Les troubles du développement sensori-moteur (perturbations sensorielles)

Les troubles du développement sensori-moteur (perturbations sensorielles)

Tantrum (photo: hyperscholar)

Les cinq sens de l’enfant autistes peuvent provoquer chez lui de grandes perturbations, alors même que les récepteurs sensoriels sont intacts. Leurs comportements semblent indiquer qu’il y a un dérèglement (ou désordre) du processus sensoriel: en gros, ils ne perçoivent pas les stimuli sensoriels comme nous. Cela pourrait être dû à une augmentation ou à une réduction de l’activité neuronale, afin de rester en harmonie avec les autres fonctions du cerveau.

Les stimuli sensoriels ne provoqueront pas toujours le même genre de réaction d’un jour sur l’autre, l’enfant autiste ayant une expérience perceptuelle instable. Les hypersensibilités ou hyposensibilités peuvent atteindre les cinq sens, mais chez certains enfants autistes, il n’y aura qu’un seul de ces sens atteints.

Les différentes perturbations sensorielles

Dans les jours qui viennent, je vous propose une série à propos des troubles du développement sensori-moteur.

Nous verrons ce que peuvent entraîner ces troubles, et réfléchirons à comment aider nos enfants à mieux vivre avec ces handicaps. Je compte sur vous pour partager vos expériences sur les sujets abordés, ainsi que vos trucs et astuces.

Pour l’écriture de ces articles, j’ai adapté les informations contenues dans le livre La Personne autiste et le syndrome d’Asperger, écrit par Jean-Charles Juhel et Guy Héraut.

L’hypersensibilité aux bruits et les troubles du sommeil sont-ils signe d’autisme?

Céline BruntzCéline Bruntz, psychologue spécialisée en autisme, répond à vos questions sur la psychologie et l’autisme. Écrivez-lui à celine@autismeinfantile.com pour lui poser des questions plus spécifiques.

Joane écrit à Céline pour lui demander si l’hypersensibilité aux bruits et les troubles de sa fille peuvent être signe d’autisme.

Je me permets de vous écrire afin d’avoir votre opinion sur le comportement de ma fille (2 ans ½). Elle a une peur bleue du bruit. Elle semble hypersensible à ceux-ci. Nous sommes allés à un anniversaire d’enfant dans une « récréathèque ». Il y avait arcade, musique, plein d’enfants criant… Ça a pris 20 minutes pour réussir à la sortir de sa torpeur. Elle était en petite boule par terre, les deux mains sur les oreilles. Elle craint les autos, tous les véhicules. Elle a une peur terrible du tonnerre. Enfin, tous les bruits forts, et même les sons moins forts comme l’eau qui coule dans les tuyaux .

Outre ce comportement, elle a des troubles du sommeil depuis qu’elle est née. Elle fait ses nuits depuis moins d’un mois. Les siestes en dehors de sa chambre sont quasi impossible. Bref, elle a toujours semblée insécure de ce côté, voire même trop hypersensible pour bien dormir « sur ses deux oreilles », comme on dit si bien.

Le langage se développe bien. Elle interagit bien avec nous. Ses jeux sont diversifiés. On la trouvait très méthodique plus jeune (du genre à redresser un jouet de travers ou à aligner par ordre certains jouets, etc.), mais ce comportement s’est atténué en vieillissant. Elle craint un peu les nouveaux visages, mais après 20 minutes elle se fond dans la foule. Elle va à la garderie. De ce côté, rien de particulier: elle s’adapte bien. Elle est la plus conciliante. À part le fait qu’elle n’y dort pas du tout, on ne me rapporte rien de particulier. Elle est du genre à rester à côté du groupe et à observer au lieu de jouer dans le groupe, mais mon fils était comme ça aussi. Plus timide. À part ça elle est très sociale, et aime aller vers les autres dans un contexte « rassurant », c’est-à-dire sans bruit, sans « sur-stimulation », sans « feux d’artifices » si on peut dire.

En résumé, peut-on parler d’autisme si les seuls comportements suspects seraient sa crainte du bruit et ses troubles du sommeil? Merci pour votre réponse

— Joane

Bonjour Joane,

Je vais vous répondre de manière générale car je me dois de vous préciser que pour établir le diagnostic de l’autisme, le professionnel doit rencontrer les parents et observer l’enfant pour établir un diagnostic.

Les élements de réponse que je peux vous apporter se basent sur les Recommandations sur le dépistage et le diagnostic de l’autisme et des troubles envahissants du développement définies par la Haute Autorité de Santé et la Fédération Française de Psychiatrie. Ce document est diffusé par les Centres Ressources Autisme (CRA).

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il existe des signes principaux d’alerte de l’autisme. Les signes majeurs qui ont une valeur d’alerte très importante chez l’enfant de moins de 3 ans, et qui doivent conduire à demander rapidement l’avis de spécialistes tels que les Centres Ressource Autisme, sont les suivants (adapté de Baird et Al. 2003):

  • Absence de babillage, de pointage ou d’autres gestes sociaux à 12 mois.
  • Absence de mots à 18 mois.
  • Absence d’association de mots ( non-écholaliques) à 24 mois.
  • Perte de langage ou de compétences sociales quelque soit l’âge.

Voilà ce que je peux vous en dire et j’espère que cette réponse vous permettra d’y voir plus clair.

Douleurs physiques et difficultés de communication

Les enfants autistes ont généralement du mal à nous dire lorsqu’ils ont mal quelque part, puisqu’ils ont beaucoup de mal à communiquer. Alors qu’on peut se rendre compte d’une coupure ou d’une foulure (parce qu’ils boitent), tout ce qui est du domaine de la migraine, des maux de ventre, et tout ce qui est interne, risque d’être ignoré parce qu’ils ne peuvent pas nous montrer qu’ils ont mal, et nous-même ne pouvons pas deviner.

Douleurs physiques et difficultés de communication

Douleurs physiques et troubles du comportement

Dans le livre que je suis en train de lire, Les troubles du comportement associés à l’autisme et autres handicaps mentaux (Gloria Laxer et Paul Tréhin), ils signalent que parfois, les troubles du comportement peuvent être dus à une souffrance non décelée par les parents. Il faut donc être attentif à une douleur interne si votre enfant a tout à coup un trouble du comportement que vous ne vous expliquez pas.

Hypersensibilité ou hyposensibilité à la douleur

Selon les cas, certains enfants autistes peuvent avoir une hypersensibilité ou une hyposensibilité à la douleur. Certains se rouleront par terre de douleur au moindre mal, alors que d’autres pourront se faire très mal sans rien dire. Il faut donc être toujours vigilant par rapport aux divers bobos que peuvent se faire les enfants autistes, car leur réaction n’est pas toujours en rapport avec la gravité de l’incident. En cas de doute, il vaut toujours mieux insister auprès du médecin pour faire des examens complémentaires, et ne pas attendre si vous pensez que quelque chose ne va pas.

Matthieu et les douleurs physiques

Sur ce coup-ci, nous avons de la chance avec Matthieu: il n’est pas douillet mais pas hyposensible non plus. Il va se cogner en déambulant dans la maison, mais il n’en fera pas un plat, et il a toujours été capable de se frotter à l’endroit cogné pour qu’on voie où il s’était fait mal. Récemment, il a aussi commencé à dire « aïe! » quand il se fait mal, cela aide beaucoup à porter l’attention nécessaire aux divers bobos qu’il peut s’infliger quotidiennement.

Il y a quelques temps, il a eu très mal au ventre pendant toute une après-midi. Il m’a « expliqué » qu’il avait mal en mettant ma main sur son ventre et en geignant, ce qui m’a tout de suite éclairé sur la nature de son ennui, et j’ai ainsi pu faire tout mon possible pour le soulager.

Votre enfant est-il hypersensible ou hyposensible à la douleur? Sait-il signaler lorsqu’il souffre? Si vous lui demandez où il a mal, sait-il vous le montrer? Avez-vous des trucs et astuces à nous confier?

À quoi sert l’orthophonie pour un enfant non verbal?

La prise en charge orthophonique précoce pour les enfants autistes est indispensable. Moi-même au départ je n’avais pas très bien compris pourquoi: je pensais que l’orthophonie servait surtout à corriger des défauts de prononciation – et je sais que je ne suis pas la seule à m’être demandé à quoi servait des séances d’orthophonie pour un enfant autiste qui ne parle pas.

À quoi sert l'orthophonie pour un enfant non verbal?

Rééduquer la communication

Le déficit des interactions sociales et de la communication verbale de l’enfant autiste peuvent empêcher de se développer le langage. Dans le cas de l’autisme, l’orthophonie ne sert pas à rééduquer un langage (qui est généralement non-existant), mais à rééduquer la communication.

Petit à petit, l’orthophoniste se base sur les intérêts de l’enfant autiste pour l’amener à diversifier ses moyens de communication.

Source: La prise en charge orthophonique précoce de l’autisme

Inventorier les difficultés à s’alimenter

Oui, vous avez bien lu. L’orthophoniste est celui qui va remarquer s’il y a des difficultés à mastiquer, à déglutir, et se rendra compte si l’enfant autiste a une hyposensibilité ou une hypersensibilité au goût.

Il existe diverses rééducations pour aider l’enfant à mieux s’alimenter, dans le cadre d’un projet de soins avec la famille et une équipe pluridisciplinaire.

Source: Autisme, comportement alimentaire et orthophonie

À quoi sert l'orthophonie pour un enfant non verbal?

Il ne faut pas sous-estimer l’importance de l’orthophonie dans la prise en charge pour la rééducation de l’enfant autiste non verbal. Grâce à notre orthophoniste, Matthieu a commencé à parler à l’extérieur de la maison, il a appris à montrer du doigt, on a pu comprendre ce qu’il fallait faire pour qu’il boive au verre sans s’étouffer, etc.