L’IME, c’est NON!

Et pourtant j’y croyais, dur comme fer!

Un IME spécial Autisme, l’un des premiers, de 6 à 20 ans – un accueil pour ma fille jusqu’à ses 20 ans!

Retombe sur terre ma cocotte, faut pas rêver… tu ne vas pas te reposer, pas maintenant, pas encore.

Je vous en ai déjà parlé de cet IME, avec ce chantage à l’internat. Eh bien maintenant, les dés sont jetés: ce sera internat à la semaine, sinon rien!

Okay, d’accord, alors au revoir, m’sieurs dames.

Je suis dégoutée, déroutée, abasourdie que l’on budgétise une place en IME. Les premières envolées du projet étaient formidables, c’était le lieu dont je rêvais pour Mathilde, et pfioutttt, envolé, tout ça à cause d’un internat imposé sous peine de refus.

Et bien je refuse! Et alors là tout le monde reste bouche bée. Comment? Vous refusez l’IME?! Eh oui, ne vous en déplaise…

Vous, tous, parents d’enfants « normaux » dits neurotypiques (à noter qu’il n’y a que les parents d’enfants autistes qui savent ce que ça veut dire…), seriez-vous prêts à prendre ma place? Vous mettez dans la balance la pleinitude familiale, le respect de chacun dans la famille, les frères, les soeurs… Savez-vous au moins de quoi vous parlez? Avez-vous au moins une fois été en situation de vivre ce que nous vivons?

Autant je comprends, pour avoir parlé et cotoyé d’autres parents, que les situations deviennent parfois ingérables ou très difficiles à vivre, et là je comprends sans aucun problème un internat, autant je me dis que chaque cas est unique.

Ce que je reproche à ce projet (pas du tout abouti de mon point de vue), c’est que les premiers enfants intégrés serviront de « cobaye » (personnel formé à l’autisme en une semaine), repas faits par un traiteur extérieur (sachant tous les troubles de l’alimentation que connaissent nos enfants… enfin bref passons). Je ne veux pas que ma fille serve de cobaye! Ce personnel ne sera formé au PECS que plus tard, ne sera formé au TEACCH que plus tard, l’ABA je n’en parle même pas! L’ABA, qui doit de faire sous supervision… Qui le fera?

Je ne veux pas jeter la pierre, loin  de moi cette idée, mais ce si beau projet, porté de mains de maître par de si bonnes personnes, a été budgétisé, dévalorisé, argenté, pour dénier la valeur réelle de nos enfants! À 80 000 euros la place d’internat. Ma fille, Mathilde, vaut bien moins que ça, beaucoup moins: elle ne « coûtera » qu’environ 1500 euros par mois! Je pense que nous allons nous serrer la ceinture, mais à la limite je m’en moque.

Oui, je la garderai pour la faire travailler au maximum, pour l’amener au maximum de ses possibilités. Oui, je suis prête à ça. Je ne veux sous aucun prétexte rater ce qui lui est dû. L’éducation via ses parents, l’éducation via l’école (et Dieu sait que je suis reconnaissante à l’école): je ne lâcherai rien tant que ce sera possible.

Oui, nous la garderons à la maison, nous la ferons travailler jusqu’à ce qu’elle ait un certain niveau, pour intégrer une ULIS. Si ce n’est pas possible, tant pis, mais nous aurons fait tout ce qui est en notre pouvoir pour que ce soit possible.

Après? Nous verrons bien, mais jamais nous ne lâcherons l’affaire, jamais nous ne baisserons les bras, tant que nous ne saurons pas ses limites.

Profil sensoriel et scolarité

2012, année de l’autisme (la troisième du nom, les précédentes n’ayant servi qu’à se mettre d’accord sur la définition!).

Chez nous, l’année de l’autisme dépasse les calendriers, et dure depuis bientôt 16 ans. Les occasions d’essayer de comprendre et d’agir ne nous ont donc pas manqué, nos yeux rivés sur la ligne d’horizon, l’avenir et l’évolution des mentalités.

Intégrer nos enfants autistes signifie-t-il les conduire vers nous coûte que coûte, ou nous imposer à aller vers eux, quitte à être animés par des raisons discutables? Ni l’un ni l’autre, nous pensons plutôt que c’est vivre ensemble en recherchant ce qui peut être utile à tous, y compris à nos enfants.

… la télécommande du téléviseur a été inventée par un technicien pour son ami paraplégique et aujourd’hui elle est présente dans tous nos salons…

En partant du postulat que nos enfants singuliers peuvent nous en apprendre beaucoup sur nous-même, nous en arrivons à imaginer que ce qui peut les aider peut aussi aider leurs pairs dits « ordinaires », en particulier dans un milieu sensé accueillir tous les enfants et que je connais bien: l’école.

À l’heure où l’on ne jure plus que par les évaluations et les statistiques, où le sacro-saint quotient intellectuel a fait de nous des êtres essentiellement cognitifs, je me rappelle du temps où l’on parlait davantage de mémoire auditive ou visuelle… et je pense à mon fils et à son organisation perceptive exclusive.

Pour que l’enseignant spécialisé de l’unité pédagogique de son IME puisse s’appuyer sur du concret, nous avons demandé à établir le profil sensoriel d’Antoine. Le questionnaire se présente sous la forme d’une check-list à compléter, à passer plusieurs fois en revue pour obtenir différents points de vue (parents, éducateurs, etc.) avant d’en faire une interprétation avec les professionnels compétents. Ce formulaire concerne la vision, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût. Son objectif est de cibler les problèmes de traitement de la perception, d’hyper- ou d’hypo- sensibilité, et donc de mettre en évidence les domaines qui exigent une attention particulière ou une aide spécifique, ainsi que ceux pouvant soutenir une émergence.

Chaque enfant a sa façon unique de traiter les informations sensorielles, qu’il soit autiste ou non, et en tenir compte pourrait aider à un enseignement plus efficace pour certains.

Pourquoi ne pas réfléchir à des grilles d’observation sensorielle allégées, destinées à tous les enseignants formés ensuite à les utiliser, conformément à leur champ d’action? En classe ordinaire, les enseignants sont désormais appelés à inclure des enfants handicapés, différents ou atypiques: il faudrait leur donner les moyens de poser un autre regard sur ces élèves. Notre système éducatif a grand besoin de bases nouvelles et solides pour s’adapter à tous ces changements, et tenter d’apporter des réponses à ces questions existentielles.

Puisque nous sommes en période électorale (jour J moins combien, déjà?!), c’est peut-être là un bon moment pour attirer l’attention des politiques, pour que la cause de tous les élèves soit mieux défendue au sein de l’Education Nationale. Nous savons bien que ces hommes peuvent insuffler les vrais changements dans les ministères… et les rectorats.

L’école et les structures n’ont pas leur mot à dire sur les soins apportés à l’enfant autiste

L'école et les structures n'ont pas leur mot à dire sur les soins apportés à l'enfant autiste

Crossed Axes Vector (image: Vectorportal)

J’entends régulièrement des parents se plaindre que les choix d’orientation de leurs enfants à l’école sont restreints parce qu’ils ne veulent pas organiser une prise en charge en structure qui ne leur parait pas adaptée pour leur enfant. On leur refuse les heures d’AVS, le maintien dans une classe, ou carrément le passage à la classe supérieure ou en classe aménagée (CLIS, ULIS).

C’est quand même un comble! Pour qui se prennent ces gens-là?! L’Education Nationale et le personnel des structures en mal de patients n’ont pas leur mot à dire sur les soins prodigués à un enfant. Cela fait partie du secret médical et du libre choix des soins des parents pour leurs enfants.

Voici quelques pistes à explorer pour faire cesser les insanités, si vous êtes dans ce cas-là:

  • La seule chose qu’on puisse vous reprocher, c’est une éventuelle absence de soin, en se basant sur l’article 375 du code civil concernant l’obligation de soin. Or, là, ce n’est pas un refus des soins, mais un refus de soins qui ne vous paraissent pas adaptés. Du moment que votre enfant a un suivi correct à côté, qui vous semble adapté, on ne peut pas vous faire chanter avec ça.
  • Signalez à la MDPH chaque changement envisagé, chaque démarche entreprise, dans le cas d’une malveillance lors d’un PPS, afin qu’ils soient au courant et puissent vous soutenir.
  • Demander de l’aide à la préfecture. Il existe une liste de « personnes qualifiées » qui peuvent servir de médiateurs lorsque ça ne va pas.
  • Écrire au défenseur des enfants.

Si l’IME du coin exige que votre enfant le fréquente pour aller en classe, vous pouvez aussi écrire à l’ARS (Agence Régionale de Santé) dont vous dépendez et signaler un abus de pouvoir du corps médical et institutionnel pour violation de la charte de la personne accueillie (Art. L.311-4 du CASf) et de la charte de la personne hospitalisée (cf. lois du 4 mars 2002, du 6 août 2004, du 22 avril 2005, et circulaire n° DHOS/E1/DGS/SD1B/SD1C/SD4A/2006/90 du 2 mars 2006) qui spécifie:

« Le patient peut à tout moment quitter l’établissement de santé, sauf exceptions prévues par la loi, après avoir été informé des risques éventuels qu’il encourt. »

Le pouvoir de ces personnes sur nous et nos enfants peut être annulé par la connaissance des lois qui existent pour nous protéger des caprices des personnes qui veulent régir nos vies. Alors, n’hésitons pas, et sortons les armes appropriées pour nous défendre adéquatement.

Itinéraire d’un autiste peu gâté

Sabrina CavretJe suis la maman de deux enfants dont Julien, l’aîné, est atteint d’autisme.

Il est né le 4 juillet 1996, il a aujourd’hui 15 ans. Il est dépendant dans tous les actes de la vie quotidienne, incontinent de jour comme de nuit, et non verbal.

Je dépose ce témoignage à la première personne du singulier, d’une part parce que le papa de Julien acceptait difficilement le diagnostic, et il n’avait pas la capacité d’être acteur dans les nombreuses démarches, mais les approuvait. D’autre part, il était en déplacement professionnel toutes les semaines, et il n’intervenait que ponctuellement dans l’éducation de Julien. Puis nous nous sommes séparés en 2003.

Lors de sa première année, Julien était très souvent malade. Nous avons consulté le médecin généraliste et le pédiatre très régulièrement. Il souffrait de reflux gastro-oesophagiens, de troubles digestifs et alimentaires, d’otites à répétition.

C’était un bébé qui alternait des périodes difficiles, avec beaucoup de pleurs, et d’autres où il pouvait être très calme et très souriant. Il semblait très fragile et sensible. Je constatais par exemple des réactions de sursaut et de pleurs lorsqu’il entendait certains bruits: aspirateur, grincements de portes, des voix hautes et graves. Je mettais cela sur le compte des otites.

Mais, peu à peu, j’ai commencé à me poser des questions. Je trouvais qu’il n’évoluait pas tout à fait « normalement »: à neuf mois, il ne tendait pas les bras, il ne manifestait aucune réaction lorsque je le laissais chez la nounou, il était encore très loin de pouvoir tenir assis, et il vomissait chaque fois que j’essayais d’introduire des purées avec tous petits morceaux (de la taille d’un grain de riz).

Le médecin traitant, ainsi que le pédiatre, me rassuraient en me disant que chaque bébé évolue de façon différente, que Julien se développait bien, et que tous ces petits soucis de santé avaient probablement influé sur son éveil, mais qu’il se rattraperait bien vite. Ils me laissaient entendre également que mes inquiétudes n’allaient pas aider Julien, qui devait ressentir mes angoisses.

À l’âge de un an, Julien était toujours en retard dans ses acquisitions, et le pédiatre me questionnait: « Est-ce que vous stimulez suffisamment votre fils? », « Lui parlez-vous, jouez-vous avec lui? », « Et vous, n’êtes-vous pas trop anxieuse? » Puis il me donnait des conseils du genre: « Expliquez à votre enfant ce que vous faites, parlez-lui, racontez-lui des histoires… »

Tout ceci me suggérait que je n’étais sans doute pas une bonne mère, que je m’y prenais mal, que par ma faute mon fils ne s’éveillait pas… J’étais à la fois contrariée d’entendre de tels propos, parce que je n’avais pas l’impression d’être une mauvaise mère, bien au contraire, mais devant le retard de mon enfant et ce que me renvoyait le pédiatre, je devais m’en remette à sa compétence.

Lorsque Julien avait 10 mois, la puéricultrice, qui passait régulièrement chez les assistantes maternelles, a constaté une absence de réponse de Julien lorsqu’elle l’appelait par son prénom. Elle a écrit un mot au pédiatre, qui a aussitôt prescrit un EEG et un examen permettant de détecter une éventuelle surdité (potentiels évoqués auditifs). Les résultats sont revenus normaux.

Puis, quelques mois plus tard, le médecin nous a orientés vers le Centre d’Accueil Médico-Social Précoce (CAMSP) pour une prise en charge de trois quarts d’heure par semaine, en raison d’un « retard dans les acquisitions motrices et de la communication ». Une infirmière travaillait la relation au moyen de jeux (cubes à empiler, jouets 1er âge, jeux d’eau) et d’activités musicales. Une psychologue pour enfants nous recevait également une fois par semaine.

À l’âge de deux ans, devant l’accentuation des retards d’acquisition et les problèmes d’alimentation, Julien a passé quelques nouveaux examens prescrits par le pédiatre: analyses de sang, d’urine, scanner cérébral et divers dépistages. Les résultats ne montraient pas d’anomalies, hormis une ammoniemie, des lactates et pyruvates au dessus de la normale, mais nous n’aurons jamais su à quoi cela correspondait…

Ayant le sentiment que rien n’évoluait, j’ai pris l’initiative de consulter une neuropédiatre réputée exerçant dans un CHU à 100 kilomètres de chez nous. Elle a hospitalisé Julien, qui avait alors près de deux ans et demi, pour une série d’examens, et, en l’absence d’anomalies, elle nous a orientés vers le centre de dépistage précoce dirigé par un Professeur de pédopsychiatrie. Nous nous sommes rendus à plusieurs reprises dans ce centre pour diverses évaluations.

En juin 1999, à presque trois ans, Julien a reçu le diagnostic de syndrome autistique sévère. L’équipe du professeur nous a donc dirigés vers le Centre d’Accueil et de Soins Psychologiques pour Enfants proche de chez nous: un hôpital de jour. Les évaluations mettaient en avant des aptitudes sociales intéressantes pour permettre à Julien d’évoluer favorablement, et des émergences prometteuses permettaient d’être assez optimistes sur les capacités de développement de mon fils.

Au même moment, j’ai inscrit Julien à l’école maternelle, qui me demandait de veiller à ce qu’il soit propre pour la rentrée de septembre. Je les avais informés qu’il avait du retard dans ses acquisitions, qu’il était assez instable sur le plan moteur, mais sans parler d’autisme: je ne souhaitais pas obtenir un refus.

Au mois de septembre suivant, Julien a intégré à l’hôpital de jour à raison de cinq jours par semaine. J’ai demandé comment cela pourrait s’articuler avec l’école. Le médecin m’a alors clairement annoncé que je mettais « la barre trop haute », et que je devais me faire à l’idée qu’il ne pourrait suivre une scolarité en milieu ordinaire, étant donné son sévère handicap. Il a ajouté que je devrais l’inscrire dans un IME pour une intégration à partir de six ans. C’était une annonce terriblement éprouvante, mais elle était tellement évidente dans le propos du médecin que je n’osais m’y opposer, puis je devais faire confiance au spécialiste!

Un an plus tard, j’ai inscrit mon fils, âgé de quatre ans, sur la liste d’attente de l’IME, et j’ai demandé au pédopsychiatre de l’hôpital de jour de constituer le dossier de demande d’orientation auprès de la CDES. C’est d’ailleurs seulement à cette occasion que j’ai appris que Julien pouvait prétendre à une allocation d’éducation spéciale!

Julien a obtenu l’orientation en IME en mars 2001 (à quatre ans et demi). Cet IME, proche de chez moi, avait une bonne réputation concernant la prise en charge des autistes. Le personnel y recevait régulièrement des formations spécifiques (EDI formation).

Parallèlement, j’ai appris l’existence d’une association régionale de parents d’enfants autistes, j’ai fait une formation théorique pour comprendre l’autisme et en découvrir les stratégies éducatives puis, plus tard, une formation sur la communication par échanges d’images (PECS). J’ai demandé à l’hôpital de jour de mettre en place un emploi du temps visuel et un classeur de communication pour Julien. L’équipe n’a pas souhaité accéder à ma demande me renvoyant que « les méthodes de dressage à l’américaine n’étaient qu’un miroir aux alouettes pour les parents désespérés! »

En avril 2001, j’ai rencontré le Directeur de l’IME, qui m’a informée que l’établissement était en sureffectif, du fait de l’amendement CRETON, et que Julien ne pourrait espérer une intégration que cinq ans plus tard, soit en 2006, à l’âge de dix ans!

En décembre 2001, lorsque mon fils avait cinq ans et demi, le pédopsychiatre de l’hôpital de jour m’a annoncé qu’il serait sortant de la structure six mois plus tard, en juillet 2002, même en l’absence d’une place à l’IME en évoquant les raisons suivantes: « Le contrat de départ était de le prendre en charge sur trois ans ». Je n’avais pourtant pas souvenir d’avoir signé le moindre contrat, je n’ai eu aucun document écrit.

« Nous ne pouvons nous substituer aux établissements spécialisés, la place des autistes n’est pas en Hôpital de jour. »

Merci de l’admettre, mais en ce cas il ne fallait pas le prendre en charge!

« Nous n’avons pas pour mission de faire de l’éducatif mais du soin. »

Ça, merci, je l’avais compris!

L’IME convoité étant saturé, j’ai contacté d’autres IME du département pour demander si une inscription de Julien était possible mais j’avais toujours la même réponse:

« Nous n’avons pas de place dans l’immédiat, nous ne prenons pas d’enfants autistes, ceux qui sont actuellement dans notre établissement ont été diagnostiqués après leur admission. »

Fin 2001, j’ai adressé un courrier à la Directrice de la DDASS, lui expliquant mon désarroi devant la situation de mon fils. Le retour ne fût qu’une réponse de courtoisie, m’assurant de toute sa compréhension et de toute son impuissance devant le manque de place en IME…

J’ai donc sollicité la commission de circonscription préscolaire et élémentaire, malgré le refus du pédopsychiatre, pour tenter une intégration en classe de maternelle pour Julien. Elle a été acceptée à raison de trois quarts d’heure par semaine, et à condition que Julien soit accompagné par une personne que je devais trouver et rémunérer. Malgré cela, cette intégration a été un échec, Julien était trop instable et le temps d’intégration était trop court.

Au cours du premier trimestre 2002, désespérée, j’ai adressé des courriers à la Ministre déléguée aux personnes handicapées, ainsi qu’au Président dela République, au Premier Ministre, au Préfet, à la défenseure des enfants… Les réponses étaient pleines de compassion.

Deux mois plus tard, j’ai adressé un nouveau courrier à la Directrice de la DDASS, lui demandant de prendre des dispositions pour trouver une solution, lui rappelant que mon fils allait très vite se trouver exclu de toute prise en charge. Une copie été jointe au Directeur de l’IME, il n’y a eu de réponse ni de l’un, ni de l’autre.

La semaine suivante, accompagnée d’une association départementale de parents d’enfants atteints d’autisme, nous sommes allés rencontrer M. le Député René André pour exposer la situation des enfants sans solution de prise en charge. Nous avons demandé également une aide de sa part, pour  pouvoir remettre un courrier de l’association à M. Jacques Chirac, en campagne présidentielle, et venant à Avranches deux jours plus tard (courrier remis). Nous avons pu évoquer la situation de chaque enfant, M. Le Député a assuré qu’il allait tout mettre en oeuvre pour qu’une prise en charge soit offerte à chaque enfant pour la rentrée 2002. Nous n’avons pu le rencontrer par la suite, nous avons été reçus par son attaché parlementaire. Ce dernier nous a informés qu’une demande de rendez-vous était faite auprès de Mme Boisseau, alors Secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, et que nous y serions conviés. Nous n’avons eu, évidemment, aucune nouvelle…

En avril 2002, j’ai pris rendez-vous auprès de la directrice dela DDASS. Elle m’a fait part de son impossibilité de trouver une solution faute de moyens. Elle m’a conseillé de « prendre mes dispositions pour m’occuper de mon fils en attendant une solution de prise en charge et d’être patiente! » Elle a ajouté que la réforme de l’allocation d’éducation spéciale nous permettrait d’obtenir le complément 6, afin d’employer une personne ou de cesser mon activité professionnelle pour m’en occuper.

Dégoûtée par tout ce qu’on me renvoyait, j’ai voulu médiatiser la situation de Julien au moyen d’articles dans les journaux locaux, et j’ai lancé une pétition pour mon fils (plus de trois mille signatures obtenues). Elle a été transmise en mains propres à la Directrice de la DDASS, puis a été remise au Préfet de la Manche, qui nous a informé par courrier qu’il la transmettait au Ministère des personnes handicapées. Je n’ai jamais eu de retour… Autrement dit, toute l’énergie passée à expliquer la situation et obtenir des signatures est certainement arrivée dans le fond d’une corbeille à papier…

En juin 2002, j’ai contacté l’inspectrice de la DRASS de Caen par téléphone. Elle suggérait que je demande « une table ronde » auprès de la directrice de la DDASS, du directeur de l’IME, de l’assistante sociale de secteur, de l’association locale « Autisme Manche », et des élus qui connaissaient ma situation. Cette table ronde n’a jamais pu avoir lieu, malgré les nombreuses démarches que l’association et moi-même avons effectuées auprès des personnes concernées.

Nous arrivions aux six ans de Julien. L’hôpital de jour lui a fermé ses portes, il se trouvait donc sans aucune prise en charge. Je ne pouvais pas cesser mon activité professionnelle, faute de moyens financiers. J’ai alors postulé pour un changement de poste en horaires de nuit, de façon à employer une personne un minimum d’heures pour s’occuper de Julien le matin à la maison. Je prenais le relai à midi, je ne dormais que 4h30 après mes nuits de travail.

Julien était alors complètement exclu de la société: pas d’école, pas de prise en charge sanitaire ou médico-sociale… Je me souviens avoir vu au journal télévisé que des parents avaient été poursuivis parce qu’ils n’envoyaient pas leur enfant à l’école, c’était déroutant!

Courant octobre 2002, j’ai eu la visite des gendarmes à mon domicile, qui m’ont informée que le pédopsychiatre de l’hôpital de jour avait adressé un courrier au Procureur de la République (sans doute un remords de conscience). Il demandait le placement « urgent » de Julien à l’IME. Je n’ai pu obtenir une copie de ce courrier, mais le médecin nous a dit qu’il y insistait sur les troubles du comportement de Julien, et sur les conséquences que cela pouvait avoir sur notre famille. La gendarmerie envisageait aussi d’auditionner le Directeur de l’IME le lendemain même. Le dossier aurait été transmis au juge pour enfants, qui n’a pas donné suite.

J’ai demandé une nouvelle intégration scolaire fin 2002, du fait de la baisse considérable des troubles du comportement de Julien. L’intégration est acceptée, à condition que Julien soit accompagné (par la personne que nous rémunérons) pour la rentrée de janvier 2003. Mon fils est alors accueilli en grande section de maternelle quatre fois une heure par semaine.

Cette intégration n’aura pu se prolonger l’année suivante, puisque Julien était en âge d’être scolarisé en CE1. Six mois d’intégration scolaire après six ans d’errance ne suffisaient pas à envisager une poursuite. Cela aura permis de le socialiser, de favoriser les contacts avec d’autres enfants, et de le préparer à un accueil en structure.

Le dossier de Julien est repassé en commission auprès dela CDES en avril 2003, et j’ai été reçue par l’équipe pluridisciplinaire. J’ai craqué, je leur ai fait part de mon dégoût, de ma colère, de mon désespoir, de mon épuisement, et de toute ma souffrance. Je me souviens de la gravité avec laquelle cette équipe m’a confié avoir eu peur pour ma santé physique et psychique à ce moment même. J’étais effectivement mal en point, le visage marqué par la fatigue, j’avais pris 20 kilos, et j’étais « démolie » psychologiquement. Ils m’ont assuré qu’ils allaient me trouver très vite une solution.

Un mois plus tard, j’ai reçu un courrier de la directrice de la DDASS qui m’annonçait qu’elle accordait une dérogation à l’IME pour prendre mon fils à temps plein, et ce dès la semaine suivante. Elle ne prenait pas de gros risques, puisqu’elle quittait son poste quelques jours plus tard…

Julien a donc intégré cet établissement, à mon grand soulagement, dès la rentrée des vacances de Pâques en 2003. Il y est toujours pris en charge actuellement. Il s’y est bien intégré, et y a fait des progrès.

Toutefois, je déplore que la prise en charge ne soit plus celle qui avait fait la réputation de cet établissement. Le Directeur qui avait été à l’initiative de la création d’unités spécifiques pour les autistes, et qui avait formé son personnel à l’éducation structurée sur le modèle TEACCH, est parti en retraite trois ans avant l’arrivée de Julien.

Son remplaçant, encore en poste aujourd’hui, ne s’est pas investi de la même manière, et les équipes n’ont plus reçu suffisamment de formations spécifiques à l’autisme. Petit à petit, la qualité de prise en charge s’est dégradée, et il ne reste aujourd’hui que très peu de personnel compétent qui puisse transmettre son savoir. Il existe donc encore quelques outils du modèle TEACCH dans les unités, tels que les espaces structurés d’apprentissages, les tableaux de communication, les repères visuels – mais le personnel n’est plus compétent. En outre, il n’y a plus qu’un éducateur par unité. Les autres personnels n’ont aucune qualification et ne connaissent rien à l’autisme, ils apprennent « sur le tas ».

Le Directeur actuel a également fait installer une pièce dite « d’apaisement », pour des enfants qui seraient trop agités, ingérables! Il s’agit d’une toute petite pièce (ancien cabinet de toilette), sans fenêtre, dans laquelle on enferme l’enfant le temps qu’il s’apaise! J’ose imaginer que Julien n’y a jamais été conduit, et j’y serais formellement opposée!

Je déplore également de ne pouvoir faire bénéficier à mon fils de séances d’orthophonie individuelles par une professionnelle libérale de mon département, qui est très compétente en matière d’autisme. La sécurité sociale refuse une prise en charge en externe, puisqu‘elle estime que l’IME disposant d’une orthophoniste, celle-ci doit pouvoir prendre en charge les enfants qui en ont besoin, ce qui n’est visiblement pas le cas de mon fils non verbal, selon elle. Julien n’a donc plus de séances individuelles d’orthophonie depuis 2002!

Après trois ans de prise en charge à l’IME, et devant le constat d’une évolution quasi nulle de Julien, j’ai fait appel à une psychologue libérale spécialisée dans la guidance parentale à domicile pour les enfants TED. Elle est venue durant deux ans et demi, à raison de une heure trenre par semaine, pour me donner des axes de travail afin d’aider Julien à progresser. Nous avions pour objectifs de l’aider à travailler à la table et à rester assis: imitation avec des pièces de construction, intégration du schéma corporel, reconnaissance auditive et visuelle, communication par les images, jeux éducatifs divers. Nous avons aussi établi un programme pour l’aider à acquérir la propreté et à diminuer les troubles du comportement. Nous avons rencontré l’équipe qui s’occupait de Julien à l’IME, afin d’harmoniser le travail à la maison avec celui de l’établissement. Toutefois, cela n’était pas ou peu appliqué, non pas par refus des équipes, mais par manque de moyens, en personnel notamment, et par manque de qualifications.

À l’âge de 10 ans, Julien a commencé à avoir des troubles de l’humeur assez importants, accompagnés de troubles du sommeil, d’une instabilité motrice grandissante, des crises de pleurs inexpliquées, de violence… J’ai dû accepter la mise en place d’un traitement par Risperidone, l’équipe me faisant comprendre que cela devenait trop difficile, et moi-même ayant de plus en plus de mal à gérer mon fils à la maison.

Itinéraire d'un autiste peu gâté

Aujourd’hui, Julien a un traitement assez conséquent, qui l’a plus ou moins stabilisé, mais qui n’aurait certainement pas été nécessaire s’il avait eu les moyens de communiquer son mal-être. Il semble assez serein, il est souriant, et manifeste positivement le fait d’aller à l’IME. Il a intégré le service d’hébergement de l’IME, deux nuits par semaine et un week-end par mois, parce que je n’avais moi-même plus de vie sociale en dehors du travail. Mon autre fils, deux ans plus jeune, souffrait lui aussi de l’articulation systématique de notre vie familiale autour du handicap de Julien.

Je ne me satisfais absolument pas de notre parcours, mais j’accepte de façon résignée notre situation actuelle, dans la mesure où Julien ne semble plus souffrir.

Malheureusement, dans cinq ans, il aura atteint l’âge de sortir de l’IME. J’imagine que son autonomie très limitée nous contraindra à l’orienter vers des structures du type maison d’accueil spécialisée, ou au mieux un FAM. Je sais aussi que beaucoup d’adultes autistes difficilement gérables, dans ce type de structures, se voient orientés ponctuellement dans les services psychiatrie adulte, et que le ponctuel devient bien souvent du long cours… Je suis infirmière dans un établissement psychiatrique, je parle donc en connaissance de cause, j’éprouve même une certaine honte à exercer ma profession, là où je ne voudrais surtout ne jamais voir mon fils!

Je vis seule, j’élève mes enfants du mieux que je le peux avec des moyens limités. Je rêve bien souvent de pouvoir offrir à Julien un traitement intensif ABA durant les cinq prochaines années, et lui éviter ainsi la destinée que je redoute…

L’heure de la décision a sonné

L'heure de la décision a sonné

Nous arrivons à une période délicate du parcours d’Evan, il va nous falloir choisir dans les mois ou les deux années qui viennent entre école et IME…

Actuellement, Evan va 3 demi-journée à l’école par semaine (soit 9 heures). Il est en classe de moyens/grands mais est considéré comme un « grand » par rapport à son année de naissance. Il va deux matinées en hôpital de jour, et il bénéficie d’une heure de prise en charge ABA par semaine par une psychologue libérale.

Aujourd’hui nous avons deux regards totalement opposés sur Evan.

D’un côté, celui de la pédopsychiatre de l’hôpital de jour, qui commence à nous mettre la pression pour qu’il intègre un IME au plus vite. Selon ses arguments, il n’a pas sa place à l’école:

  • il n’arrive pas à poser son attention très longtemps et ne rentre donc pas (ou très peu) dans les apprentissages,
  • le nombre d’élèves est trop élevé (28), ce qui ne l’aide pas à se concentrer,
  • il doit suivre un programme qui n’est pas individualisé et donc pas adapté à lui.

Selon elle, c’est comme le « jeter dans la gueule du loup » que de le laisser à l’école où il est voué à l’échec.

Bref, autant d’argument avec lesquels nous sommes plutôt d’accord, nous constatons effectivement qu’Evan n’est pas à l’aise en classe, il a du mal à rentrer en relation avec les autres, même si il ne se met pas à l’écart mais cherche au contraire la compagnie de ses camarades de classe sans savoir comment s’y prendre (il touche les cheveux, les regarde, leur parle dans son jargon).

Nous ne sentons pas franchement notre enfant épanoui à l’école, il rentre des fois perturbé, nous disant qu’il a été puni (parce qu’il a crié, par exemple). La maîtresse et l’AVS nous disent souvent que c’est difficile, qu’il perturbe un peu la classe… C’est difficile d’entendre ce genre de discours (depuis la crèche), mais en même temps je peux comprendre, Evan peut vraiment être exaspérant parfois!

À côté de ça, je reste persuadée que l’école lui apporte quelque chose, et je me suis déjà préparée à ce qu’il reste en maternelle encore un ou deux ans (il devrait normalement passer en CP en septembre), ce qui est évidement inconcevable aujourd’hui…

De l’autre côté, nous avons la psychologue ABA qui, elle, revendique la place d’Evan à l’école, et nous conseille même de demander plus d’heures d’AVS. Selon elle:

  • Evan est capable d’apprendre beaucoup de choses, d’ailleurs il s’intéresse à tout,
  • si il entre en IME, il sera très difficile de le réintégrer dans un système scolaire ordinaire

Autant d’arguments avec lesquels nous sommes d’accord aussi!

Alors quoi? Quelle est la solution? Si l’IME n’est pas une solution efficace, si le rythme scolaire d’une école ordinaire est trop exigeant, si la prise en charge en hôpital de jour n’est pas adaptée à l’autisme, quelle solution s’offre à nous?

L'heure de la décision a sonné

Le 27 février, nous assisterons à l’Equipe de Suivi de Scolarisation à l’école d’Evan. Qu’allons-nous leur dire, si nous-mêmes nous ne savons pas ce que nous voulons pour notre enfant?

Nous avons exigé que la pédopsychiatre de l’hôpital de jour et la psychologue ABA se rencontrent pour faire le point ensemble sur la situation d’Evan. Elles n’ont évidement pas du tout la même vision des choses, mais heureusement, grâce à l’acharnement de la psychologue ABA (qui est vraiment géniale), un rendez-vous est prévu fin janvier à l’hôpital de jour. Nous espérons qu’il sera constructif…

En attendant, je suis preneuse de vos conseils, de vos témoignages sur votre parcours. L’État fait de l’autisme la grande cause nationale pour 2012, des choses se mettent en place, mais c’est aujourd’hui que notre fils à besoin d’une prise en charge adaptée. Le temps file, et ce temps-là est précieux!

Autisme et orientation en IME: j’ai besoin de l’avis des autres parents!

Il y a des moments dans la vie où, malgré le chemin déjà parcouru dans l’autisme, on a besoin d’un avis contraire, de peser le pour et le contre, de mettre de côté l’affect, la souffrance vécue ou à venir.

Voilà que j’y suis, pas pour la première fois, certes, mais ce coup-ci je suis au pied du mur, je ne vois pas d’autre solution. Je vais vous expliquer, d’une part pour avoir votre avis et connaître votre vécu, d’autre part pour montrer que si l’on sort des sentiers battus de l’école ordinaire (même avec son lot de déboires du genre: pas d’AVS, moins d’accueil que prévu sur la notification MDPH), à un moment, et l’un n’empêche pas l’autre, on se trouve confronté au grand dilemne du: « j’ai une décision à prendre pour l’avenir de mon enfant et de l’adulte qu’il sera dans pas tant d’années que ça! »

En fait, à un moment dans notre vie de parents d’enfant autiste, l’avenir de ce petit bonhomme ou de ce petit bout de femme est carrément entre nos mains. Que ce soit le passage en CP ou en CLIS, puis plus tard le passage en IME ou en ULIS, c’est le moment de prendre la bonne décision… Mais voilà: là où ce serait trop simple de décider juste de ce que l’on envisage pour son enfant, il faut en plus jouer des bras pour faire accepter sa décision aux autres, et là, ce n’est pas une mince affaire.

J’ai comme l’impression qu’on me trouvera toujours une bonne excuse pour ce que je choisis. Certes, il ne faut pas que je préjuge des capacités de ma fille, ni de sa capacité d’adaptation, ni de sa capacité d’autonomie… Mais là où j’aurais tendance à me fâcher c’est quand on me met un peu le couteau sous la gorge sous forme de chantage à la place libre qui sera donnée à un autre si je ne signe pas tout de suite!

Mon « invitation » en équipe pluridisciplinaire de la MDPH avait pour but de parler de l’orientation de Mathilde.

  • « parce qu’il est temps d’y penser »: mais oui, bien sûr, je m’endors sur mes lauriers concernant l’avenir de ma fille depuis bien longtemps, Messieurs Dames, vous faites bien de me rappeler mon devoir de parent… Première colère maîtrisée, mais ça commence à monter intérieurement…
  • « qu’envisagez-vous? »: Je suis en attente des dernières évaluations et bilans du SESSAD et CRA. J’ai déjà pris contact avec une ULIS, mais la grande question est de savoir si elle pourra l’intégrer, puisque visiblement elle n’est pas assez autonome. Sinon, j’ai aussi parlé avec d’autres parents et professionnels de centres, d’instituts, mais apparement, rien ne correspondrait à Mathilde, trop autiste ou pas assez: un comble!
  • « ah oui, c’est un problème »: Super, on va avancer avec des réponses pareilles! Je me dis qu’on est là pour parler de l’orientation, qu’il y a un coordinateur, un médecin, un psy et un enseignant référant de la MDPH, ils ont du venir avec des propositions? Au moins avec une liste de lieux d’accueil? Eh bien non, avec un seul lieu d’accueil, mais pas des moindres…
  • « avez-vous entendu parler de la construction du nouvel IME qui n’accueillera que des enfants autistes? »: Non, pensez-vous, je suis complètement à la ramasse sur ce coup-là. D’ailleurs ma demande d’inscription est devant votre nez… ça ne doit pas etre moi qui l’ai envoyée!
  • « il n’y aura pas de budget transport, l’établissement ne pourra pas prendre en charge les transports, nous pensons donc que pour que les parents ne soient pas gênés, la meilleure solution serait de mettre les enfants en internat »: Là, je commence à me liquéfier sur place, même si je sais que c’est ce qu’ils allaient me proposer, vu que j’ai des sources, je ne m’attendais pas à un problème de coût des transports. La colère monte de plus en plus… Mais la PCH ne pourra-t-elle prendre en charge ce coût?
  • « non, la MDPH n’attribue plus d’aide concernant les transports »: Ah bon, première nouvelle. Le médecin: « non mais madame a l’air surprise, parce qu’elle en bénéficie » (sous-entendu: alors qu’elle ne devrait plus…). Oui, ben, alors, là, j’ai une notification pour deux ans, vous n’avez qu’à pas changer tout le temps les conditions d’attribution!

Donc moi, en toute logique, je dis qu’il n’y a pas de problème, j’amènerai Mathilde.

  • « ah bon, mais comment allez-vous faire? »: Euh, à dos de chameau? ou en hélico? Non, finalement, en voiture, je pense que c’est mieux.
  • « combien de temps de chez vous à l’IME? »: Je dirais 40 minutes. Ca tombe bien,  j’ai fait ce trajet dimanche dernier, et j’ai regardé l’heure en partant, justement pour me faire une idée.
  • « alors là, ce n’est pas possible! »: Oups, j’avais pris l’hélico?! Euh, non non, je me souviens, j’étais bien en voiture!
  • « même 40 minutes, ce n’est pas pensable pour Mathilde »: Alors, chère madame, s’il y a une enfant que vous pouvez faire monter dans une voiture comme dans un manège, c’est bien ma fille! 40 minutes c’est de la rigolade!
  • « oui, mais pour vous, ce sera très fatiguant »: Certes, mais, comment dire… ça je m’en fous royalement!
  • « mais comment allez-vous faire avec vos autres enfants, pour l’école, etc.? »: Comment vous dire? Depuis trois ans, je gère deux écoles pour mes 4 enfants, avec trois horaires différents pour l’entrée et la sortie, sans compter les repas du midi, donc, voyez-vous, chère madame, je pense que je devrais pouvoir m’en sortir… Et voyez, nous avons déménagé déjà deux fois pour Mathilde, alors…
  • « moi, en tant que maman, je ne ferais pas ça à mes enfants »: oui, et bien grand bien vous fasse, là on parle de MA fille. Et je ne suis pas une tortionnaire, que je sache!

Mais venons-en au fait (puisque chacun de mes arguments, dont je n’ai pas à me justifier d’ailleurs, car là on parle de Mathilde et pas de mon organisation familiale, est repris en coeur par l’equipe dans un dénigrement persceptible qui commence à m’énerver franchement).

  • « peut-être serait-il bon pour Mathilde et son autonomie d’intégrer l’internat une nuit par semaine, et vous ça vous permettrais de souffler »: Alors là, excusez-moi, mais je me marre! Et pour les autres jours, on fait comment, j’en fait quoi?
  • « eh bien elle viendrait à l’IME, mais par vos propres moyens »: Oui oui oui, je vois bien, je gagne deux transports, c’est formidable!

Alors voilà: comment je fais, moi, maintenant? Je pense que ce sera un lieu adapté avec tout sur place (plus de SESSAD), un enseignant, du presque un pour un en tous cas en psychomotricité et orthophonie. Évidement, je me suis assurée que les méthodes déjà utilisées avec Mathilde (PECS, TEACCH) seraient présentes. J’ai demandé s’il y aurait un projet individuel, etc. Mais il faudra sans doute qu’elle fasse au moins une nuit en internat pour avoir une place. Apparement, ça ne servira à rien que l’on déménage, puisque priorité sera donnée aux internes.

ZUT, ZUT et RE ZUT! Comment je vais faire sans ma fille et ses bruits tous bizarres? C’est comme si on m’enlevait un bras, ou même une partie de mon cerveau. Je sais qu’elle est capable, puisqu’elle part toute une semaine avec sa maîtresse et son éducatrice en voyage. Mais là, ce n’est pas pareil, je ne sais pas pourquoi, mais ce n’est pas pareil! Je sais que ça ne m’engage à rien de dire OK, d’accord, je l’inscris comme ça effectivement, je ne mets pas tous mes oeufs dans le même panier, mais je me sens quand même au pied du mur.

Que feriez-vous à ma place?

Après un an de diagnostic…

Laetitia MousseuxIl y a un an, le 17 août 2010, nous apprenions le handicap de notre fils. Evan avait 3 ans et demi, et était suivi depuis un an dans un CAMSP sans que personne ne puisse nous dire ce qu’il avait. Pire: la pédopsychiatre du CAMPS nous avait dit à l’époque: « Je ne peux pas vous dire ce qu’à Evan, en tout cas je peux vous dire qu’il n’est pas autiste ». Ça, c’est du diagnostic!

Evan criait énormément, parlait un peu mais n’avait pas un vocabulaire très développé. Il était très en retard en motricité et avait beaucoup de mal à communiquer avec les autres enfants. Tout cela nous avait donc amené à prendre contact avec le CAMSP qui, après un an de suivi, nous a orienté vers un CMP en juillet 2010.

Après trois séances d’observation, il aura fallu tirer les vers du nez à la pédopsychiatre du CMP pour savoir enfin ce qu’avait notre enfant. L’annonce m’a fait l’effet d’un électrochoc. J’avais rayé l’autisme des possibilités de handicap de mon fils.

« Votre fils est atteint de TED ». À cela, j’ai hoché la tête – j’avais entendu parler de TED au CAMSP. Elle a rajouté: « pour moi, il s’agit plus particulièrement d’autisme atypique à degré modéré ».

Je n’ai retenu que le mot « autisme ». Je me suis effondrée, son papa aussi. Elle nous a laissé une minute pour nous reprendre, et a poursuivi en nous disant que parler de guérison serait nous mentir, que c’était « pour la vie », mais qu’Evan évoluerait certainement bien avec ce qu’elle appelait « une bonne prise en charge », à savoir deux matinées par semaine en hôpital de jour, par petits groupes de quatre ou cinq enfants, avec trente minutes d’orthophonie et trente minutes de psychomotricité en individuel par semaine.

Il m’aura fallu cinq jours pour digérer la nouvelle. Cinq jours où j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Nous sommes passés par de nombreuses périodes de doute sur le diagnostic, et après quelques mois, la certitude. Maintenant, nous allons de l’avant…

Après un an de diagnostic...

Depuis un an, Evan a plutôt bien évolué, c’est vrai. Au début, nous nous sommes fiés tête baissée à ce que nous disait la pédopsychiatre du CMP. Puis, après avoir vu quelques reportages, avoir lu de nombreux articles sur le site Autisme Infantile, et après s’être beaucoup renseigné ici et là (merci Internet), nous avons entendu parler de la méthode ABA.

Notre fils a commencé l’ABA début janvier 2011, à raison d’une heure par semaine seulement, puisque nous n’avons malheureusement pas les moyens de lui en payer plus.

Depuis, il crie moins, est plus autonome. Il est propre le jour, parle de mieux en mieux, même si les sujets de conversation sont très limités et sa compréhension pose beaucoup question. Y a-t-il une déficience? Là est toute la question…  Mais nous avons bon espoir pour qu’Evan soit un jour autonome. C’est un enfant joyeux, heureux de vivre, c’est l’essentiel à nos yeux…

La rentrée de cette année ne s’est pas bien passée. L’AVSi n’était pas présente (même pas mise au courant par l’Inspection Académique, bravo)… À compter de la semaine prochaine, Evan ira trois demi-journées à l’école en présence de son AVSi, l’école ne voulant pas l’accueillir en dehors de la présence de celle-ci.

Il continue la prise en charge en l’hôpital de jour deux matinées par semaine. Nous trouvons l’équipe très à l’écoute de nos attentes, ils l’ont d’ailleurs changé de groupe à sa rentrée en août car il imitait beaucoup de comportements inadaptés d’autres enfants du précédent groupe. Evan semble heureux d’aller à l’hôpital de jour. Je dois dire qu’il apprend des choses là-bas, je pense que c’est constructif, mais qu’une prise en charge comportementale à côté est indispensable, c’est pourquoi il continue l’ABA. Sa psychologue, très investie, participe aux équipes de suivi de scolarisation et nous soutient beaucoup.

La pédopsychiatre du CMP, de son côté, commence à nous parler d’orientation en IME. Pour le moment, il en est hors de question. La psychologue ABA, elle, envisage plus une entrée en CLIS dans deux ans, après un éventuel redoublement de son année de grande section.

Après un an de diagnostic...

Le reste du temps, Evan est à la maison, car j’ai la possibilité d’être en congé parental à mi-temps depuis l’arrivée de son petit frère Aaron en novembre 2010. Il va aussi chez sa nounou lorsque je travaille. Elle a tout de suite acceptée sa différence, elle s’adapte à lui, et nous la remercions beaucoup pour ça – pour sa tolérance et son ouverture d’esprit, pour sa patience surtout, Evan étant très très actif, épuisant même…

Son petit frère, Aaron, me donne énormément de force pour mener Evan le plus loin possible. J’ai besoin d’un « semblant de vie normale », et, pour le moment, je retrouve ça par la présence de son petit frère. Il va bien, je prie pour qu’il ne soit pas atteint d’autisme lui aussi. Je crois que ça me détruirait. Il tire son grand frère vers le haut, et nous aussi. Je le remercie d’être là… Je les remercie tous les deux, car le handicap d’Evan, malgré tout, nous rend plus forts, plus soudés, plus ouverts… Paradoxalement, ce handicap nous apporte beaucoup.

Les hôpitaux de jour, les IME… Moi je dis oui, et je l’assume!

Avant toute chose, je tiens à préciser que ce que je vais dire ne concerne que notre propre expérience, et qu’il est vrai que si pour nous ça c’est bien passé, ce n’est peut-être pas le cas pour d’autres.

Je ne lis que des choses négatives sur ce sujet. Je tenais, juste pour une fois, à relater des choses positives.

Je tiens aussi à dire que chacun peut avoir son opinion, mais que nous devons respecter les choix des autres, sans les critiquer ou les rabaisser parce qu’ils pensent différemment que nous.

Je ne parlerais que positivement, même que certains d’entre vous savent que, quelques fois, il y a eu des coups de gueule entre moi et les professionnels en charge de mon fils Nathan – mais celui qui dit n’en avoir jamais eu, même dans une autre prise en charge que celle de mon choix, est un menteur. Nous sommes tous différents, nous pensons tous différemment, et de ce fait certaines mises au point sont toujours nécessaires, où que ce soit…

Nathan est né le 10 avril 2000. Tout allait bien jusqu’à ses 18 mois environ. Il commençait à être propre, mangeait seul, disait quelques mots, dormait bien la nuit. Puis, il est reparti en arrière, sans que l’on sache pourquoi. Vers ses deux ans, son mutisme m’a inquiétée et j’ai consulté son pédiatre (formidable, soit dit en passant). Je pensais alors que Nathan entendait mal, puisqu’il faisait des otites a répétition, et ne se tournait pas quand on l’appelait.

Le pédiatre engage des examens: prises de sang avec recherches génétiques, scanner du cerveau, tests auditifs, électro-encéphalogramme… Il se doute du problème mais ne me dit rien pour le moment.

Tous les résultats sont bons, aucun souci, mais moi je n’y crois pas. Je retourne voir le pédiatre qui m’écoute attentivement et m’envoie au CAMPS de ma région, où nous voyons un pédopsychiatre (très gentil) et une psychomotricienne. Au bout de trois rendez-vous qui ne donnent rien, je leur demande franchement: Nathan est-il autiste? Vu leurs têtes, j’ai compris, je n’ai pas eu besoin qu’ils me répondent.

Puis on nous a dirigés vers l’hôpital de jour de Sevrey. Wow, quel choc! Ce n’est pas le mot hôpital de jour qui me fait un choc, mais Sevrey. En effet, ici, l’hôpital de Sevrey a toujours été considéré un lieu « pour les fous » – c’est nul, mais on entend toujours dire ça. Pourtant, Nathan n’est pas fou…

Je passe sur mes a priori, et on se rend avec mon mari au rendez-vous où l’on voit un pédopsychiatre (un peu bizarre de premier abord, mais que j’apprécierai beaucoup par la suite) et une responsable du service où Nathan sera.

Nathan est admis pour commencer les mardis, puis par la suite il ira aussi les jeudis.

Nathan a alors trois ans quand il entre à l’hôpital de jour. Au début, il y a eu beaucoup de clashs, je ne le cache pas… mais un peu comme partout.

Néanmoins, je ne regrette absolument pas mon choix. Pourquoi?

Nathan est resté sept ans aux Myosotis, où il a pu bénéficier d’orthophonie deux fois par semaine, d’équithérapie (je n’aurais jamais pu lui offrir), de psychomotricité. Il a eu une institutrice spécialisée, une référente géniale – quel boulot elle a accompli avec Nathan! Je l’admire beaucoup pour tout ce travail. Elle n’a jamais lâché prise et lui tenait tête dans les moments durs. Grâce à ça, Nathan a avançé.

Il a eu cette référente pendant cinq ans, et ensuite c’est une autre qui a pris le relai – géniale aussi, d’un autre genre, très douce. Nathan arrivait à la faire tourner un peu en bourrique, mais elle a fait un excellent travail aussi.

On faisait le point tous les deux mois pour le suivi de Nathan.

Ensuite, ils ont mis en place une psychologue, qui prenait Nathan une fois par semaine et qui, par le jeu, essayait de le faire progresser dans des domaines comme le partage, par exemple.

Nathan, bien sûr, grandit – un changement de lieu s’impose. Et oui: nous refaisons le choix de l’hôpital de jour pour plus grand, et je ne le regrette absolument pas du tout.

Nathan y est intégré en août 2010. Là, les activités sont dirigées beaucoup plus vers l’autonomie et le sport. Nathan y est toujours, il y bénéficie d’activités telles que piscine, basket, poterie, jardinage, psychomotricité, balades en villes pour analyser le comportement dans la foule ou dans les magasins… Il va même au cinéma toute les six semaines.

Son référent? Wow, quel boulot en un an. Il a tiré Nathan vers le haut. Nathan se promène à présent dans les rues sans courir, et fait attention à ceux qui sont autour. Ce n’est pas parfait à chaque fois, mais quel progrès…

Nathan salue les gens pour dire bonjour et au revoir en leur serrant la main. Il répond à leurs salutations, alors qu’avant en aucun cas il n’y prêtait attention. Nathan arrive à canaliser son énergie de mieux en mieux. Son référent lui apprend a mieux gérer son stress.

Nathan a grandi et il ne peut plus aller en CLIS. Nous avons fait le choix de l’IME et je ne regrette pas mon choix.

Cet IME où Nathan entrera en janvier est spécialisé en autisme. Il y bénéficiera d’orthophonie, d’un instituteur spécialisé, de sport, de sorties au restaurant, de communication comme le PECS et la méthode ABA…

Alors certes, je ne dis pas que c’est parfait, mais… Nathan est-il malheureux? Non. Nathan manifeste-t-il son désaccord pour y aller? Non, au contraire. Est-ce que je regrette mes choix? Non.

Si j’avais fais d’autres choix…

  • Nathan parlerait-il? Je ne sais pas.
  • Serait-il propre? Je ne sais pas.
  • Mangerait-il comme nous? Je ne sais pas.
  • Serait-il plus heureux? En tout cas, il n’a pas l’air malheureux!

Je ne regrette pas mes choix. Mon fils est heureux, il vit, il sourit, il sait se montrer présent…

Rien n’est parfait. Toutes les décisions sont dures à prendre, mais il faut les prendre quand même. Moi j’ai pris les miennes, et je ne les regrette pas, je les assume sans problème.