
C’était un samedi, et je sentais déjà la vie dans mon joli ventre de future maman, pour la deuxième fois. Au-delà du tourbillon d’exaltation, je me sentais fragilisée, et peut-être, aussi, pas si prête que cela. Après des années d’aléas, de tourmentes et de questionnements, nous avons sauté le pas, non sans doutes et appréhensions.
Et pourtant, je n’ai jamais été aussi sereine durant ma grossesse. Bien sûr, mes peurs m’ont par moment rattrapées, avec l’insidieuse pensée d’un deuxième enfant handicapé, du scénario qui se reproduit, du handicap qui ne lâche pas prise après ma soeur, moi, ma fille…
Six ans plus tard, j’ai retenté l’expérience. Après la joie, la tristesse, l’abattement, les angoisses, la révolte, le désoeuvrement, la culpabilité, l’épuisement d’avoir un enfant différent à stimuler, soutenir et accompagner… j’ai retenu la Joie, le Partage et l’Amour. J’ai pris le risque, après me l’être interdit pendant plusieurs années, de peur d’être dans l’incapacité de m’occuper de deux enfants, de gérer le trop plein d’émotions de Camille, son agitation incessante, ses débordements, ses accès de colère, sa possessivité et sa relation d’exclusivité, de peur de ne pas avoir assez d’énergie. J’ai entrouvert la porte du possible avec légèreté et insouciance.
J’ai annoncé à Camille que j’allais avoir un bébé, et qu’elle aurait un petit frère ou une petite soeur, dès que le test de grossesse me l’a confirmé. Nous avons toujours eu, toutes les deux, une relation de confiance. Je lui parlais beaucoup, petite, et elle est restée attentive et réceptive aux paroles. Sa première réaction a été de montrer mon ventre, ce qui m’a fait sourire. Petite, déjà, elle était préoccupée par cette partie corporelle des mamans où se situe le nombril. Elle a longtemps embrassé mon ventre et celui de personnes de sexe féminin pour lesquelles elle avait de l’affection.
Les jeux de faire-semblant autour des poupées ont pris tout leur sens pendant mes neuf mois de couvade. Je l’ai préparée progressivement à l’arrivée de ce petit être qui allait devenir son petit frère. Je lui ai lu, chaque soir, au rituel du coucher, « Juliette a un petit frère », où j’ai introduit mon passage à la maternité, et nous avons préparé la chambre du bébé. Le tri des vêtements de naissance, des articles de puériculture, l’aménagement de la chambre, tout a été l’occasion pour Camille de jouer avec ses poupées avec un décor « pour de vrai ».
À la naissance de Marius, Camille a pris son rôle de grande soeur très au sérieux. Je lui ai donné de petites responsabilités, qu’elle s’est empressée de réaliser: nettoyage de biberon, stérilisation, rangement des couches…
Elle a préparé un cadeau pour son petit frère à l’école avec son AVS, et Marius lui a offert un joli livre. Le rituel du coucher est devenu un moment de câlins, de « vivre ensemble » entre frère et soeur, et le début d’une belle histoire.
La malice de Marius l’emporte sur l’anxiété de Camille; les cris de Camille sont détournés par Marius, lequel s’empresse de répondre de plus belle pour communiquer avec sa grande soeur qui en rit. Les camions roulent, les poupées sont changées, Marius regarde, Camille imite, et ainsi va la vie.
Alors, oui. Aujourd’hui, je peux dire que je suis fière d’avoir osé: pour que cette belle relation puisse se nouer entre frère et soeur et s’entretenir chaque jour un peu plus, pour ces moments de rigolade et de connivence qu’ils me font découvrir, pour les pfffffffff amusés et théâtralisés de Camille après une bêtise de Marius. Pour les « aimant » par-ci, « aimant » par-là, joli qualitatif que Camille a attribué à Marius – elle qui ne prononce que quelques mots… Toutes ces opportunités relationnelles qui enrichissent et cultivent nos coeurs de parents et d’enfants, tout simplement.
Je me le suis entendu dire il n’y a pas si longtemps: « ce n’est pas toi qui est handicapée, c’est ta fille! » Mais oui, bien sûr, et pour moi il est évident que cela ne change rien!






Et oui, ça y est, depuis le 10 février, la famille s’est agrandie! Une petite soeur, Louise, est arrivée…