Apprendre ensemble: la guidance

Battlefield (photo: Ernst Vikne)

Il y a tout un  tas d’expressions barbares en ABA. Barbares parce qu’elles se réfèrent à des expressions anglaises, et qu’un peuple qui mange de la jelly et du fish and chips ne peut pas être totalement civilisé (je plaisante). Parmi ces expressions, la guidance est un concept essentiel de cette approche. Pour mieux le comprendre, il faut partir de la traduction du mot anglais: la guidance est une incitation.

Lorsque l’on souhaite voir un enfant réaliser un comportement, on va d’abord donner une instruction: « range tes Playmobils! » Cette instruction là, je la maîtrise bien.

Malheureusement, en début de programme, le mot « ranger  » n’évoquait pas grand chose à mon fils.

Je n’avais donc aucune chance de le voir adopter le comportement attendu en m’en tenant à une consigne, il en profitait pour rapidement utiliser un comportement d’échappement (ceux que, personnellement, je préfère, à base de crachats, agitation motrice et course dans les couloirs).

Pour obtenir le comportement cible, j’ai utilisé la guidance, les incitations. Il existe différentes formes d’incitations:

  • La guidance verbale: « Stan, prends le Playmobil rouge et mets-le dans la caisse. Prends le camion des pompiers et mets-le dans la caisse. » J’utilise des mots pour expliciter à Stan ce qu’il doit faire pour réaliser le comportement attendu.
  • La guidance gestuelle: en donnant la consigne à Stan, j’indique avec mon index le tas informe de Playmobils déchiquetés, puis j’indique la magnifique caisse rouge qui leur tend les bras. J’ai la douce espérance que Stan comprendra la relation entre les deux. Je donne des indices à l’enfant de ce que j’attends de lui.
  • La guidance imitative: après avoir donné la consigne, j’attaque la montagne de Playmobils par la face Est, je range moi-même, et avec un peu de chance, Stan va m’imiter.
  • La guidance physique: je me place derrière Stan, je prends sa main, j’y mets un Playmobil, je la dirige vers la caisse et nous y lâchons le pompier à la coupe au bol. J’engage physiquement mon fils dans la réalisation de la tâche, il touch and feel ce que je lui demande de faire. C’est un peu difficile quand, comme moi, on a un enfant qui use et abuse des colères en tentatives d’échappement, mais cela permet d’amener l’enfant à accomplir le comportement, et donc à le renforcer pour cela, et ainsi d’engager la dynamique positive.

Ça a l’air facile, comme ça… Mais en fait le plus compliqué n’est pas de guider, mais d’arrêter de guider: d’estomper la guidance afin que l’enfant, spontanément, puisse répondre par un comportement adapté à une consigne claire.

Pour être prêt à estomper correctement, l’idéal c’est de penser à la façon dont on va cesser la guidance dès que l’on écrit la procédure du programme, dès le départ. On va du plus intrusif , du plus puissant, au moins intrusif. En fait, le but du jeu est de faire en sorte que l’enfant n’ait plus jamais besoin de guidance à la fin du programme.

Le plus souvent, on commence par la guidance physique, puis imitation, puis gestuelle, puis verbale.

Mais attention, selon le comportement cible, le classement peut changer. Dans un chaînage, pour apprendre à s’habiller par exemple, il vaut mieux ne pas utiliser de guidance verbale, car l’enfant aura plus de mal à s’en passer pour réaliser le comportement en autonomie ensuite.

Bref, comme d’habitude en matière d’ABA, tout est affaire d’observation, d’adaptation et de dosage. Mais si ça peut vous rassurer, Stan est sans doute la personne la plus ordonnée de la maison aujourd’hui!

Utiliser un intérêt pour inciter à parler

Quel intérêt de travailler les couleurs avec son orthophoniste, me direz-vous?

En effet, le tri par couleur n’est pas franchement un outil de communication. Mais c’est très intéressant d’utiliser un intérêt (dans le cas de Matthieu: les lettres, les couleurs ou les chiffres) pour inciter un enfant à parler. De plus, ces appareillages peuvent lui servir par la suite à l’école, où on lui demandera de ranger par couleur, par forme, taille, etc.

Benjamin, l’orthophoniste de Matthieu, a très bien compris comment capter son attention avec des activités qui le motivent.

Le fait que je sois dans la pièce en train de filmer semble être plus dérangeant pour Matthieu que lorsque je filme les séances de psychomotricité avec Faustine.

Utiliser un intérêt pour inciter à parler

Un petit exercice à faire à la maison

  1. Préparer des objets de couleurs différentes. Si votre enfant est jeune, commencer par deux ou trois couleurs différentes maximum. S’il est plus âgé, à vous d’augmenter le nombre de couleurs, de jouer sur les couleurs se ressemblant (bleu foncé et bleu clair, par exemple).
  2. Demander à ce que l’enfant fasse le tri des objets par couleur (sur une feuille, dans des contenants). Si votre enfant sait écrire, qu’il note par écrit sur un papier les différents objets qui ont la même couleur.
  3. Inciter l’enfant à prononcer le nom de la couleur. S’il n’est pas trop jeune et qu’il le connait, demandez le nom de l’objet aussi.

Pour travailler les couleurs, le Colorino est un jouet très sympatique. Matthieu l’adore et cela fait travailler les appareillages de couleurs ainsi que la créativité et l’imagination avec le verso de ses feuilles qui n’affichent pas de couleurs, juste le dessin, et permettent à l’enfant de décider lui-même quelles couleurs utiliser.

Pour les parents intéressés par le tri par couleur, je vous recommande de lire l’article Apprendre les couleurs.