Il y a quelques semaines, Claire s’interrogeait sur le devenir des enfants après leurs 6 ans: CP classique, CLIS 1, IME, hôpital de jour ou suivi en SESSAD? Les possibilités qui s’offrent aux parents sont diverses. Comment démêler l’écheveau de tout cela? Claire a raison de s’interroger.
Je ferai uniquement part de mon point de vue personnel, au regard des capacités comportementales et intellectuelles d’Adam, qui sera âgé de 7 ans à la fin du mois de juin prochain, classé autiste sévère. En effet, comme chacun le sait, le spectre de l’autisme est très large (1 enfant sur 150 naissances avec des degrés d’atteinte plus ou moins forts, de l’autisme sévère à l’autisme de haut niveau, sans oublier les syndromes d’Asperger).
La situation de départ était simple lorsqu’Adam a débuté sa scolarité en milieu ordinaire, à l’âge de 3 ans, en petite section de maternelle: il était non verbal, sujet à crises violentes, agressif envers lui-même et les autres enfants et intégralement sale.
La première année s’est déroulée dans la douleur: Adam est très peu scolarisé (1h30 à raison de 2 jours par semaine à partir de décembre 2006, puis les matinées à partir de mars 2007 si j’ai bonne mémoire). L’objectif de cette première scolarisation est la socialisation d’Adam. La seule question de l’enseignante durant toute l’année aura été: « quand est-ce qu’Adam va parler? ». Bien malin celui qui pouvait donner une réponse à cette époque! Je suis presque toujours obligée de porter Adam pour l’emmener à l’école pour faire échec à ses refus.
Deuxième année de scolarisation: maintien en petite section avec une AVS à temps plein. Adam va donc à l’école toute la journée, ce qui représente un changement important pour lui, avec deux repas à la cantine par semaine. L’objectif est toujours la socialisation d’Adam, ce qui est important car il n’est pas en classe pour effectuer des apprentissages. À ce moment-là, Adam est toujours non verbal et souvent agressif avec les autres, faute de savoir (et de pouvoir) communiquer. Il est toujours intégralement sale et pique des crises à répétition. Je suis encore parfois obligée de l’amener manu militari à l’école, en le portant. Je demande un macaron pour le stationnement à la MDPH, que j’obtiens, pour ne pas avoir le dos brisé par son poids.
Troisième année de scolarisation: avec le décès de mon père, un déclic se produit. Adam commence à parler, il vient alors d’avoir 5 ans. Il a acquis la propreté diurne. À l’école, sa scolarisation tourne à la catastrophe et je suis à deux doigts de le déscolariser: aucun intérêt pour les apprentissages de moyenne section, violence envers les autres enfants, crises et hurlements en classe, tout y passe. Or, Adam montre diverses compétences lors de ses séances de prises en charge (orthophonie et psychomotricité, notamment) qu’il est incapable de généraliser à l’école. Je tiens bon et décide de laisser Adam à l’école alors que l’équipe éducative s’interroge sur la place de mon fils à l’école et songe à un IME. J’emmène Adam de force à l’école car il refuse d’y aller.
L’évaluation d’Adam, dans un des grands centres parisiens de référence pour l’autisme, en juin 2009, se solde par un compte-rendu cinglant: Adam souffre d’un retard mental hétérogène sévère, façon polie de m’expliquer que mon fils est atteint de débilité mentale et qu’il y a peu à attendre de lui…
Quatrième année de scolarisation: je sais dès la rentrée que c’est la dernière année d’Adam dans l’école maternelle de notre quartier. Il est en grande section et les enfants de sa classe sont presque tous nouveaux. Le début de l’année est chaotique après la démission de son AVS, arrivée quelques mois auparavant. Crises à répétition de nouveau, la maîtresse ne se laisse pas faire et punit Adam lorsque cela s’avère nécessaire car il est accessible à la sanction et comprend parfaitement les interdits. Pour la première fois, lors de l’équipe éducative de début d’année, l’enseignante parle des compétences scolaires d’Adam. Pour autant, son niveau ne permet pas d’envisager un passage au CP. En décembre 2009, j’accepte donc un passage en CLIS 1, accepté par la MDPH dès le mois de janvier.

Contre toutes les prévisions, mêmes les plus optimistes, Adam investit le domaine de la lecture dès le mois de janvier 2010, avec une facilité qui déconcerte tout le monde. Il comprend très rapidement le principe de la fusion syllabique et devient capable de déchiffrer des mots simples. C’est le seul de sa classe à pouvoir faire ce travail, à l’étonnement extrême de sa maîtresse. Il sera certainement lecteur d’ici le mois de juin, soit en même temps que sa classe d’âge qui se trouve en CP. Parallèlement, sa production langagière devient plus structurée puisqu’il est capable de faire des phrases complexes (sujet, verbe et complément). Il comprend aussi les consignes multiples. Il est au même niveau que les autres en numération. Bref, il a un niveau de grande section. Depuis quelques semaines, il a accès à un monde imaginaire puisqu’il dessine des châteaux et des rois ou sculpte en patafix des objets comme des animaux ou des locomotives, sans que je lui donne des consignes particulières. Il commence à se déguiser et attend avec impatience le lundi matin pour aller voir Catherine, sa maîtresse.
Son orthophoniste, sa psychomotricienne et sa psychiatre considèrent qu’il a le niveau intellectuel pour aller au CP. Pourtant, j’ai maintenu le choix de la CLIS 1. Pour quelles raisons me direz-vous ?
Parce que je ne pense qu’Adam ne peut pas se trouver bien dans une classe comprenant 30 élèves, assis 6 heures par jour. Parce que je pense qu’Adam entrera en crise dès qu’il ne pourra pas comprendre une consigne. Il n’a notamment pas les compétences pour comprendre une histoire et engager une conversation. Or, il fait de moins en moins de crises (moins d’une par semaine à l’école) et j’entends bien les éradiquer à moyen terme.
Parce que les enfants ne sont pas toujours tendres entre eux et que je ne veux pas qu’il soit l’objet de moqueries de la part d’enfants qui ne le connaissent pas (notre groupe scolaire élémentaire rassemble deux écoles maternelles).
Parce qu’en petit effectif, Adam pourra apprendre à son rythme et intégrer les classes dites « normales » le moment venu, en particulier pour le français et les mathématiques.

Ai-je fait le bon choix ? Je n’en sais rien. En tant que parents d’enfants autistes, nous vivons toujours dans l’incertitude. Seul l’avenir me dira si j’ai eu raison ou pas.
Ce que sait, en revanche, c’est que la scolarisation d’Adam à l’école maternelle, en le tirant vers le haut, lui aura fait faire des progrès considérables qu’il n’aurait jamais accomplis dans un autre cadre.




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