et 2nd degré,
  • 51 215 élèves en CLIS et UPI.

La Loi du 11 février 2005 avait prévu des moyens spécifiques pour la scolarisation des enfants handicapés. C’est dans ce cadre que sont recrutés les Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS). Il y a environ 24 700 AVS à ce jour (chiffre à rapprocher du nombre d’enfants handicapés scolarisés), et 1 307 enseignants référents, dont la mission est de suivre le cursus particulier de chaque élève handicapé, étaient nommés à la rentrée 2008.

Il est indéniable que le nombre d’enfants handicapés scolarisé a progressé depuis la Loi de 2005 puisqu’en 2003/2004, leur nombre était de 127 084.

Rappelons cependant que le nombre d’enfants handicapés en France est d’environ 270 000 afin d’avoir à l’esprit que beaucoup d’entre eux ne sont pas scolarisés en milieu ordinaire (soit plus d’un tiers).2

13 000 seraient même sans aucune solution, c’est-à-dire sans aucune prise en charge, notamment en IME (Institut Médico-Educatif).

En France, on dénombre environ 40 000 enfants atteints d’un Trouble Envahissant du Développement (TED), dont un peu plus de 13 000 autistes. Un enfant sur 1 000 serait autiste. Rapporté à 800 000 naissances par an, le nombre d’enfants autistes progresserait donc de 800 tous les ans.

Pourtant, seulement 500 enfants autistes bénéficieraient d’une intégration scolaire en France: 250 enfants en CLIS et UPI, et 250 enfants seraient scolarisés en milieu ordinaire.3

Le chemin pour assurer l’effectivité du droit à la scolarisation des enfants handicapés est encore long.

  1. Statistiques Ministère de l’Education Nationale []
  2. Extrait site de l’ENA []
  3. Chiffres extraits du rapport d’Autistes sans Frontières: « Etude sur l’intégration scolaire des enfants autistes en France » Mai 2006. []

L’Education Nationale joue sur les mots

Intégration, inclusion… et pourquoi pas tout simplement scolarisation?

La loi de février 2005 sur l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées débouche sur une déclaration de l’Education Nationale: « Tout enfant est de droit un élève, acteur de ses apprentissages ».

Deux notions découlent de cette affirmation:

  • L’accessibilité au savoir et à la connaissance pour tous.
  • La compensation, à savoir le droit à bénéficier de toute mesure personnalisée pour garantir cette accessibilité, dans les limites humaines et techniques.

En tant que parent-enseignant, il me paraît important de rappeler quelques évidences qui se sont perdues dans tous les textes de lois qui pullulent depuis 1975:

  • L’enfant, quelque soit son atteinte, possède une identité propre qui ne résume pas uniquement à un dossier administratif ou de handicap.
  • Il faut mettre tout en oeuvre pour que chaque enfant accède à la communication et au langage.
  • Nous avons la responsabilité de nous faire comprendre et de construire un pont  » entre deux mondes « .
  • Notre devoir est de rechercher des stratégies éducatives en se posant deux questions: quels comportements me faut-il modifier chez l’enfant et que faut-il changer à ma manière d’enseigner?

Beaucoup de temps est hélas dépensé à se demander où s’arrête la mission de l’enseignant « ordinaire » et ou commence (et finit) celle de l’enseignant spécialisé. Tout ceci est d’autant plus compliqué que l’autisme balance entre déviance et normalité, que les diagnostics sont souvent tardifs et les classifications incertaines.

À titre personnel, je tiens à souligner quelques passages ardus et douloureux dans notre cheminement (je devrais d’ailleurs plutôt dire notre combat) pour la défense du droit d’écolier de notre fils.

  • Des kilomètres de phrases pour convaincre les Inspecteurs de l’Education Nationale de la nécessité d’un accompagnement par un Auxiliaire de Vie Scolaire individuel.
  • Une année complète de déscolarisation « sauvage » parce que le mobilier de l’école maternelle n’était plus adapté aux grandes jambes d’un Antoine de  7 ans et que l’accès à l’école primaire lui était de toute manière interdit.
  • Un passage éprouvant, obtenu après moultes démarches, devant une commission afin de mendier quelques heures de scolarisation en CLIS (CLasse d’Intégration Scolaire).
  • Et, cerise sur le gâteau, une comparution devant le Tribunal du Contentieux et de l’Incapacité pour venir s’opposer à une Education Nationale non représentée à l’audience, qui réclamait pourtant et contre l’avis de la maîtresse, la fin de l’intégration en CLIS parce qu’Antoine avait atteint ses 10 ans. Nous avons finalement obtenu gain de cause et notre fils a  pu terminer son cycle.

Il a aujourd’hui 13 ans et est scolarisé depuis deux ans dans l’Unité d’Enseignement de son IME. Nous avons fini par rencontrer en décembre dernier le « maître référent » qui nous a enfin soumis un projet personnel de scolarisation. Après quasiment dix-huit mois de silence, il était temps!

Au sein de cet IME géré par l’UGECAM, point d’élections de délégués de parents, les enseignants nommés par l’Education Nationale n’y sont, pour la plupart, pas formés, tout juste inspectés.

Et lorsque les portes de cet établissement, qu’on n’appelle déjà plus une école, vont se fermer, notre enfant sera-t-il alors inclu ailleurs, guéri, « désintégré »…?  Les jeux de maux seront toujours d’actualité.

HAJIME

HajimeDans le vocabulaire des judokas, HAJIME veut dire départ, bref c’est parti.

Cela fait cinq ans que Nicolas fait du judo, non pas pour qu’il fasse des compétitions, mais pour l’intégrer dans un milieu ordinaire. Après avoir essuyé un premier refus, à croire que les enfants de 5 ans participaient aux Jeux Olympiques, j’ai rencontré un autre professeur par l’intérmédiaire de l’AVS de Nicolas. Celui-ci a accueilli Nicolas sans aucune difficulté et beaucoup de gentillesse.

Chaque fin d’année, les enfants reçoivent un diplôme rappelant les valeurs d’un judoka et changent la couleur de la ceinture en fonction de leur progrès. Ce qui m’émeut à chaque fois, c’est que Nicolas reçoit aussi son diplôme, son changement de ceinture ou des galons à coudre, même si les progrès de mon fils en judo ne sont pas comparables aux autres judokas. Aussi, maintenant, Nicolas est ceinture jaune-orange grâce à son professeur, Stéphane, qui joue le jeu. Il faut rajouter que Nicolas est très fier et à l’aise dans son kimono.

Pour cette année, Nicolas a changé de groupe. Il est avec des grands qui commencent à comprendre son handicap et s’en accomodent très bien. Les grands ayant un bon niveau, c’est un très bon exemple et moteur pour mon fils qui progresse bien. Stéphane est ravi de ce changement de groupe.

Un mercredi, un des enfants arrive au cours et serre la main à ses potes. J’ai été touché de voir qu’il a tendu également la main à Nicolas, qui a eu un moment de surprise et d’hésitation, puis a répondu de même.

Je suis très fière et très satisfaite de mon fils. WAZA ARI!

Le mot qui fait peur

Dans les années 2002-2003, parler de CLIS était quand même malvenu; notre cheval de bataille et le sujet principal de conversation dans la salle d’attente chez le pédopsychiatre était l’intégration à tout prix.

Moi-même, je m’imaginai la CLIS comme une copie exacte de l’hôpital de jour où les enfants végétaient. Je pensais que Nicolas serait beaucoup mieux dans une classe ordinaire (accompagné d’une AVS) et que le mimétisme ferait le reste. Cela a fonctionné jusqu’en dernière année de maternelle.

Le mot qui fait peur

A ce moment, il a fallu faire un choix. Une entrée au CP avec le constat suivant: une AVS à plein temps bien que Nicolas progresse énormément, ou la CLIS avec une institutrice spécialisée, certes, mais surtout avec 11 autres enfants « handicapés ». Voilà, le mot est lâché. Nicolas a toute sa place dans une classe d’handicapés. Jusqu’à présent, je disais que mon fils avait des soucis.

Une AVS à plein temps dans le système de l’éducation nationale est utopique. Mon mari et moi sentions Nicolas très immature et nous avions peur que notre enfant souffre du rejet; et puis l’intégration se faisait encore au compte-goutte, les autres enfants n’étaient pas encore habitués.

Toutes ces réflexions nous ont amenés à changer radicalement d’avis sur la CLIS. Lors de l’équipe éducative, nous avons fait ce choix d’orienter Nicolas en CLIS; par cette décision, nous avons également accepté le handicap de notre enfant sans en avoir le nom, et j’ai pu utiliser ce terme sans réaction épidermique.

Nous sommes en septembre: Nicolas fait son entrée en CLIS, dans la cour des grands.

Nous ne regrettons pas ce choix.

Comment j’ai repris espoir, ou mon premier contact avec l’équipe enseignante de la maternelle de Stan

C’était la dernière incertitude majeure qui m’angoissait terriblement: comment la directrice de l’école maternelle, dans laquelle Stan va entrer pour la première fois en petite section la semaine prochaine, allait-elle réagir à l’annonce du handicap de mon loulou? Allait-elle manifester des craintes, de l’angoisse? Allais-je essuyer un refus poli mais ferme? L’intégration scolaire est tellement importante pour un enfant autiste

Comment j’ai repris espoir, ou mon premier contact avec l’équipe enseignante de la maternelle de Stan

Eh bien, j’ai eu tort d’angoisser. Oui, il existe au moins une directrice d’école, une institutrice et une ATSEM, dans ce bas monde, à qui l’autisme ne fait pas peur, qui se sont ruées sur internet pour récupérer de la documentation, qui m’ont passé un coup de fil enthousiaste pour me dire que ce serait un défi dans leur vie d’enseignante, un challenge qu’elles comptaient bien réussir et qui allait enrichir leur expérience! Je n’en croyais pas mes oreilles !

J’ai vraiment entendu une équipe enseignante dire qu’elle se sentait responsable de l’épanouissement des enfants, de TOUS les enfants qui lui étaient confiés.

La demande d’AVS est donc lancée. Une entrevue avec le médecin qui prend en charge l’aspect éducationnel de Stan est prévue afin que les instituteurs puissent se familiariser avec l’approche spécifique que nécessite ce handicap. La classe de Stan va être structurée pour mieux l’accueillir, les petites images correspondant à chaque activité sont préparées pour qu’il comprenne ce qui se passe, et une attention particulière lui sera portée en attendant que l’AVS arrive.

Maintenant il n’y a plus qu’à espérer que Stanislas sera heureux durant les trois prochaines années dans cet environnement, et que cette période clé pour sa future autonomie soit vraiment riche de progrès !

Je voulais partager cela avec vous, car j’ai eu trop souvent le coeur serré en lisant le témoignage de parents dont les enfants ont été mis au ban de l’école de la République. Ça m’avait fait froid dans le dos.

Apparemment, un autre monde est possible, il faut que ça se sache, il faut que ça s’étende. Il faut qu’un jour plus aucun parent ne soit mort d’angoisse à l’idée de parler du handicap de son enfant à une équipe éducative avant sa première rentrée scolaire.

Et chez vous , comment la rentrée va-t-elle se passer?